‹ Anatomie pathologique du cancer [electronic resource]Chapitre 24 sur 37 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

690 ANATOMIK PATHOLOGIQUE

f Phosphate tic chaux 38,085

Os W 9. Crâne fragile . . ' (larbonalc ('e chaux '22,99i

! Autres sels, matière organique, perte . . . 38,923

En rapprochant ces résultats et réduisant en centièmes, nous trouvons :

Crâne normal. Os no (. Os n" 2.

Phosphate de chaux. . . 100 75 lU Carbonate de chaux. . . 100 168 230 Matière organique. . . . 100 ll^i 99

Il résulte de là : 1" Que la matière organique, augmentée de a p. 100 sur l'individu cancéreux dont les os n'étaient pas fragiles, est restée à peu près normale sur la femme cancéreuse dont le crâne était fragile;

2° Que le phosphate de chaux s'est trouvé diminué d'un quart dans les deux cas ;

3" Que le carbonate de chaux s'est accru de 68 p. 100 dans le premier os, de 130 p. 100 dans le second.

Nous avons fait sur les côtes une seconde série d'analyses, dont les résultats ne s'accordent point avec les précédents.

Moyenne de la composition des côtes sur les individus de quarante à cinquante ans :

Phosphate de chaux 1x6, k

Carbonate de chaux 9,6

Autres sels, matière organique, etc. . . . hk,0

Côte non cancéreuse, un peu fragile, provenant d'une femme de trente-sept ans morte avec des cancers multiples :

i Phosphate de chaux 37,196 Carbonate de chauxî 23,2^18 Autres sels, matière organique, etc . . . 39,556

Côte très fragile de la femme sur laquelle a été pris l'os n*' 2.

( Phosphate de chaux 62,152

Os n" 4. Cote très fragile. . | Carbonate de chaux 3,039

' Autres sels, matière or<,'ani(ine, etc. . . . 3^1,809

Comparons et réduisons en centièmes :

Cole iiorin lie. Os no 3. Oj no 4.

Phosphate de chaux. . 100 80 IB^i Carbonate de chaux . . 100 2^12 31 Matière organique. . . 100 90 79

Ces résultats sont opposés entre eux et opposés aux précédents. Cela me dispense de rapporter nos autres analyses. La question reste donc entourée d'une grande obscurité.

D'une part, il est certain que l'infection cancéreuse altère les os dans leur composition chimique, et qu'elle les rend quelquefois fragiles; mais, d'une autre part, il n'y a rien de fixe dans les changements moléculaires qui déterminent cette fragilité. En effet, dans l'os n° 2 (crâne fi agile), le phosphate s'est trouvé diminué de 25 p. 1 00, et le carbonate augmenté de 1 30 p. 100. Tandis que, dans l'os n" A (côte fragile), qui provenait pourtant de la même femme, le phosphate était augmenté de 31 p. 100, et le carbonate diminué de 69 p. 100.

Examinons une dernière question avant d'abandonner l'étude anatomique de l'infection cancéreuse.

Il n'est pas commun de trouver des tubercules sur le cadavre des cancéreux. Le tubercule et le cancer peuvent se développer à toutes les époques ; mais tandis que le tubercule se produit le plus souvent dans les trente premières années de la vie, le cancer, au contraire, se montre surtout chez les individus qui ont dépassé cet âge. Voilà pourquoi la coïncidence de ces deux produits hétéromorphes ne se rencontre que rarement.

692 AKATOMlt: PATHOLOGIQUE

Au lieu de faire cette réflexion bien simple, quelques auteurs allemands appartenant pour la plupart à l'école de Vienne ont prétendu que ces produits pathologiques avaient de la répulsion l'un pour l'autre. Le professeur Rokitanski est même allé jusqu'à poser une loi formelle d'antagonisme. Suivant lui, la maladie cancéreuse et la maladie tuberculeuse sont entièrement imcompatibles.

Ainsi formulée sans restriction, cette loi causa une surprise générale ; chacun put bientôt y trouver des exceptions. Les partisans de l'antagonisme ne se découragèrent pas; leur loi était ébranlée par des faits, ils l'étayèrent avec des raisonnements, et la science s'enrichit de la théorie des crases.

Voici l'essence de cette théorie, qui semble empruntée à quelque mythologie orientale. Tout homme est soumis à l'une des trois crases qui se partagent la domination de l'espèce humaine. Chaque crase imprime à ses nombreux sujets un cachet spécial qui est mis en évidence par la simple inspection du sang; chacune d'elles a son cortège de maladies, et s'oppose, par de sévères lois d'antagonisme, h l'importation des maladies environnantes. Douées d'un naturel ambitieux, les trois crases se disputent souvent la possession de notre organisme. A la suite de ces révolutions, nous pouvons changer de souveraine et nous subissons alors les lois de la crase victorieuse. Or il se trouve que le cancer et le tubercule ne dépendent pas de la même crase : l'un est, je crois, attaché à la crase albumine, tandis que l'autre relève de la crase fibrine. Nous pouvons donc, au gré de la destinée, être tuberculeux à une époque, et devenir cancéreux à une autre époque, mais nous ne pouvons être simultanément la proie de ces deux maladies.

La théorie des crases ayant paru ridicule, on en donna une autre basée sur le dogme de Vunité. Le globule de tubercule et la cellule de cancer sont d'origine analogue; seulement le can-

DU CANCER. Gg3

cer est une formation plus avancée que le tubercule. Un état général moins prononcé dans celui-ci que dans celui-là préside à ces deux ordres de formations. Lorsque cet état est parvenu au degré qui produit le tubercule, il peut, en s'avançant davantage, laisser développer le cancer. Mais lorsqu'il est arrivé au degré du cancer, il ne permet plus la tuberculisation, car tout ce qui, dans d'autres circonstances deviendrait tubercule, se change alors forcément en élément cancéreux. Voilà pourquoi les tubercules ne mettent pas à l'abri du cancer, tandis que le cancer a la propriété de préserver du tubercule.

Le cancer n'a même pas ce modeste avantage. On ne s'attend pas à trouver ici une discussion de ces théories. A des rêveries je répondrai simplement par des faits.

Les tubercules sont loin d'être rares sur le cadavre des cancéreux. J'ai vu onze fois cette coïncidence sur un nombre de cas que je ne puis déterminer et que j'évalue à une centaine. Parmi ces cas, il en est six que je veux bien ne pas faire entrer en ligne de compte. Je laisse de côté tous les tubercules anciens qui pouvaient s'être formés avant l'apparition du cancer. Je ne prends que les cas de tubercules crus, petits, de formation récente, et il me reste encore cinq observations de coïncidence. M. Lebert, qui a régulièrement inscrit toutes les autopsies qu'il a faites, et qui a bien voulu me communiquer ses notes, a jusqu'ici constaté onze fois la présence de tubercules récents sur les cadavres de cent trente-six cancéreux. Je dois dire que plusieurs de mes observations se confondent avec les siennes, car nous avons fait ensemble un certain nombre d'autopsies. Je ne me servirai donc que des chiffres que je dois à l'obligeance de M. Lebert, et qui portent à environ 8 p. 100 les proportions de la coïncidence

Depuis que la prétendue loi d'antagonisme a été mise en doute, l'attention des observateurs s'est fixée sur ce sujet, et l'on

Gg'l ANATOMIE P \TII0L0G1QUE

ne manque guère aujourd'hui d'examiner les poumons lorsqu'on fait l'autopsie d'un cancéreux. Chacun a donc rencontré un certain nombre de cas de coïncidence, et personne, que je sache, ne songe maintenant à en contester la possibilité.

Mais les partisans de la loi ne se sont pas découragés; de ce qui était d'aboid une question de possibilité, ils ont fait une question de fréquence, et j'ai entendu quelques uns d'entre eux soutenir que, si le cancer ne préserve pas complètement de la tuberculisation, du moins il en diminue beaucoup les chances. Les tui ercules, disent-ils, entrent pour environ 15 p. 100 dans la mortalité générale. Chez les malades qui succombent au cancer on ne trouve de tubercules que 8 fois sur 100; par conséquent, les cancéreux deviennent moins souvent tuberculeux que les autres individus.

Voilà où conduit la statistique, lorsqu'on la fait sans discernement. Pour le dire en passant, je ne suis point ennemi de la statistique, mais les sciences médicales lui ont dû, à côté de quelques résultats utiles, beaucoup de notions très fausses. On se répète que les chiffres ne peuvent pas tromper; et ils trompent d'autant plus qu'on s'en défie moins. Ici, par exemple, il semble évident que la présence d'un cancer diminue de moitié les chances de la tuberculisation. C'est une pure illusion. Le cancer est rare à l'âge où le tubercule est fréquent, et la réciproque est également vraie, ( e qui préserve des tubercules un grand nombre de cancéreux, ce n'est pas leur cancer, c'est leur âge.

On pourrait se donner la satisfaction d'inventer des lois d'antagonismes aussi plausibles que la précédente. On pourrait dire avec autant de vérité que le cancer préserve de la rougeole et de la scarlatine, ou que les tubeicules et la fracture du col du fémur s'excluent mutuellement. Certes, il ne serait pas difficile de fournir des chiffres à l'appui de ces nouvelles lois.

Le cancer est compatible avec toutes les maladies, avec toutes

DU CAKCKR. 695

les productions accidentelles : lipomes, tumeurs fibreuses de l'utérus, hypertrophies mammaires, engorgements ganglionnaires simples, kystes hydatiques, etc., toutes ces lésions peuvent se rencontrer sur le cadavre des cancéreux. Elles n'ont pour le cancer ni affinité ni répulsion.

^ V. Des canciTS par inferiion.

A la suite de l'infection cancéreuse, et sous son influence, il se produit souvent, dans les différents organes, des cancers multiples que j'ai déjà désignés sous le nom decancers jiar infection; la plupart d'entre eux sont situés à une distance plus ou moins grande du foyer primitif, avec lequel ils ne sont jamais en communication directe. Voilà pourquoi on peut encore les nommer cancers à distance.

Ces nouveaux cancers se comportent comme pourraient le faire autant de foyers primitifs. Ils s'accroissent et se propagent; ils se transmettent aux ganglions; ceux qui sont superficiels sont susceptibles de s'ulcérer; enfin, leur apparition étant bientôt suivie d'une aggravation de l'état général, il paraît probable qu'ils contribuent à augmenter l'intensité de cette môme infection cancéreuse dont ils ont été la conséquence dans l'origine.

Les cancers par infection permettent d'étudier aisément les premiers débuts des tumeurs cancéreuses. En effet, à partir du moment où le premier d'entre eux se forme, chaque jour, pour ainsi dire, on en voit naître de nouveaux; de sorte que, sur le même cadavre et quelquefois dans le même organe, on trouve tous les états intermédiairesentre les cancers rapprochés de leur début et ceux qui sont déjà avancés dans leur développement.

La structure de ces cancers par infection est assez uniforme; ils sont presque exclusivement formés d'éléments spécifiques. Les éléments accessoires, toujours peu abondants, peuvent man-

69G ANATOMIE TATIIOLOGIQUE

quer d'une manière à peu près complète. La plupart des cancers par infection revêtent la forme encéphaloïde.

C'est ici surtout qu'on trouve la différence entre les productions cancéreuses de formation récente et celles qui sont plus anciennes. Lorsqu'il existe plusieurs cancers par infection dans le même organe, on peut se faire une idée assez exacte de leur ancienneté relative en comparant leur volume. Dans les plus petits, qui sont les plus jeunes, on trouve une énorme quantité de noyaux libres et un petit nombre de cellules qui sont toujours très petites, et qui peuvent même manquer. Le nombre des noyaux libres diminue, et les cellules deviennent plus volumineuses et plus multipliées à mesure que l'on examine des cancers plus gros.

Les cancers par infection font quelquefois exception à la règle que nous avons posée en parlant de la vasculariié du cancer. Presque exclusivement constitués par des noyaux et des cellules, il semble qu'ils devraient posséder une quantité considérable de vaisseaux. Il n'en est pas toujours ainsi. Dans la deuxième observation du mémoire de M. Velpeau (1), on trouve la description de masses cancéreuses non vasculaires développées dans le [)oumon à la suite de l'infection générale. 11 est vrai qu'aucune injection n'avait été poussée dans les vaisseaux du poumon; il est possible, par conséquent, qu'il y eût quelques capillaires dans les tumeurs, mais il est certain du moins qu'il n'y en avait pas un grand nombre. J'ai, à deux reprises, injecté, par l'artère hépatique, des foies atteints de cancers par infection, et j'ai trouvé des vaisseaux dans toutes les tumeurs qui dépassaient le volume d'un pois.

Quoi qu'il en soit, les cancers par infection sont quelquefois moins vasculaires que les autres cancers de même consistance.

(1) Mémoire tendant à prouver l'altération des fluides dans les maladies cancéreuses, etc. {Revue médicale, 1825, t. I, p. 217 cl 39).

DU CAiNCEii. 697

Je me demande si cette exception à la règle ne tient pas à la rapidité avec laquelle leurblastème s'organise, rapidité qui ne permet pas aux vaisseaux de se former en grand nombre. L'accroissement des cancers primitifs et de leurs dépendances locales se fait principalement àl'aide de leurs vaisseaux })ropres; au contraire, les cancers par infection paraissent susiout dus a une sécrétion morbide etfectuée par les vaisseaux des parties environnantes.

Les cancers par infection affectent, dans certains organes, une prédilection marquée pour les couches sujierficielles. Dans le foie, ils existent en général vers la surface convexe; ils s'y manifestent par des taches rondes, d'un blanc jaunâtre, et ne font le plus souvent aucune saillie; en tout cas, ils ne présentent pas cette forme ombiliquée qui est fréquente dans les cancers primitifs de celte glande. Dans le poumon, ils sont ordinairement situés à la surface du lobe inférieur; ils forment de petites saillies superficielles qui ressemblent beaucoup aux abcès dits métastatiques de l'infection purulente. En même temps, les vaisseaux lymphatiques superficiels de l'organe sont souvent injectés de matière encéphaloïde.

Le nombre des cancers par infection qu'on peut trouver sur le même individu n'a, pour ainsi dire, pas de limites. Il est peu commun de n'en trouver qu'un seul; il peut y en avoir dans un grand nombre d'organes; il peut y en avoir beaucoup dans le même organe. J'ai déjà dit combien leur volume est variable; leur siège l'est plus encore.

Il me paraît probable que tous les tissus qui sont sujets au cancer primitif peuvent être atteints de cancers par infection; mais on se tromperait étrangement si l'on pensait que la fréquence relative dans les divers organes fût la même dans les deux cas. Il n'y a, sous ce point de vue, aucune analogie entre ces deux espèces de cani^ers. Pour en donner une idée, il me sutfira de citer deux exemples.

XV j. 88

G98 ANATOMli: l'ATllOLOGlQL !•:

Le cancer primitif de l'estomac est, sinon le plus fréquent, du moins l'un des plus fréquents de tous. Dans les relevés de M. Tanchou, relevés qu'on ne doit accepter qu'avec beaucoup de réserve, parce qu'ils ont été faits légèrement et sans esprit de critique, je trouve 2,303 cancers de l'estomac sur 8,229 cancers dont le siège est indiqué : c'est une proportion d'environ 27 p. 100. Le seul organe placé avant Testoniac, sous le rapport de la fréquence, est l'utérus, qui figure pour 2,996 cas (36 p. 100) (1). Dans un autre relevé moins étendu, mais plus sérieux, fait à Ratisbonne par MM. Herrick et Popp, le cancer de l'estomac se présente 19 fois sur 77, ce qui donne 24 p. 100. Enfin, d'après les relevés tant publiés que manuscrits de M. Marc d'Espine, de Genève, relevés que l'on doit à M. le docteur Leberi, le cancer de l'estomac est indiqué 209 fois sur 471, soit 44- p. 100. Le cancer de l'utérus, qui occupe le second rang pour la fréquence, ne figure que dans la proportion de 15 p. 100 sur le même tableau (2).

Il est donc incontestable que le cancer primitif de l'estomac est, avec le cancer de l'utérus, celui qu'on rencontre le plus souvent. Or, le cancer par infection est très rare dans l'utérus, et il est tellement rare dans l'estomac, que je ne l'y ai jamais vu, que M. Leberi n'en contsaît pas d'exemple (communication orale), et que M. Walshe s'exprime ainsi: «When cancer of the «stomacli coexists wilh carcinoma of other localities, il is almost » invariably primary (3). »

Par une opposition singulière, le cancer primitif des poumons est un des plus rares de tous les cancers; il n'est mentionné que 7 fois sur les8,229 cas relevés par M. Tanchou sur

(1) Tanclioii , Recherches mr le traitement des tumeurs du sein, ISliti, p. 258.

(2) 7railé jiratique des mcdadies cancénu es et des affections curables confondues avec le cancer. Paris, 1851, p. 95.

(3) Walshe, loc. cit., \\ 279. ' J

DU CANCEH. 699

les registres de la mortalité parisienne. Ce qui fait moins de 1 p. 1,000. Il n'y en a pas un seul cas dans le relevé de M. Marc d'P]spine, et je m'estime heureux d'en avoir rencontré un seul et unique exemple. La localisation primitive du cancer dans le poumon est donc excessivement rare : or les cancers par infection de cet organe sont, après ceux du foie et du système osseux, les plus communs de tous.

Cette opposition manifeste n'est pas un petit argi^jnent pour ceux qui considèrent comme entièrement différentes l'une de l'autre, la cause des cancers primitifs et celle des cancers par infection; pour ceux, en d'autres termes, qui ne considèrent pas l'infection cancéreuse comme la continuation directe d'un état général antérieur à l'apparition du premier cancer.

Je n'ai pas tenu depuis le commencement de mes recherches un registre exact des différents organes où j'ai trouvé des cancers par infection; je n'ai pris de notes sur ce point que depuis une année, et mes chiffres sont trop peu élevés pour donner une idée exacte de la fréquence des cancers par infection dans les divers organes. Je parlerai donc à la fois d'après mes souvenirs, d'après mes notes écrites, d'après les renseignements que j'ai recueillis auprès de quelques personnes, et d'après ce que j'ai trouvé dans les auteurs.

Le foie est sans contredit l'organe oùles cancers par infection sont le plus communs ; je crois rester au-dessous de la vérité en disant que le foie est atteint dans la moitié des cas de cancers par infection.

Par ordre de fréquence, les cancers par infection du système osseux viennent après ceux du foie. Ceux du poumon, qui se présentent en troisième ligne, sont encore assez communs; ceux des ganglions lymphatiques se rencontrent un peu moins souvent.

On trouve quelquefois , autour des cancers ulcérés de la

mamelle, des tubercules squirrheux multiples, disséminés dans l'épaisseur de la peau ou du tissu cellulaire sous-cutané , et n'ayant avec la tumeur principale aucune communication directe. J'hésite à ranger les tubercules cancéreux parmi les cancers par infection, parce qu'ils se produisent le plus souvent avant la nianifestation de l'infection générale : je suis porté à les considérer comme de même nature que les cancers primitifs, à les faire dépendre de la même cause générale et inconnue qui préside à la formation de ces derniers. Je reviendrai, du reste, sur ce point. Ceux qui n'adoptent pas mon opinion doivent mettre la peau au nombre des organes qui ont de la tendance à devenir le siège des cancers par infection.

On peut dire que ces derniers se manifestent rarement dans les autres parties du corps. Je ne veux pas dire par là qu'il soit rare d'en trouver dans les organes autres que le foie, les os, les poumons et les ganglions lymphatiques; je dis seulement que cela est rare pour chacun d'eux en particulier.

Sous ce point de vue, on peut encore établir une distinction entre les parties où les cancers par infection sont rares, et celles où ils sont très rares.

Ils ne sont que rares dans la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané, absti action faite, bien entendu, des tubercules disséminés dont je viens de parler ; dans les atmosphères celluleuses des organes, dans les couches de tissu cellulaire qui doublent les séreuses: j'en ai trouvé plusieurs fois dans chacune de ces parties.

Ils sont très rares dans le reste de l'économie. Je n'en ai vu que deux fois dans les muscles; une seule fois dans la rate, dans le rein où ils étaient multiples; une seule fois encore dans l'utérus, dans la mamelle, dans le cerveau, dans l'ovaire, dans le cœur, dans le rectum, dans la vessie (ce dernier cas était même très douteux). Enfin, je n'en ai vu aucun exemple dans le tube

DU CAPvCEK. 701

digestif, le rectum excepté, ni dans les glandes salivaires, ni dans le pancréas, ni dans la langue, ni dans la prostate, ni dans le testicule, ni dans l'orbite; etje remarque encore une fois que, parmi ces derniers organes où les cancers par infection sont si exceptionnels, il en est plusieurs qui sont, au contraire, très fréquemment le siège de cancers primitifs.

Lorsqu'il existe des cancers par infection dans les organes où ils sont rares, on en trouve j)resque toujours en même temps dans le foie, ou dans les os, ou dans le poumon, ou dans les ganglions lymphatiques.

11 est intéressant de chercher quels sont les cancers les plus infestants, c'est-à-dire ceux qui donnent le plus souvent naissance à des cancers par infection. J'ai réuni les matériaux que je possède à ceux que M. Lebert a bien voulu me communiquer. Je n'ai fait entrer en ligne de compte que les cancers dont la marche n'avait pas été entravée par un traitement chirurgical. Je n'ai donc eu à ma disposition que des faits peu nombreux, et je ne donne mes résultats qu'avec une certaine réserve.

S'il était permis de tirer quelques conclusionsd'un chiffre très faible, je placerais le cancer de la peau en première ligne. Le cancer véritable de la peau est très rare ; les tumeurs qu'on a décrites sous ce nom sont pour la plupart épithéliales ou cancroïdes. M. Lebertne possède que i autopsies d'individus atteints de cancers primitifs de la peau; dans les cas, il y avait des cancers par infection. Je n'en conclus rien, mais cela constitue du moins une forte présomption ; cela permet de placer les cancers de la peau au nombre des plus infestants.

Les cancers des os sont très infestants encore. Sur 13 autopsies faites par M. Lebert, 10 cas; sur 5 autres qui me sont propres, 3 cas: total, 13 cas sur 18, ou 78 p. 100. Il est même probable que cela est plus fréquent encore. En effet, je dirai plus loin que les cancers par infection, suite de cancer des os,

7C2 AJNATOMIE PATHOLOGIQUE

ont très souvent leur siège dans le système osseux. Or il est rare qu'à l'autopsie l'étude des os soit faite d'une manière complète à l'aide de coupes longitudinales. Un cancer renfermé dans l'intérieur d'un os, et non encore accompagné de tumeurs extérieures, a beaucoup de chances de passer inaperçu.

Les cancers du foie sont encore très souvent la cause de cancers multiples. Il est rare de trouver un cancer du foie complètement seul. Pour ma part, j'ai toujours vu plusieurs tumeurs cancéreuses dans cette glande, même lorsqu'il n'y avait pas d'autre cancer dans ie reste de l'économie ; et comme alors, parmi ces tumeurs hépatiques, il y en avait presque toujours une plus volumineuse que les autres, on pourrait se demander si les petites n'étaient pas des cancers par infection. Je n'adopte point cette manière de voir; je pourrais répéter ici ce que j'ai dit à l'occasion des tubercules squirrheux disséminés autour des cancers de la mamelle; je crois que ces petits cancers sont souvent produits, indépendamment de la tumeur primitive, par îa continuation de la cause générale qui a présidé a la formation de cette dernière. Je fais donc abstraction des cancers multiples qui se développent dans la substance même du foie, et, malgré cette élimination, je trouve encore que sur 32 individus morts des suites d'un cancer primitif du foie, 22, c'est-à-dire 73 p. 100, ont présenté des cancers multiples par infection dans les autres organes (os, poumons, ovaires, cœur, etc.). Le cancer du foie est donc très infestant.

Le cancer de la mamelle l'est presque autant que celui du foie. En réunissant mes résultats à ceux de M. Lebert, j'arrive à une moyenne de 70 p. 100.

Lecancerdel'estomac vient immédiatement après ; les cancers par infection l'accompagnent dans la proportion de 60 p. 100.

Le cancer du testicule et celui de l'utérus m'ont donné l'un et l'autre la proportion de 33 p. 100.

Quant aux cancers des autres organes, ils m'ont paru produire les cancers par infection dans une proportion à peu près égale à la précédente. Je n'en possède pas assez d'observations pour pouvoir en faire un relevé acceptable. Je m'exposerais à donner des moyennes entièrement fausses.

Certains cancers déterminent de préférence les cancers par infection dans certains organes. Ainsi, par exemple, lorsqu'un cancer primitif de l'estomac, des intestins ou de l'épiploon, donne lieu à des cancers par infection , on est à peu près certain de voir figurer le foie au nombre des organes infestés. Celte circoîistance n'a jamais manqué dans les autopsies que j'ai faites; M. Lebert l'a notée comme moi, et Walshel'a signalée aussi, du moins pour le cancer de l'estoniac (1). Ce dernier auteur s'efforce d'expliquer celte coïncidence, en disant que c'est parce que les organes sont contenus dans la même cavité splanchnique (2); mais je déclare que je ne considère pas cela comme une explication.

De même, le cancer primitif des os a plus de tendance à produire des cancers par infection dans le système osseux que partout ailleurs. Ainsi, sur mes 13 cas de cancer par infection, à la suite du cancer primitif des os, j'en trouve 11 dans lesquels les tumeurs multiples s'étaient surtout développées dans l'épaisseur des parties dures, et, sur ces 1 1 derniers cas, il y en a 5 dans lesquels les cancers par infection existaient exclusivement dans le système osseux.

Je puis donc établir les conclusions suivantes :

1° Les cancers par infection se produisent de préférence dans certains organes.

2' Certains cancers primitifs sont j)lus infestants que certains autres.

(1) Walslie, lac. cit., p. 279.

(2) Loc. cit., j). 113.

704 ANATOMIE PA 1 ilOLOGlQUi:

3" Le siège du cancer primitif exerce quelquefois une influence manifeste sur le siège des cancers par infection.

§ VI. Causes aiiatomiquos de rinfecliou cancéreuse.

Je vais interroger l'anatomie pathologique sur les causes qui déterminent l'infection et sur celles qui produisent les cancers à distance. Ici les recherches cadavèi iques sont insufllsantes, l'induction devient nécessaire, et quoiqu'il m'en coûte d'abandonner pour un instant le terrain de l'anatomie, je serai obligé d'empiéter un peu sur la pathologie.

Les auteurs qui ont écrit sur la nature des maladies cancéreuses ont émis deux doctrines diamétralement opposées. Les uns considèrent le mal comme une altération primitivement locale, qui agit plus tard sur l'économie; les autres pensent, au contraire, que la maladie, primitivement générale, se localise ensuite dans certains organes. 11 y a un monde entre ces deux idées, au point de vue du pronostic et surtout au point de vue du traitement.

Pour les premiers, la tumeur prinîitive est le point de départ de l'infection ; si l'on réussit à l'enlever à temps, l'infection devient impossible, et les malades sont guéi is. Pour les autres, l'état général donne lieu à la formation de toutes les tumeurs que nous avons étudiées : cancer primitif, cancers successifs, cancers multiples à dislance; il va toujours en croissant, et il arrive un moment où il devient tellement grave, qu'il mérite le nom de cachexie cancéreuse. Le sang est, depuis le commencement jusqu'à la fin, le théâtre piineipal delà maladie. L'opération n'offre aucune ressource ; loin de là, peut-être accélèret-elle la marche du mal, en privant l'économie d'une tumeur qui est une espèce d'émonctoire pour la matière cancéreuse du sang.

Chacune de ces doctrines coutradictoires repose sur des faits

inattaquables; il me semble que la vérité est entre elles deux.

Ainsi, c'est en vain qu'on nierait l'existence d'une prédisposition générale antérieure à la formation de la tumeurprimilive. Qu'on cite tant qu'on voudra des guérisons par l'opération, guérisons que je ne veux pas contester ici, mais qui peut-être ne sont relatives qu'à des pseudo-cancers , il n'en est pas moins vrai qu'après les opérations les plus méthodiques, après les extirpations les plus complètes, le mal récidive souvent, le plus souvent presque toujours.

Rien de pareil n'a lieu pour les affections entièrement locales. Quel que soit le nom qu'on lui donne, cette disposition funeste, impossible à prévoir, impossible à éviter, est l'indice d'un état général qui précède l'apparition du cancer, qui persiste après l'ablation, et qui détermine les récidives comme il a déterminé la première tumeur.

C'est en vain, d'un autre côté, qu'on nierait l'influence malfaisante qu'exerce sur l'économie la présence d'une tumeur cancéreuse. La détérioration de la santé suit en général pas à pas les progrès de la lésion locale. Lorsque le cancer se ramollit, lorsqu'il se propage activement, lorsqu'il atteint les ganglions et les viscères, on voit le plus souvent les forces s'abattre, le sang s'altérer, la nutrition languir, la peau contracter cette teinte terreuse qui ne laisse plus d'espérance.

L'état général qui précède la tumeur est entièrement différent de celui qui la suit : le premier, compatible avec le libre exercice de toutes les fonctions, est tellement inappréciable, qu'il ne peut être admis que par induction; le deuxième, au contraire, frappe la vue, et se manifeste par des symptômes très fâcheux. Que ces deux états soient ou non de môme nature, que le second soit ou non la conséquence directe, la continuation du premier, il est certain qu'ils ne se ressemblent par aucun caractère; que,

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