‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 14 sur 122 · CANCER DE LA MAMELLE CHEZ L'HOMME · texte numérisé non relu

CANCER DE LA MAMELLE CHEZ L'HOMME

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La fig. 1 représente an fungus d'une horrible fétidité, laquelle semblait résulter d’un mélange d'odeur sangréneuse et d'odeur cancéreuse; ce fungus était le siège d’hémorrhagies continuelles qu’arrêtait difficilement la compression, et qui épuisaient le malade.

La tumeur lobuleuse et mamelonnée semble résulter de la juxta-position de mamelons lobuleux d’inégal volume, dont la plupart sont gangrénés à leur surface ou dans une partie de leur épaisseur. Quelques-uns de ces mamelons sont recouverts par une membrane mince et vasculaire, qu'on pourrait considérer comme la peau amincie où comme une couche superficielle de la peau dégénérée dans toute son épaisseur. L’œil, armé d’une loupe, distinguait, à travers la transparence de cette couche superlicielle, des alvéoles fibreuses remplies d’une substance gélatiniforme, demi transparente. 11 a dès-lors été évident que ces gros mamelons étaient formés aux dépens du corps même de la peau, dont les mailles étaient pénétrées de suc cancéreux gélatiniforme.

La coupe de la tumeur (fig. 2) représente un tissu blanc, demi transparent, s'écrasant en grumeaux sous les doigts, présentant beaucoup de rapports, pour l'aspect et le ton de la couleur, avec le mets connu sous le nom de blanc-manger. L'étude attentive de ce tissu m'a montré que d’une base généralement molle, dense seulement dans quelques points, partaient des proléngemens lamelleux ou plutôt fibreux juxta-posés, se séparant avec la plus grande facilité, et se terminant à la surface des mamelons : entre ces prolongemens lamelleux, que je ne puis mieux comparer qu'aux longues papilles que présente le cancer fungiforme de la muqueuse gastrique ou intestinale, se voyait du sang qui se présentait sous trois états bien distincts : 1° ici des gouttes globuleuses, de petites taches de sang disséminées au milieu d’un tissu blanc; 2° la, petits foyers de sang sans parois; 3° vaisseaux noueux, tantôt suivant la direction des fibres, tantôt perpendiculaires à cette direction, jamais ramifiés, formant quelquefois des anses. On aurait dit que ces petits courans sanguins étaient cohibés par des parois vasculaires, mais que j'ai vainement cherchées. Je ferai observer que le sang était liquide et qu'il s’'écoulait en totalité lorsqu'on ouvrait les canaux dans lesquels il était contenu.

La substance qui avoisinait la surface des mamelons était convertie en une pulpe qui avait beaucoup d’analogie pour l'aspect avec la pulpe cérébrale, et cette pulpe, pénétrée de foyers de sang, avait elle-même beaucoup d’analogie avec l'aspect du cerveau dans l’apoplexie capillaire.

Dans l'épaisseur de quelques mamelons de la circonférence non encore entamés par la gangrène, j'ai trouvé des cavités ou géodes irrégulières, remplies de substance caséeuse, jaunâtre, granulée à la maniere du riz cuit. Je considere cet état comme constituant la suppuration des tissus cancéreux. |

Du reste, les parties envahies par le cancer étaient la peau, la glande mammaire et le tissu adipeux souscutané : le grand pectoral, quoique adhérant intimement à une partie de la tumeur, n’était pas encore envalii. On voit (fig. 2) la coupe de la portion du muscle qui a été emportée.

Réflexions. — Le cancer fungiforme mamelonné dont je viens de donner la description est essentiellement distinct du cancer mamelonné non fongueux qu'on observe si souvent à la mamelle. Dans celui-ci, la peau n'est que consécutivement envahie. Les bosselures sont formées par la glande mammaire et par le tissu adipeux sous-cutané dégénérés. La peau ne participe qu'en dernier lieu à la dégénérescence; elle semble s'ulcérer par amincissement, par usure autant que par suite de l'altération cancéreuse. Dans celui-là, au contraire, la peau acquiert un développement prodigieux, et se convertit en une espèce de champignon mamelonné, encéphaloïde et gélatiniforme, dans lequel il est presque impossible de reconnaitre les élémens de la peau.

Nous voyons, par l'enchainement des faits, sopérer, en quelque sorte sous nos yeux, la génération des vaisseaux accidentels du tissu cancéreux, génération qui a beaucoup d'analogie avec celle qu'on observe dans le développement du poulet. Au milieu de ce tissu apparaissent d'abord des points de sang, des gouttelettes, des caïllots, puis des vaisseaux sans parois; plus tard viennent les parois. Ces vaisseaux sont des veines dont la circulation est indépendante de la circulation générale et qui ne s'injectent n1 par les veines, ni par les artères. Jamais on ne rencontre d'artères de nouvelle formation dans les tissus accidentels. Les changemens que subissent les artères ont lieu en dehors de l'altération organique. Ils consistent dans un développement qui est en rapport avec le développement de l'organe et l'accroissement considérable qu'a subi son mouvement nutritif.

On voit encore que les mamelons du cancer fongueux sont indépendans les uns des autres; car l'un se gangrène, tandis que le mamelon voisin ne se gangrène pas. La gan-

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