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quée à un type simple et uniforme, nous croyons devoir rester sur la défensive, et, loul en rendant hommage aux esprits féconds qui ont osé pousser la généralisation jusqu'à ses dernières limites, nous nous contenterons de constater ce qui suit :

1" Tous les tissus de l'économie succèdent aux cellules embryonnaires.

2" Les surfaces libres de l'économie conservent, à toutes les époques, la propriété de sécréter des cellules à noyaux.

3" Les productions accidentelles, dont la structure est analogue à celle des tissus normaux, sont souvent, comme eux, précédées déformations cellulaires.

4° Les productions accidentelles sans analogues dans l'écojiomie ou héléromorphes, savoir : le pus, le tubercule et le cancer, se composent aussi de cellules.

§ V. Caractères microscopiques du sjc cancéreux.

Nous ne nous proposons pas de faire une étude complète de l'histologie du cancer; notre intention n'est pas de donner plus de place qu'elle n'en mérite à l'histoire des éléments microscopiques qui constituent ce tissu accidentel. Nous éviterons lesdé-^ tails fastidieux ; nous suppléerons par des dessins à la brièveté des descriptions; nous tâcherons en un mot d'être court, sans cesser d'être clair.

L'examen microscopique du cancer doit porter d'abord, et surtout, sur le suc cancéreux, la trame solide de ce tissu n'étant qu'accessoire. 11 faut procéder à cette étude peu de temps après l'ablation de la tumeur, car les cellules s'altèrent avec rapidité; il faut avoir soin, pour chaque examen nouveau, de pratiquer une coupe fraîche, car il suffît quelquefois de laisser le suc cancéreux à l'air pendant une heure, pour qu'il devienne méconnaissable. Enfin, pour se procurer le suc, il faut comprimer la tumeur et promener à la surface de la coupe une lame un peu

émoussée; on aura soin de n'appuyer d'abord que faiblement; on n'augmentera la pression de la lame que graduellement, et seulement si le suc sort avec difficulté. Cette précaution permet d'obtenir le suc à peu près pur; si l'on grattait au contraire trop fortement, on entraînerait des fragments de la tramesolide, ce qui encombrerait la préparation et rendrait l'étude beaucoup plus difficile.

Le suc obtenu, on en met une parcelle entre deux lames de verre, avec une petite goutte d'eau; on comprime légèrement, et on place le tout sur le porte-objet du microscope. Un grossissement de 300 diamètres sufïirait à la rigueur; mais en prenant 4- à 500 diamètres, on obtientdes images tout aussi nettes et bien plus détaillées. J'ai fait la plupart de mes observations avec un système de lentilles qui donnait 460 diamètres (1).

Ceci posé, on aperçoit une innombrable quantité de cellules et de noyaux, qui présentent dans leur ensemble des caractères spécifiques. Ces éléments peuvent toujours être diflerenciés de ceux qu'on aperçoit dans les tumeurs non cancéreuses; ils n'ont aucune analogie avec les éléments normaux de l'organisme. Voilà pourquoi les tumeurs cancéreuses constituent un groupe unique ; voilà pourquoi elles rentrent dans la classe des tumeurs lietérologues ou héléromorphes, par opposition aux noms de homologues ou homœomorphes, qu'on donne aux productions accidentelles dont la structure est analogue à celle de quelque tissu normal.

Les éléments histologiques du cancer sont des cellules à noyaux et des noyaux libres. On y trouve de plus quelques corpuscules plus petits désignés par M. Lebert sous le nom de glohulins ; mais au point de vue de leurs dimensions, de leurs formes, de leur organisation, de leur nombre, les globulins n'offrent rien

(1) Lentille objective, n" 7; et oculaire, n° 1, du microscope de Naclict, le meilleur de tous les microscopes, pour le dire en passant. (M. Ch. Robin a décrit cet instrument dans son ouvrage : Du microscope et des injections. Paris, 18/49, in-8 avec fig.)

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de constant et rien de caractéristique : nous nous dispenserons par conséquent de les décrire. Les éléments accessoires ou accidentels du cancer nous occuperont dans un des paragraphes suivants. Nous n'allons donc parler ici que des cellules et des noyaux.

Les noyaux libres ne manquent jamais. Leur nombre est très variable. Ils peuvent constituer la presque totalité, ou même la totalité de la tumeur, qui mérite alors le nom de cancer nucléaire; ils peuvent ne former que le tiers, le quart, le dixième de la masse morbide; enfin, ils peuvent être beaucoup moins nombreux, et ne se rencontrer que çà et là, au milieu d'une énorme quantité de cellules; mais, je le répète, ils ne manquent jamais complètement. Sur cinquante-un dessins microscopiques que je viens de parcourir, je n'en ai trouvé aucun qui en fût privé (1). Je dirai plus loin comment je m'explique à la fois l'existence constante des noyaux libres, et les étranges variations de leur nombre.

Les noyaux libres sont assez uniformes, non seulement dansla même tumeur, mais encore dans des tumeurs diflerenles prises sur divers individus. Leurs contours sont généralement arrondis. Leur forme est circulaire (pl. III, fig. 1, a) ou elliptique (6); quelquefois ils sont déprimés à leur surface de manière à présenter des angles émoussés (c); plus rarement ils sont déprimés en deux points opposés, de manière à prendre la forme d'une lyre [d). Ils sont moins variables en volume que les autres éléments du cancer; plus petits que 0""",015, ils sont plus grands que 0""",007. Quelquefois, il est vrai, dans certaines tumeurs qui se sont développées avec une extrême rapidité, on trouve des noyaux qui n'ont que 0'"'",006, ou même 0'""',005; mais ce sont là des cas exceptionnels; et du reste, à côté de ces noyaux

(!) Plus de soixante observations que j'ai failcs depuis le 1" mars 1850, époque où ce niéiiioire a été déposé à l'Académie, ont confii nié ce résultat (septembre 1851).

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plus petits, dont les nucléoles sont mal dessinés, on en voit toujours un grand nombre dont les dimensions oscillent entre les deux limites que nous avons indiquées; il paraît probable, en pareil cas, que les petits noyaux accessoires sont des formations imparfaites résultant d'un accroissement trop rapide.

Ainsi donc, d'une manière générale, on peut dire que les noyaux libres ont une forme arrondie, ou légèrement elliptique, et qu'ils ont en moyenne 0"',01 de diamètre.

Leurs contours sont fortement ombrés, et l'on met surtout ces ombres en évidence en ayant recours à l'éclairage oblique, procédé récent et très ingénieux qui permet d'apercevoir en relief les objets que l'on examine par transparence avec les plus forts grossissements. A l'aide d'un mécanisme fort simple, ajouté par M.Nachet à ses nouveaux modèles de microscope, on peut, sans déranger la préparation et sans perdre de vue les éléments qu'on étudie, apprécier successivement la forme et les contours par l'éclairage ordinaire, et l'épaisseur par l'éclairage oblique. Ce moyen, sur lequel j'insiste foitement, parce qu'il n'est pas assez employé, m'a rendu de grands services, et me paraît appelé à exercer une heureuse influence sur les études microscopiques. Grâce à lui beaucoup, de confusions seront évitées; les éléments histologiques, dont on ne voyait que la projection sur un plan horizontal, apparaîtront avec leur trois dimensions, et offriront une perspective nouvelle, analogue à la perspective générale des objets (jui nous entourent.

La substance des noyaux libres est moins transparente que le reste delà préparation. Elle est grenue, formée de petits points opaques, au milieu desquels les nucléoles se détachent tr^s bien.

Les nucléoles se présentent sous la forme de taches rondes, larges de 0,002 à 0,003; rarement plus petits, ils peuvent acquérir, dans les noyaux les plus volumineux, jusqu'à 0,0035 et même 0,0040. En tous cas, les dimensions des nucléoles

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comparées à celles des noytaux, sont beaucoup plus considérables dans le cancer que dans toutes les autres productions normales ou pathologiques.

L'aspect des nucléoles n'a pas été décrit par tout le monde de la même manière. Les uns disent qu'il est terne, les autres qu'il est brillant. Il faut se garder de voir là une contradiction; il suffît, en faisant tourner la vis, d'élever ou d'abaisser le foyer des lentilles objectives, pour voir des taches sombres s'éclaircir ou réciproquement. C'est ainsi qu'on peut à volonté rendre la partie centrale des globules sanguins tantôt obscure et tantôt brillante. Il m'a paru que, lorsque les nucléoles sont exactement au foyer, ils constituent des taches plus claires que le reste du noyau; au-dessus et au-dessous de ce point, ils deviennent au contraire un peu plus sombres.

Quelques noyaux semblent dépourvus de nucléoles, mais ils sont en petit nombre, et toujours, à côté d'eux, on en rencontre beaucoup sur lesquels les nucléoles sont très apparents. Tantôt il n'y a qu'un seul nucléole ; d'aulres fois il y en a deux ou trois; il est très rare qu'il y en ait quatre; une seule fois j'en ai trouvé cinq. Les noyaux d'une même tumeur peuvent sous ce rapport présenter toutes les variétés. {Voy. pl. III, fig. 2. Cancer nucléaire récidivé dans une cicatrice.)

Quelle est la situation anatomique des nucléoles dans l'étendue des noyaux? Sont-ils superficiels, contenus dans l'épaisseur d'une membrane enveloppante? Sont-ils plus ou moins rapprochés du centre, au milieu de la substance granuleuse du noyau? Cette question a été débattue. Nous pencherions plutôt vers la seconde opinion, mais, à vrai dire, ce point nous paraît d'une minime importance, quoiqu'il ait donné lieu à des discussions entre les divers promoteurs de la théorie cellulaire. Nous ne tenons pas à connaître la nature intime, l'origine précise du noyau et de ses éléments; il nous suffît de le caractériser de manière

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à le reconnaître partout où nous le trouverons. Or, quelle que soit l'opinion qu'on se fasse sur la situation des nucléoles, cela ne change en rien l'aspect des noyaux.

Ainsi donc : forme arrondie, largeur moyenne de 0""",01; substance composéed'ungrenu opaque; nucléoles larges et brillants, au nombre de 1 à 3, mais pouvant manquer, tels sont les caractères physiques du noyau.

Les cellules cancéreuses sont beaucoup plus variables dans leur forme, leurs dimensions et leur contenu. Loin d'être une source de confusion, leur extrême variabilité constitue précisément un de leurs meilleurs caractères.

Les plus petites ne dépassent pas sensiblement le volume des noyaux libres; il y en a, par conséquent, qui n'ont que 0""", 007; d'autres, au contraire, peuvent avoir 0,050 et 0,060; une fois enfin, sur une cellule qui sera décrite plus loin, j'ai constaté par la mensuration une longueur de 0™", 12 sur une largeur » de 0,01, dimensions colossales que laissent derrière elles toutes; les formations cellulaires du règne animal.

En général, les cellules cancéreuses sont comprises entre 0,01 et 0,04^. Jamais ces dimensions ne sont uniformes pour les cellules d'une même tumeur : à côté des plus grandes cellules on en trouve toujours de petites et même de très petites, maisla réciproque n'est pas vraie; il y a un grand nombre de tumeurs' dans lesquelles toutes les cellules sont plus petites que 0,02.

La forme des cellules cancéreuses varie plus encore que leur volume. Cette forme est quelquefois sphérique ou ellipsoïde. D'autres fois la cellule est aplatie sur une ou plusieurs de ses faces ; il en résul te des configurations bizarres qui échappent à toute description. On en trouve qui ont la forme d'une raquette, d'autres se terminent par une queue simple ou ramifiée. [Voy. fig. 3.)

Toutes ont une épaisseur à peu près égale à leurs autres dimensions ; il en résulte que leur contour, fortement ombré,

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semble limité par une ligne assez large; l'éclairage oblique met surtout ces ombres en évidence, circonstance importante qui ne se retrouve pas sur les cellules épilhéliales, et qui permettrait à elle seule de distinguer certaines tumeurs cancroïdes des véritables cancers.

Le contenu de la cellule est très variable; la partie la plus constante, c'est le noyau.

Les noyaux des cellules sont exactementsemblables aux noyaux libres, et je n'ai par conséquent pas à les décrire. Autour d'eux on aperçoit, dans la cavité de la cellule, divers globules tantôt très brillants et tantôt assez opaques. Dans le premier cas, ils ressemblent à des gouttelettes dégraisse, et le plus souvent alors il en existe aussi en dehors des cellules. Dans le second cas, ils paraissent de même nature que les granulations moléculaires et les globulins qui flottent au dehors des cellules. Les réactifs chimiques que l'on fait agir sur les cellules pendant l'examen microscopique, démontrent que ce ne sont pas là de vaines apparences.

Les variations des cellules cancéreuses ne s'arrêtent pas là. On rencontre fréquemment des cellules sans noyaux, des cellules à plusieurs noyaux et des cellules mères.

Les cellules sans noijaux ne sont pas rares. Il ne faut pas confondre toutefois les cellules privées de noyau, avec celles dont le noyau n'est pas apparent On ne peut jamais dire qu'une cellule n'a pas de noyau, avant de l'avoir soumis à l'action de l'acide acétique. Cet acide, en petite quantité, rend la cellule très transparente sans la dissoudre, et laisse au contraire le noyau intact; en plus grande quantité, il dissout entièrement la cellule sans altérer le noyau. Lors donc que, en ajoutant à la préparation une goutte d'acide acétique concentré, on voit disparaître complètement la cellule et son contenu, on peut être certain qu'il n'y a pas de noyau.

Les cellules sans noyau n'ont pas toujours le même contenu. (Voy. pl. ni, fig. 4.) Tantôt elles sont très transparentes, offrant seulement çà et là quelques granules moléculaires; tantôt, à côté de ceux-ci, existent des globules plus gros, brillants ou opaques, rappelant l'aspect des nucléoles ; d'autres fois ce sont des gouttelettes de graisse qui peuvent même remplir à peu près complètement la cellule. En tout cas , les éléments que la cellule renferme sont insolubles dans l'acide acétique, et deviennent libres lorsque cet acide a détruit la paroi cellulaire.

Les cellules à plusieurs noyaux sont encore assez communes. {Voy. pl. m, fig. 5.) Ordinairement on ne trouve que deux ou trois noyaux ; mais le nombre peut en être beaucoup plus considérable; nous en avonsrencontré jusqu'à vingt dans une même cellule, et nous savons que quelques personnes en ont trouvé davantage encore. En pareil cas, les cellules deviennent énormes, et une seule d'entre elles suffît alors pour établir un signe absolu du cancer.

Je réserverai le nom de cellules mères à celles qui renferment dans leur intérieur d'autres cellules plus petites. {Voy. pl. \U, fig. 6.) Le plus souvent il n'y a qu'une seule cellule incluse dans la grande, maisil peuty enavoir plusieurs. Quelquefoison trouve dans la cellule mère un ou plusieurs noyaux isolés, et une ou plusieurs cellules à noyaux.

Comment se forment les cellules mères? Sont-elles plus anciennes que les cellules incluses, ainsi que leur nom porterait à le croire? ou sont-elles, au contraire, formées ultérieurement autour de ces dernières? Cela nous inquiète peu, mais nous n'en attachons pas moins une très grande importance aux cel~ Iules mères; car, lorsqu'elles existent, elles caractérisent merveilleusement le cancer. Pour donner une idée de l'excellence de ce signe, il nous suffît de dire qu'on n'observe les cellules

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