‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · XV° LIVRAISON · texte numérisé non relu

XV° LIVRAISON

monie, de péritonite, d'inflammation chronique des intestins, d'ascite, d'hydrothorax, de taches scorbutiques, etc., peut-être même d'affections squirrheuses. Les observations suivantes mettront cette vérité dans tout son jour.

1° observ. Double pleurésie, chez un enfant mort trente-six heures après sa naissance.

Une femme avait éprouvé, onze jours avant l'accouchement, une oppression considérable qui fut portée jusqu’à la suffocation, et nécessita une saignée et des synapismes; loppression diminua,' mais la fièvre se maintint jusqu’au moment de l’accouchement qui fut très naturel et à terme. L’enfant était bien constitué, quoique peu volumineux et faible; il resta languissant jusqu'au moment de sa mort qui eut lieu au bout de trente-six heures. Sur la feuille de décès on mit pour cause de mort : farblesse congérnale.

Ouverture du cadavre. Double pleurésie caractérisée par un liquide lactescent pseudo-membraneux ; base des poumons indurée, ou plutôtdams l’état où se trouventlespoumons des enfants qui n’ont pas respire.

2° observ. Péritonite et inflammation lobulaire des poumons , chez un enfant mort trois heures après la naissance : pointillé rouge, et lignes rouges à la surface interne de l'estomac.

Un enfant venu naturellement par la première position du sommet de la tête, mourut trois heures après sa naissance : l'abdomen volumineux contenait évidemment un liquide.

Ouverture du cadavre. Grande quantité de sérosité jaunâtre, avec quelques flocons pseudo-membraneux dans la cavité du péritoine; les intestins et l’estomac étaient extrêmement rétrécis; Pestomac contenait un mucus épais et blanc, analogue à du blanc d’œuf épaissi : au premier abord on eût dit du lait coagulé, bien que l’enfant n’en eùt pas avalé une goutte. La surface interne de l'estomac présente un pointillé rouge très prononcé, ici irrégulier, là disposé par lignes. Les intestins gréles et gros contiennent du méconium. Le foie est volumineux, la rate volamineuse et noire. Le vésicule du fiel contient au lieu de bile un mucus incolore. Des ganglions Iymphatiques , indurés et volumineux, entourent le canal hépatique. Les poumons présentent à l’extérieur un aspect truité : cet aspect est dû à de petites masses d’induration très multipliées, rouges, sphéroïdales, d’inégal volume, disséminées tant à la surface que dans l’épaisseur de organe : on aurait dit de gros tubercules.

Réflexions. Voilà un de ces cas de lésions complexes dans lesquelles il est bien ditficile d’assigner la corrélation qui existe entre les diverses altérations, et la part qu'a prise chacune d'elles à la terminaison funeste.

Le pointillé rouge de l'estomac soit par points isolés, soit par lignes , est-il un signe d'in-. flammation ? S'il en était ainsi, rien ne serait plus fréquent que l'inflammation de la muqueuse gastrique chez le fœtus. La couleur blanchâtre du mucus, analogue au blanc d'œuf épaissi, annonce-t-elle une inflammation ? Cette coloration n’est pas moins fréquente que le pointillé rouge, et faute de données suffisantes , je m'abstiens de prononcer sur $a valeur.

3° observation. Ærachnitis spinale chez un enfant mort le cinquième jour après sa naissance.

Un enfant qui ne parait pas tout-à fait à terme, après avoir pris le mamelon pendant trois jours, devient immobile et froid le quatrième jour: on me le présente dans cet état; je crois qu'il est né faible, et je lui prescris un baïn aromatique, moyen qui réussit en général assez bien dans des cas analogues en apparence. Îl mourut le lendemain. À l’ouverture : arachnitis spinale; le tissu cellulaire sousarachnoïdien de la moelle était infiltré de pus : le pus infiltré s’étendait autour de la protubérance , et ie long des scissures du cerveau.

L’arachnitis avait elle été postérieure ou antérieure à la naissance? ilest probable qu’elle était postérieure.

; F 4° observation. Ænasarque, ascile, hydro-thorax, purpura hemorrhagicum , chez un fœtus de Sept mois, qui mourut douze heures après la naïssance.

n £ , Are ? - 4 Un enfant de sept mois naît infiliré, avec ascite et taches ponrprées sur toute la surface du corps et sur la muqueuse de la langue ; il mourut au bout de douze heures. Infiltration du üssu cellulaire sous-cutané; sérosité dans l'abdomen: foie réduit à la moitié de ses dimers'ons accoutumées; intestins sains ; quelques taches pourprées sur la muqueuse intestinale.

Hydro-thorax à droite : les muscles des extrémités inférieures, et en général tous les muscles étaient parsemés de taches de sang, qui contrastaient avec la décoloration des fibres musculaires ; nulle part ces macules n'étaient plus multipliées que dans l’épaisseur des muscles masséter et temporal.

Le péricräne présentait des taches d’ecchymose très multipliées : on en trouvait aussi à la muqueuse pharyngienne.

Le cerveau était décoloré, demi-transparent, couleur de cire; le tissu cellulaire sous-arachnoïdien était infiltré. Le canal thoracique était très distendu par une sérosité sanguinolente.

e e | e ? = € LS 5° observation. Ænasarque, ascite, hydro-péricarde, purpura hemorrhagicum , foie d’un vert-olive , chez un enfant qui mourut une heure après la naissance.

Üne femme qui avait subi plusieurs traitements anti-syphilitiques, peu de temps avant sa grossesse, accouche heureusement dun enfant infiltré, à terme, qui mourut au bout d’une heure de respiration assez complète. Ouverture du corps. Face infiltrée et monstrueuse, sang concret infiltré dans le tissu cellulaire subjacent au cuir chevelu ; ecchymose sous le péricräne. Cerveau très injecté.

Grande quantité de sérosité dans le péricarde; un peu de sérosité dans les plèvres.

Ascite; foie d’un vert-olive foncé, comme dans certaines maladies des adultes, et ayant, sous le rapport du volume, à peu près les mêmes proportions que chez ces derniers; sontissu est très dense.

Canal alimentaire sain ; quelques ecchymoses dans l’épaisseur des muscles gastro-cnémiens; elles sont en bien plus grand nombre dans le muscle masséter et sur-tout dans le muscle temporal.

Poumons sains.

Le placenta présente quelques portions décolorées et indurées , qui simulent des tubercules, mais qui ne sont autre chose que du sang incolore, coagulé et infiltré dans les mailles du tissu placentaire.

On ne saurait méconnaitre le rapport qui existe entre les deux observations qu'on vient de lire. Dans le dernier cas, la femme était dans un état de cachexie, suite, à la fois, et de la syphilis et du traitement mercuriel. Dans le premier cas, la malade était depuis longtemps dans un état valétudinaire. Le peu de volume du foie, dans les deux observations, parait une conséquence de Îa présence de la sérosité dans l'abdomen. L'anasarque, lhydro-péricarde, l'hydro-thorax , lascite, le purpura hemorrhagicum, voilà des lésions dont l'affinité n'est point équivoque et qui tiennent sans doute à une cause identique.

6° observation. /nflammation chronique du thymus et du pancréas; induration et imperméabulité des poumons. (PI. IT, fig. 2, xv° livr.)

Enfant à terme venu vivant, par le sommet de la tête. Pieds dépouillés d’épiderme et livides. Mort après quelques minutes de respiration. L

En enlevant le sternum, j’entame un foyer purulent: ce foyer occupait le 1hymus qui était très volumineux, remplissait le médiastin antérieur, et adhéraït d’une part au péricarde, d’une autre part à la face postérieure du sternum. Le thymus TO (fig. 3) est divisé en loges ou cellules de différente capacité, et pleines de pus visqueux ; les cellules de la partie inférieure sont plus considérables que celles du sommet, qui sont tuberculeuses ; les parois dé cette poche multiloculaire, sont comme infiltrées de pus concret. C’est une affection tuberculeuse, ou si l’on veut, une inflammation chronique du thymus.

Les poumons (fig. 2) très volumineux, très pesants, ne sont perméables que dans un petit nombre de points; leur üssu est dense, d’une couleur rosée, et la disuünction en lobules se dessine parfaitement, tant à la surface, que dans l’épaisseur de ces organes. La trachée, les bronches et leurs divisions sont remplies de mucosités opaques, comme dans le catarrhe chronique. Le foie est extrêmement petit, son poids est de quatre onces; le fœtus pesait quatre livres et demie.

Le pancréas (fig. 7 et 8) était d'apparence lardacé, sans distinction de grains glanduleux, et représentait le tissu d’une mamelle squirrheuse; son diamètre antéro-postérieur est aussi considérable que son diamètre vertical. Le volume de l’extrémité, qu’on appelle la queue et qui touche la rate ‘fig. 7), est aussi considérable que celui de extrémité qu’on appelle la tête. Il adhére à la capsule surrénale et au rein droit , au-devant desquels il est situé.

Réflexions. Chez le fœtus, le thymus est un organe glanduleux, creusé d’une cavité centrale, dans laquelle viennent aboutir des cavités plus petites, creusées dans l'épaisseur de chaque lobule. Une matière blanchäâtre, visqueuse, qui ressemble assez exactement au

Jait imparfait ou collostrum, remplit cette cavité. Quelquefois il y a deux thymus parfaitement distincts sur la ligne médiane; dans d’autres cas, les deux thymus communiquent entre eux. Le thymus étant un organe propre au fœtus, c'est chez le fœtus qu'il faut étudier ses maladies. Il semblerait que dans quelques cas, il y ait, ou bien rétention du produit sécrété, ou bien super-sécrétion. Enfin, chez un enfant nouveau-né, âgé de six mois, qui mourut dans le marasme, j'ai rencontré un thymus doublé de volume, plein de tubercules et de foyers tuberculeux : les poumons étaient parfaitement sains.

L'induration du pancréas qui avait entièrement perdu l'aspect glanduleux , et qui présentait tous les caractères du tissu squirrheux, est un fait important, mais trop isolé pour quon puisse en tirer des inductions suffisamment motivées.

7° Observation. Znduration du pancréas, des poumons. Plaques blanchäâtres et ulcérees dans l'intestin gréle.

Les intestins, quoique inertes dans le fœtus, peuvent être le siège de plusieurs maladies; je ne connais aucune observation plus curieuse que celle d’un enfant qui mourut immédiatement après sa naissance , après avoir poussé deux cris; on sentit battre le cœur pendant sept minutes (1). Les intestins qui me furent présentés offraient des plaques blanchâtres, oblongues, elliptiques , avec épaississement considérable des parois. Ces plaques étaient parsemées de petites ulcérations , et dans quelques points l’épaississement était tel, que le calibre de l'intestin paraissait complétement effacé. Le pancréas induré avait tous les caractères du tissu squirrheux. Les poumons étaient indurés dans leur totalité, sauf quelques lobules dela base.

Anévrysme des cavités droites du cœur, chez un fœtus, par suite de l'oblitération de l'orifice de l'artère pulmonatre. Mort le cinquième jour de la naissance.

Un enfant nait à huit mois et demi dans un état de faiblesse excessive; la respiration ne s'établit qu'avec beaucoup de peine; elle resta incomplète, très génce, presque convulsive. I] mourut au bout de cinq jours.

À louverture : cœur énormément développé, remplissant plus de la moitié du thorax, refoulant en arrière les poumons qui étaient peu considérables.

Le grand volume du cœur tenait au développement très considérable des cavités droites, lesquelles formaient les sept huitièmes de l’organe; les cavités gauches étaient extrêmement petites, et représenaient une sorte d’appendice.

La valvule de Porifice auriculo-ventriculaire droit était appliquée d’une manière fixe, contre les parois ventriculaires, dont elle ne pouvait se détacher; en sorte que le sang passait tout aussi librement du ventricule dans Poreillette, que de loreilletie dans le ventricule. Des granulations flottantes ocgupaient le bord libre de la valvule.

L’orifice de lartère pulmonaire était complétement oblitéré; l'artère pulmonaire et ses divisions étaient d’ailleurs dans leur état d’intécrité.

La fosse ovale était très considérable; il n’existait du trou de botal qu’une petite fente située à la partie supérieure de la fosse : un caillot était engagé dans cette fente. La valvule qui forme le fond de la fosse ovale était un peu éraillée.

Comment la vie a-t-elle pu se maintenir pendant cinq jours ? il n’arrivait pas une goutte de sang aux poumons par le ventricule droit; je pense que l’abord du sang dans les poumons se faisait incomplétement par le canal artériel : il est probable que la vie se serait maintenue si le trou de Botal était resté libre. .

Maladies des poumons chez le fœtus.

De toutes les maladies qui surviennent chez le fœtus et chez l'enfant nouveau-né, les plus fréquentes, sans contredit, sont celles qui affectent le tissu même du poumon. Souvent la maladie semble n'avoir précédé que de quelques jours le moment de Ia naissance , 1] se pourrait même qu'elle füt la conséquence immédiate des premiers mouvements de la respiration, lesquels placent les poumons dans des conditions toutes nouvelles. Le développement partiel des poumons ou l'infiltration pulmonaire qu'on observe chez les fœtus qui naissent avant terme et qui respirent pendant plusieurs heures et quelquefois pendant plusieurs jours, sont évidemment la suite de l'abord prématuré

(1) Vov. 20° bulletin de la Société anatomi ue, rédigé par M. Maréchal, secrétaire. { \ q Ë

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du sang et de l'air dans les poumons dont l'organisation n'était pas encore en harmonie avec l'établissement de la respiration.

Dans un plus grand nombre de cas, la maladie date de plusieurs jours et peut-être même de plusieurs mois ; alors les poumons se présentent sous différents aspects: tantôt ils offrent la pneumonie butisé Des lobules ou des groupes de lobules indurés ou infiltrés sont disséminés çà et là au milieu d'un tissu sain : tantôt, les poumons sont pris en masse dans une grande étendue , il n’est même pas rare de voir les deux.poumons envahis à la fois dans leur totalité. Le tissu malade ressemble assez souvent à celui de la pneumonie des enfants nouveau-nés, d’autres fois, il est complétement carnifé, granuleux, et les lobules représentent des grains glanduleux parfaitement distincts. La lésion des poumons est si fréquente chez le fœtus, que je ne crains pas d'avancer cette proposition, savoir : qu'# meurt autant d'enfants nouveau-nés que d'adultes, par les poumons.

I faut donc conserver la cause de mort par asphyxie des accoucheurs , mais avec cette différence que l'asphyxie, telle que je l'entends, tient à une maladie des poumons antérieure à l'acccouchement, tandis que pour les accoucheurs l'asphyxie résulte du fait même de l'accouchement. La plupart des enfants asphyxiés des accoucheurs, me paraissent des enfants apoplectiques. Une remarque importante, c'est que la vie de l'enfant nouveauné peut se maintenir pendant quelque temps avec l'intégrité d’une très petite fraction de l'organe de la respiration: sous ce rapport la pneumonie du fœtus diffère essentiellement de celle de l'adulte. La respiration étant en effet, pour l'enfant naissant, une fonction nouvelle, si peu que le sang soit revivifié, la vie pourra se maintenir; tandis que chez l'adulte, la respiration est une fonction à laquelle sont coordonnées toutes les autres, et ans l'exercice ne peut être diminué d'un tiers, d'un quart, sans trouble es Ce n'est que dans les maladies chroniques ou biiahés des poumons, que l'économie peut s'habituer lentement à se passer de la plus grande partie de cet organe.

Une seconde remarque non moins importante, c'est que l'induration des poumons se concilie presque toujours avec lembonpoint du fœtus, et toutes les apparences de la santé la plus parfaite; 1l n’est pas rare de voir les bronches pleines de mucosités épaisses, comme dans le catarrhe aigu.

Enfin, une dernière conséquence de l'inertie des poumons pendant la vie intrà-

utérine, Cest que ces organes peuvent présenter des lésions beaucoup plus profondes que chez l'adulte.

Observation {. Lobules pulmonaires infiltrés de sang, et disséminiés (Fig. 1, pl H, XV° livr. ). Enfant nouveau-né, venu naturellement: mort au bout de quarante-buit heures. Lobules et masses de lobules infiltrés de sang au milieu de lobules sains. !1 serait possible que cette altération ne remontät pas à l’époque de la naissance seulement.

Observation 2. Poumons infiltrés de sang et imperméables dans les trois quarts de leur étendue. Mort. Enfant nouveau-né, venu naturellement par les fesses ; 11 paraît faible, er reste faible jusqu’au moment de la mort qui eut lieu au bout de vingt heures.

Les poumons (fig. 4, pl. IT) sont imperméables dans les deux tiers environ de leur étendue; cette imperméabilité S dr À sur-tout à [a partie postérieure et à la base : elle consiste dans une Re R rouge-noire, humide, qui parait être une infiltration de sang et de sérosité; on voit çà et là, au milieu du reste du poumon, des noyaux d'infiltration. Je pense que cette lésion peut dater du moment de la naissance.

Observation 3. Poumons infiltrés de sans dans leur presque totalité. Get enfant né faible, resta dans le même état de faiblesse pendant vingt-quatre heures; il s’éteignit. Épanchement de sérosité sanguinolente dans les plèvres. Les deux poumons étaient indurés, LÉ de sang qui découlait comme dune éponge; un seul poumon offrait quelques lobules perméables. On ne conçoit pas que la vie ait pu se maintenir pendant vingt-quatre heures, avec une aussi petite portion de l'organe de la respiration. Du reste, je pense que cette lésion ne remonte pas avant l’époque de la naïssance.

Observations 4 et 5. Chez deux enfants nouveau-nés, dont l’un, de sept mois, a respiré huit heures, et dont lautre, à terme, a respiré vingt-quatre heures, j'ai trouvé les poumons imperméables, et se précipi-

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