‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 32 sur 122 · RE © GES · texte numérisé non relu

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0 Cancer du cœur. — 2° Péricardite tuberculeuse ; dégénération tuberculeuse du cœur.

La présence de la matière cancéreuse dans les veines est un fait qui ne me parait pas susceptible de là moindre objection, tant les occasions de la constater sont fréquentes.

Mais la présence dans la cavité des veines, qu'elle remplissait plus ou moins exactement, de tumeurs cancéreuses naissant par un pédicule ou par plusieurs pédicules des paroïs veineuses , de la même manière que de toute autre surface libre, est un fait moins connu et bien dise. de fixer toute l'attention des pathologistes.

Les tumeurs cancéreuses des veines se divisent en deux espèces bien distinctes : les unes (et ce sont les plus fréquentes) sont un prolongement de tumeurs cancéreuses extérieures au vaisseau dont elles ont envahi les parois pour pénétrer et se développer dans l'intérieur de ce vaisseau. Les autres naissent de la surface interne du vaisseau, sans avoir aucune connexion de continuité avec les altérations analogues qui pourraient avoir lieu extérieurement.

Les premières tumeurs sont assez fréquentes : ainsi dans les cancers du corps de l'utérus, j'ai souvent vu les ganglions lombaires dégénérés, qui entourent la veine cave ascendante, envahir les parois de ceite veine et se prolonger dans sa cavité. J'ai eu occasion de faire remarquer l'opposition qui existe à cet égard entre l'aorte et la veine cave; l'aorte, en effet, bien qu'elle soit entourée d'un beaucoup plus srand nombre de ganglions [ymphatiques que la veine cave, bien qu'elle paraisse quelquefois comme ensevelie au milieu de ces ganglions dégénérés, l'aorte, dis-je, échappe constamment à la dégénération, tandis qu'il n’est pas rare.de voir la veine intéressée par suite de l’altération d'un seul des ganglions quil'avoisinent. Je ne doute pas que cette extension par continuité de tissu, de la dégénération cancéreuse aux parois veineuses ne soit un puissant moyen d'infection générale. Je crois devoir lui rapporter un certain nombre de cas de cachexies cancéreuses. Ainsi, pour en citer un exemple, on sait qu'il est assez rare de rencontrer, dans le cas de cancer utérin, des masses cancéreuses dans le foie ou dans d’autres organes : or, tout récemment, ayant trouvé des masses cancéreuses dans le foie et dans les poumons d'une femme morte de cancer utérin, je vis quatre ou cinq ganglions lombaires cancéreux adhérant à la veine cave ascendante : Jouvris cette veine et je trouvai que l'un de ces ganglions avait en quelque sorte traversé les parois veineuses pour faire une légère saillie dans sa cavité.

Parmi les faits que je pourrais citer de tumeurs cancéreuses pédiculées des veines, je rapporterai les suivans : 5

Thouret fils a présenté à la société anatomique la veine cave supérieure d’un individu qui était mort avec les symptômes accoutumés du cancer de l'estomac, et qui offrit en effet à l'autopsie une ulcération considérable de l'extrémité pylorique de cet organe, — Une tumeur cancéreuse aréolaire, mobile, tenait à l'épiploon par un pédicule mince. — La veine cave supérieure était complètement oblitérée par une tumeur carcinomateuse qui naissait de sa surface interne et remplissait sa cavité. Cette tumeur se continuait avec une tumeur de même nature qui existait en dehors de la veine, entre cette veine et le poumon, le tissu de la veine avait été lui-même envahi. On conçoit le trouble qu'une lésion semblable doit entraîner dans la circulation veineuse. ate.

Chez un individu mort avec une dégénération cancéreuse des muscles et du üssu cellu-

laire de l’épaule, j'ai trouvé les vaisseaux axillaires enveloppés et comme pressés de toutes XXIX® LIVRAISON. | I

parts par les parties dégénérées. L'artère axillaire était saine. La veine axillaire, ouverte, contenait des concrétions dont les unes étaient colorées et les autres décolorées, et que j'ai

d'abord prises pour des concrétions sanguines ; telles étaient en effet les concrétions colo-

rées; mais les concrétions décolorées adhéraient à la paroi de la veine par plusieurs racines, qui constituaient son pédicule et qui étaient formées par un orand nombre de filamens Juxtà-posés. |

Indépendamment de ces racines, la tumeur de la veine axillaire présentait avec les parois de cette veine des adhérences qui paraissaient le fait d’une inflammation adhésive accidentellement contractée avec les parties saines du vaisseau. Quant aux racines, elles naissaient d'une partie dégénérée. de ce vaisseau, et il fut facile de voir que la tumeur carcinomateuse développée dans l'intérieur de la veine était une dépendance de la dégénération extérieure au vaisseau, à travers les parois duquel elle s'était propagée dans sa cavité. La tumeur était d’ailleurs lobulée comme toutes les tumeurs de même nature. J'ai pu apprécier la manière dont avait lieu la pénétration de ces tumeurs dans l'intérieur du vaisseau; car, dans d’autres points, on voyait la veine criblée de trous, autour des petites végétations formées par ces tumeurs.

J'ai vu un cas tout-à-fait semblable pour la veine jugulaire. Une tumeur] caréinomateuse s'était développée au voisinage de la partie supérieure de la veine jugulaire interne et avait envoyé un prolongement cylindrique très considérable dans l’intérieur de cette veine. Ce cas a été dans le temps présenté à la société anatomique au nom de M. Lisfranc.

C'est dans la catégorie des tumeurs cancéreuses pédiculées, nées de la paroi interne des veines, mais indépendantes de toute tumeur cancéreuse extérieure, que doit être classé le fait suivant, que je dois à l'obligeance et au zèle de M. le docteur Hudellet, médecim à Bourg : voici la note qu'il m'a adressée en même temps que la pièce pathologique: cest ce fait qui est le sujet de la planche 2 et de la 1"* figure de la planche 3, xxix° livraison.

“Georges Cutter, âgé de 34 ans, pionnier à la 3° compagnie de discipline, natif de Schelestadt (Bas- Rhin) venant d'Alger, a passé la plus grande partie de son service militaire en prison, au cachot et à la salle de police.

IT portait dans les deux régions parotidiennes jusqu’au larynx deux tumeurs de la grosseur de la tête d'un enfant à terme, celle de gauche plus volumineuse que celle de droite. Ces tumeurs gênaient beaucoup la respiration et articulation des sons était presque inintelligible. Cet homme qui avait contracté plusieurs maladies vénériennes, traitées par le mercure, faisait remonter à 18 mois seulement l'apparition de ces volumineuses tumeurs : la nutrition générale n'en était pas troublée. Il entra à l'hôpital le 20 février 1837 ét mourut subitement le 22 février, après un repas assez copieux fait avec beaucoup d'appétit.

Ouverture. Les deux tumeurs parotidiennes étaient de nature cancéreuse; elles étaient formées aux dépens des glandes parotides dont elles occupaient la place, appuyant en avant contre la branche de la mâchoire, refoulant en arrière le muscle sterno-mastoidien et comprimant les muscles de la région sushyoïdienne qui étaient durs, criant sous le scalpel et n'auraient pas tardé à dégénérer. Les coupes de ces tumeurs ont donné une surface homogène de tissu lardacé dont le centre présentait à gauche une petite cavité remplie de pus. ;

Fes glandes sous-maxillaires et sublinguales sont parfaitement saines, un peu hypertrophiés ; point de traces de glandes parotides.

Le corps thyroïde un peu plus volumineux que de coutume contenait quelques granulations pisiformes.

L'estomac et les intestins sont sains. Les glandes mésentériques sont volumineuses et un certain nombre présente à son centre des traces de suppuration. — Le pancréas est sain.

Le cerveau est sain.

Les poumons sont très sains, gorgés de sang : point de tubercules.

Le cœur qui a été représenté pl. 2, fig. r et 2 et pl. 3, fig. r, offre les particularités suivantes :

La fig. 1 représente largement ouverts le ventricule et l'oreillette du côté droit. L'oreillette droite ODO est remplie par une masse cancéreuse MC, lobulée qui se prolonge d’une part dans le veine cave supérieure VCS où elle se termine par une extrémité obtuse M” C”; d’une autre part dans la veine cave inférieure VCI où elle se termine par une extrémité également obtuse M’C” et se prolonge en outre dans l'orifice auriculo-ventriculaire où elle offre une surface globulée MC’ et remplit l'espèce d'infundibulum que représente la valvule tricuspide.

Des tubercules nombreux TTT occupent le tissu cellulaire sous-séreux qui recouvre la veine cave ascendante et la partie ascendante de la crosse de l'aorte. Ces tubercules sont irréguliers, convexes et concaves en sens opposé pour se mouler sur la convexité de ce vaisseau.

La fig. 2 représente l'oreillette droite largement ouverte, et la tumeur TC dégagée de l’orifice auriculoventriculaire et de la veine cave inférieure : on peut apprécier le volume de la tumeur, sa disposition lobuleuse ou mamelonnée, la profondeur et l’irrégularité des sillons qui séparent ces lobules ou mamelons, les macules de sang que présente leur surface; on voit parfaitement la masse de lobules qi en

dans la cavité FÉDEe par la valvule auriculo-ventriculaire. et le gros mamelon M”C” qui s’engageait dans l’orifice de la veine cave inférieure.

La crosse de l'aorte CA ayant été renversée, ON peut voir les tubercules TTT qui la face postérieure de cette crosse.

La fig. 1, pl. 3 montre la tumeur en place divisée perpendiculairement à son plus grand diamètre: la coupe MCC est blanc grisâtre, striéede sang dans quelques points. La tumeur adhère intimement à la veine cave supérieure et à la partie postérieure de l'oreillette; un gros tubercule cancéreux me, mc a été divisé ; il est situé en arrière de la veine cave supérieure qu'il déprime. Ce tubercule peut donner une idée de la manière dont les masses cancéreuses extérieures aux veines envahissent les parois de ces vaisseaux.

Réflexions.—On peut à peine concevoir que la vie ait pu se concilier avec la présence d’une tumeur remplissant l'oreillette droite, l'orifice auriculo-ventriculare et les orifices des veines caves. Cependant, avec un peu d'attention, on comprend que la circulation a dû se maintenir, faible, lente, incomplète, il est vrai, mais enfin qu'elle a dùü se maintenir, et c’est là la chose fondamentale pour l'entretien de la vie; le sang pouvait pénétrer dans l'oreillette:

° de la veine cave supérieure entre la tumeur et la paroi postérieure de cette veine, 2° de la veine cave inférieure en soulevant l'espèce de soupape qui sengageait dans son orifice. Le sang pouvait passer de l'oreillette dans le ventricule, en formant une espèce de nappe mince entre la tumeur et la cavité infundibuliforme que représente la valvule auriculoventriculaire. IL n'est pas douteux que si un pareil obstacle à la circulation se faisait brusquement, 1l en résulterait des accidens immédiatement mortels; mais la tumeur s'étant développée graduellement, les parties se sont graduellement habituées aux nouvelles conditions dans lesquelles elles se trouvaient. Le trouble de la circulation a été tellement insensible que personne n’a pu soupconner une lésion quelconque dans les organes de la circulation. Bien certainement, il n'existait aucun trouble notable dans la circulation veineuse générale, la face n'était pas violacée, les membres n'étaient pas infiltrés. Il est d'ailleurs malheureux que des notes plus détaillées n'aient pas été prises au lit du malade sur l’ensemble de toutes les fonctions.

Je ferai une remarque bien importante en pratique, c'est que le malheureux soldat, qui fait Le sujet de cette observation a été considéré par ses chefs comme un homme de mauvaise volonté, et comme tel incorporé dans une compagnie de discipline, puis tenu en prison ou au cachot. Evidemment sa paresse, son apathie, sa mauvaise volonté tenaient à la maladie organique, que sa mort a permis de découvrir. Tous les jours, dans les maisons d'éducation, pareille erreur se renouvelle et je me rappellera toujours le cas d'un jeune Rai que son précepteur gourmanda pendant quinze jours comme un paresseux , auquel il infligea méme des punitions graves, parce qu'il prenait pour de l'entêtement et de la mauvaise volonté un état de torpeur, prélude d'une méningité ‘granuleuse de la base du cerveau avec épanchement ventriculaire à laquelle il succomba.

Quant à la lésion organique en elle-même, elle doit être classée parmi ies cancers polypiiormes, à tissu frangible, gristre, dépourvu de suc cancéreux apparent.

La coïncidence du cancer parotidien et de cette végétation cancéreuse mérite d'être notée, non moins que l'identité de ces deux lésions.

Que si on me demande si cette tumeur de l'oreillette doit être considérée comme un caillot sanguin organisé, je répondrai que non, parce que les caillots sanguins ne s'orga- : nisent jamais. D'ailleurs un cancer polypiforme du cœur ne doit pas plus étonner que les tumeurs de même forme et de même nature naissant du péritoine ou des surfaces muqueuse et cutanée, |

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