XVI
mères que sur les végétaux, sur les embryons d'animaux, et enfin dans le suc médullaire des os et dans les cartilages sur les animaux adultes. Aucun produit pathologique autre que le cancer ne présente de cellules mères véritables (1). j Nous avons observé une seule fois, il est vrai, mais d'une maî nière assez nette pour ne conserver à cet égard aucun doute, une disposition qu'on n'a jusqu'ici signalée que sur les plantes; nous voulons parler de la division, par fssiparilé, d'une grande cellule en deux cellules secondaires qui ne tenaient plus l'une à l'autre que par un mince prolongement. La grande cellule primitive, dont j'ai déjà eu occasion déparier, avait une longueur de 0™",12 sur 0,04 de largeur (2). (Voy. pl. III, fig. 7.)
On voit combien varient, dans le cancer, la forme et la manière d'être des cellules. Toutes les dispositions que présentent, sous ce double point de vue, les vésicules élémentaires dans la série des êtres organisés, nous les retrouvons dans le cancer, et dans le cancer seulement. Tous les types imaginables, tous les modes possibles de production et de multiplication, le développement isolé, la génération endogène, la fissiparité existent, réunis ou séparés, dans ce tissu morbide, tant est grande sa puissance d'accroissement et de reproduction. S'il est vrai que les monstruosités soient souvent des organisations ébauchées re-
(1) M. Leberl, dans sa Physiologie pathologique , a décrit, sous le nom de cellules mères fbro-plasiiques, de grandes cellules que l'on leiiroutre quelquefois dans les tumeurs fibro-plasiiques , et qui renferment un grand nombre do noyaux. Je ne crois pas qu'on puisse les confondre avec les cellules mères cancéreuses, qui contiennent dans leur intérieur une ou plusieurs cellules complètes. Il y a, il e>t vrai, sur l'un dos dessins de M. Lel)ert, une grande cellule ploine de corps fusifoi mcs, et on sait que les cor|)s fusiformcs ont été considérés coinme cellules allongées : s'il en est ainsi, celte grande cellule est bien une cellule mère, mais il suffit de jeter les yeux sur elle |)our voir qu'elle n'offre aucune ressemblance avec les cellules mères du caacer. (Voy. Lebert , Physiologie pathologique. Paris, '18/i5, atlas, planche XIV, figure 13.)
(2) J'ai observé, depuis l'époque où ce travail a été déposé à l'Académie, deux nouveaux exemples do génération fissipare des cellules cancéreuses (septembre lb51).
présentant, dans quelques unes de leurs parties, la figure et la disposition des types situés plus bas dans l'échelle, on peutdire, sans exagération, que le cancer est une monstruosité pathologique. Chaque tissu a son évolution propre, chaque production morbide a ses éléments fixes, toujours semblables à eux-mêmes ; le cancer seul, aussi exceptionnel dans son histologie que dans sa marche et ses symptômes, a la propriété de rester lui-même, de conserver son individualité pathologique, malgré les mille accidents de sa structure, malgré les innombrables dispositions de ses cellules élémentaires. Un seul élément reste invariable, comme pour contester l'identité de la lésion : c'est le noyau, qu'il soit libre ou inclus dans une cellule. Au lieu de dire que le cancer est caractérisé par ses cellules, nous dirons donc qu'il est caractérisé par son seul élément invariable : ses noyaux.
§ VI. Caractères chimiques du suc cancéreux.
Nous avons étudié l'action des réactifs chimiques sur le suc cancéreux, et après de nombreux essais, nous avons dû renoncer à ce moyen d'investigation. Dans l'état actuel de la chimie organique, les analyses ne découvrent dans les tumeurs cancéreuses aucun composé spécial, aucune base qui leur soit propre; elles n'y constatent que les éléments chimiques des tissus homœomorphes, et les proportions relatives de ces éléments n'y présentent rien de caractéristique.
Espérant que d'autres auraient été plus heureux que nous, ^ nous avons compulsé les traités de chimie pathologique ; nous , avons rassemblé un grand nombre d'analyses de cancers éparses | dans divers recueils; nous avons mis en présence les résultats obtenus par MM. Hecht (de Strasbourg), Morin, Collard de Martigny, Wigger, Foy, L'Héritier, Schérer, von Bibra, Frerish et plusieurs autres; non seulement ces analyses ne nous ont rien appris sur la nature du cancer, non seulement elles nous ont
montré que ce produit hétéromorphe ne possède pas toujours la môme composition chimique, mais encore, et surtout, elles ont mis un fait en évidence : c'est que le cancer ne renferme aucun principe organique particulier qui puisse le distinguer des autres tissus normaux ou accidentels.
Du reste, nous avions prévu ce résultat négatif. Les bases organiques qui constituent les éléments immédiats de nos tissus, albumine, fibrine, caséine, globuline, etc., sont des substances presque isomériques qu'on a désignées sous le nom de substances albuminoïdes. Quelques chimistes allemands ont, il est vrai, trouvé de légères différences dans leur composition atomique: ils ont admis que ces substances dérivent d'un radical unique et hypothétique, la protéine, combiné, pour chacune d'elles, à un certain nombre d'équivalents desoufre et de phosphore; dès lors ils leur ont donné le nom de substances proléiques. Il n'en est pas moins vrai que ces diverses bases organiques, très rapprochées les unes des autres, ne peuvent être différenciées qu'avec la plus grande difficulté, au point de vue de leur composition atomique.
Si cette distinction est difficile lorsqu'on opère sur des substances isolées, qu'est-ce donc lorsqu'on agit sur un mélange de plusieurs d'entre elles? qu'est-ce, lorsqu'on soumet à l'analyse une masse charnue qui se compose d'un grand nombre d'éléments anatomiques distincts? Si l'on se rappelle qu'il est impossible de retrouver les traces de certains poisons organiques dans le corps des animaux soumis aux expériences toxicologiques, on comprendra aisément qu'il soit impossible de découvrir dans les tumeurs cancéreuses cette base hypothétique, cette cancérine qu'on a tant cherchée.
Du reste, je suis de ceux qui ne croient pas à la cancérine; pas n'est besoin d'admettre un élément chimique sans analogue dans la composition d'un tissu accidentel qui, pour être distinct
DU CAKCER. 485
de tous les autres, n'en est pas moins dû, comme eux, à des formations cellulaires. Toutes les cellules embryonnaires se ressemblent, dans l'origine, par leurs caractères physiques et par leurs caractères chimiques, et cependant les tissus les plus divers prennent naissance dans ce milieu d'abord homogène ; ce qui sera plus tard le foie a primitivement la même composition que ce qui deviendra un muscle. Est-il étonnant que le cancer, ce pseu do -embryon, ne présente, lui aussi, dans sa constitution chimique, auom élément capable de le caractériser?
Le principal obstacle à ces analyses, ai-je dit, vient de la multiplicité des éléments qui composent les tumeurs : il semble qu'on doives'}' soustraire en ne prenant que le suc cancéreux. Il n'en est rien. On a, il est vrai, simplifié le produil soumis à l'analyse ; mais il sutïit de se rappeler ce que nous avons dit plus haut, pour voir que le suc le plus pur est encore très complexe. Indépendamment des substances qui y sont à l'état de dissolution, il y a encore des cellules, des noyaux, des globulins, des granules, éléments qui diffèrent les uns des autres par leur composition chimique. Pour avoir quelque chance de réussite, il faudrait prendre isolément ces parties microscopiques, et il est clair que la chimie ordinaire ne le pourra jamais.
Mais il est du moins une voie indirecte qui permet de se faire une idée approximative des éléments chimiques du cancer; cette voie consiste à faire agir les différents réactifs sur le suc cancéreux, pendant que celui-ci est placé dans le champ du microscope. On reconnaît alors que toutes les parties de suc n'ont pas la même composition ; que les unes, par exemple, sont dissoutes par les acides, les autres par les alcalis. Ce moyen d'investigation a déjà donné des résultats très satisfaisants, et je suis persuadé qu'il a un bel avenir. 11 n'est pas applicable seulement à l'étude des tissus normaux ou pathologiques; la chimie organique ordinaire, surtout la chimie minérale et la cristallographie,
sont appelées à recevoir une impulsion nouvelle par l'extension de ce moyen d'étude, qui demande plus de patience que de talent, et qui mérite le nom de chimie microscopique.
J'ai fait de nombreux essais en ce genre sur le suc cancéreux ; quelque incomplets que soient les résultats auxquels je suis parvenu, je crois devoir les donner ici; du reste, ils s'accordent assez bien avec les données qui existaient déjà dans la science, et avec les observations encore inédites que mon ami M. Lebert a bien voulu me communiquer.
L'exposition à Vair dessèche rapidement les noyaux et les cellules. Au bout d'une demi-heure, ces éléments sont méconnaissables, et il est impossible de les retrouver, même en humectant la préparation.
Ueau fait gonfler les cellules et leur donne une forme plus régulière. Si l'on a soin de tenir la préparation sans cesse humectée en ajoutant des gouttelettes d'eau à mesure que l'évaporation se fait, on voit la distension devenir extrême et déterminer la rupture de la paroi cellulaire. C'est un phénomène d'endosmose pure et simple.
\J alcool ne produit pas de changements considérables sur les éléments microscopiques du cancer. Cependant il crispe un peu les cellules, ce qui semble du à l'attraction qu'il exerce sur la portion aqueuse de leur contenu. C'est donc un phénomène d'exosmose. Quelquefois l'alcool concentré produit sur le sérum du suc des coagulations analogues à celles que produit l'acide nitrique, et que nous indiquerons plus loin.
La teinture d'iode, par l'alcool qu'elle renferme, crispe les cellules et même les noyaux ; de plus elle communique aux noyaux, aux globulins et aux granules, une teinte jaune très manifeste qui est incontestablement due à l'iode.
Les autres corps neutres que j'ai essayés n'ont pas d'action particulière.
DU CANCliK. - 487'
L'addilion d'une gouUe d'acide acétique étendu rend, en général, la préparation plus nelte. Les parois des cellules deviennent plus transparentes et laissent mieux voir le contenu. Les noyaux intérieurs et les noyaux libres sont en même temps rendus plus opaques, et leurs nucléoles ressortent comme des points brillants.
En ajoutant une plus grande quantité d'acide, ou en introduisant du premier coup une goutte d'acide très concentré, on voit les parois des cellules disparaître complètement. Tous les noyaux deviennent libres et se dessinent alors parfaitement.
Uacide nitrique étendu détermine une coagulation manifeste dans le suc de certains cancers, et indique alors l'existence d'une certaine quantité d'albumine dans le sérum de ce suc. Les noyaux et les cellules sont, pour ainsi dire, emprisonnés dans des masses irrégulières et transparentes; on s'en assure en faisant agir le compresseur. On voit alors que les niasses coagulées s'allongent en sens divers pour reprendre à peu près leur forme première lorsque la compression cesse d'agir. Les noyaux sont un peu racornis; les cellules ne sont pas dissoutes : loin de là, leur paroi prend une couleur plus foncée.
Sur d'autres cancers, en apparence très semblables aux précédents, l'acide nitrique ne produit aucune coagulation, mais son action sur les noyaux et les cellules est toujours la même.
L'acide nitrique concentré désorganise tous les éléments, n'en laisse que des débris informes, et la préparation prend une teinte légèrement jaunâtre.
Les autres acides forts ont une action analogue à celle de l'acide nitrique.
La potasse étendue n'agit que lentement. Les éléments du cancer pâlissent, surtout les noyaux et les globulins. Quant aux granules moléculaires qui accompagnent la plupart des préparations, ce réactif reste sans action sur eux.
La potasse concentrée dissout complètement les noyaux et les cellules. J'ai vu plus d'une fois cette dissolution s'effectuer dans l'ordre suivant : D'abord les noyaux libres et les globulins, puis les noyaux des cellules, et enfin les parois cellulaires. D'autres fois j'ai vu les granules moléculaires résister à la potasse la plus concentrée.
L'action de V ammoniaque ressemble beaucoup à celle de la potasse étendue, mais elle est plus faible encore. Elle donne souvent naissance, au bout d'un certain temps, à la formation de quelques cristaux, qu'on peut faire dissoudre en ajoutant une goutte d'eau. C'est en général sur les bords de la préparation que ce phénomène se produit. Il n'a du reste rien de particulier. J'ai obtenu un résultat analogue en plaçant simplement sous le microscope une goutte d'ammoniaque liquide entre deux lames de verre. Ce n'est donc pas, ainsi qu'on aurait pu le croire, un phénomène propre au cancer. L'ammoniaque absorbe l'acide carbonique de l'air; il en résulte un carbonate qui se cristallise en partie à mesure que l'eau s'évapore, et qui se dissout lorsqu'on lui rend de l'eau.
J'ai employé plusieurs autres réactifs, et je n'ai obtenu aucun résultat digne d'être noté. Cependant, lorsque le suc contient autre chose que les éléments du cancer, on peut mettre en usage comme moyen d'exploration, certains liquides qui n'agissent ni sur les cellules, ni sur les noyaux, et qui dissolvent les éléments accessoires. Ainsi, lorsque la préparation est encombrée de globules de graisse, on peut lui donner plus de netteté en ajoutant de la térébenthine ou de l'éther.
Quelquefois la préparation est obscurcie par des granules moléculaires opaques qui forment comme un sablé dans tout le champ du microscope. Je n'ai trouvé aucun réactif qui eût la propriété de dissoudre ces granules sans altérer les éléments du cancer. Danslescasde ce genre, qui ne sont pas très rares, ilpeut
rester quelque doute sur la nature de la tumeur. Cependant j'ai toujours pu reconnaître au moins les noyaux, en ajoutant de l'acide acétique qui les rend plus apparents, comme je l'ai déjà dit.
En voilà assez pour démontrer que toutes les parties du suc cancéreux ne possèdent pas la même composition chimique. Il serait peut-être intéressant de se demander quelle est la substance qui constitue chacune de ces diverses parties. On a hasardé sur ce point quelques hypothèses en Allemagne, mais aucune d'elles n'est appuyée sur des preuves suffisantes.
Dans l'état actuel de la chimie organique., il ne serait pas prudent de s'engager plus loin. Les réactifs chimiques, combinés à l'examen microscopique, n'en restent pas moins un excellent moyen d'étudier le cancer. En attendant des résultats plus complets, nous pouvons constater dès maintenant :
1° Que les parois des cellules n'ont pas la même composition chimique que les noyaux.
2" Que, dans tous les cancers, les réactifs ont la même action sur les éléments spécifiques.
3° Que le sérum du suc n'a pas toujours la même composition ; qu'il contient quelquefois en dissolution une substance coagulable, et que d'autres fois, au contraire, il n'en présente pas de traces appréciables.
§ YII. Éléments accessoires qui, en se con)i)inant au suc cancéreux, déterminent les diverses formes du cancer.
Nous avons indiqué, dans les paragraphes précédents, les principaux caractères du suc cancéreux. Nous avonsdémontré qu'un examen attentif, soit à l'œil nu, soit au microscope, permet toujours de reconnaître cet élément commun à tous les cancers. Mais nous savons aussi que cette unité de nature n'est mise en évidence que par une étude approfondie, tandis que, par leurs
4gO AiNATOiMIE PATHOLOGIQUE
caractètes extérieurs, les tumeurs cancéreuses revêtent mille formes diverses. 11 s'agit de dire à quoi sont dues ces innombrables variations.
Elles sont dues à la présence d'éléments accessoires, qui se présentent dans ces tumeurs sous trois états bien différents: les uns, en effet, constituent une trame plus ou moins solide et plus ou moins serrée, qui emprisonne pour ainsi dire le suc cancéreux dans ses mailles; les autres, infiniment plus petits, formés de parcelles microscopiques, se mêlent dans le suc aux cellules et aux noyaux; les derniers, enfin, complètement solubles, modifient Taspect et la consistance du suc, sans changer notablement les résultats de l'examen microscopique.
Dans la première catégorie, nous plaçons le tissu fibreux, le tissu fibro-plastique, le tissu adipeux, certaines matières crétacées, et les dépots fibrineux qui ont succédé à d'anciens épanchements sanguins.
Dans la deuxième catégorie, nous trouvons les granules de toutes sortes, les corpuscules opaques de la mélanose, les cristaux, les globules gras, les globules fibro-plastiques, les corpsw fusiformes fibro-plasiiques, les globules sanguins, et même dans quelques cas exceptionnels, les cellules de pus.
Enfin, dans la dernière catégorie, nous ne signalerons que la substance gélatiniforme des tumeurs colloïdes. C'est la seule qui se manifeste à nous par des caractères bien tranchés ; il est vraisemblable que d'autres substances solubles peuvent modifier la composition du suc cancéreux en se mêlant à lui, mais nous n'av^ons pas à nous en inquiéter.
Cette énumération, qui est sans doute incomplète, permet i:. déjà d'affirmer que, sans changer de nature intime, sans cessendéformer une espèce unique, les tumeurs cancéreuses doivent . se présenter sous d'innombrables aspects.
Je croirais sortir de mon sujet en donnant ici une description
DU CANCEIt. 49'
de ces substances accessoires du cancer et de leurs caractères histologiques. Ce sont des substances homœomorpbes, et elles sont suffisamment décrites dans les traités modernes d'anatomie générale.
Principales formes du ca?icer. — Rien n'est facile maintenant comme de se rendre compte des difFérenJes formes du cancer.
11 y a dans le cancer un suc qui est constant, et une trame solide qui peut manquer.
D'un autre côté, il y a dans le suc un liquide transparent, albumineux qu'on peut appeler le sérutn du suc, et des formations cellulaires qui nagent dans ce sérum.
Ti'ame solide, sérum du suc, cellules et noyaux du suc, ces trois éléments peuvent se mêler en proportions diverses et subir différentes modifications.
1° Si la trame solide prédomine, la tumeur est dure, comme fibreuse; c'est un squirrhe. L'existence, dans cette trame, de matières grasses, de principes minéraux, constitue des sous-variétés.
2° Si les formations cellulaires prédominent, si le sérum est peuaboodant, si la trame est presque nulle, la tumeur, par le grattage, se réduit à peu près complètement en un suc épais, blanc et opaque; elle a l'aspect de la substance cérébrale ramollie : c'est un type d'enceplialoïde. Lorsque la trame est un peu plus marquée, on dit que l'encéphaloïde est cru ou non encore ramolli ; nous apprécierons plus tard la valeur de ces expressions.
Si les cellules et le liquide où elles flottent contiennent des corpuscules opaques de matière pigmentaire , l'encéphaloïde devient noir et prend le nom de cancer mélanique ou mélanose.
Si dans la trame peu considérable de l'encéphaloïde, il existe néanmoins une grande quantité de vaisseaux; s'il s'y produit un très grand nombre de petites hémorrhagies qui constituent au-
49*2 ANATOMIE PATIIOLOGIQUr:
tant de foyers distincts, la tumeur prend le nom de cancer hématode,
3" Si enfin la trame est peu prononcée en même temps que les formations cellulaires sont peu abondantes, la tumeur est formée principalement par le liquide dans lequel nagent les noyaux et les cellules. Ce liquide alors présente une transparence parfaite, une consistance de gelée : la tumeur prend le nom de cancer colloïde ou gélatini forme. Nous chercherons plus lard en quoi consistent les éléments solubles qui lui donnent cet aspect gélatineux.
Ainsi donc, suivant que l'un ou l'autre des trois éléments qui font la base des cancers vient à l'emporter sur les autres, les tumeurs sont, ou squirrheuses, ou encéphaloïdes, ou colloïdes: ce sont les trois grands types principaux.
Les cancers napi formes, fibreux, ligneux, pierreux, etc., sont des variétés du squirrhe.
Les cancers mélanique et hémalode sont des variétés de l'encéphaloïde.
La quantité plus ou moins considérable, la densité plus ou moins grande de la substance gélatineuse du colloïde, déterminent enfin d'autres variétés qui n'ont pas reçu de noms spéciaux.
A côté de ces types, qui constituent les cas les moins ordinaires, viennent se ranger une innombrable quantité de cas transitoires, et la manière dont nous venons d'expliquer l'existence des types principaux faisait déjà pressentir qu'il en devait être ainsi.
Combien de tumeurs sont à la fois plus dures que l'encéphaloïde cru, et moins dures que le squirrhe ! Combien de fois ne trouve-t-on pas, dans des tumeurs à trame plus ou moins solide, un suc plus ou moins visqueux, et doué d'une demi-transparence ! Il y a plus : on rencontre des tumeurs qui sont dures en certains
DU CANCKIl. /|g3
points, molles dans d'autres; plus loin il peut y avoir une grande i vascularisation et de petits foyers hémorrhagiques ; ici une accu- | mulation de matières grasses; là des masses de fibrine décolo- I rée, reste d'une ancienne apoplexie. Les tumeurs de ce genre [ ont reçu le nom de tumeurs composées ou de cancers composés ; \ elles sont la preuve la plus absolue de l'opinion que nous avons | adoptée, c'est-à-dire de l'unité désaffections cancéreuses.
Ceci nous dispense de passer en revue et de critiquer les diverses classifications des tumeurs cancéreuses, qui ont été données par lesauteurs. Nous nous contenterons de donner les synonymies à mesure que nous rencontrerons les différentes formes que nous venons d'énumérer.
L'unité du cancer et la spécificité des éléments histologiques qui sont communs à tant de variétés, nous indiquent la voie que nous devons suivre. Nous étudierons d'abord, d'une manière générale, l'anatomie pathologique du cancer et la physiologie pathologique qui en est inséparable. Nous passerons ensuite à l'étude des principales formes du mal.