GANGRÈNE PAR OBLITÉRATION DES ARTÈRES
qui a démontré que l'artérite est la cause la plus habituelle de la gangrène dite sénile. Or l’artérite, de mème que lossification des artères, ne produit la gangrène que lorsqu'elle intercepte complètement le cours du sang artériel.
Les expériences suivantes établissent cette doctrine de la manière la moins équivoque. J'ai injecté des corps irritans, de l'encre, de l’alcool étendu dans l’artère fémorale de plusieurs chiens : queiques instans après, mort du membre, manifestée par la paralysie immédiate du mouvement et du sentiment, et par la décomposition putride en douze, vingtquatre, quarante-huit heures, plus ou moins, suivant les sujets et suivant la température extérieure. Dans ces expériences il y a presque toujours gangrène humide.
Voici le détail d'une de ces expériences telle qu'elle est consignée dans mes notes. « Le « 10 Juillet 1826, j'ai injecté de l'encre dans l'artère crurale d’un chien. Vive douleur immé- « diatement après l'injection : le membre est pendant , insensible ; le soir la peau était devenue « livide comme dans la putréfaction ordinaire. Le lendemain, la putréfaction était bien « constatée; quarante-huit heures après, le membre exhalait une forte odeur de gangrène; «jen fis l'amputation au-dessous du cercle de séparation des parties mortes d'avec les parties « vivantes, et j ai vu que les muscles dela cuisse et de la jambe étaient réduits en bouillie rou- « geâtre, que Île périoste des os du membre inférieur et les ligamens des articulations fémoro- « tibiale et péroneo-tibiale étaient détachés de ces os, et que les cartilages articulaires étaient « décoilés. L'altération putride était beaucoup moindre aux articulations tibio-tarsienne, « tarsiennes, métatarso-phalangiennes et phalangiennes; au niveau de ces dernières articulagrène sèche et les ligamens étaient parfaitement conservés, le périoste était resté collé aux 05.»
J'ai pensé que la différence qui existait entre la partie supérieure et la partie inférieure du membre gangréné, sous le rapport de la putréfaction, tenait uniquement à la différence de structure ; re c'était en raison de cette différence de structure que la partie supérieure avait été le siège d'une gangrène humide, tandis que la partie inférieure avait été le
« tions 1l y avait gan
siège d'une gangrène sèche.
D'après cette théorie de la gangrène spontanée, on conçoit que l'étendus de la gangrène doive être rigoureusement proportionnelle à l'étendue de l'oblitération, qu'en conséquence se l'oblitération est partielle, elle doive entrainer une gangrène partielle, mais que létablissement de la gangrène suppose une oblitération aussi complète que possible des vaisseaux artériels ; que pour peu que quelques gouttelettes de sang artériel arrivent de loin à loin dans un suite nutrition de ce membre pourra en souffrir, mais enfin la vie pourra s yÿ maintenir.
L'expérience suivante servira à établir cette vérité. |
Le 17 juillet 1826, j'ai injecté, sans impulsion, du mercure dans l'artère fémorale d’une chienne de moyenne taille; au moment de l'injection, l'animal n'a pas manifesté beaucoup de douleur; mais une demi-heure après, les douleurs ont été si aiguës qu'il poussait, avec des cris plaintifs, des hurlemens épouvantables; 1l ne pouvait ni rester couché, ni rester debout, se vautrait par terre et se jeta à plusieurs reprises sur du papier quil déchirait avec fureur; deux heures après , il salivait très abondamment.
Cet animal est mort le 24 juillet, avec une gangrène sèche du pied et de Ïa jambe. il y avait plusieurs abcès gangréneux dans l'épaisseur de la cuisse, dans l'épaisseur des muscles; et au centre des abcès gangréneux on trouvait du mercure. En outre, je trouvai dans l'épaisseur des muscles grand-fessier et vaste externe, des milliers de tubercules faciles à reconnaitre par le toucher, à travers la mollesse des parties voisines : ces tubercules n'étaient autre chose que de petits kystes remplis de pus concret, et au centre desquels se voyait une gouttelette de mercure; chaque tubercule était environné d'une couche mince de tissu musculaire rouge et fragile.
{’articulation fémoro-tibiale était pleine de pus; la synoviale rouge et épaissie, les cartilages avaient été corrodés à leur circonférence; mais les parties restantes étaient parfaitement saines et la synoviale si développée ailleurs, n'apparaissait en aucune manière sur
 MALADIÉS DES ARTÈRES.
les cartilages eux-mêmes. Le fémur, scié en long, a présenté une moelle molle et rougeûtre et quelques globules de mercure au milieu de cette moelle. Le tissu spongieux du fémur était infiltré de pus et de globules mercuriels.
Cette expérience, curieuse sous beaucoup de rapports, me parait prouver une chose : cest que la gangrène est survenue partiellement, parce que l'interruption du cours du sang artériel a été partielle. | |
La ligature d'une artère ne détermine si rarement la gangrène, que parce quil est excessivement rare que le cours du sang artériel ne se rétablisse pas dans le membre à l'aide des collatérales; l’oblitération, dans une grande étendue, du tronc principal d’un membre peut également n'étre suivie d'aucune gangrène, pourvu que cette oblitération se fasse graduellement et que la circulation collatérale ait eu le temps de s'établir. Si l'interruption du cours du sang est subite, dans une certaine longueur du, vaisseau, la mort du membre est inévitable. J'ai fait une expérience bien simple, et qui met cette vérité dans tout son jour: une tige de bois a été introduite dans l'artère fémorale, de haut en bas, jusqu’à ce que j'aie rencontré de la résistance; c'est le 7 septembre 1826 que j'ai fait l'expérience : le 11 septembre l'animal était mort avec une gangrène du membre inférieur.
L'artérite, comme la phlébite, a pour résultat immédiat la coagulation du sang dans tous les points correspondant à la surface interne enflammée du vaisseau : dans les grosses artères, dans l'aorte en particulier, on rencontre quelquefois une artérite latérale, je veux dire une artérite qui n'oceupe qu’une partie de la circonférence du vaisseau, en sorte que la circulation n'est pas sensiblement troublée; mais dans les artères de moyen et de petit calibre, l’artérite occupe en général toute la circonférence du vaisseau.
L'artérite latérale de l'acrte ne parait avoir eu aucune part à la gangrène dans un cas présenté à Ja Société anatomique par M. Cazalis. Chez une vieille femme morte par gangrène sénile, il y avait oblitération, par des caillots de sang, des petites artères qui naissent des tibiales et péronières. Dans l'aorte étaient plusieurs caillots qui n'obturaient que très incomplètement le vaisseau; quelques-uns de ces caillots répondaient à des parties de l'artère dilatées et pétrifiées. Une matière puriforme occupait soit le centre de ces caillots, soit le côté qui regardait les parois du vaisseau. P
Rien de plus variable que l'étendue de l’oblitération dans la gangrène par artérite; ainsi dans un'cas présenté à la Société anatomique par M. Maisonneuve, la partie inférieure de l'aorte, les artères ilaques primitives, iliaques interne et externe, poplitée tibiales et péronières étaient complètement oblitérées et pourtant la gangrene était extrèmement limitée. Dans la deuxième observation rapportée plus haut, l'oblitération était bornée aux artères tibiale postérieure et péronière, la tibiale antérieure était parfaitement libre. Comment se fait-il que, l'artère tibiale antérieure étant libre, la circulation ne se soit pas rétablie dans les artères tibiale postérieure et péronière? Par une raison toute simple: cest que les moyens de communication entre ces différens ordres de vaisseaux étaient interceptés. Les artères tibiale postérieure et péronière auraient été libres ellesmêmes que, par suite de l’oblitération des petites divisions artériellés, la gangrène n'en aurait pas eu moins lieu. Ce quil y a d'inhérent à la gangrène spontanée, c'est l'oblitération des pettes artères; l'oblitération des grosses artères n’est qu'accessoire; aussi lisez les observations publiées sur la gangrène sénile ou spontanée, et vous n'en trouverez pas deux qui se ressemblent sous le rapport de l'étendue de l'oblitération des grosses artères : ainsi dans le cas cité plus haut, la fin de l'aorte, les deux artères iliaques primitives, étaient obturées par des caillots, et cependant la gangrène était limitée à quelques orteils d'un seul membre. Dans d’autres cas, on trouve Îles grosses et moyennes artères parfaitement libres; mais comme l'oblitération occupe un très grand nombre d'artérioles du plus petit calibre, la gangrène est très étendue. Quelquefois les callots sanguins sont très denses, et leur décoloration, leur adhérence intime