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moins anfractueux, à travers les aréoles constituées par les fibres museulaires disposées en faisceaux distincts.
Réflexions. — WU est donc bien constant que les inflammations chroniques de l'intestin rectum ont été souvent prises pour; des cancers de cet organe. La première question à résoudre, lorsqu'on aura affaire à une maladie du rectum, sera donc de déterminer s'il s'agit d'une inflammation chronique ou bien d'une dégénération cancéreuse. '
Quant aux formes du cancer rectal, aucune des formes du cancer ne lui est étrangère. J'a vu plus fréquemment que les autres espèces cancéreuses la dégénération aréolaire et sélatiniforme.
Quant aux effets du cancer rectal, le plus redoutable est sans contredit l'obturation de l'intestin, de telle manière que l’excrétion des gaz et des matières fécales, d’abord difficile, devient plus tard'impossible : de là le soulagement, et même lapparence de guérison, opérée par les mèches, lorsque le cancer est accessible à ce moyen de dilatation. Mais dans combien de cas n'est-il pas situé au-dessus de la portée du doigt! Un fait assez remarquable est le suivant : c'est qu'un cancer du rectum, au-dessus de la portée du doigt, dans les premiers temps de la maladie, peut être reconnu à l'aide du doigt par suite de la rétention des matières qui dépriment la portion d'intestin rétrécie. Les efforts de défécation exercés pendant que l'index est introduit dans l'intestin rectum peuvent abaisser suffisamment la partie malade pour permettre d'établir le diagnostic. J'ai vu un cas dans lequel une dégénération dont le siège étant de 5 à 6 pouces de l'anus, put être sente avec le doigt.
L'observation suivante, qui a pour sujet un malade extrêmement intéressant, auquel jai donné mes soins pendant la dernière année de sa vie, donne une idée des accidens de rétention auxquels peut donner lieu le cancer du rectum. Elle fournira aussi un exemple remarquable d'extension à la vessie du cancer du rectum.
Cancer de la partie supérieure du rectum. Tous les symptômes de la rétention des matières fécales. — Hématurie. — Sympiôme d'un calcul vésical ou d'un fongus.— Mort.— Cancer du rectum qui s'est propagé jusqu'à la vessie.
M. de Cr. , 45 ans, ancien officier supérieur de la garde royale, éprouvait tous les huit jours les symptomes les plus graves d’une rétention des gaz et des matières fécales : bien que le doigt introduit dans le rectum ne püût atteindre le point malade, il était néanmoins constant qu'il existait un rétrécissement considérable à la partie supérieure de cet intestin ou à la fin de VS iliaque du colon; c'était en effet la région iliaque gauche qui était le centre des douleurs. C'était là que s'accumulaient les gaz et les matières fécales. L’S iliaque du colon se dessinait à travers les parois abdominales amincies sous la forme de bosselures extrêmement considérables. À chaque douleur, on sentait l'intestin se durcir à la manière de l'utérus dans l'accouchement, il y avait en effet une grande analogie entre le caractère de ces contractions intestinales destinées à expulser le corps étranger formé par les matières fécales et celui des contractions utérines. Le
seul moyen de remédier à ces horribles crises était dans l'emploi d'un purgatif, et il fallait en général qu'il fut énergique; les demi-moyens exaspéraient les douleurs sans produire aucune évacuation. Plusieurs fois le malade parut prêt à succomber, mais aussitôt que les évacuations avaient été obtenues, les douleurs cessaient complètement ; le malade revenait à la vie; il reprenaït sa gaîté, sa vivacité ; quelquefois , après l'avoir laissé mourant le matin, je le trouvais le soir à table, mangeant avec lemeilleur appétit et se félicitant du bienètre qu’il éprouvait; tout allait bien pendant quatre jours, mais le cinquième jour, les matières commencaient à s’accumuler, de petites coliques à se manifester, et si des évacuations u’étaient pas provoquées avant le huitième jour, les crises devenaient effroyables : l'eau de Trèvez qui,je crois, contient 172 grain d’émétique et une once de sulfate de magnésie, était le purgatif qui réussissait le mieux : on était obligé d'y ajouter un gros de sulfate de magnésie par verre. Les lavemens avec le miel mercurial eurent aussi quelque ternps du succes ; mais il y eut des crises tellement fortes, tellement prolongées , que J'ai souvent été tenté de pratiquer un anus artificiel, et certes l'opération n’eût pas été difficile, car il semblait que les matières fécales étaient sous-cutanées , tant les parois abdominales étaient prodigieusement amincies.
Depuis quelque temps, l'obstacle à la sortie des matières fécales paraissait diminué; les crises de rétention étaient moins cruelles et plus rares, lorsque survint tout-à-coup une hématurietrès considérable, et à la suite, les accidens vésicaux les plus graves ; si bien, qu’à dater de ce moment, la rétention des matières fécales ne fut plus qu’un épiphénomène : c'étaient des besoins d’uriner extrémement fréquens, souvent inutiles, un ténesme vésical porté au plus haut degré, des douleurs au bout de la verge; en un mot, tous les symptomes d’un calcul vésical. Les urines devinrent successivement catharrales, purulentes, sanieuses, d’une horrible fétidité ; il y avait souvent hématurie. Les urines présentaient de petites masses demi concrètes qu’on aurait prises au premier abord pour des fragmens de calcul, mais qui n'étaient autre chose que du mucus concret servant de support à du sable urique. Le doigt introduit dans le rectum sentait derrière la prostate, au bas-fond de la vessie, une tumeur très dure qui pouvait être un caleul vésical, mais qui plus probablement était une dégénération cancéreuse du bas-fond de la vessie elle-même. Le malade mourut dans les douleurs les plus vives et le marasme le plus complet.
À l'ouverture, je trouvai une dégénérescence cancéreuse avec rétrécissement considérable de la partie supérieure du rectum. La dégénérescence s'était propagée au bas-fond de la vessie qui présentait à sa surface interne des végétations cancéreuses, molles, source bien évidente de l’hématurie : une tumeur encéphaloïde très considérable remplissait l’excavation du bassin. |
La rétention des matières fécales et des gaz peut être portée au point d'amener la rupture de l'intestin. Les exemples de cet accident ne sont pas fort rares. M. Béhier, interne distingué des hôpitaux, en a présenté un exemple à la Société anatomique. En voici un exemple que j'ai recueilli, en 1812, à l'hôpital Saint-Antoine, où j'étais élève interne.
Payard, 60 ans, ouvrier en soie, hémorrhoïdaire depuis l’âge de 45 ans, était depuis un an sujet à une constipation qui durait de huit à douze jours, et qui s’'accompagnait de coliques très vives, de nausées et de vomissemens.
Le 7 janvier 1812, coliques plus fortes que de coutume, qui durèrent sans relâche jusqu’au 21 janvier, et le forcèrent à entrer à l'hôpital. Je notai les symptômes suivans : amaigrissement, pâleur de la face, abdomen météorisé, bosselé. On reconnaissait aisément que les bosselures et le météorisme avaient lieu aux dépens du colon : borborygmes, coliques, constipation depuis huit jours; nausées sans vomissemens, abomen douloureux à la pression. :
Les jours suivans, exaspération des symptômes. |
Le 26, tympanite abdominale, uniforme, plus de bosselures ; abdomen très douloureux à la pression ; respiration courte; léger délire. Mort pendant la nuit.
Pour tout traitement, on s'était borné aux boissons adoucissantes, aux sangsues et aux fomentations émollientes.
Ouverture du cadavre.— À peine le bistouri eut-il traversé la paroi antérieure de l'abdomen, qu'il s'échappa une grande quantité de gaz fétide qui était bien évidemment contenu dans la cavité péritonéale. Les intestins refoulés en arrière étaient recouverts de matières fécales dont la source était une perforation du colon ascendant. Le gros intestin était distendu par une très grande quantité de matières fécales. Injection très prononcée de la surface péritonéale des intestins grèle et gros. Îl fut facile de trouver la cause de la rétention des matières fécales et de la perforation de l'intestin colon dans un rétrécissement dur, annulaire, de la partie inférieure de l'intestin rectum ; rétrécissement assez considérable pour ne
MALADIES DU RECTUM. g
pouvoir pas admettre l'extrémité du petit doigt. Quelle était la nature de ce rétrécissement? Était-ce un cancer dur ? était-ce un rétrécissement fibreux, une cicatrice suite d’une ulcération circulaire de l'intestin ? Je me suis tu à cet égard; J'ai seulement dit, dans mes notes : rétrécissement squirrhosité, de la partie infé-
rieure du rectum.
La rupture de flintestin par suite de la rétention des gaz et des matières fécales est un phénomène assez rare. La mort arrive le plus souvent par le seul fait de cette rétention, qui a pour résultat définitif tous les phénomenes de l'étranglement. Nous avons vu, à l'occasion de l'ulcère chronique de l'estomac, que la mort pouvait être le résultat de la guérison de cet ulcère, par le fait du rétrécissement du pylore et de l'obstacle mécanique que ce rétrécissement apporte au passage des matières alimentaires. J'ai même eu occasion d'observer tout récemment un fait de ce cenre sur un individu qui avait des vomissemens continuels, et qu'on croyait affecté de cancer du pylore. Il mourut dans le marasme le plus complet. Pour toute lésion, on trouva une cicatrice circulaire de 3 pouces de diamètre occupant le pylore et la partie voisine du petit cul-de-sac de l'estomac. Le rétrécissement était tel que l'onifice pylorique admettait à peine une grosse plume à écrire. Il n'y avait là rien de morbide, mais bien un tissu de cicatrice.
La mème chose a lieu pour l'intestin rectum, comme d'ailleurs pour tous les autres points du canal alimentaire. On sait que les ulcérations circulaires des intestins grèles ou oros avec ou sans tubercules sont très communes. Eh bien, ces ulcérations, lorsqu'elles guérissent, ont pour conséquence le rétrécissement, quelquefois même l'oblitération de l'intestin, en sorte que les ulcérations chroniques circulaires de l'intestin devraient en quelque sorte être respectées, puisque la cicatrisation a des inconvéniens bien plus funestes que la présence de l’ulcération elle-même.
Dans le cas de rétention des gaz et des matières fécales, il faut toujours explorer le rectum : quelquefois c'est un bouchon de matières fécales qui est la cause de la rétention; et le curage, si l'on peut s'exprimer ainsi, de la partie inférieure de l'intestin, fait cesser immédiatement tous les accidens. La pratique de la Salpétrière m’a donné sur ce point une grande expérience. Il est des vieilles femmes qui ont une rétention de matières fécales et qui, cependant, vont à la selle par regorgement, c'est-à-dire que tous les matins, ou tous Les deux jours, elles rendent un certain nombre de boulettes stercorales; et de même que j'ai vu des rétentions d’urine subsister plusieurs années sans accidens, de même la rétention de matières fécales avec regorgement ne s'accompagne pas toujours d'accidens de rétention. Je me rappellerai toujours une vieille femme qui, au dire des infirmières, allait régulièrement à la selle et qui mourut avec une rétention énorme de matières fécales. L'intestin rectum et l'S iliaque refoulés jusqu'au diaphragme ressemblaient au gros intestin distendu du cheval.
Les rétrécissemens du rectum par suite d'ulcération chronique sont susceptibles de guérison, lorsqu'ils sont accessibles aux moyens dilatateurs. C’est probablement dans des cas de cette espèce, et non dans des cas de cancer, que Desault a obtenu de si grands succès par l'introduction de mèches graduellement augmentées.
Une fois, le rétrécissement n'étant pas à la portée du doigt, j'introduisis une sonde œsophagienne qui donna issue à une grande quantité de gaz; mais le soulagement ne fut qu éphémère.
Au moment où je corrige l'épreuve de cet article, mon collègue, M. Rostan, vient de communiquer un fait qui vient à l'appui des considérations précédentes : un individu recu dans ses salles, succomba en présentant tous les symptômes d'un étranglement interne, vomissemens, hoquets, météorisme, douleur abdominale très vive. À l'ouverture du cadavre, on ne trouva pas d'abord d’étranglement : ce ne fut qu'en portant le doigt dans le bassin qu'on vit le rectum entouré d'un anneau circulaire et tellement rétréci à ce niveau, que l'introduction d’une sonde de femme était presque impossible. J'ai examiné la pièce
pathologique avec beaucoup de soin, et je suis resté convaincu que l'anneau circulaire n'avait été pour rien dans la maladie, qui consistait essentiellement dans un rétrécissement circulaire fibreux, épais, excessivement dense de l'intestin; que ce rétrécissement était la suite d'une ulcération circulaire et constituait une véritable cicatrice. L'anneau circulaire, qui était pénétré d'une grande quantité de graisse, n'était autre chose qu'une appendice graisseuse qui était devenue adhérente tout autour de l'intestin, et qui peut-être avait joué un rôle important pour prévenir l'épanchement de matières dans l'abdomen ou peutêtre pour prévenir la péritonite. La guérison de l’ulcération était donc devenue funeste en sopposant mécaniquement au cours des matières fécales. Dans les cas de cette espèce, l'invasion subite des accidens pourrait faire soupconner une péritonite par perforation; c'est en effet ce qui m'est arrivé au sujet d'un étudiant en médecine auprès duquel j'ai été appelé en consultation ; j'hésitai dans mon diagnostic entre une perforation et un étranglement interne : ce malheureux jeune homme mourut trois heures après notre visite, et l'ouverture du cadavre n'a pas été faite. d'OS En ve
Luxation spontanée de la 1" vertèbre cervicale. — Compression de la moelle. — Heémiplégie. — Alptdite.
L'observation suivante offre un exemple remarquable d'hémiplégie causée par la compression de l'origine de la moelle. Elle n'est pas moins remarquable par l'algidité permanente de la peau, et par le sentiment continuel de frisson accusé par la malade.
Femme Lacroix, âgée de 68 ans, marchande des quatre saisons, à la Salpêtrière, salle Saint - Michel, n. 10 (division dite des gâteuses ), observée le 13 octobre 1832, me présente l’état suivant :
Hémiplégie du côté droit; évacuations alvines involontaires. L’hémiplégie porte sur le sentiment aussi bien que sur le mouvement. |
Cette hémiplégie est, dit-elle, survenue subitement à l'hôpital de la Charité, où elle était entrée six mois auparavant pour un grand frisson qui ne la quittait jamais. On lui prescrivit des bains chauds, et ce fut à la suite d’un de ces bains qu'elle devint paralysée : une circonstance fort remarquable, c’est que dans le principe, la malade était uniformément paralysée, ou plutôt affaiblie des deux côtés; ce n’est que plus tard que survint l’hémiplégie.
Depuis quelque temps, la malade sent de jour en jour faiblir le côté gauche.
La malade, qui rend parfaitement compte de son état, assure que depuis l'invasion de la maladie, elle est toujours glacée, que les applications les plus chaudes ne sauraient la réchauffer, que le sentiment de froid réside jusque dans la moelle des os. Il semble en la touchant qu'on porte la main sur un animal à sang froid.
La malade affirme encore que depuis l'invasion elle est constamment oppressée.
Elle accuse en outre au côté droit de la tête derriere l'oreille (et en la faisant expliquer je reconnus que c'est à l'union de la tête avec le col) une douleur très vive, et parfois comme un coup de marteau.
Les membres inférieurs sont le siège de crampes aussi fréquentes que douloureuses. Parfois, la malade se plaint d’avoir la vue trouble. Du reste, la région cervicale n’est nullement endolorie; la malade porte une hernie inguinale du côté droit.
L'état de la malade reste stationnaire jusqu’au 20 janvier 1833. Je constatai pendant tout l'intervalle qui s’écoula entre cette époque et le mois d'octobre de la même année la persistance des mêmes symptômes, et surtout la constance de l’algidité qui était toujours pour moi un nouveau sujet d’admiration. Je fus témoin des crampes, elles étaient considérables et très douloureuses, commencant par les pieds et s'étendant aux genoux , aux cuisses, puis aux membres supérieurs : elles occupent surtout le côté droit du corps, mais elles fiiéént toujours par se propager au côté gauche. Ces crampes font le tourment de la malade, et parfois ne lui permettent pas un instant de sommeil. Les infirmières m'assurent qu'elle éprouve de temps en temps des attaques d’épilepsie, ce qui pourrait bien n'être que des mouvemens convulsifs ou des crampes exagérées.
A dater du 28 janvier, la langue se dessèche: le pouls, petit jusqu'alors, devient plus petit et tres fréquent. La malade n’accuse aucune douleur; elle s'éteint le 30 janvier en conservant toute sa présence d'esprit.
Ouverture du cadavre. — Cerveau proprement dit, rien. La surface du cervelet présente en arrière et à gauche une de ces érosions superficielles ou pertes de substance avec coloration brun-jaunâtre, que J'ai si souvent occasion d'observer à la Salpétrière, et que je considère comme le résultat d’une apoplexie des lamelles du cervelet. À mon grand étonnement, je reconnais que la raison anatomique de l’hémiplégie et des autres phénomènes observés est dans le déplacement de l'atlas, d’où résultait une compression de la moelle immédiatement au-dessous du bulbe rachidien.
La figure 1 représente la saillie que forme l’atlas au-devant de l’axis et celle de l'apophyse épineuse de l’axis en arrière.
La figure 4 représente en ET le coup de hache qui résulte de la compression de la moelle HUE La compression avait porté sur la moitié droite de la moelle un peu plas fortement que sur la moitié gauche de cet organe : dans le premier sens, le débris de moelle était gris, sans vestige de substance blanche; dans le second sens, le débris de moelle contenait encore un peu de substance blanche.
Les cordons postérieurs médians du bulbe rachidien étaient convertis en une substance grise.
La coupe représentée figure 5 donne une idée exacte de l'étendue du déplacement de l'atlas et du degré d’amincissement qu'avait subi la moelle ; on voit que le coup de hache ET résulte de la compression exercée sur la moelle par la moitié postérieure du pourtour du tissu occipital et par l’apophyse odontoide.
La figure 3 donne une idée exacte de l’étroitesse extérieure de l’orifice de communication entre la cavité. cränienne et le canal vertébral, de sa forme semi-lunaire, de la saillie énorme TO, que fait. l'apophyse odontoïde à travers les ligamens postérieurs soulevés de l'articulation occipito-axoïidienne.
La figure 2 représente la face postérieure de l'apophyse odontoïde mise à nu par la section du ligament annulaire : ce ligament annulaire était très aminei, élargi, jaunâtre , et présentait de petites plaques crétacées , qui lui donnaient beaucoup d’analogie avec l'altération des artères altérées.
Le sommet de l’apophyse odontoïide était coiffé par une sorte de ligament annulaire étendu de la face interne d’un condyle à l'autre : j'avais cru d’abord qu'il était constitué par le ligament annulaire déplacé, mais il m'a semblé qu'il résultait d’une altération des fibres supérieures des ligamens odontoïdiens. Ces ligamens odontoidiens étaient extrêmement affaiblis; leurs faisceaux séparés par une substance rougeàtre ; ils permettaient à l’apophyse odontoïde de jouer d'avant en arrière, de manière à produire une luxation incomplète. |
La face postérieure de l'apophyse odontoïde était érodée. L'apophyse odontoïde elle-même était notablement plus volumineuse que de coutume.
Réflexions. — Une hémiplésie par compression de la moelle est un fait rare, parce qu'il est rare que la moelle soit inégalement comprimée des deux côtés. Je dois insister sur cette circonstance que la compression portait sur la moitié de moelle correspondante au côté paralysé; car l'effet croisé ne se remarque qu'au dessus du collet du bulbe. La compression était le résultat du déplacement de l'atlas, et ce déplacement tenait à une maladie des ligamens qui unissent l'apophyse odontoïde à l'occipital et à l'atlas. Or, une cause rhumaüsmaie en se fixant sur ces articulations, un tiraillement exercé sur ces ligamens par des mouvemens habituels portés au-delà d’une certaine mesure, par une mauvaise attitude, etc., peuvent très bien rendre compte de cette lésion. Je ferai remarquer que, chez beaucoup de vieillards, l'apophyse odontoïde forme une saillie considérable qui soulève les ligamens occipito-axoïdiens postérieurs, et qui rétrécissent la partie supérieure du canal. Cette saillie ent à-la-fois à lhypertrophie de l'apophyse odontoïde et au relâchement des ligamens. Il n’y a qu'un pas de cette espèce de diastase au déplacement qui fait le sujet de ces réflexions.
Au moment où j'ai recueilli l'observation précédente, je n'avais eu occasion d'étudier qu'un très petit nombre de maladies de la moelle, en sorte que mon attention ne se portait nullement sur cette partie de l'axe céphalo-rachidien. Je vis une hémiplégie, je la rattachai de suite à une lésion du cerveau : je ne pris pas garde que cette ‘hémiplégie n’était en quelque sorte que relative, et que la moitié gauche du corps participait aussi à la paralysie. Je ne donnai pas une assez grande attention au phénomène crampes, ou plutôt je navals pas encore assez de données pour l'interpréter : autant, en effet, les crampes sont communes dans les maladies de la moelle, autant elles sont rares dans les maladies du cerveau. La tête et le cou ne me présentèrent d’ailleurs aucune déviation qui put me donner l'éveil. |
L'oppression sexplique par la compression de la moelle qui avait lieu au-dessous de l'origine des nerfs pneumo-gastriques, mais bien au-dessus de l’origine des nerfs phréniques et intercostaux.
Enfin l'algidité, si manifeste et si remarquable pendant tout le cours de la maladie. vient à l'appui de l'opinion des physiologistes qui considèrent la moelle épinière! comme le foyer principal de la chaleur animale. |
SN ° . . 0 e \ e | Cette malade portait une hernie inguinale. Je ferai remarquer, à cette occasion, que les
hernies inguinales chez les femmes sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit communément : je les regarde comme étant à peu de chose pres aussi fréquentes que les hernies fémorales.
Dans le cas suivant, la lésion existait dans l'articulation de la 2° et de la 3: vertébre cervicale. Bien que la moelle ne füt que comprimée et non altérée dans son organisation, la mort me parait avoir eu lieu par asphyxie, par la diminution d'action des muscles inspirateurs. Sans doute les maladies du tissu propre de la moelle sont plus fréquentes quon ne le croit communément, cependant ses lésions sont plus souvent consécutives à celles de son enveloppe, et surtout de son enveloppe osseuse, qu'elles ne sont primitives.
Maladie de l'articulation de la 9° avec la 3 vertèbre cervicale. — Compression de la moelle. — Mort.
Chartier, 76 ans, entra à l’infirmerie de la Salpêtrière le 15 août 1836, pour une paralysie des membres supérieurs et inférieurs. Il n’était pas difficile de reconnaître la source de cette paralysie dans une maladie des vertèbres cervicales. La tête, en effet, fortement fléchie en avant sur le thorax, appuyait sur le sternum; elle était en même temps inclinée à gauche. Il existait à la nuque une saillie ovoïde formée par les apophyses épineuses et les lames de la 2° et de la 3° vertèbre cervicale.
La paralysie porte sur les membres supérieurs et inférieurs droit et gauche; mais les membres du côté droit sont plus faibles que les membres du côté gauche, et les membres supérieurs sont moins affectés que les membres inférieurs.
La paralysie porte à-la-fois sur le mouvement et sur le sentiment; mais elle est incomplète : les jambes se meuvent un peu, sans pouvoir, à beaucoup près, soutenir le poids du corps. Les membres supérieurs pourraient rendre quelques services, n’était l’engourdissement qui, bien plus encore que la faiblesse, ne leur permet pas de saisir les objets ou de les maintenir entre les doigts : pour prendre une épingle, elle est obligée de diriger les doigts avec la vue, et l’épingle lui échappe aussitôt, ses veux quittent les doigts. Le châtouillement de la plante des pieds détermine des secousses convulsives douloureuses : mais la piqüre avec une épingle n’est sentie que faiblement. Souvent la malade éprouve dans les membres paralysés un fourmillement douloureux, des élancemens : je n’ai pas noté s'ils étaient accompagnés de contractions spasmodiques ou crampes : cela doit être, d’après l’observation de cas analogues.
La malade se tient couchée sur le côté gauche, les jambes fléchies sur les cuisses, et celles-ci sur le bassin.
Depuis un mois, écoulement involontaire des urines. Du reste, intelligence parfaite; exercice régulier de toutes les fonctions.
Commémoratifs. — I] y a deux ans et demi, douleurs à la colonne cervicale avec engorgement des ganglions cervicaux : cet engorgement s’est dissipé à la suite de frictions faites avec un liniment fondant. Dans le principe, la faiblesse était bornée aux jambes, qui manquaient souvent sous la malade et la faisaient choir ; depuis ur an, les membres supérieurs, surtout celui du côté droit, ont été affectés.
Bien convaineu que la maladie consistait dans une compression de la partie supérieure de la moelle épinière, que cette compression était produite par le déplacement incomplet de la 2° et de la 3° vertèbre cervicale, que la cause de ce déplacement était dans une maladie des articulations de ces vertèbres, je prescrivis pour tout traitement deux moxas sur la tumeur, un de chaque côté de la ligne médiane. Au bout de quinze jours, amélioration légère, en ce sens que la malade pouvait mouvoir un peu plus librement la tête.
Vers le 8 octobre, je trouvai, pour la premiere fois, la malade inondée de sueur; il paraît que ce phénomène existait depuis plusieurs jours, et qu'il n’avait lieu que le matin : de grosses gouttelettes de sueur se succédaient avec une extrême rapidité. Je n’ai jamais vu de sueur plus abondante. Je m'aperçois que la respiration s'accélère et parfois devient pénible. La déglutition se fait bien. Les battemens du cœur sont forts et brusques. L’exploration des poumons n’apprend rien. La cause de la gène de la respiration n'est pas dans ces organes, mais bien dans les muscles inspirateurs.
La périodicité des sueurs, leur abondance excessive, me portent à tenter le sulfate de kinine : les sueurs diminuent, mais la malade succombe le 21 octobre, sans avoir offert d'autre symptôme qu’un affaiblissement dans les puissances inspiratrices.
Ouverture du cadavre. — Vue en avant, la colonne cervicale est déprimée au niveau de l'articulation de la 2° avec la 3° vertèbre cervicale : la dépression est telle, que la 3° vertebre forme, avec lan un angle obtus rentrant en avant. |
Au devant de la colonne cervicale existe un trajet purulent dont le point de départ est a l'articulation
de la set de la 3e vertèbre cervicale : ce trajet est comme creusé aux dépens des ligamens et des muscles vertébraux antérieurs, et se termine à la partie supérieure du thorax par un cul-de-sac is soulève la plèvre.
Le siège du mal était exclusivement dans l'articulation de la 2° avec la 3° vertèbre cervicale : le disque intervertébral était détruit; les surfaces correspondantes de l’axis et de la 3° vertèbre érodées et mobiles lune sur l’autre. Les articulations atloïdo-axoïdienne et atloïdo-occipitale étaient dans l’état le plus parfait d'intégrité. Il en était de même des articulations des vertèbres cervicales qui suivent la 3°. Le pus contenu dans le trajet fistuleux était caséiforme, comme d’ailleurs le pus de tous les MUR purulens soumis à l'absorption.
La face postérieure du corps de la 2° et de la 3° vertèbre cervicale présentait une convexité qui, sans être aussi considérable que semblait l'indiquer la disposition anguleuse de la face antérieure, exerçait sur la moelle une compression notable. |
La moelle était aplatie, mais nullement altérée dans son organisation; il y avait simple compression de cet organe.
La compression exercée sur la moelle par les corps des vertèbres était encore augmentée par la présence d’un trajet purulent, analogue à celui que nous avons decrit, le long de la face antérieure, qui s’étendait en haut jusqu’au voisinage du trou occipital, et en bas jusqu’au niveau de la 4° vertèbre cervicale.
Ce trajet avait pour paroi antérieure le corps des vertèbres, et pour paroi postérieure le ligament vertebral commun postérieur très aminci.
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(PLANCHE v ET vi, XXV° LIVRAISON. )
Adhésion sus-ombilicale (sus-omphalo-didymie).
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Les adhésions congénitales se divisent en bo qui ont lieu entre les parties contigues d'un même fœtus et celles qui ont lieu entre deux fœtus. Cette dernière espèce d'adhésion constitue les monstres doubles, dont l'étude a beaucoup exercé les médecins et les naturalistes dans ces derniers temps.
Les monstres doubles se divisent en deux grandes classes : 1° tantôt deux monstres bien distincts, égaux ou inégaux en développement, sont unis dans une plus ou moins grande étendue et d'une manière plus ou moins intime, ce sont les monstres doubles par adhésion ou coalition ; tantôt l’un des individus, plus ou moins informe, est contenu en totalité ou en partie dans un autre individu ordinairement complet, ce sont les monstres doubles par inclusion, par intussusception, très bien nommés par Mayer monstres par implantation, parce que le fœtus parasite est implanté sur le fœtus porteur, comme le fœtus à la mere, comme la plante au sol, et y puise les matérianx de sa nutrition.
Classés d'abord par ordre chronologiqueet défigurés par des récits fabuleux (voy. A. Paré, Schenck, Liceti), les monstres doubles ont été envisagés pour la première fois d'une manière scientifique par A. Haller (1), qui les a disposés dans l’ordre de leurs plus grandes affinités.
J. F. Meckel (2) et Burdach ont réuni tous les exemples connus, y ont ajouté un grand nombre de faits qui leur étaient propres, et important dans cette étude les vues élevées de l'anatomie transcendante, ils ont cherché à déterminer les lois qui présidaient à leur formation. MM. E. et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (3), (4), ont appliqué à la classification des monstres, avec la méthode linnéenne, les vues éminemment philosophiques qu'ils ont apportées dans l'étude de lanatomie normale, effacé la ligne de démarcation qui séparait les monstruosités des autres parties de l'Hitité Adfhfhôle et élevé la tératologie au rang de science. Ils ont fait sentir le besoin d'une terminologie nouvelle pour les monstres en général et pour les monstres doubles en particulier. Leurs idées ont été suivies par Gurlt (5), auteur d'une Terminologie générale et spéciale qu'il a appliquée aux monstruosités des animaux domestiques, et par Barkow qui, à quelques modifications près, a adopté la nomenclature de Gurlt, et qui vient de terminer sur les monstruosités doubles un ouvrage aussi SaVant que consciencieux. (6)
M. Serres, à l'occasion du monstre double femelle, Rita-Christinä, à appliqué aux mons-
(1) Opera anatomica argumenti minoris. Lausannæ, 1768.
(2) De Duplicitate monstrosa, Malæ, 1815, in-fol. fig.
(3) Philosophie anatomique, t. II, Monstruosités humaines, Paris 1823, in-8, atlas in-4°.
(4) Histoire Générale et particulière des Anomalies de l’organisation, chez l'homme et les animaux, Paris, 1832-1836, 3 vol. in-8, 2t atlas de 20 planches.
(5) Lehrbuch der Pathologischen anatomie der Haus-Saugethiere, Berlin, 183r, 2 vol. in- 8, et atlas in-fol.
(6) Monstra animalium duplicua per anatomen indagata, Vipsiæ, 1829-1836, 2 vol. in-4° , figures.
XXV° LIVRAISON. l
truosités doubles ses idées ingénieuses sur le développement des organes (1); enfin, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a, dans l'ouvrage important qu'il vient de terminer sur la Tératologie, traité de la monstruosité double avec tous les détails que comporte ce vice de conformation si remarquable.
Quelque ingénieuses, quelque légitimes que soient les classifications et les dénominations nouvelles de MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Gurlt et Barkow, je me contenterai jusqu'à nouvel ordre de classer les monstres doubles d’après le lieu de leur adhésion, et je ne ferai usage que des mots techniques qui ont pris, en quelque sorte, droit de cité dans la science.
Ma première division est fondée sur la face ou le plan du corps qui est le siège de l’adhésion, et on sait que les fœtus doubles adhèrent toujours entre eux par les plans homologues, Les divisions secondaires sont établies sur le lieu précis de l’adhésion; ainsi les monstres doubles se divisent en trois grandes classes : monstres par adhésion dorsale, monstres par adhésion antérieure, monstres par adhesion latérale.
Les monstres par adhesion dorsale comprennent Îles adhésions par la réscion sacrée et Îles adhésions par le sommet de la tête.
Les monstres par adhésion antérieure comprennent les adhésions frontales, les adhésions par la région sus-ombilicale, les adhésions sus et sous-ombilicales, les adhésions thoracoabdominales, les adhésions céphalo-thoraciques, les adhésions céphalo-thoraco-1bdominales.
Les adhésions laterales comprennent, 1° l'adhésion pelvienne qui est toujours en même temps sous-ombilicale. C'est l'adhésion pelvienne qui constitue le genreischiadelphe, de M. le professeur Dubreuil.
2° L'adhésion du bassin et de la moitié sous-ombilicale de l'abdomen.
5° L’adhésion du bassin et de la cavité thoraco-abdominale.
Quant aux membres, ils suivent en général le sort de la partie à laquelle ils correspondent: ainsi les membres inférieurs se soudent ou se confondent en même temps que le bassin; les membres supérieurs se soudent ou se confondent avec le thorax.
Une nomenclature technique des monstruosités doubles ne sera nécessaire que lorsque les espèces seront plus nombreuses et mieux connues.
Fœtus doubles par adhésion sus-ombilicale (sus-omphalo-didymes).
Le fœtus double représenté pl. 5 et 6 de la 25° livraison, n’a été adressé le 14 mars 1834 par M. Joliy, ancien interne des hôpitaux, aujourd’hui médecin à Château-Thierry; voici les notes dont ce praticien distingué a accompagné son envoi :
M. Jolly fut appelé auprès d’une femme en travail depuis 8 heures : c'était une troisième grossesse; la tête de l'enfant était sortie, mais une résistance insurmontable s'opposait à la sortie du tronc de l'enfant: trois heures s'étaient écoulées depuis la sortie de la tête. C'était pour cette circonstance que la matrone qui assistait la femme réclama les soins de M. Jolly : — La face était en avant; le cordon qui entourait le col de l'enfant était flasque et sans battemens : l'enfant était évidemment mort.
Ce ne fut pas sans difficulté que M. Jolly parvint à reconnaître qu'il avait affaire à deux fœtus intimement unis : il dégagea d’abord les deux bras de l'enfant dont la tête était sortie; puis, portant le tronc en haut et en avant, il amena le dos, les fesses et les pieds. Saisissant alors les fesses du second enfant, il en fit l'extraction en moins d’une minute. Ni l’un ni l’autre de ces jumeaux n'ont donné signe de vie. Cependant il paraît que le premier vivait au moment de la sortie de la tête. Il n’y avait qu'un seul placenta : les deux cordons, séparés dans toute leur longueur, se réunissaient sur le placenta lui-même. La femme allait parfaitement au moment où M. Jolly m'adressait cette observation.
La fig. 1, pl. v, représente le fœtus double femelle vu par sa partie antérieure (demi-grandeur).
L'adhésion a lieu par la région antérieure du tronc. Elle est limitée à la région sus-ombilicale de l'abdomen et à la partie inférieure du thorax. On pourrait donner aux monstres doubles de cette espèce le nom
‘) Recherches d’ Anatomie transcendante et pathologique ; théorie des formations et des déformations organiques, appliquées à ‘omie de la duplicité monstrueuse, Paris, 1832 : in-4 et atlas de 20 planches in-fol.
VICES DE CONFORMATION. à
de sus-omphalo-didymes. Un cordon unique aboutit à l’ombilic commun, qui présente un exomphale avec déchirure de la membrane demi transparente qui formait la poche herniaire. [l est plus que probable qu'ici , comme dans le plus grand nombre des cas, le déchirement de la poche herniaire a eu lieu par le fait de l'accouchement.
La fig. 2, pl. v (grandeur naturelle), représente le canal digestif; on voit que chaque fœtus a son estomac E,E", son duodénum D,D’, mais que les deux duodénums aboutissent à un intestin commun en CD, lequel se bifurque à-peu-près au niveau de la partie moyenne de l'intestin grèle; que chaque branche de bifurcation va se rendre à un gros intestin particulier pour chaque fœtus, de telle sorte que le canal digestif double supérieurement, devient commun au niveau de .la partie de l'intestin grele qui porte le nom de jejunum pour redevenir double à sa partie inférieure.
La fig. 1, pl. vi (grandeur naturelle), représente les viscères thoraciques et abdominaux des deux fœtus ouverts : on voit que les deux sternums sont complètement distincts l’un de l'autre. Chaque fœtus a son thymus, ses deux poumons; mais les deux cœurs, sont confondus en un seul organe horizontalement situé, imparfaitement symétrique, dont la moitié droite est contenue dans la cavité thoracique du fœtus droit, et la moitié gauche dans la cavité thoracique du fœtus gauche. Son bord supérieur concave répond à la base du thorax au niveau des appendices xyphoiïdes. Son bord inférieur convexe repose sur le diaphragme.
l'y a quatre auricules, deux à droite, une supérieure OS (qui est cachée dans la position naturelle du cœur), une inférieure OI, deux à gauche O’S’, OT. L’auricule supérieure gauche O’S’ et l'auricule inférieure droite OI, sont beaucoup plus considérables que l’auricule supérieure droite OS (Voy. fig. 2) et l'auricule inférieure gauche OT. On voit encore sur cette figure l’artère aorte A du côté droit, l'artère aorte A’ du côté gauche, les veines - caves supérieures et inférieures droites VCS, VCI, les veines-caves supérieures et inférieures gauches V'CS, V'CT.
Un seul diaphragme D,D qui résulte de la réunion des deux diaphragmes, est traversé par les deux veines - caves inférieures ; il y a deux centres aponévrotiques séparés l’un de l’autre par des fibres charnues ; le diaphragme est d’ailleurs bien loin d'offrir sa voussure accoutumée, ce qui tient à une disposition toute particulière du foie.
V’iscères abdominaux.—Les uns sont doubles, les autres communs. 1° Organes doubles.— Deux estomacs dont le droit est caché par le foie; deux duodénums, deux pancréas, deux iléons, deux cœcums COE, C'O'E', deux appendices vermiculaires A V, A’V’; deux gros intestins, deux paires de reins et de capsules surrénales, deux vessies, deux utérus et annexes.
2° Organes communs. — Le jejunum, le foie.
Le foie mérite surtout de fixer notre attention.
J'avais cru d’abord qu'il n’y avait qu'un seul foie FF, et je m’étonnais du peu de volume de cette masse, qui était censée représenter les deux foies réunis; mais en renversant le paquet intestinal, j'ai trouvé à la partie postérieure de la cavité abdominale un foie tout-à-fait semblable au foie antérieur FF, ayant comme Jui son ligament supérieur, sa vésicule biliaire et sa veine ombilicale.
La veine ombilicale du foie postérieur se détachait du cordon au moment où ce cordon pénétrait par lombilic dans la cavité abdominale, s’accolait à la paroi postérieure de l'abdomen commun et se rendait au sillon antéro-postérieur de ce foie postérieur.
Le foie antérieur et le foie postérieur adhéraient l’un à l’autre, et cela par leur bord postérieur; en sorte que le foie postérieur affectait avec la paroi abdominale postérieure les mêmes rapports que le foie antérieur avec la paroi abdominale antérieure. Tous deux sont bilobés.
Il est bien difficile, au premier abord, de se rendre compte de cette disposition des deux foies; cependant, si l’on considère que la paroi antérieure de l'abdomen commun aux deux fœtus est formée par la moitié droite de l'abdomen du fœtus droit et par la moitié gauche de l'abdomen du fœtus gauche, que la paroi postérieure est constituée par la moitié droite du fœtus gauche et par la moitié gauche du fœtus droit,on concevra que le foie, fidèle à la région des parois abdominales qu’il occupe habituellement, a dû rester en place pour le fœtus droit { c’est le foie antérieur), et que pour le fœtus gauche il a fallu nécessairement qu’il présentât son bord postérieur en avant, et par conséquent qu’il opposât son bord postérieur au bord postérieur du foie antérieur. Du reste, l'union des deux foies n'avait lieu qu’au tiers moyen du bord postérieur de ces organes : de chaque côté, se voyait deux profondes échancrures qui répondaient à la portion libre des bords du foie.
Le foie antérieur et le foie postérieur présentaient cela de remarquable, qu’ils n’occupaient pas les hypochondres, mais bien les régions épigastriques, que leur ligne médiane répondait à l’axe d’union des deux fœtus , que les deux lobes du foie étaient à-peu-près égaux en volume et semblables pour la forme.
Cœur. — Les deux figures 2 et 3 représentent le cœur ouvert.
La figure 2 représente le cœur ouvert par son bord concave ou supérieur; à l'aide de cette incision, on pénètre dans une cavité qui a l'aspect d'un ventricule terminé en cul-de-sac à gauche et duquel partent, à droite, l'artère aorte munie de ses trois valvules , et l'artère pulmonaire AP qui n’en avait que deux : cette dernière artère est cachée par l'aorte dans la figure. Une cloison incomplète établit la ligne de démarcation
entre les parties aortiques, et les parties pulmonaires du ventricule; la cavité qui avoisinait le bord con-
cave du cœur était donc le ventricule aortico-pulmonaire du fœtus droit : elle communiquait par une large
ouverture avec la cavité des oreillettes.
La figure 3 représente le cœur ouvert le long du bord convexe où inférieur. Bei incision a Pass de pénétrer dans une cavité ayant l'aspect d’un ventricule terminé en cul-de-sae à droite et présentant à gauche : 1° l'orifice de l'aorte pourvu de trois valvules; 2° l’orifice de l'artère pulmonaire qui n'en présente que deux. On peut voir sur la figure la différence du calibre des deux vaisseaux. Le ventricule destiné au fœtus gauche est donc à-la-fois aortique et pulmonaire comme le ventricule du fœtus droit. Au centre de cette cavité ventriculaire est un orifice garni de deux valvules et qui conduit du ventricule commun dans la cavité commune des oreillettes. La crosse de l'aorte présentait cette anomalie si commune qui consiste dans l’origine de l'artère sous-clavière droite au dessous de la erosse de l'aorte et dans le passage de cette artère derrière la trachée et l’œsophage.
Cavité commune des oreillettes. — En renversant le cœur de bas en haut et en faisant une incision étendue de l’une à l’autre veine-cave inférieure, on pénètre dans une cavité à parois extrèmement minces divisée en deux moitiés , l’une supérieure l’autre inférieure, par une cloison horizontale incomplète : cette cavité est la cavité commune des oreillettes; la moitié supérieure de cette cavité reçoit les veines pulmonaires, la moitié inférieure reçoit les veines caves.
Dans cette cloison on reconnaît à droite une josse ovale tres prononcée dont le fond est criblé de trous; à gauche un érou de Botal; à la partie moyenne, il y a absence complète de cloison. Cette cavité commune des oreillettes, qui est située sur un plan postérieur aux ventricules, communique d’ailleurs avec l'un et l'autre ventricules.
il suit de là que le cœur de ce fœtus double était composé de deux ventricules aortico-pnimonaires et d'une cavité auriculaire commune, que le ventricule aortico-pulmonaire supérieur ou ventricule du bord concave appartenait au fœtus droit, que le ventricule aortico-pulmonaire inférieur ou ventrieule du bord convexe appartenait au fœtus gauche.
Les deux fœtus étaient donc dans les conditions eirculatoires des poissons. Leur circulation ventriculaire était distincte; mais leur circulation auriculaire était commune.
Il est bien difficile de se rendre compte de la manière dont la coalition des deux cœurs a pu s’exécuter ; mais avec un peu d'attention on reconnaît aisément les vestiges de deux cœurs.
Un fait curieux, c'est que les deux artères pulmonaires n'étaient pourvues que de deux valvules, elles, qui sont bien plus souvent que l’aorte pourvues de quatre valvules.
Réflexions. — Bien que les monstres doubles par adhésion sus-ombilicale ne soient pas fort rares ( voyez le relevé fait par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, t. II, p. 8x ); cependant, à l'exception du cas d'agneau double bi-mâle, décrit et figuré tout récemment par Barkow(i), le fait que je représente pl. 5 et 6, est peut-être le seul qui offre des détails d'organisation un peu circonstanciés.
Quelque incomplète que soit l'observation publiée par Valentin { Ephem. nat. cur. dec. 1x, Ann. 111, Obs. 00 avec fig.), et par Dorsten (Dissert. de monstr. human., Marboure, 1684), je la mentionnerai ici à cause de l’analogie qu'elle présente avec celle qui fait le sujet de ces réflexions. L'adhésion était également limitée à la portion du tronc comprise entre l'ombiic et l'appendice xyphoïde. À l'intérieur, 1l n’y avait qu'un seul foie presque complètement double, pourvu de deux vésicules biliaires et de deux veines ombilicales; il existait deux estomacs, deux rates, un seul intestin grèie et deux gros intestins; mais, et c’est principalement en ce point que ce monstre double différait de celui que j'ai décrit, il y avait deux cœurs bien distincts. |
C'est encore à l'adhésion sus-ombilicale, sus-0omphalo-didymie (2), quil faut rapporter le
(1) Monstra animal. duplicia, t. 5, p. 76.
(2) Les monstres doubles par adhésion sus-ombilicale constituent, d’après M. Isidore Grorrroy-Sarnr-Hiratre, le genre xiphopagie de fa division des monstres doubles monomphaliens.
monstre double connu sous le nom de jumeaux siamois, qu'on à pu voir à Paris en 1835; n'ayant pas pu m'assurer par moi-même du lieu et du mode de l'adhérence, je renvoie pour les détails à la description très exacte qui en a été donnée par les observateurs de Boston, de New- York, de Londres et de Paris, et en particulier à la relation très exacte faite par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Ces deux êtres si intéressans, nommés Chang et Eng, sont unis entre eux par une bande flexible qui a cinq pouces de long et trois pouces de large. Cette bande, qui na pas existé dans le principe, a du ètre le résultat de la traction opérée par les mouvemens en sens mverse des deux individus et leur permet une entière indépendance dans leurs mouvemens et dans leurs attitudes : cette bande est-elle formée uniquement par la peau, le tissu cellulaire et les muscles? contient-elle dans son épaisseur quelques portions des viscères abdominaux, ainsi que l'affirment plusieurs médecins américains, ou bien quelques vaisseaux ? il n'est pas probable qu'un cœur commun réunisse ces deux êtres : on ne concevrait pas sa présence dans l'épaisseur d’une bande aussi mince. D'ailleurs, on à constaté d'une manière non équivoque le défaut d'isochronisme entre les pulsations des deux frères.
Quoiqu'il en soit, on ne saurait assez s'élever contre l'idée d'opérer, à l’aide de l'instrument tranchant ou de la ligature, une séparation dont le résultat probable serait la mort des deux jumeaux. Le fait de Konig, ayant pour titre Gemelli sibt invicem adnati feliciter separaü, ne saurait nous rassurer à cet égard ; l'époque ou il a été recueilli me fait suspecter son authenucité, et peut-être est-ce sur un simple oui-dire que Konig (r) parle de deux filles unies l’une à l'autre depuis l'appendice xiphoïde jusqu'à lombilie, et qui furent heureusement séparées l'une de l'autre, d'abord à l’aide d'une ligature de plus en plus serrée, puis par l'instrument tranchant.
La coalition des foies dans les adhésions sus-ombilicales à paru à M. Serres un caractère tellement important, que cet auteur a cru devoir grouper autour de ce caractère, qu'il appelle la condition fondamentale des monstres doubles, toutes les autres circonstances d'organisation de ces monstres qu'il appelle des hépatodymes. Les deux foies sont-ils confondus en un seul, le monstre prend le nom d'hepatodyme compiexe. Les deux foies sont-ils séparés, c'est un hépatodyme acomplexe : Les caractères des hépatodymes complexes seraient, indépendamment de la pénétration des foies, et comme conséquences de cette union : 1° lunion des êtres par les flancs, 2° la séparation des têtes, 3° un sternum unique et complexe, 4° l'unité du bassin et de l'abdomen, 5° la dualité de l'estomac et des intestins grèles.
Les caractères des hépatodymes acomplexes seraient, indépendamment de la séparation des foies et comme conséquences de cette séparation : 1° l'union des êtres face à face, >° la réunion des têtes, 3° un sternum double, 4° la dualité de l'abdomen et du bassin, 5° l'unité de l'estomac et du commencement des intestins grèles. (2)
M. Serres, dans un article (3) où l'on reconnait tout le talent d'induction et la manière ingénieuse de l'auteur des Lois de l'ostéogénie, cherche à établir comment des conditions d'organisation aussi légères en apparence que la réunion ou la séparation des deux foies,
(1) Ephem. nat. cur. dec. 11 ann. vart. Obs. 145, ann. 1689. (2) Recherches d'anatomie transcendante et pathologique (pag. g5.
(3) Loc. citat. page 96, art. xtir, Explication de l’organisation extérieure des hépatodymes , et pag. 108 : l'aateur explique ainsi l'influence du foie sur les mouvemens que les organes de l’embryon exécutent pour venir se ranger chacun à leur tour à la place qu'ils doivent conserver le reste de la vie. « Mais, par une observation attentive, on reconnaît bientôt l'influence que le foie « exerce sur les mouvemens des organes. On reconnaît que c’est lui qui commande en quelque sorte toutes les évolutions que l'on « remarque dans les viscères de l'abdomen et de la poitrine. Placé au milieu de ces deux cavités , c'est par lui et autour de lui que « tout se dispose et se coordonne. Sa position assigne aux autres viscères leur position; Son déplacement commande aux autres « leur déplacement. Sa transposition commande aux autres leur transposition. Son absence fait cesser toute harmonie dans les « rapports : sa duplicité commande une harmonie nouvelle, dont il est. toujours et le centre, et le mobile et le régulateur. »
Cette vue d'embryologie est bien différente de ce fait que j'ai cherché à établir (voy. Anat. descriptive, t. 11, pag. 552), qu'aucun organe ne se moule plus exactement que le foie sur les parties environnantes, et ne subit plus impunément que lui des changemens de forme par le fait soit de pressions extérieures, soit de pressions exercées par les autres viscères, qu’en
un mot, cet organe est comme ductile et malléable sous l'influence d’une pression lentement exercée.
peuvent exercer une influence si prépondérante sur l’organisation des monstres doubles; ces idées s'appliquent parfaitement aux faits que M. Serres avait sous les yeux, mais il est plus que douteux que la coalition des foies soit le: fait fondamental dans la duplication monstrueuse; qu'elle ait plus d'importance que la coalition de l'intestin grèle, que la coalition du cœur. frOo4 |
Le fait représenté pl. v et vi me parait être à beauconp d'égards en opposition avec la manière de voir de M. Serres; en effet il y avait réunion des deux foies; le monstre était donc hépatodyme complexe, et cependant les deux fœtus étaient unis, non par les flancs mais face à face; le sternum était double; il y avait dualité de l'abdomen et du bassin, unité de l'intestin jéjunum. |
En outre, M. Serres établit (p.96) que, dans leur coalition, les foies se pénètrent constamment par leurs extrémités, et le fait représenté pl. v et vr établit un mode d'adhésion bien différent, puisque dans ce cas les foies s'étaient réunis par leurs bords postérieurs.