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pour passer de l'un à l'autre, l'économie doit subir une certaine modification.

On me permettra de citer des exemples: sur des points aussi subtils, qui ne peuvent se baser sur aucun fait matériel, l'analogie devient le seul guide fidèle.

L'infection purulente — qu'on se garde bien de considérer ce mot comme synonyme d'abcès multiples; il y a des abcès multiples sans infection purulente, mais ils ne sont point précédés des phénomènes généraux qui sont la conséquence de la pyohémie, — l'infection purulente, dis-je, est produite par une phlébite qui est plus ou moins facile à constater, mais qu'on retrouve toujours lorsqu'on la cherche suffisamment. Cette phlébite est un accident local, et cependant elle ne se manifeste guère que sous l'influence de certaines conditions inconnues jusqu'ici, mais à coup sûr générales. La phlébite purulente^ sî commune dans les grands hôpitaux (1), et notamment dans certaines salles, est très rare au contraire dans les petits hôpitaux de province, et ne s'observe presque jamais dans la pratique privée. Tout le monde est bien d'accord là-dessus.

C'est-à-dire qu'il faut une certaine prédisposition pour quela»^ phlébite purulente se manifeste.

Puis cet accident local, développé sous une intluence générale, devient le point de départ d'un empoisonnement particulier, d'une infection qui ne pardonne guère. Entre la prédisposition, qui est la cause éloignée de l'infection purulente, et cette infection elle-même, il n'y a aucune ressemblance, aucune analogie quelconque : la première eût pu persister indéfiniment^ sans danger pour le malade, si une circonstance accidentelle ne lui eut donné une occasion d'agir; la seconde, au contraire^ détruit promptement et inévitablement le principe de la vie. De même les recherches des modernes sur l'évolution de \st

(1) Voyez Sédillot, De l'infection purulente, ou Pyoémie. Paris, 18i9, p. 10.

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syphilis, celles de M. Ricord en première ligne, établissent que l'infection syphilitique constitutionnelle est toujours due à un chancre primitif. Mais tous les chancres primitifs ne donnent pas lieu à des accidents secondaires; il y a un grand nombre d'individus chez lesquels ils ne constituent qu'un accident purement local. Ce qui détermine l'innocuité ou la gravité des chancres, ce n'est ni leur siège, ni leur étendue, ni leur nombre ; et il faut bien admettre que cette différence tient à la susceptibilité particulière de certains malades, à une disposition générale préexistante. Encore une fois, cette prédisposition n'a aucune analogie, aucune ressemblance, même éloignée, avec cette intoxication spéciale qu'on désigne sous le nom de vérole constitutionnelle.

Je pourrais citer plusieurs autres exemples ; ceux-ci suffisent pour montrer qu'il n'est pas rare, en pathologie, de voir un accident local donner naissance à un empoisonnement qui mérite le nom d'infection, à la faveur d'une prédisposition générale bien différente de l'infection elle-même.

Ainsi donc, j'emploierai des mots différents pourdésigner ces deux états, tout à fait distincts l'un de l'autre, dont l'un précède, dont l'autre suit l'apparition du cancer priiiîitif. A l'un, qui est un être de raison, je donnerai le nom de diathèse cancéreuse ((^Laôviciç, cUsposîlio); à l'autre, qui se manifeste par des signes non équivoques, j'appliquerai celui d'infection cancéreuse. La diathèse ne produit pas directement l'infection, mais elle donne lieu a la tumeur primitive, et celle-ci plus tard empoisonne l'économie. La tumeur cancéreuse est, pour ainsi dire, le trait d'union entre la diathèse et l'infection générale.

Pour ne pas interrompre l'exposition de mon sujet, je n'ai réfuté qu'en passant, et à l'aide d'arguments purement cliniques, l'opinion de ceux qui n'établissent aucune différence entre l'infection et la diathèse, et qui considèrent toutes les tumeurs, primitives ou secondaires, comme des manifestations successives

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d'un même état général. Il est nécessaire, pour compléter cette réfutation, d'examiner la valeur des preuves anatomiqucs sur lesquelles on s'est efforcé de baser cette doctrine.

J'ai dit, en parlant des lésions de la circulation veineuse, que des masses flottantes de matière encéphaloïde se trouvent quelquefois dans la cavité des veine,'?, chez les individus qui succombent aux progrès du cancer. Ce fait, que j'ai analysé et expliqué, avait été constaté avant qu'on connût le mécanisme de la destruction des veines (l). Il était donc naturel, dans l'origine, de considérer ces productions libres de toute adhérence, et contenues dans des veines non altérées, comme des cancers développés dans le sang. Telle fut l'opinion de M.Velpeau, qui, dans un mémoire que j'ai déjà eu occasion de citer, étudiapour lapremière fois ces prétendus cancers du sang d'une manière sérieuse. M. Andral accepta cette explication avec une légère variante. Il pensa que les cancers flottants se formaient aux dépens de la fibrine. De même que, dans le développement des tumeurs cancéreuses, la fibrine du sang, épanchée par exhalation dansl'épaisseur des tissus, s'organise et se transforme en cancer; ainsi, cette môme fibrine, encore contenue dans le sang, pourraitsechanger enmatière encéphaloïde, chezles individus atteintsdelacachexie cancéreuse.

Carswell a repris cette hypothèse, l'a développée, et l'a érigée en corps de doctrine (2). Suivant lui, avant l'apparition de la première tumeur, les éléments du cancer existeraient toujours dans le sang; ils ne se déposeraient que plus tard, molécule à molécule, dans le parenchyme des organes, donnant naissance successivement à toutes les tumeurs, primitives ou secondaires, que nous avons décrites.

(1) Langsliiiï en rapporta un exrmplo dans Med.-c/iir. l'i'onsacf tons. Lom\ou , If'iM , vol. Vin, p. 286. Lobstoin en cile un autre cas qu'il emprunte à une ilièse de M. Eug. Cailliot, publiée en 1823. (Voy. Lobstein, Anatornie pathologique, t. I, ]>. hZh.)

(2) The Cyclopa-dia of procl. vied., article Sciimiius, i83Zi.

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Cette doctrine est appuyée sur un fait unique et mal interprété, sur l'existence des cancers intra-vasculaires. J'ai déjà étudié l'origine et la formation de ces cancers {voy. p. 604- à 616); j'ai prouvé, par les observations qui me sont propres et par celles qui sont consignées dans la science, que ces prétendus cancers du sang se forment hors des vaisseaux et pénètrent secondairement dans les veines. Je répèle encore que jusqu'ici rien ne permet de leur attribuer une autre origine ; on ne les a jamais constatés chez des individus non affectés de cancers exlra-vasculaires; on ne les a jamais rencontrés dans des veines indépendantes de la circulation des tumeurs cancéreuses; on ne les a jamais vus que dans les cas de tumeurs encéphaloïdes très molles et très avancées dans leur développement. Or si les cancers flottants prenaient directement naissance dans le sang veineux, on devrait les trouver indistinctement dans toutes les veines du corps, à toutesles périodes de la maladie et dans toutes les formes du cancer; on déviait sui tout fréquemment les observer chez des individus exempts de toute tumeur extra-vasculaire, car, si les molécules cancéreuses se formaient primitivement dans le sang, elles auraient bien plus de tendance à se réunir en masse dans les vaisseaux, qu'à subir une filtration incompréhensible pour se déposer dans l'épaisseur des tissus.

Il n'en est rien : les partisans de la doctrine que j'attaque n'ont cité aucun fait de ce genre. Carswell lui-même se contente de dire qu'il en connaît quelques exemples, mais il ne donne aucun détail, aucune description, aucune observation; il parle d'après ses souvenirs. Cela ne suffît pas pour faire de la science exacte; cela ne suffît pas surtout pour établir une doctrine qui est en contradiction avec ce qui a été vu par tous les autres observateurs. J'accepte si l'on veut que Carswell ait réellement trouvé dans les veines, en l'absence de toute tumeur cancéreuse apparente, des masses molles, blanches, et ressemblant à de la

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matière encéphaloïde. Cela a-t-il la moindre valeur pour nous qui avons vu de simples caillots décolorés simuler des masses cancéreuses flottatites; pour nouscjui, malgré les progrès récents de l'anatomie pathologique, n'oserions pas nous prononcer en pareil cas sans le secours du microscope? Accordons encore que l'œil exercé de Carswell n'ait commis aucune erreur, que ses masses intra-veineuses fussent de véritables cancers; qui nous dit que ces cancers se fussent développés dans le sang? Les veines furent-elles disséquées, fendues, examinées avec soin dans toute leur longueur? les os furent-ils soumis à des coupes multipliées? En l'absence de toute tumeur apparente, Carswell cher- €ha-t-il scrupuleusement des cancers exlra-vasculaires dans tous les tissus de l'économie? 11 est permis d'affirmer que non; s'il Feut fait, il n'eût pas manqué de le dire.

Mais allons plus loin encore : acceptons sans arrière-pensée les assertions de Carswell ; donnons à ces assertions la valeur que pourraient avoir des observations complètes; pour ne pas engager l'avenir, supposons que, plus tard, d'autres observateurs trouvent des faits semblables. Que résultera-t-il de toutes ces concessions?

Il en résultera que, dans des circonstances exceptionnelles, ies masses cancéreuses peuvent se former dans le sang ; il n'en résultera pas que les tumeurs extra-vasculaires aient la même origine. Et après tant de sacrifices faits par le raisonnement à Timagination, la doctrine de Carswell n'en restera pas moins une hypothèse pure, qui aura de plus le malheur de ne rien expliquer.

Par quel singulier caprice les invisibles matériaux du cancer, sprès s'être produits dans le sang, se déposeraient-ils précisément en certains points, pour former des tumeurs circonscrites? Nedevraient-ils pas s'arrêter uniformémentdanstousles vaisseaux capillaires du corps? Nous, qui nous bornons à accepter la tumeur

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comme un fait, et à l'étudier comme telle, nous ne sommes pas obligés d'expliquer pourquoi elle paraîtdans tel organe plutôt que dans tel autre; mais ceux qui veulent remonter plus haut, ceux qui donnent à îatumeur une origine toute mécanique, sont tenus de nous faire comprendre le mécanisme de cette origine.

Parque! caprice plus singulier encore ces matériaux cancéreux, développés dans le sang sous forme moléculaire, entraînés par la circulation et battus avec les globules, s'attireraient-ils el se juxlaposeraient-ils pour constituer les cancers intra-veineux? Pourquoi cet assemblage ne se ferait-il que dans les veines? Est-ce parce que ces matériaux n'existent que dans le sang veineux? Mais il y en a aussi dans les artères, puisque ce sont le^ artères qui les déposent dans les organes. Est-ce par ce que le contact d'une paroi veineuse exerce sur cette attraction des molécules cancéreuses une espèce d'action catalylique ? Vhypoihèse de Carsv^eli ne pourrait donc subsister qu'en invoquant une seconde hypothèse, llnelui reste même pas cette ressource. 11 y® un vaisseau dont les parois sont artérielles, et dans lequel cependant les masses cancéreuses flottantes se rencontrent assez souvent. Ce vaisseau c'est l'artère pulmonaire. M. Andral y ê. trouvé deux fois de la matière encéphaloïde, et j'ai cité plus haut deux observations analogues de Langenbeck (i). Ainsi, en sacrifiant les faits qui existent, en imaginant les éventualités les plus douteuses, en torturant la logique, on arrive à tout contredire et à ne rien expliquer.

J'ai dû combattre énergiquement cette doctrine de Carswell, qui entraînerait dans la pratique des résultats déplorables, qui ouvrirait la porte aux médications empiriques, et qui désarmerait le chirurgien. L'infection cancéreuse n'est point primitive; elle est toute différente de la diathèse cancéreuse; elle estcon-

(1) Voyez plus haut p. 613.

sécutive au développement de la tumeur locale; elle peut être empêchée par une opération pratiquée à temps. L'opération ne guérit pas la diathèse; elle ne prévient pas les récidives, mais elle recule l'infection et prolonge la vie des malades.

En déclarant que j'ignore en quoi consiste cette modification générale de l'économie, que j'appelle diathèse cancéreuse, je renonce par là même à résoudre les questions suivantes : Comment agit cette diathèse? En vertu de quelle cause, par quel mécanisme détermine-t-elle un travail local qui abouti ta la Ibrmation d'une tumeur? a-t-elle besoin pour cela d'une cause occasionnelle? Pourquoi exerce-t-elle son influence sur tel organe plutôt que sur tel autre? Pourquoi, lorsqu'un premier cancer a été enlevé, continue-t-elle à agir de préférence sur le même organe ou très près de lui, de manière à rendre si fréquentes les récidives sur place? Toutes ces questions me paraissent pour longtemps insolubles.

Pourrons-nous du moins nous rendre compte des relations qui existent entre le cancer primitif el ia manifestation de l'infection cancéreuse? Pour être basée sur quelques faits matériels, pour être appuj'ée sur de frappantes analogies, la solution de ce problème n'en est pas moins entourée d'une gi"ande obscurité.

Quelques auteurs ont méconnu la spécificité de l'infection cancéreuse. L'état général qui se manifeste tôt ou tard, et qui entraîne la mort des malades, a été considéré comme la conséquence de l'interminable suppuration et des hémorrhagies répétées qui se produisent à la surface des cancers ulcérés. Sans être aussi exclusif, Richerand a attribué l'infection à l'absorption de l'ichor cancéreux (1). Il n'y a qu'unfi seule chose à répondre à

(1) Ilicherand, Nosographic chirufcjicolc, \ '" éuiliuii, 1. 1, Iiilrod. , p. xcvii.

DU CANcrai. 713 ces suppositions : c'est que l'infection se manifeste souvent avant l'ulcération des tumeurs, c'est-à-dire à une époque où il n'y a ni ichor ni Iiémorrhagie. Sans doute , la présence d'un ulcère infect, qui suppure abondamment et donne lieu à des pertes sanguines, détériore l'économie et accélère souvent la mort; mais ce sont là des accidents d'épuisement et de putridité qui n'ont en eux-mêmes rien de spécifique.

Trois ordres d'éléments relient une partie malade à l'ensemble de l'économie. C'est par eux seulement que l'infection peut se faire. Dans le cas particulier du cancer, cela a donné lieu à trois hypothèses. On a chargé successivement de ce triste rôle les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques et les nerfs.

Oui les nerfs! Lobstein, qui attribue le phénomène unique de l'infection à plusieurs causes très dissemblables, a placé le système nerveux au nombre des agents de cette infection, en se basant sur ce fait, que les nerfs qui aboutissent au cancer sont quelquefois altérés (1). C'est une pure fantaisie, et je me garderai bien de la réfuter.

Restent les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux sanguins : il n'est pas facile de se décider entre ces deux ordres de vaisseaux. La théorie indique, en efl'et, qu'ils peuvent, les uns et les autres, verser dans le torrent circulatoire des matériaux puisés dans le sein d'une tumeur ou à sa surface; et des faits bien établis prouvent que, les uns et les autres, ils peuvent charrier de la matière cancéreuse en nature.

Mais d'abord quelle est cette substance délétère qui se mêle au sang et infecte l'économie? Est-elle formée de particules cancéreuses, de noyaux et de cellules fournis par la tumeur à la

§ (1) Lobstein, Anatoniie pathologique, 1829, 1. 1, p. /i05. L'auteur, après avoir cnuméré les cinq voies par les juclks s'opère h propagation du cancer, ajoute : Ces dilïérenls modes de propagation paraissent [ lus que suffisants j our expliquer la diallièse générale. . XVI. 90

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faveur d'une altération des vaisseaux? ou n'est-ce qu'un liquide soluble, susceptible par conséquent d'être absorbé sans lésion des parois vasculaires? En d'autres termes, doit-on rapprocher l'infection cancéreuse de l'infection purulente, ou doit-on la comparer à l'infection putride? Il est permis d'hésiter entre ces deux opinions.

A l'appui de la première on peut invoquer plusieurs arguments très saisissants :

1° Il existe la plus grande analogie entre l'infection purulente et l'infection cancéreuse. Toutes les deux sont la conséquence d'une affection locale qui se développe à la faveur d'une prédisposition générale ; toutes deux constituent un véritable empoisonnement, qui s'accompagne d'une teinte ictérique et qui entraîne la mort; toutes deux déterminent la formation de foyers multiples, composés des mômes matériaux que le foyer primitif. Les expressions d'abcès mélastaliqnes et de cancers métastatiques prouvent que cette dernière analogie a frappé depuis longtemps l'esprit des médecins. Purulentes ou cancéreuses, les tumeurs multiples qui résultent de l'infection affectent, dans les deux cas, une prédilection marquée pour les mêmes organes. Le foie et le poumon en sont le siège le plus fréquent, et il est digne de remarque que les cancers par infection, comme les abcès dus à une cause analogue, sont situés le plus souvent à la surface de ces deux organes.

2" De même que, dans l'infection purulente, on trouve toujours la phlébite locale qui en a été la cause déterminante, de même, dans l'infection cancéreuse, on trouve souvent la lésion veineuse qui a permis au cancer de s'introduire dans le système vasculaire; si on ne la trouve pas toujours, cela ne doit pas nous étonner, car l'infection cancéreuse laisse vivre les malades beaucoup plus longtemps que l'infection purulente, et il est clair qu'après avoir d'abord perforé une veine, le cancer, par ses pro-

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grès ultérieurs, doit plus tard la détruire complètement, la remplacer, la rendre introuvable.

3" Les arguments sur lesquels se base la doctrine de l'infection purulente sont donc applicables à la doctrine analogue de l'infection cancéreuse ; mais, de plus, celle-ci peut invoquer une preuve plus directe. Tandis que le pus en nature, flottant dans le sang, n'a pu être encore découvert dans l'infection purulente (1), on trouve au contraire quelquefois, dans les canaux veineux, des masses cancéreuses libres ; celles-ci proviennent positivement, nous l'avons démontré, d'une tumeur cancéreuse extravasculaire qui a détruit une veine et fait invasion dans son canal. Il résulte même de l'observation déjà citée de M. Andral (2), que les éléments microscopiques du cancer peuvent se disséminer au milieu des globules de sang et circuler avec eux. Que ces molécules microscopiques, au contact de l'oxygène du sang, soient promptement détruites, cela est plus que probable ; les globules de pus qu'on injecte dans les veines des animaux y ^ sont détruits plus promptement encore, car on ne les retrouve pas au bout de douze heures. Il est donc rare que le microscope montre dans le sang les éléments spécifiques du cancer à l'état de liberté, parce que l'introduction de ces éléments ne se fait qu'à certaines époques, au moment où les diverses veines sont envahies. Si les malades succombent très peu de temps après l'une de ces époques, les cellules et les noyaux, non encore détruits peuvent être retrouvés au milieu des globules de sang : un peu plus tard, ils auraient disparu.

(1) On a trouvé quelquefois clans le sang des caillots blancs friables, décolorés, composés de fibrine et de lymphe plastique ; ces caillots paraissent provenir d'une phlébite voisine ; ils semblent avoir été refoulés et détachés de la veine enflammée au moment ou l'abcès intraveineux s'est ouvert dans la veine adjacente ; tout cela permet de croire que le pus a été versé dans le sang. iMais le pus en nature n'a pas encore été retrouvé dans le liquide sanguin.

(2) Voyez plus haut p. 677-679.

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Quant aux masses cancéreuses détachées en bloc et entraînées au loin, elles peuvent continuer non seulement à vivre, mais encore à s'accroître. îl faut pour cela qu'elles aient un certain volume, une certaine consistance; qu'elles s'entourent promplement d'un caillot protecteur. Mais je ne doute pas que ces masses ne soient souvent dissociées, battues dans le sang, et que leurs éléments isolés ne puissent alors se détruire aussi.

En admettant par conséquent que l'infection cancéreuse soit due à l'introduction du cancer dans le sang à travers des parois veineuses défoncées, il est clair que les éléments du cancer ne devraient se retrouver dans le sang qu'à la faveur de certaines conditions qui manquent le plus souvent. De ce qu'on ne retrouve pas constamment ces éléments, on n'a donc pas le droit d'en conclure qu'ils ne sont pas constamment introduits dans le torrent circulatoire.

Les matériaux qui résultent de l'inévitable décomposition des cellules cancéreuses dissociées dans le sang seraient la cause de l'infection cancéreuse, comme les matériaux qui résultent de la décomposition des globules de pus mis en circulation sont la cause de l'infection purulente.

Ainsi la théorie qui ferait dépendre l'infection cancéreuse de l'introduction en nature, dans le sang, des éléments spécifiques du cancer, est entourée d'un grand nombre de probabilités, appuyée sur de belles analogies, basée sur des faits très certains.

D'un autre côté, ceux qui attribuent l'infection cancéreuse à l'absorption des matériaux solubles de la tumeur primitive peuvent dire :

1° L'analogie entre l'infection cancéreuse et l'infection purulente, suite de phlébite, n'est pas aussi complète qu'on pourrait le croire. Dans le premier cas, en effet, la paroi veineuse est détruite par le cancer extérieur ; elle ne fournit rien, elle est

passive; dans le deuxième cas, au contraire, elle est conservée; elle verse dans le canal vasculaire le produit de sa sécrétion inflammatoire: elle est active.

2° La désorganisation des parois veineuses ne peut pas toujours se constater. Il arrive très souvent , lorsqu'une veine est détruite, qu'une compression préalable intercepte le cours du sang, efface le canal vasculaire, et refuse l'entrée au cancer; il est même assez rare qu'on puisse trouver dans le sang veineux les éléments agglomérés ou dissociés du cancer. En un mot, l'introduction en nature de la matière cancéreuse dans la cavité des veines ne peut, dans l'état actuel de la science, être considérée que comme un fait accidentel, et on ne peut faire dépendre d'un accident un phénomène aussi constant que l'infection.

3" Au contraire, l'absorption des matières solubles étant inévitable, la constance de l'infection cancéreuse se comprendrait très bien par ce mécanisme.

S'il fallait choisir entre ces deux manières de voir, je ne cache pas que j'inclinerais pour la première. La seule objection réelle qu'on lui ait faite est la suivante : Pourquoi l'infection cancéreuse a-t-elle inévitablement lieu, tandis que la matière cancéreuse ne se trouve dans le sang que par exception? Voici ma réponse :

Oui l'existence, dans l'intérieur des veines, d'une masse flottante de matière encéphaloïde est une exception. 11 faut, pour que cela ait lieu, qu'une veine soit défoncée sur un de ses côtés, qu'un champignon intraveineux se produise et soit emporté par le courant circulatoire, ou encore qu'un bouchon intraveineux se prolonge jusqu'à la veine supérieure, et soit brisé parle choc du sang. Cela n'est possible que lorsqu'une tumeur très molle rencontre une veine très grosse; cela ne peut se produire que rarement.

Mais ce qui a lieu constamment, c'est la destruction succès-

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sive des veines péri-cancéreuses , destruction qui devient inévitable tôt ou tard, à mesure que la tumeur s'accroît et les emprisonne. Or n'oublions pas ce que nous avons dit plus haut aune autre occasion (p. 618). La destruction des veines peut se faire par deux mécanismes : 1" A la suite d'une compression suffisante pour aplatir le vaisseau et y arrêter le cours du sang: la matière cancéreuse prend alors la place de la veine sans faire irruption dans sa cavité; 2" par la perforation pure et simple de la veine dont la paroi défoncée laisse pénétrer le cancer. Dans ce dernier cas, il arrive toujours un moment où la substance hétéromorphe vient se mettre en contact direct avec le sang, soit dans la veine altérée, soit dans une veine voisine.

Le premier mécanisme a plus de chances de se produire lorsque la tumeur est dure et agit sur une veine petite; le second est ordinaire lorsque la tumeur est molle et attaque une grosse veine.

Dans le phénomène constant de la destruction des veines, il peut donc se faire que le cancer entre ou n'entre pas en contact avec le sang; tant que la tumeur est dure dans ses couches superficielles, il y a plus de probabilités pour que ce contact n'ait pas lieu; mais à mesure que des parties plus molles se forment à sa surface, les probabilités deviennent inverses.

Si chaque cancer ne détruisait qu'une seule veine, il est clair que ce contact entre le sang et les éléments hétéromorphes devrait manquer fréquemment; mais la même tumeur cancéreuse détruit successivement, et à toutes les époques, un grand nombre de veines. Lorsqu'elle s'accroît, les parties nouvellement formées sont de plus en plus molles ; lorsqu'elle oblitère certaines veines, celles qui survivent se dilatent de plus en plus. Par conséquent, les deux conditions qui favorisent le contact entre le sang et la matière cancéreuse, c'est-à-dire la mollesse de la tumeur et la grosseur des veines, deviennent chaque jour

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plus prononcées. De sorte que, tôt ou tard. la substance hétéromorphedoit, en nature, baigner dans le sang veineux.

C'est-à-dire que le cancer se trouve alors parvenu à une surface libre ; dès lors son ulcération est inévitable, j'emploie ce mot à dessein : c'est un phénomène absolument semblable à celui qui se passe quand le cancer a désorganisé la peau ou une muqueuse. Lorsque le derme est détruit, les cellules et les noyaux n'étant plus emprisonnés s'écoulent à l'extérieur; de même, lorsque toute l'épaisseur de la paroi veineuse a fait place au cancer, les éléments microscopiques tombent dans le sang et sont emportés par lui. La matière cancéreuse est entraînée molécule à molécule; cette fonte s'opère d'une manière incessante, et, jusqu'au moment où la destruction de la veine est complète, chaque jour, chaque heure, chaque minute voit de nouveaux noyaux, de nouvelles cellules entrer directement dans le torrent circulatoire.

En admettant que l'infection cancéreuse soit l'effet de la pénétration du cancer dans le sang, on voii donc (jue cette infection doit se produire tantôt plus tôt, tantôt plus tard, mais doit se produire toujours. Les conditions qui s'opposent à cette pénétration se rencontrent dans les tumeurs commençantes ; elles persistent plus longtemps dans les tumeurs dures que dans les autres, exception faite du cancer colloïde qui, malgré sa grande mollesse, ne détruit les tissus qu'avec une lenteur extrême. Cela ne concorde-l-il pas avec les résultats de l'observation clinique? Tout le monde ne sait-il pas que l'infection cancéreuse ne se produit qu'un certain temps après le début des tumeurs? Dans le cas particulier du cancer de la mamelle, je ne l'ai jamais vue se manifester avant que la tumeur fût devenue adhérente, c'est-à-dire avant qu'elle eût commencé à se propager et à détruire des veines. Tout le monde ne sait-il pas encore que cette infection est tardive dans le cancer colloïde? Qu'elle est plus

prompte dans l'encéphaloïde que dans le squirrhe, à moins que l'encéphaloïde ne soit enkysté? Tout le monde ne sait-il pas enfin, que dans l'encéphaloïde enkysté, l infection n'a lieu que fort lard lorsque le kyste est détruit, lorsque le cancer rencontre dans les parois de ce kyste les veines nombreuses et volumineuses que nous y avons reconnues?

Ainsi l'opinion qui assimile l'infection cancéreuse à l'infection purulente se base sur de puissantes analogies.

Elle s'appuie sur des preuves anatomiques directes.

Elle est très compatible avec les faits qui ont été invoqués contre elle.

Elle rend compte de la constance de l'infection cancéreuse.

Elle explique enfin, et elle explique seule, pourquoi cette infection a lieu à des époques si variables, dans les diverses formes du cancer.

Voilà pourquoi je lui donne la préférence sur l'autre.

J'admets donc, mais avec la plus grande réserve, que l'infection cancéreuse est due à l'introduction des éléments anatomiques du cancer dans le torrent circulaloire.

La démonstration que je me suis efforcé d'en donner a établi un autre point : c'est que ce sont les veiues qui généralisent la maladie cancéreuse. Mais est-ce là la seule voie d'infection? Les lymphatiques ne peuvent-ils pas contribuer pour leur part à amener celte terrible phase de la maladie? Je n'ose affirmer ni le pour ni le contre.

La structure des parois lymphatiques étant absolument la même que celle des parois veineuses, il estcertain que le cancer doit s'y comporter de la môme manière. J'ai dit, en parlant des cancers successifs, que la substance cancéreuse peut se retrouver dans les vaisseaux lymphatiques, et c'est au transport de cette substance que j'ai rapporté la formation si fréquente des engorgements cancéreux ganglionnaires. H est difficile, il est vrai, à cause

de la petitesse de ces vaisseaux, de prendre ici la nature sur le fait comme j'ai pu le faire pour les veines ; mais les preuves indirectes ne m'ont pas manqué, et toutes les probabilités sont en faveur de ma manière de voir.

Quel que soit, du reste, le mode de pénétration du cancer dans les lymphatiques, il est incontestable que cette pénétration a lieu. Chaque ganglion intercepte pour un temps le passage des cellules et des noyaux jusqu'au moment où, par un mécanisme que j'ai indiqué, ce ganglion envoie des éléments hétéromorphes dans le ganglion qui lui est immédiatement supérieur. Ce- • lui-ci se comporte à son tour de la même manière, et il peut se faire qu'à la fin la substance du cancer parvienne jusque dans le canal thoracique. Astley Cooper, Hourmann, M. Andral et plusieurs autres, ont trouvé de la matière cancéreuse dans ce canal, dont les parois étaient cependant parfaitement saines. 11 est évident, par conséquent, que le sang peut recevoir du cancer en nature par la voie des lymphatiques ; il me paraît certain que cela a eu lieu quelquefois. Mais je soutiens que l'infection n'est produite qu'exceptionnellement parce mécanisme.

Toutes les fois, en effet, que la matière cancéreuse parvient à un ganglion, elle y laisse des traces de son passage ; le ganglion s'engorge et devient cancéreux.

Or il arrive souvent que l'infection se produit avant l'apparition des cancers successifs; j'ai vu deux malades présenter des cancers multiples et succomber à l'infection cancéreuse, en l'absence de tout engorgement ganglionnaire. Dans les cas de ce genre, il est clair que l'infection n'a pas eu lieu par la voie des lymphatiques.

Les engorgements ganglionnaires sont, il est vrai, la règle la plus ordinaire. Mais, en admettant qu'ils fussent constants, cela ne suffirait pas pour expliquer la constance de l'infection. Pour que la matière cancéreuse arrive dans le sang par la voie des

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