‹ Anatomie pathologique du cancer [electronic resource]Chapitre 30 sur 37 · XVI · texte numérisé non relu

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contre dans une foule de produits non cancéreux, et de tissus normaux.

Entre ces stries jaunâtres et opaques se trouvent interceptés des intervalles variables. 11 ne faut pas croire que la substance qui remplit ces intervalles soit du suc cancéreux pur de tout mélange : cette substance est demi-transparente , comme lardacée ; elle semble homogène au premier abord, mais si on la soumet à une macération de quelques jours , ou à un jet d'eau longtemps prolongé, on voit bientôt que , malgré son homogénéité apparente, elle se compose en réalité de deux parties : 1" d'une trame transparente formée par de minces cloisons de tissu cellulaire, entrecroisées en tout sens, et interceptant de petites aréoles ; 2° d'un suc remplissant ces aréoles : c'est dans ce suc que se trouvent les éléments spécifiques du cancer. On se procure aisément ce suc. Il suffît de faire une coupe de la tumeur; si l'on se contente de comprimer, il peut très bien se faire qu'on n'obtienne qu'un liquide albumineux presque transparent; mais si l'on gratte la coupe avec un mauvais scalpel, on obtient un suc lactescent.

Or, c'est précisément là la composition exacte de l'encéphaloïde cru; c'est là sa consistance lardacée et sa demi-transparence : le squirrhe n'est donc autre chose qu'un squelette fibreux, dans lequel est infiltrée, pour ainsi dire, la substance de l'encéphaloïde cru. Certes, s'il était besoin d'une nouvelle preuve pour établir l'identité de nature entre le squirrhe et l'encéphaloïde , ce fait d'observation directe, d'observation à l'œil nu, suffirait pour lever définitivement les doutes.

Qu'on suppose par la pensée un grand nombre de petits fragments d'encéphaloïdes crus, rapprochés, les uns des autres en une seule masse et séparés par des cloisons fibreuses, on aura un squirrhe. Mais remarquons que chacune de ces petites massi's encéphaloïdes se trouve emprisonnée dans un kyste fi-

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breux très fort : toutes les modifications que l'enkystement imprime à l'encéphaloïde devront se retrouver ici à un très haut degré : maixhe lente, propagation difficile, ulcération tardive, innocuité prolongée, etc. Ne voit-on pas que tous ces caractères sont précisément ceux du squirrhe, et que l'étude anatomique, jointe à l'induction physiologique, vient encore une fois s'accorder avec l'observation clinique?

Nous n'avons que bien peu de chose à ajouter sur l'évolution des tumeurs squirrheuses : ces tumeurs sont en général assez petites ; cependant j'en ai vu quelques unes qui atteignaient des dimensions très notables ; mais alors la tumeur en s'accroissant avait perdu vers sa périphérie une grande partie de sa consistance première.

Le squirrhe s'accroît toujours avec lenteur. Il est susceptible de rester stationnaire pendant quelque temps. On l'a même vu quelquefois diminuer spontanément de volume; mais cette diminution n'est jamais que momentanée , et tout le monde reconnaît que les cancers a trophiques sont au moins aussi graves que les autres.

Ces cancers atrophiques ont surtout été signalés dans les mamelles. Ils sont beaucoup moins fréquents qu'on ne pourrait le croire. Le phénomène de la rétraction du mamelon n'est point dû, en effet, à une diminution de volume; il est dû, au contraire, à l'accroissement de la tumeur. La peau est soulevée de tout côté par cet accroissement , tandis que le mamelon est maintenu en place par la résistance des conduits galactophores.

Quelquefois encore on trouve que la mamelle atteinte de squirrhe est, somme toute , moins volumineuse que la mamelle opposée ; mais cela ne prouve pointque le cancer soitatrophique. Développé dans un lobe de la glande mammaire, le squirrhe peut exercer une compression mécanique sur le reste de cette glande

OU sur les vaisseaux qui vont s'y rendre ; une atrophie se produit alors, non point dans la partie cancéreuse, mais dans la partie non cancéreuse de la mamelle. Pour pouvoir affirmer que la tumeur proprement dite est réellement atrophique, il faut que le chirurgien l'observe lui-même pendant longtemps, et qu'il la mesure scrupuleusement à diverses époques, au lieu de s'en rapporter seulement aux narrations des malades.

Il paraît certain toutefois que , dans quelques cas rares , la diminution a pu porter sur la masse même de la tumeur. Je n'en ai point vu d'exemple par moi-même, niais j'ai entendu M. Cruveilhier dire dans son cours que toujours alors la tumeur est un squirrhe diffus. L'altération cancéreuse est-elle donc susceptible de perdre un peu de terrain? J'hésite beaucoup à l'admettre. Si une cause locale ou générale pouvait faire résorber une partie du produit hétéromorphe , il devrait se produire quelquefois des résorptions complètes ; or tous les auteurs qui ont parlé de cancers atrophiques ont reconnu qu'ils sont aussi implacables que les autres.

Sans vouloir me raidir contre des faits que je n'ai point vus, je puis néanmoins chercher à m'en rendre compte. Je trouve deux manières d'expliquer ces diminutions de volume si exceptionnelles et si passagères.

En premier lieu, on n'a pas oublié ces productions homœomorphes, d'origine inflammatoire, qui se développent autour de certaines tumeurs, et font pour ainsi dire corps avec elle. L'examen anatomique est seul capable de dévoiler la présence éventuelle de ces productions, et il est absolument impossible pendant la vie de savoir 011 elles commencent et où finit le cancer. La résorption des couches non cancéreuses est très admissible et peut donner lieu h une diminution dans le volume de la tumeur totale.

En second lieu, suivant M. Cruveilhier. les cancers alrophiques sont toujours des squirrhes diffus; c'est-à-dire qu'ils envoient de toutes paris des irradiations profondes dans les tissus environnants. Ces irradiations blanchâtres se composent d'un très petit nombre d'éléments spécifiques, et d'une énorme quantitédetissu fibreux. Or, on connaîtl'extrêmetendanceàla rétraction qui caractérise le tissu fibreux de formation nouvelle. Dans l'intérieur même du squirrhe, cette tendance est contrebalancée par la force d'expansion du suc cancéreux, dont les éléments microscopiques croissent sans cesse en volume et surtout en nombre, mais rien ne s'oppose à la rétraction des prolongements extérieurs; les parties molles environnantes sont donc attirées, étreintes, comprimées sur la face externe du squirrhe, et on conçoit que cette compression puisse donner lieu à une atrophie qui porterait, comme dans le cas précédent, sur des tissus non cancéreux.

Je ne donne ceci que comme des suppositions, mais je iie puis agir autrement, puisque, je le répète, je n'ai vu aucun cancer atrophique.

Le squirrhe peut être le siège d'un ramollissement apparent; comme toujours en pareil cas, les portions récemment formées sont plus vasculaires que celles qui les ont précédées. Ainsi, par exemple, dans un cas de cancer squirrheux de la mamelle, j'ai trouvé dans les parties auxquelles le mal s'était propagé depuis peu de temps, des points où le cancer était à la fois peu consistant et très vasculaire, où il donnait à la pression une grande quantité de suc, c'est-à-dire qu'en se propageant le squirrhe était devenu encéphaloïde. En faut-il davantage pour prouver que ces deux produits accidentels ne sont que deux formes d'une même lésion?

Le squirrhe peut aussi devenir le siège d'un ramollissement réel, qui commence toujours par sa partie centrale ; on voit alors

paraître à ce niveau un suc visqueux, qui se creuse des aréoles irrégulières elinégales, qui refoule, comprimeetdétruitlentement la trame fibreuse de la tumeur. Ce suc visqueux est demi-transparent, et le niicioscope y montre les éléments du cancer; fréquemment, il prend une consistance plus grande; il revêt l'aspect gélatiniforme, et alors, à l'œil nu et au microscope, la partie centrale du squirrhe est tout à fait semblable aux cancers colloïdes.

De telle sorte que, dans le ramollissement apparent, le squirrhe se rapproche de l'encéphaloïde, tandis que, dans le ramollissement réel, il se rapproche du cancer gélatiniforme. Sur la mamelle d'une vieille femme morte à la Salpétrière, ces trois formes du cancer se trouvaient ainsi léuniesen divers points de la même tumeur.

Du reste, je cesserai de citer de nouveaux faits à l'appui de l'unité des affections cancéreuses. Cette unité me paraît démontrée d'une manière surabondante.

Le cancer squirrheux s'ulcère tardivement; il peut durer pendant plusieurs années avant de donner lieu à l'engorgement des ganglions et à l'infection cancéreuse. Si on le compare à l'encéphaloïde, on lui trouve une innocuité relative manifeste. On voit souvent à la Salpétrière des vieilles femmes garder pendant des années entières des ulcères squirrheux, avant que leur constitution en éprouve la moindre atteinte.

Les ulcères squirrheux donnent rarement lieu à des hémorrhagies qui ne sont jamais bien abondantes : ce phénomène découle tout naturellement de ce que nous avons dit sur le peu de vascularité du squirrhe. Est-ce par suite de la même cause, que ces ulcères ne présentent presque jamais de végétations cancéreuses? Je le crois assez volontiers. Quant aux végétations de la deuxième espèce (champignons cancéreux), elles ne peuvent pas

se produire ici; la dureté du fond de l'ulcère s'oppose à l'issue en masse de la tumeur.

En parlant de l'ulcération du cancer, j'ai dit que les ulcères squirrheux croissent en général plus que les autres. J'ai donné l'explication physiologique de ce phénomène et des cicalriiations partielles qui peuvent en être la conséquence , lorsque l'ulcération a détruit en certains points toute l'épaisseur de la couche hétéromorphe.

Enfin , j'ai déjà dit que la gangrène est très rare dans le squirrhe et qu'elle y revêt toujours la forme sèche. Je ne reproduirai pas les raisons sur lesquelles je me base pour attribuer cet accident à la compression que la tumeur exerce en dehors d'elle sur ses propres artères.

Tandis que l'encéphaloïde peut se manifester partout où il y a des vaisseaux, le squirrhe, au contraire (je parle du squirrhe bien caractérisé, du squirrhe type), ne se montre que dans certaines parties du corps. Suivant Scarpa, le squirrhe ne se développe primitivement que dans les glandes conglobées extérieures (mamelles, testicules, glandes parotide, sous-maxillaire, lacrymale), dans la peau et dans certains viscères intérieurs tapissés par le tégument interne (œsophage, larynx, estomac, rectum, vagin, utérus). Je crois que Scarpa a été un peu trop exclusif; j'ai vu, pour ma part, une tumeur squirrheuse de la face concave du foie; il serait facile de trouver d'autres exemples contradictoires dans les recueils d'observations. La cause de l'erreur de Scarpa est bien facile à comprendre ; c'est que le squirrhe bien caractérisé est assez rare en dehors de la mamelle; j'ai vu des squirrhes de l'estomac, du rectum et de l'utérus; mais nulle part dans aucun d'eux je n'ai trouvé l'ensemble des caractères que je viens de décrire comme constituant le type du squirrhe. Ces tumeurs contenaient beaucoup moins de tissu fibreux et beaucoup plus de suc.

A proprement parler, les cas de ce genre que tout le monde appelle des squirrhes tiennent le milieu entre le squirrlie et l'encéphaloïde.

Le squirrhe se produit plus rarement encore par infection.

§ III. Cancer colloMc ou gélatiniforme.

11 en est du cancer colloïde comme du cancer mélanique; chacun d'eux renferme un élément très apparent qui frappe tout d'abord la vue, et c'est à cet élément purement accessoire que pendant longtemps on a cru devoir rapporter les caractères fâcheux de ces tumeurs.

La base du cancer colloïde, c'est encore l'élément cancéreux proprement dit. On se fait difficilement à cette idée, parce qu'on a l'habitude d'entendre parler de tissu colloïde, d'élémeitl colloïde.

Le colloïde n'est ni un tissu ni un élément anatomique, il n'a ni structure ni configuration : c'est une matière qui ressemble à la colle, voilà tout.

Qu'on ne demande plus si la matière colloïde est un produit hétéromorphe ou homœomorphe : c'est un produit amorphe. Simple résultat d'exhalation, dépourvue de toute vitalilé , elle n'influe en rien sur l'économie; la seule action qu'elle puisse exercer est une action mécanique , parce qu'elle est obligée de se loger quelque part et de refouler les tissus voisins.

La matière colloïde peut se montrer dans une foule de circonstances très différentes les unes des autres. Elle peut s'infiltrer dans un grand nombre de tumeurs accidentelles ; elle peut s'épancher dans des cavités préexistantes; la substance gélatiniforme qui transforme en kystes certaines bourses muqueuses et certaines synoviales tendineuses, celle qui se forme dans quelques kystes de l'ovaire et de la glande thyroïde, celle que l'on trouve au centre d'un grand nombre de tumeurs fibreuses, sont tout à fait

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semblables à celles qu'on rencontre dans les tumeurs cancéreuses : c'est ce qui résulte des nombreuses analyses que Frerish a rassemblées (1).

Vue au microscope , la matière colloïde est parfaitement transparente, et ne présente ni globules ni granules. La chimie peut seule donner des renseignements sur sa nature, mais ces renseignements jusqu'ici sont fort incomplets ; cela se conçoit fort bien : il est rare que cette matière se présente parfaitement pure , et on la sépare alors très difficilement des éléments auxquels elle est mêlée.

On s'attendait à trouver dans la matière colloïde une certaine quantité de gélatine : cette attente a été trompée. Mùller a démontré qu'on ne constate jamais de gélatine dans celte matière, lorsqu'on a soin de la débarrasser des membranes celluleuses ou fibreuses qui peuvent l'accompagner.

La matière colloïde semble différer de toutes les substances que la chimie organique a décrites. Sa composition atomique la rapproche beaucoup de la fibrine dont elle ne s'éloigne que par un équivalent d'azote, et un équivalent d'oxygène (2). Miiller trouve qu'elle ressemble plutôt à la pyine de Simon, mais l'existence de la pyine est elle-même douteuse. L'eau, l'alcool, l'éther, les acides minéraux, les sels sont à chaud ou à froid sans action sur elle; la potasse la dissout, il en est de même de l'acide acétique; elle n'est précipitée ni par les acides minéraux, ni par l'alun, ni par le cyanure double de potassium et de fer. La décoction de noix de galle n'y cause qu'un léger trouble.

En voilà assez pour distinguer cette matière de toutes les substances connues. Elle diffère en particulier de la ptyaline,

(1) Frerish, Uber Gallert, odcr coUoïd Gescinvûlsle. 18^7.

(2) Voici, suivant Sclierer [Untersiœh. zur Puthol., s. 120), queik- est la composition alomiquè de cette matière gélaiiiiiformc :

t<8H'2AZ>20'i.

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