‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 2)Chapitre 3 sur 22 · V° LIVRAISON. D · texte numérisé non relu

V° LIVRAISON. D

La figure 3° offre la face antérieure de l’épiglotite MRE, également érodée et couverte de caroncules ; l'érosion et les caroncules se continuent dans l'intervalle des piliers jusqu'aux amygdales et à gauche jusque sur la base de la langue. Le larynx ouvert permet de voir l’épaississement , l'érosion et les caroncules

dans toute l'étendue de sa surface interne; la base du cartilage aryténoïde droit CA était dénudée, érodée,

en partie osseuse.

Du reste, les ganglions lymphatiques situés sur les côtés du larynx sont indurés et pénétrés de matière tuberculeuse : les poumons adhéraient intimement aux parois thoraciques par des liens celluleux et fibreux. Leur tissu était sain, mais parsemé d’une grande quantité de granulations miliaires. Les bronches étaient d'un rouge vif. Le sommet du poumon droit présentait une vaste caverne parfaitement cicatrisée. Enfin ce malade avait deux énormes hernies : le sac herniaire et la portion déplacée du mésentère étaient héris-

sés de petites g oranulations transpar entes.

RéFLExIONS. — Le malade a évidemment suceombé à l'affection laryngée, et la lésion des poumons est restée, pour ainsi dire, Imaperçue. Existe-t-il des phthisies laryngées primitives, indépendantes de toute lésion tien J'ai recueilli quelques faits cliniques qui me paraissent le démontrer de la manière la plus positive. Mais les phthisies laryngées, symptômatiques d'une affection pulmonaire, sont beaucoup plus fréquentes; et, d’ailleurs, telle est l'étroite sympathie qui lie entre eux le larynx et les poumons, que ceux-ci ne tardent pas à s'affecter, pour peu que linflammation laryngée soit d'une certaine durée; or les poumons, une fois envahis par l'affection tuberculeuse, dominent en général la maladie, et l'affection laryngée n'est plus, en quelque sorte, qu'un épiphénomène.

Au demeurant, dans le cas actuel, l'altération organique rend parfaitement compte de tous les symptômes observés pendant la vie, et de la grande quantité de pus rendu au milieu des efforts de vomissement, et de l'extinction de la voix, et surtout de la difficulté extrême dans la déglutition, qui était le symptôme dominant. L'érosion de l'épiglotte, et de tout ce qui entourait l’orifice supérieur du larynx, le défaut de souplesse de toutes les parties indurées , devaient s'opposer au mouvement si compliqué par lequel l'orifice du larynx vient, dans la déglutition, se cacher sous l'épiglotte.

F n'ai pas trouvé dans la tuméfaction des EE la raison lisant de la mort subite, et comme par suflocation; mais on conçoit qu'un mouvement de déglutition mal ue qui aura eu pour résultat l'introduction d’une parcelle d'alimens dans la cavité du larynx, qu'une quinte de toux laryngée, convulsive, qu'une tuméfaction légère, et qui se sera dissipée à la mort, peuvent aisément produire cet effet.

L'inspection de listhme du gosier, et surtout de l'épiglotte, m'a été d’un très-orand secours dans ce cas, comme d’ailleurs dans l'exploration de toutes les maladies du larynx. Je dois dire ici qu'à l'aspect du tissu induré qui supportait à la fois et des érosions et des végétations, je me suis demandé si je n'avais pas affaire à une maladie cancéreuse : jamais je n'ai mieux senti le vide des mots et des idées, au sujet du cancer. Il est certain que, si l'incurabilité est un des caractères de la dégénération cancéreuse, ce caractère existait ici au plus haut degré; mais autre chose est une incurabilité résultant du siége et de la période de la maladie ; autre chose est une incurabilité radicale, et je ne crois pas qu'on puisse confondre l'induration ou l'ulcération avec le squirrhe et l’'ulcère cancéreux. Sans doute, rien ne serait plus facile que de changer le nom, mais changerions-nous la chose? ajournons donc toute innovation à cet égard , jusqu à ce que de Re 7 recherches aient mis dans tout leur jour et le siége précis, et la nature de la maladie cancéreuse.

ee

Page 1