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autres, et se mettent à flotter isolément dans le liquide aqueux sous forme de grumeaux irréguliers, opaques, parfaitement visibles à l'œil nu ou à la loupe ; la transparence générale du li(|uide n'est pas autrement altérée. C'est ce qui a lieu, par exeniple, dans la plupart des tumeurs fibro-plasliques. On peut être certain alors que la tumeur n'est point cancéreuse.
S'il s'agit, au contraire, d'un véritable suc, deux cas peuvent se présenter.
Ou bien, le liquide dans lequel les éléments microscopiques naturels sont tenus en suspension n'est pas susceptible de se dissoudre aisément dans l'eau ; alors la partie du suc soumise à l'expérience se dissocie en petites masses irrégulières, inégales, arrondies; on aperçoit ces grumeaux sans le secours du microscope ; dans les intervalles qui les séparent, on voit que le liquide aqueux a conservé sa transparence, et ce résultat ressemble beaucoup à celui que donne le pseudo-suc. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans un grand nombre de tumeurs tuberculeuses ou épithéliales. Mais on n'obtient rien de pareil sur les tumeurs cancéreuses, parce que le sérum du suc cancéreux est soluble dans l'eau.
Ou bien, le liquide dans lequel sont suspendus les éléments microscopiques est susceptible de se dissoudre promptement dans l'eau : alors la partie du suc soumise à l'expérience se mêle entièrement et uniformément à la totalité du liquide employé, dont la transparence est partout troublée. Le lait, le pus donnent lieu à ce résultat, qui est toujours bien caractérisé dans le cas de tumeur cancéreuse. On peut aussi, par exception, observer quelque chose d'analogue sur certaines tumeurs tuberculeuses, épithélialesou fibro-plastiques.Lesparticulessolides du suc sont tellement petites, que, pour les apercevoir, il faut recourir à des grossissements assez forts. L'emploi du microscope serait donc toujours de rigueur en pareil cas, pour décider quelle est
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la nature du suc, si Ton n'avait sous les yeux que le suc extrait de la tumeur, et non point la tumeur elle-même. Mais, dans beaucoup de circonstances, on peut à simple vue lever tous les doutes, en étudiant la disposition du suc dans la trame de la tumeur.
Ainsi, par exemple, la glande mammaire d'une femme morte vers la fin de la grossesse ou pendant la durée de l'allaitement, laisse, par la pression, suinter un liquide qui n'est autre que du lait. Les conditions spéciales dans lesquelles se trouve la femme à cette époque, et surtout le développement uniforme de la totalité des deux mamelles, ne permettent jamais, en pareil cas, de confondre ce liquide avec le suc cancéreux; mais on conçoit que, dans certaines tumeurs mammaires non cancéreuses, la sécrétion lactée puisse s'accumuler dans les cavités glandulaires de la partie malade, et que la coupe de ces tumeurs laisse échapper parla pression un suc laiteux semblable à celui du cancer. Un examen attentif permet toujours alors d'éviter la confusion. Lorsque le suc cancéreux est assez abondant pour sourdre par la simple pression, il s'écoule uniformément de tous les points de la surface; le lait, au contraire, paraît en plus grande abondance en certains points qui correspondent aux conduits excréteurs coupés en travers. La différence devient plus tranchée encore lorsque, après une première pression, on essuie la surface de la coupe ; si alors on comprime de nouveau, le lait des lobules superficiels se trouve épuisé; on n'obtient plus que des gouttelettes venues de loin, et celles-ci se montrent seulement sur les ouvertures béantes des conduits galactophores.
L'infiltration purulente serait déjà plus embarrassante. Remarquons cependant que l'aspect des parties infiltrées de pus est très différent de celui des parties cancéreuses. Ainsi les infiltrations purulentes ne forment pas de tumeurs circonscrites; elles ont été précédées et accompagnées d'une inflammation le
plus souvent aiguë ; elles ne se font guère que dans le tissu cellulaire lâche; le plus souvent, à côté des parties où le pus n'est qu'infiltré, on en trouve où il est déjà collecté. Au contraire, l'infiltration du suc cancéreux se fait en général dans une étendue nettement limitée; elle n'a été précédée d'aucun travail phlegmasique ; elle existe indifféremment dans tous les tissus, dans tous les organes. Si de ce parallèle général nous descendons aux cas particuliers, la différence est plus tranchée encore. Qui pourra jamais, par exemple, prendre l'infiltration purulente du poumon pour un cancer de cet organe?
Ainsi donc, le plus souvent, il suffit de l'inspection à l'œil nu pour distinguer le pus du suc cancéreux. Le doute, s'il en restait, serait aisément levé par l'examen microscopique; mais ce doute ne se présente que par exception; je l'ai éprouvé une seule fois, à l'occasion d'une tumeur ganglionnaire trouvée sur le cadavre d'un individu qui n'avait pas été observé pendant sa vie.
Le suc de certaines tumeurs tuberculeuses, épithéliales ou fibro-plastiques , est quelquefois, rarement du reste, beaucoup plus difiîcile à diilérencier du suc cancéreux. Le développement lent de ces affections, l'absence de phénomènes inflammatoires, la délimitation nette delà tumeur, sont autant de points de contact qui pourraient induire en erreur. Le microscope ici devient souvent nécessaire; mais plus souvent encore son jugement n"est qu'accessoire. On sait, par exemple, combien sont rares les tubercules de la glande mammaire ; l'hypothèse de tubercules ne se présentera pas pour une tumeur du sein. Les tubercules pulmonaires offrent des caractères particuliers qui ne ressemblent en rien aux caractères du cancer du poumon, etc. A notre avis le doute n'est sérieux que pour certaines infiltrations tuberculeuses des ganglions lymphatiques; l'infiltration cancéreuse de ces mêmes ganglions peut quelquefois s'en rapprocher plus ou
moins. C'est le seul cas où l'inspection microscopique nous ait été nécessaire pour la distinction entre le tubercule et le cancer. Quant aux tumeurs épilhéliales ou fibro-plastiques, nous ne pourrons dire en quoi leur suc diffère du suc cancéreux, et pour son aspect, et pour sa disposition dans la trame organique, que lorsque nous aurons donné, dans notre seconde partie, une description méthodique de ces tumeurs longtemps méconnues. En résumé, par conséquent :
1" Les tumeurs cancéreuses fournissent un suc lactescent plus ou moins épais, plus ou moins lactescent, plus ou moins opaque.
2" Les tumeurs qui ne fournissent pas de suc, celles qui ne renferment qu'un suc séreux, celles qui ne donnent qu'un pseudo-suc ne sont pas cancéreuses.
3" Parmi les tumeurs non cancéreuses, il en est quelques unes qui peuvent donner un suc plus ou moins lactescent : le plus souvent encore, à l'œil nu ou à la loupe, par la simple inspection du suc, on peut distinguer ces tumeurs des véritables cancers.
4° Enfin, lorsque le doute existe, ce qui n'a lieu que dans des cas exceptionnels, l'étude des caractères microscopiques du suc devient nécessaire.
§ IV. Quelques mois sur la ihéorie cellulaire.
Avant de décrire les éléments microscopiques du cancer, on nous permettra de rappeler sommairement les principes sur lesquels repose la théorie dite cellulaire, théorie qui a exercé une si grande influence sur la direction des travaux modernes.
11 y a peu d'années encore, les études microscopiques, abandonnées aux curieux, étaient négligées par la plupart des savants. Bien des fois, il est vrai, les hommes avides de s'instruire s'étaient adressésaux instruments d'optique ; mais, enlrés tout à coup dans
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un monde inconnu, sans route tracée, sans boussole, et surtout sans but, ils s'étaient bientôt fatigués au milieu de tant d'obstacles. Ils avaient donc rejeté le microscope avec découragement, lorsqu'un jour ils aperçurent à l'horizon un mirage trompeur qui releva leurs forces et ranima leurs espérances. La théorie cellulaire venait de paraître; elle promettait les plus brillantes généralisations ; elle devait ramener à un fait unique le mystère de l'organisation ; elle permettait à un moderne Archimède de s'écrier : « Donnez-moi une cellule et je vous construirai un organisme! Une aussi séduisante perspective rendit l'ardeur aux micrographes; avec une laborieuse persévérance ils fouillèrent et retournèrent jusque dans ses moindres recoins le champ de leurs nouvelles études, et, commelesfils du laboureur de Lafontaine, s'ils ne trouvèrent pas le trésor qu'ils cherchaient, ils parvinrent du moins à féconder un sol jusqu'alors aride.
Ne soyons donc pas trop sévère à l'égard de la théorie cellulaire; sans elle peut-être l'histologie ne fut pas devenue une science; le rêve est évanoui, mais il est resté une riche moisson de faits. Aujourd'hui sans doute, en reconnaissant les illusions de nos de^ allciers, nous regrettons qu'on ait tiré de cette théorie des conséquences forcées ; nous y trouvons plus d'une hypothèse gratuite, et nous disons qu'il eût mieux valu observer avec les yeux que théoriser avec l'imagination; cependant les éléments que nous allons décrire; les expressions que nous allons employer, ayant été jusqu'ici inséparables de la théorie cellulaire, nous allons dire en peu de mots en quoi cette théorie consiste.
Les éléments des êtres organisés commencent par des myriades de petits corps microscopiques qu'on appelle cellules à noyaux.
Toute cellule à noyau se compose : 1 ° d'une membrane transparente, amorphe, mince, qui la limite de toutes parts, et qu'on appelle \à paroi de la cellule; 2" d'un liquide plus ou moins trans-
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parent, quelquefois grenu, qu'on nomme le contenu de la cellule; 3" d'un corps moins transparent désigné sous le nom de noyau, flottant, suivant les uns, dans la cavité de la cellule, contenu, suivant les autres, dans l'épaisseur de la paroi; 4° sur ce no^-au enfin, existe une tache nommée nucléole, et ici encore les théoriciens ne sont point d'accord. Les uns, croyant le noyau plein et solide, pensent que le nucléole est la partie centrale autour de laquelle le reste de la substance du noyau s'est accumulé; les autres, croyant le noyau vésiculeux, c'est-à-dire composé d'une paroi et d'un contenu, pensent que le nucléole est dans lenoyau ce que le noyau lui-même est dans la cellule. On comprend combien la diversité de ces points de départ a dû influer sur les déductions qu'on en a tirées.
Quoi qu'il en soit, une cellule à noyau étant donnée, deux opinions sont en présence :
L'une suppose que la cellule est formée la première; qu'elle s'accroît sans cesse par les lois de l'endosmose ; qu'un dépôt de granules s'effectue dans son intérieur pour constituer le noyau, et que les nucléoles sont ou des lacunes, ou de simples taches du noyau.
L'autre admet que le noyau paraît avant la cellule; qu'une mince couche albumineuse se dépose à sa surface ; qu'unliquide, introduit par endosmose sous cette couche, la soulève partiellement d'une manière toujours croissante, et que, bientôt, la cavité devenant de plus en plus grande, le noyau ne semble plus qu'un petit corps arrondi contenu dans l'épaisseur delà paroi cellulaire. De là le nom dectjstoblaste qu'on a donné au noyau (xycrroç, vessie, pXao-toç, bourgeon). Quant au liquide dans lequel le noyau a pris naissance, il a reçu le nom de cystohlasième ou hlasiême.
Le noyau lui-même ne se serait pas formé de toutes pièces; avant lui, de ce cystoblaslème, il y aurait eu un corps plus petit autour duquel le noyau se serait développé comme la cellule
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elle-même se développe autour du noyau. Ce corps plus petit ne serait autre chose que le nucléole, qu'on a dès lors nommé corpuscule de noyau.
Eniin, — ^jusqu'oùnevapas l'esprit de théorie? — cenucléole luimême, ce corpuscule, si petit qu'on l'aperçoit difficilement sous des grossissements de 300 diamètres, serait à son tour une vésicule développée probablement autour de quelque granule problématique. Delà à l'inclusion illimitée, à l'emboîtement indéfini des cellules, il n'y a qu'un pas, et ce pas, quelques uns l'ont osé franchir.
Ces théories, en partie acceptables lorsqu'on se contente d'examiner les éléments très simples des végétaux, ne peuvent être approuvées par ceux qui ont examiné les tissus plus complexes des animaux, et surtout les produclions pathologiques.
On trouve peu de cellules privées de noyau; on voit au contraire très souvent des noyaux libres. Ce double fait ruine d'une manière absolue la théorie de la préexistence des cellules. Ajoutons-y un argument qui n'a pas une moindre valeur : c'est que le volume du noyau n'est nullement en rapport avec les dimensions de la cellule.
La théorie de la préexistence des noyaux semble d'abord plus satisfaisante; cependant elle n'explique pas la présence assez fréquente de plusieurs noyaux dans une même cellule. Quant à la préexistence des nucléoles, à leur cavité supposée, au mécanisme de leur formation, ce sont autant d'hypothèses élevées à la troisième puissance, et nous ne nous donnerons pas la peine de les réfuter.
Notre plus grande ambition est de rester en dehors de toute théorie, cellulaire ou autre. Cela nous permet de constater, sans regret et sans partialité, tous les faits qui se présentent à nous. Nous n'en dirons donc pas davantage sur l'origine des cellules. Un mot maintenant sur leur destination.
Il est incontestable qu'à une certaine époque de la vie embryonnaire, le blastoderme tout entier est composé de cellules à noyaux ; il est incontestable encore que divers tissus s'y développent ensuite, en prenant la place des cellules, et que parfois celles-ci disparaissent complètement. Mais par quel mécanisme s'opère ce changement merveilleux? Les cellules sont-elles détruites, ou simplement transformées en éléments nouveaux? Nous déclarons que cela nous est parfaitement égal.
En s'allongeant indéfiniment, en se plaçant bout à bout, et se soudant ainsi d'une manière régulière, elles formeraient toutes les fibres, normales ou pathologiques.
En s'assemblant d'une façon plus singulière, en confondant leurs parois deux à deux dans les points où elles se touchent, en s'ouvrant enfin les unes dans les autres par la déhiscence de leurs parois contiguës, elles donneraient naissance aux cavités intérieures du corps, aux vaisseaux, aux conduits excréteurs.
En s'aplatissant jusqu'à ce que, par la rencontre de ses deux parois opposées, chacune d'elles soit pour ainsi dire changée en écaille, puis en se soudant bord à bord les unes avec les autres, elles produiraient des membranes hyalines, comme la capsule cristalline, la membrane de Demours, etc.
En se laissant distendre outre mesure par des matières grasses, elles se changeraient en vésicules adipeuses.
En se laissant imprégner de sels calcaires, elles deviendraient corpuscules osseux.
Ou enfin, en conservant leurs caractères de cellules, elles constitueraient l'épiderme, l'épithélium des muqueuses, celui des séreuses, etc.
En un mot, tous les tissus, tous les organes de notre corps seraient dus aux transformations diverses des cellules primitives.
Mais, nous le répétons, quels que soient les dehors séduisants de cette théorie qui ramènerait notre organisation si compli-