‹ Anatomie pathologique du cancer [electronic resource]Chapitre 31 sur 37 · XVI · texte numérisé non relu

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de la gélatine et de la chondrine, parce qu'elle est insoluble dans l'eau froide ou chaude; de l'albumine, de la fibrine, de la caséine, parce que le cyanure de potassium et de fer ne la précipite pas de ses dissolutions ; du mucus enfin, parce qu'elle est soluble dans l'acide acétique.

Est-ce une base analogue aux autres substances protéiques? Ou est-ce une combinaison de plusieurs d'entre elles? Il n'est pas possible de le savoir jusqu'ici. Je penche pour la première opinion, sans m'appuyer du reste sur aucun argument décisif.

Il est positif que quelquefois cette substance colloïde est mêlée à une certaine quantité d'albumine, ou plutôt d'albuminate de soude; c'est ce qui résulte de plusieurs analyses rapportées dans l'ennuyeux mémoire de Frerish; c'est ce qui résulte surtout d'un fait que plusieurs auteurs ont constaté. Tantôt, en effet, et c'est ce qui a lieu le plus souvent, on peut conserver indéfiniment des masses colloïdes dans l'alcool pur sans leur faire perdre leur transparence ; tantôt, au contraire, le contact de l'alcool suffit pour les rendre opaques. Les autres caractères chimiques, en pareil cas, restent les mêmes que dans les autres circonstances. La présence tout adventive d'une certaine quantité d'albumine combinée à la matière colloïde proprement dite rend seule compte de cette particularité.

Cette substance colloïde peut infiltrer un grand nombre de produits accidentels; sa présence n'est pas rare dans le cancer.

Quelquefois, elle n'y forme que de petites masses contenues dans des cavités globuleuses, qui sont creusées dans l'épaisseur de la tumeur squirrheuse ou encéphaloïde. D'autres fois, elle y forme des masses plus considérables; d'autres fois, enfin, elle en occupe toute l'étendue.

La quantité de matière colloïde contenue clans un espace donné, ou, si l'on veut, les proportions de cette matière relativement à celle des autres éléments varient bien plus encore que

son siège. Tantôt elle ne donne à la tumeur qu'une demi-transparence très confuse, à peine plus considérable que la demi-transparence de l'encéphaloïde cru ; tantôt, au contraire, elle lui communique une diaphanéité, une limpidité presque parfaites.

En d'autres termes, du cancer non colloïde au cancer colloïde, on passe par une série de transitions insensibles, et souvent il est permis de suivre toutes ces transitions dans une seule et même tumeur. C'est ce qui avait lieu, par exemple, dans un cas d'ostéosarcome de la tête humérale, que j'ai observé à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Blandin.

Le cancer colloïde pur est assez rare. L'adjonction d'une certaine quantité de matière gélatiniforme à des encéphaloïdes ou à des squirrhes est, au contraire, une forme commune. Elle s'observe en beaucoup de points de l'économie, au sein, par exemple, au pylore, à la peau, et surtout dans le système osseux.

Sans décrire les cas intermédiaires, je vais tout de suite faire l'histoire anatomique des cancers colloïdes les mieux caractérisés :

Examinée au microscope, la pulpe gélatineuse du cancer colloïde ne laisse voir que de rares et minces traînées de tissu cellulaire entrecroisé en sens divers. Les éléments cancéreux proprementdits s'y présententsousformedenoyauxlibrespeunombreux, et surtout de cellules à noyaux. Celles-ci présentent dans les divers cancers colloïdes des caractères très variables. Dans les colloïdes peu anciens, elles sont assez petites, mais dans les tumeurs plus avancées, la plupart d'entre elles sont énormes , et renferment une grande quantité de noyaux. Elles sont alors très régulièrement sphériques ou ellipsoïdes ; elles peuvent atteindre les dimensions de 1 dixième de millimètre. Souvent, sur la même tumeur, on peut, en examinant différentes parties, suivre la transition entre ces divers états.

La cause qui imprime cette modification aux cellules dans le

cancer colloïde ne me semble pas impossible à découvrir. D'abord celte modification s'observe souvent dans les autres formes du cancer, notamment dans l'encéphaloïde. Elle n'indique donc ici aucune différence de nature, et les noyaux sont là pour constater l'identité.

Ensuite, il me semble que cette prédilection pour les formalions intra-cellulaires s'explique par le milieu visqueux dans lequel les cellules sont plongées. Le dépôt du blastème cancéreux rencontre plus d'obstacle à l'extérieur qu'à l'intérieur des cellules. Enfin, le degré de distension excessive que les cellules peuvent atteindre sans se rompre se comprend très bien si l'on réfléchit à la pression molle que la pulpe gélatineuse exerce sur leur surface extérieure, pression régulière qui les protège Uniformément de tout côté.

Ainsi, dans les tumeurs cancéreuses colloïdes, il n'y a presque aucune trame, et fort peu d'éléments de cancer; la masse de ces tumeurs est presque entièrement formée par une matière amorphe gélaliiiifoniie. Tous les autres caractères sont la conséquence de ceux-là.

L'abondance des vaisseaux étant en raison directe du nombre des noyaux et cellules caractéristiques, il en résulte que le cancer colloïde est excessivement peu vasculaire. A peine de loin en loin y aperçoit-on quelque capillaire grêle et allongé. 11 en résulte encore que l'état hématode y est impossible; que, lorsque la tumeur s'ulcère, elle ne donne lieu qu'à de rares et faibles hémorrhagies, à moins que l'ulcération ne mette à nu une artère subjacente, et que celle-ci, enflammée par suite de son exposition, ne s'ulcère naturellement sans l'intervention directe du cancer. J'ai cru observer une fois cela dans l'estomac.

Mais un autre phénomène bien plus important découle de la petite quantité des éléments spécifiques. La puissance d'accroissement se trouve ici réduite à fort peu de chose. La tumeur, il

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est vrai, peut alleindre des dimensions considérables par l'accumulation de proportions toujours croissantes de matière colloïde, mais, à proprement parler, ce n'est pas le cancer qui s'accroît ; les tissus voisins sont principalement repoussés, à peine envahis. Autres conséquences : le cancer gélatiniforme se propage très lentement et très difficilement; les vaisseaux veineux et lymphatiques qui l'avoisinent sont longtemps refoulés avant d'être détruits, et par conséquent les engorgements ganglionnaires et l'infection cancéreuse îie se produisent que fort tard.

Le phénomène de l'ulcération, qui est une conséquence de l'accroissement, se produit très diiïicileoient dans le cancer colloïde; aussi ne l'observe-t-on guère que lorsque le mal a débuté au-dessous d'une muqueuse molle, comme par exemple dans l'estomac et dans l'intestin. Le peu de résistance de ces muqueuses permet alors à l'ulcération de s'établir. Mais M. Cruveilhier a observé avec juste raison que môme nlors cette ulcération est en partie mécanique ; que dans l'estomac, par exemple, le passage incessant des aliments, le contact des acides, favorisent ou même produisent de toutes pièces la destruction de la muqueuse soulevée et amincie par la tumeur. J'ai cependant observé un fait qui prouve la possibilité de l'ulcération spontanée du cancer colloïde. Une tumeur de ce genre occupait la plus grande partie de l'appendice iléo-cœcale ; sur l'un des côtés de l'appendice, la muqueuse était détruite et toute la cavité était remplie de matière gélatiniforme. Cette matière épanchée avait conservé dans l'intérieur de l'appendice son aspect, sa consistance, sa structure première ; elle formait au niveau du goulot de l'appendice un bouchon qui l'empêchait de se répandre dans le cœcum. La cavité de l'appendice, dilatée audessous de ce bouchon, avait à peu près le volume du pouce. 11 est certain qu'ici la muqueuse avait été détruite par les progrès spontanés du mal, sans l'intervention d'aucun agent méca-

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nique. Mais on voit combien celte destruction différait par ses conséquences de l'ulcération ordinaire du cancer. Au lieu de s'écouler à l'extérieur après la désorganisation de la muqueuse, comme cela a lieu ordinairement, les cellules et noyaux de cancer avaient été retenus par la consistance de cette gangue gélatiniforme ; dès lors ils avaient pu continuer à vivre par une nutrition à distance, aux dépens des sucs versés dans la tumeur par les vaisseaux de sa surface ulcérée.

Le ramollissement n'est pas possible dans les tumeurs colloïdes Le ramollissement, en effet, est le résultai de la destruction de la trame solide; or, ici, il n'y a pas de trame solide; la tumeur ne peut pas se ramollir; elle est molle depuis le moment de son apparition.

Le sphacèle n'a jamais été observé dans le cancer colloïde. Cela se conçoit aisément; la tumeur n'est ni assez dure pour comprimer les vaisseaux, ni assez vasculaire pour s'enflammer, ni assez cancéreuse pour détruire rapidement les veines dans une grande étendue.

Ainsi donc, la théorie l'annonce el l'observation le confirme, tous les phénomènes dont l'ensemble constitue la maladie cancéreuse sont dans le cancer colloïde infiniment plus lents que dans les autres formes du cancer. Le cancer colloïde est incontestablement et incomparablement le moins grave de tous les cancers. Le petit nombre des éléments spécifiques qu'il renferme est la cause de cette innocuité relative. Mais ce n'est là qu'une simple question de temps; pour être moins facile et moins rapide, la multiplication des noyaux et des cellules avec ses fatales conséquences n'en est pas moins tôt ou tard inévitable.

Le cancer colloïde occupe le dernier rang dans l'échelle des cancers ; l'encéphaloïde est au haut de cette échelle, et le squirrhe tient le milieu entre ces deux extrêmes.

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Telle est la marche du cancer colloïde pur. Celte marche se modifie lorsque la forme colloïde ne se montre que comme un accident partiel dans des encéphaloïdes ou des squirrhes. Alors, en effet, il est clair que la matière gélatiniforme est trop peu abondante pour enrayer la marche des tumeurs.

Le cancer colloïde n'a point de siège de prédilection ; je ne l'ai vu jusqu'ici à l'état de pureté que dans l'épaisseur des parois du tube digestif et dans l'épaisseur du péritoine. Mais je ne puis rien conclure d'un petit nombre d'observations. J'ai vu des cancers colloïdes primitifs et j'en ai vu de secondaires; je citerai entre autres l'exemple suivant : A la suite d'une infection cancéreuse, dont une tumeur encéphaloïde du foie paraissait avoir été le point de départ, il s'était développé dans la cavité pelvienne un grand nombre de petites tumeurs, les unes encéphaloïdes, les autres colloïdes ; les dernières étaient surtout nombreuses dans l'épaisseur des parois du rectum (1).

Je me suis efforcé de démontrer que les cancers encéphaloïde, mélanique, hérnatode, squirrheux et colloïde, ne forment en réalité qu'une seule classe de tumeurs, pour laquelle on doit réserver le nom générique de cancer ; qu'au point de vue anatomique, elles sont reliées par un caractère commun, par la présence d'un élément sans analogue, qui mérite le nom d'élément cancéreux; qu'au point de vue clinique, elles ont une marche spéciale, constante, susceptible de présenter seulement des différences de durée; qu'enfin, au point de vue physiologique, les phénomènes caractéristiques de leur évolution sont sous la dépendance directe de l'élément caractéristique de leur structure.

J'ai ainsi rayé de la classe des cancers toutes les tumeurs dans

(1) M. i.ebcrt a montré récemment à la Société anatomique un cancer colloïde de la mamelle et du poumon. (Septembre 1851.)

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lesquelles on ne rencontre pas cet élément spécial. Afin de légitimer cette distinction, je me propose maintenant de mettre en parallèle avec le cancer les produits accidentels qui ont été confondus avec lui.

Ce sera l'objet de la deuxième partie de ce mémoire.

DEUXIÈME PABTIE.

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