‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 2)Chapitre 7 sur 22 · ILI° LIVRAISON. L · texte numérisé non relu

ILI° LIVRAISON. L

abondante et beaucoup moins fétide; l'appétit se réveille; la face est naturelle. Le dévoiement continue, mais moindre; le pouls est naturel pour la fréquence. L’auscultation démontre toujours, au niveau de l'angle inférieur de l’omoplate et de la fosse sous-épineuse du côté droit, une respiration et une voix. tubaires très-prononcées, tantôt légèrement vibrantes, tantôt avec claquement muqueux : Le son est toujours mat. À gauche, percussion et respiration sonores avec mucosités et quelquefois ronflement. Depuis quelques jours, le malade accusait un sentiment de faiblesse excessive, et ce sentiment devint bientôt le symptôme dominant. Le besoin des boissons spiritueuses était tellement impérieux qu'indépendamment de la petite quantité de vin que je lui prescrivais, il s’en faisait apporter au moins un litre par jour : sans cela, disaitil, il serait dans un état de défaillance continuelle. Les 25, 26, la faiblesse est telle que le malade ne peut plus répondre à mes questions que par monosyllabes ; chaque mot lui coûte un grand effort. Îl m'est impossible d'obtenir de lui qu'il se mette sur son séant. Il à la conscience d’une fin prochaine, et demande à chaque instant du vin pour se soutenir. Le pouls est lent et intermittent ; le dévoiement a cessé, et les crachats ont repris leur fétidité. Les 27, 28, à la faiblesse excessive se joint l'oppression. Pendant la nuit du 28 au 29, expectoration très-abondante de sang rutilant. Le malade était mourant à la visite du 29, et mourut quelques instans après. a

À l'ouverture du cadavre, je trouve la cavité droite de la poitrine remplie de sang en partie coagulé et présentant tous les caractères d’un épanchement récent; j'estime sa quantité à deux litres. La source de cette hémorrhagie intérieure ne fut pas difficile à découvrir, car il existait près de la base du poumon, intimement unie au diaphragme, une déchirure FGD (fig. x, planche n1, 1° livraison }), de laquelle s’'échappait, avec des caillots de sang CS, CS, un lambeau gangréneux ou escharre E.

La déchirure FGD ayant été agrandie, je pénétrai dans un foyer gangréneux considérable FGD (fig. 2), duquel se détachaient, avec une multitude de petits lambeaux gangrénés , l'escharre ou bourbillon E qui s'était échappée par l'ouverture indiquée figure 1. Ge foyer, examiné sous l’eau, m'a permis de voir que tous ces lambeaux avaient pour pédicules des vaisseaux artériels qui seuls avaient échappé à la putréfaction ; trois ou quatre artères rameuses servaient de pédicule au lambeau principal E.

Rien de plus commun que les hémorrhagies à la suite de gangrène humide, de pourriture d'hôpital et autres, parce que les vaisseaux se rompent avant leur oblitération. Il était néanmoins curieux de connaître la source de l’hémorrhagie pulmonaire à laquelle le malade avait succombé , et un stylet introduit dans l'artère AR (fig. 2) a pénétré sans aucun obstacle dans le foyer.

Un deuxième foyer gangréneux récent FGR (fig. 1), plus petit, contenant un lambeau E, qui adhérait aux parois à l’aide de plusieurs vaisseaux artériels, occupait le voisinage du sommet du poumon. Un troisième foyer gaugréneux récent FGR ( fig. 3 ) se voyait dans l'épaisseur du même poumon ; une grosse bronche était comme coupée à pic au niveau de ce foyer et communiquait largement avec lui.

Dans l'épaisseur du bord postérieur du poumon était une vaste caverne FGCG (fig. 1) extrêmement anfractueuse, cloisonnée, communiquant avec un grand nombre de tuyaux bronchiques volumineux ; ses parois étaient denses , comme fibreuses, d’un rouge-brun dans une certaine partie de son étendue; point de lambeaux gangréneux proprement dits, mais petits prolongemens celluleux et vasculaires qui flottaient sous l’eau. IL était aisé de voir que ce foyer, qui répondait à la fosse sous-épineuse , et par. conséquent au siége de la respiration et de la voix tubaires, était en voie de cicatrisation ou même presque entièrement cicatrisé. Ce foyer était vraiment énorme; il présentait un prolongement FGC (fig. 3), également anfractueux , qui paraissait d’une date plus récente que le foyer principal FGC (fig. 1), allait toujours se rapprochant de la plèvre pulmonaire PE, dans la cavité de laquelle se serait infailliblement ouverte la caverne F”G"C” (fig. 3) sans la barrière apportée par cette plèvre épaissie et comme cartilagineuse.

Un deuxième foyer en voie de cicatrisation F'G'C' (fig. 1) se voyait un peu au-dessous du foyer gan-

sréneux récent du sommet FGR.

Autour de ces foyers, soit récens , soit anciens, il n'existait aucune trace d’inflammation , aucun changement de couleur; seulement défaut de perméabilité, mollesse, comme si les parois avaient été infilcrées de sérosité dans une certaine épaisseur : c’est l’oœdème de la gangrène. Or, dans les foyers récens, cette couche pulmonaire adjacente offrait une grande mollesse ; elle était infiltrée d’un liquide brunâtre non fétide qu'on exprimait avec la plus grande facilité : antour des foyers anciens se voyait une couche peu épaisse de tissu pulmonaire induré.

Le tissu du poumon était crépitant , mais mollasse , d’une couleur bleuâtre dans toute son étendue, pénétré d’un liquide séreux trouble, non fétide ; il était traversé çà et là (fig. 1, 2, 3 ) par des lames fibreuses évidemment formées aux dépens du tissu cellulaire interlobulaireépaissi et induré , et quiattestaient l'existence d’uneirritation chronique du poumon. La surface interne de tous les canaux bronchiques était d’un rouge intense ; cette rougeur occupait toute l'étendue des voies aériennes depuis l’origine de la trachée jusqu'aux dernières ramifications. B (fig. 3) représente une bronche ouverte, et donne une idée exacte de la teinte de la muqueuse. Tous les canaux bronchiques étaient pleins d'une matière puriforme tout-à-fait semblable à la matière de l’expectoration du malade. Cette matière s’échappait par les orifices des bronches divisés (fig. 1 et 2). L’artère pulmonaire présentait dans son tronc et dans toutes ses divisions de petites plaques saillantes, qui ont été exactement rendues sur l'artère ouverte AO ( fig. 3 ). Ges petites plaques étaient formées par la pellicule interne artérielle que soulevait une couche mince de matière plâtreuse infiltrée.

Les vaisseaux artériels qui supportaient les lambeaux gangréneux, ceux qui rampaient dans l'épaisseur des parois, étaient pleins de concrétions sanguines; maïs partout ailleurs les ramifications soit artérielles , soit veineuses , étaient libres.

Le cerveau, tous les viscères abdominaux étaient parfaitement sains.

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