‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 36 sur 122 · TISSU ÉRECTILE ACCIDENTEL · texte numérisé non relu

TISSU ÉRECTILE ACCIDENTEL

Catherine Pottain , veuve Mallard , âgée de 75 ans, est entrée salle Saint-Luc, n° 10, dans l’état suivant :

Hémiplégie gauche. Le membre supérieur de ce côté est rigide, demi fléchi, parsemé de tumeurs variqueuses sous-cutanées et cutanées, étendues de la clavicule au bout des doigts. Ce membre supérieur est infiltré et complètement immobile. On reconnaît . à l’aide des doigts promenés le long du membre, que la dégénération variqueuse s'étend profondément dans l'épaisseur des muscles. — Il reste encore un peu de myotilité dans le membre inférieur gauche, qui n'offre d’ailleurs rien de particulier.

Fracture ancienne de l’extrémité externe de la clavicule gauche.

Intelligence très affaiblie; cécité; yeux atrophiés, suppurans.

I ne nous fut possible d’ Sbtenir aucun renseignement ni sur l'invasion de l PE ni sur | celle des tumeurs variqueuses, ni sur le rapport de date qui existait entre l’hémiplégie et les tumeurs variqueuses ; l'hémiplégie avait-elle ou non précédé la dégénération variqueuse ? Cette malade avait depuis quelques jours du dévoiement et un mouvement fébrile très prononcé que je crus pouvoir rapporter à de larges eschares du sacrum. Elle était entrée le 25 août 1837, et s’éteignit le 8 septembre.

Ouverture du corps. — Je supprime ici les détails, très intéressans d'ailleurs, relatifs aux cicatrices du cerveau et du cervelet que présentait cette malade, pour m'en tenir à la description du membre supérieur gauche.

Ce membre supérieur (voyez planche v, xxx° livraison) présente une multitude de tumeurs variqueuses sous la forme de petites masses bleuâtres, molles, flétries, s’affaissant en partie sous le doigt qui les comprime, et donnant la sensation de cellules distinctes, ou celle d’un paquet de veines variqueuses. Pendant la vie de la malade, je ne les ai pas vues en érection.

La clavicule était la limite de ces tumeurs: ii y en avait plusieurs petites au-dessous de cet os; une volumineuse sur le moignon de l'épaule; une autre sur le bord antérieur du creux de l’aisselle; plusieurs le long du bras et de l’avant-bras. Les plus inférieures FÉES le bord radial de l’avant-bras et la face dorsale de l'index et du pouce. |

Ces tumeurs variqueuses étaient les unes cutanées, je veux dire formées aux dépens de la peau: elles offraient une couleur bleu foncé qui en décelait le véritable caractère; les autres étaient sous-cutanées, et soulevaient la peau amincie, mais non altérée dans sa texture: la nature variqueuse pouvait être soupçonnée plutôt que positivement déterminée dans les tumeurs profondément situées.

La peau ayant été incisée verticalement et. disséquée (voyez planche v), les muscles divisés, voici les particularités que présente l'examen du membre :

1° Les tumeurs couleur bleu foncé étaient développées aux dépens de la peau dont les divers élémens, l’'épiderme excepté, avaient en quelque sorte disparu pour faire place au tissu spongieux.

2° Les tumeurs sous-cutanées développées dans l'épaisseur du tissu. adipeux étaient à-la-fois indépendantes de la peau et de l’aponévrose d’enveloppe subjacente.

3 Il y avait des tumeurs variqueuses développées dans l'épaisseur des muscles, les unes dans l'épaisseur des couches superficielles, les autres au centre des muscles, un certain nombre dans l'épaisseur des couches profondes. |

4° Les tendons, le périoste, les synoviales n'avaient pas été à l'abri de la transformation variqueuse , qui s’est insinuée même dans l'épaisseur des nerfs et en a dissocié les filamens , d’ailleurs restés inaltérables.

Les tumeurs cutanées étaient tantôt de petites dilatations variqueuses, des varices capillaires aplaues, appliquées contre la peau , à travers la transparence de laquelle elles apparaissaient sous la forme de taches bleuâtres : ce n'étaient pas des tumeurs; c'étaient de simples varices tantôt isolées, tantôt groupées,

mais indépendantes les unes des autres et se continuant manifestement avec les veinules de la peau; XXX° LIVRAISON.

d’autres fois, des tumeurs bien circonscrites formées par un groupe de dilatations variqueuses commu niquant les unes avec les autres, et développées dans l'épaisseur de la peau dont elles étaient une dépendance. (1)

Les tumeurs sous-cutanées se divisaient en celles qui se dirigeaient du côté de la peau , et en celles qui restaient plongées au milieu du tissu adipeux. Les premières avaient écarté le tissu adipeux sous-cutané et soulevé la peau amincie, dont la demi-transparence permettait d'apprécier le caractère variqueux de la tumeur. Plusieurs dbéeatens intimement à la peau: plusieurs étaient accolées à l’aponévrose éraillée qu'elles traversaient pour aller se continuer avec le tissu érectile des muscles transformés. Il y avait en outre dans les veines sous-cutanées quelques varices simples : l’une de ces varices contenait une phlébolithe PHKI,

Ces tumeurs se sont d’ailleurs présentées sous deux aspects: les unes étaient d’un noir bleuâtre, couleur due à la grande quantité de sang qui distendait leurs cellules; c'était le plus grand nombre; les autres of fraient un aspect rougeñtre, comme celui des corps caverneux vides de sang et exposés quelque temps au contact de l'air; d’autres enfin présentaient ces deux aspects à-la-fois : l'étude des divers groupes de tumeurs TEC, TEC, TE C, figurés sur la planche 5, montrera toutes ces variétés.

Le grand pectoral, le deltoïde présentent des tumeurs variqueuses dans leur épaisseur.

Plusieurs tumeurs variqueuses sont appliquées contre l’'aponévrose auntibrachiale.

Le muscle biceps est presque entièrement converti en tissu variqueux. On pouvait suivre dans l'épais- -seur de ce muscle tous les degrés de la transformation variqueuse : on rencontrait encore un assez grand nombre de fibres musculaires sur ses faces antérieure et postérieure; mais dans son épaisseur on ne voyait plus que du tissu érectile avec ses aréoles, ici très étroites, là très amples, formant de vastes sinus oblongs, remplis de sang: j'ai trouvé trois phlébolithes dans l’épaisseur du muscle biceps. Un seul a été figuré P’IF L”.

Dans beaucoup de points, le tissu CE du biceps est aussi parfaitement organisé que possible: on croirait voir le corps caverneux de la verge ; les aréoles communiquent toutes les unes avec les autres, et sont formées par des filamens noueux, ici d'apparence fibreuse, là d'apparence musculaire. Le tissu érectile à parois musculaires n’est pas sans exemple dans l’économie. Le tissu caverneux de l’urèthre du cheval -contiént manifestement des fibres musculaires: il n’est pas démontré que le canal de l’urèthre de l'homme ne présente pas une disposition semblable. — Un fait bien remarquable, c'est qu'il y avait de la graisse autour d’un grand nombre des aréoles du tissu érectile en lequel était converti le biceps.

Le muscle brachial antérieur était beaucoup moins altéré dans son organisation que le muscle biceps. Le triceps huméral avait été FESDSRIE,

Le coraco-brachial présentait à son attache inférieure et dans l'épaisseur de sen tendon-une tumeur sanguine variqueuse.

Autour de l'articulation. du coude. 1° En avant,sous le muscle brachial antérieur, était un foyer sanguin considérable, qui m'a paru pénétrer dans l'articulation; 2° derrière l'articulation, au-devant dü triceps, tissu érectile à très larges mailles, constitué par de simples filamens entrecroisés, et à ce niveau, l'humérus privé de son périoste est érodé.

Le long de la partie inférieure du nerf cubital on voit une série de tumeurs variqueuses.

A l'avant-bras, tous les muscles de la région antérieure sont confondus en un vaste réseau variqueux. La transformation de ces muscles est beaucoup plus complète que celle du biceps huméral ; on ne trouve de fibres musculaires qu'à leur attache supérieure. Leurs tendons sont parfaitement conservés. Ce tissu aréolaire présente d’ailleurs la même disposition que celui du bras. Il est ici très fin, là très ample; on voit çà et là des foyers sanguins considérables, quelques phlébolithes P’I IL”, et, chose bien remarquable, ce tissu aréolaire est entremêlé de graisse qui remplit l'intervalle des aréoles. Quelques fibres tendineuses paraissent avoir échappé à la dégénération, et leur aspect contraste avec la couleur des aréoles pleines de sang.

Le nerf médian avait été envahi, ou plutôt la transformation variqueuse l'avait traversé en écartant ses filamens, qui d’ailleurs avaient été respectés dans leur tissu.

Réflexions. La transformation variqueuse ou érectiie, qui fait le sujet de la planche 5, xxx" livraison , a pour siège le système capillaire, et nous savons que le système capillaire

(1) La peau a deuxréseaux veineux : un réseau veineux capillaire qui entoure les papilles dans la composition desquelles il entre, et un réseau veineux aréolaire qui est accolé à la face profonde du derme. La transformation variqueuse peut débuter par l'un ou

par l’autre ordre de vaisseaux.

Enfin, les tumeurs variqueuses développées dans le tissu cellulaire sous-cutané peuvent s'étendre jusqu’à la peau et envahir

consécutivement le réseau des veines cutanées.

est essentiellement veineux. Aucun tissu n'échappe à cette transformation, qui sexplique par l'atrophie de tous les élémens organiques autres que le système capillaire : ainsi il ne faut pas croire que, dans la transformation variqueuse, comme d’ailleurs dans toutes les dégénérations, ce soient les fibres musculaires, les aponévroses, la peau , le tissu cellulaire qui subissent la transformation ; mais un élément organique se développe, dégénère, et tous les autres élémens sont atrophiés par suite de ce développement ou de cette dégénération. Cette théorie générale des transformations organiques trouve ici son application de la manière la plus formelle. Ainsi nous avons pu suivre tous les degrés de la transformation des muscles en tissu érectüle ou variqueux. Dans un premier degré, la transformation occupait une portion plus ou moins limitée d’un faisceau musculaire; mais le reste du faisceau musculaire était intact, et l’altération de ce faisceau était distincte de l’altération des faisceaux voisins; plus tard les faisceaux variqueux du même muscle se confondent; plus tard encore les tumeurs érectiles des différens muscles forment un tissu continu. On concoit que si le développement variqueux continue à avoir lieu, il doit tout envahir; les tissus fibreux sont dissociés; leurs fibres resplendissantes, long-temps visibles à raison de leur aspect nacré, finissent par disparaitre. Les os eux-mêmes ne résisteraient pas si le développement variqueux se propageait dans leur épaisseur, et il faut bien distinguer cette participation des os à l’état variqueux de l'érosion que les tumeurs sanguines déterminent sur les os qu'elles avoisinent. J'ai pu voir sur ce sujet la manière dont les nerfs finissent par être envahis. C’est entre leurs filets, que s'infiltre, pour ainsi dire, le tissu variqueux qui les dissocie pour les atrophier, les détruire par atraphie, sans pouvoir les pénétrer. Ainsi les filets du nerf médian avaient été écartés, disséminés. L'un de ces filéts traversait le tissu érectile, sans avoir subi d’altération dans sa texture.

La présence des phlébolithes dans le tissu aréolaire des tumeurs variqueuses{phlébolithes qui étaient bien plus multipliées dans le cas représenté pl. 3 et 4, xxin° livraison } montre l'affinité qui existe entre ce tissu variqueux et les varices simples ordinaires. Les varices ordinaires sont des dilatations circonserites, appartenant à des veines d’un certain calibre. Ces tissus variqueux consistent dans lhypertrophie du système capillaire veineux, et la preuve qu'il n'y à pas d'artères dans les capillaires, c’est qu'il n'existe pas de tumeurs variqueuses artérielles en opposition avec les tumeurs variqueuses veineuses. Toutes les tumeurs variqueuses sont veineuses : elles communiquent sans doute avec les artères, par lesquelles on parvient souvent à les injecter; maissemblables en cela au corps caverneux de la verge, elles communiquent bien plus largement avec le système veineux. Si, en effet, on injecte directement une tumeur variqueuse à l’aide d’un tube plongé dans son épaisseur, le liquide de l'injection passe immédiatement dans les veines et ne revient Jamais par les artères. |

Il ya plus d'analogie qu'on ne le croit, au moins sous le rapport de la structure, entre la transformation variqueuse et la dégénération cancéreuse: je dis sous le rapport de la structure; car la présence du suc cancéreux établit pour le cancer une différence de nature qu'aucun autre caractère ne saurait dominer. Eh bien! lorsqu'un tissu cancéreux normal, si je puis m'exprimer ainsi, a été dépouillé par le lavage et la macération du suc cancéreux , et qu’on le place à côté d'un tissu variqueux dépouillé du sang , qui remplissait ses mailles, il est impossible de les différencier l'un de l’autre. Sous le rapport de sa charpente, le cancer, c'est un tissu variqueux dont les mailles sont remplies de suc cancéreux ; la transformation variqueuse, C'est un tissu cancéreux dont les mailles sont remplies de sang. La grande différence , c'est que le tissu variqueux n'a en lui aucune puissance d'infection. Que peut le sang? Il se concrète; 1l est remplacé par des Dusguonsss, tandis que le tissu cancéreux à en lui une puissance d infection en même temps qu'une puissance de désorganisation locale ; d’une part, le suc cancéreux étant incessamment sécrété, et, d'une autre part, les . apportées par la phlébite adhésive pouvant être franches, et le suc cancéreux se mêler au sang en circulation. La seule analogie qui existe entre le tissu variqueux et le tissu cancé-

reux, sous le rapport du mode d'extension, c'est qu'ils peuvent envahir de proche en proche, et s'assimiler en quelque sorte tous les tissus par voie de continuité. en

Il sera bon de rapprocher du fait représente pl. 5, xxx° livraison, le fait représenté pl. 3 et 4, xxur° livraison. Ce dernier fait a également été recueilli sur une vieille femme de ]a Salpétrière. J’ignore si le membre transformé était le siège d'une paralysie.

Dans le cas représenté xxzr1° livraison, toutes les tumeurs variqueuses Contenaient des phlébolithes ;.la transformation était plus ancienne; le tissu variqueux était en quelque sorte à l'état sénile:; mais le système musculaire n'avait pas été envahi. La transformation était bornée à l'avant-bras et à la main. |

Hémorrhagies. — Erosions ou ulcérations hémorrhagiques.

La figure 1 représente l'estomac d’une vieille femme de la Salpétrière , morte d'une maladie chronique dont Je n'ai pas tenu note, mais qui était bien certainement étrangère au canal digestif. Surpris de voir à l’autopsie l'intestin grèle d’une couleur noirâtre, comme s’il avait été rempli de sang, j'ouvris cet intestin qui contenait une grande quantité de sang couleur de suie. J'annonçai que nous trouverions la source de ce sang dans l'estomac ; et en effet, sous une couche épaisse de mucosité parcourue de stries noires, nous vimes les taches noires UH, UH, dont les unes ne sont que de petits points noirs, tandis que les autres sont des taches lenticulaires plus où moins considérables : ces taches sont légèrement proéminentes, formées par une lentille de sang dense, noir de suie foncé, adhérent, dont l'ablation laisse à découvert une érosion très superficielle. C'était de ces érosions que provenait le Fons noir contenu dans l'intestin grèle et dans l'estomac: on voyait en effet des stries noires s'échapper pour ainsi dire de ces plaques de sang qui peuvént être considérées comme un obturateur utile dans le cas d'hémorrhagie de l'estomac. L’acide gastrique doit être

un moyen hémostatique, car il coagule le sang au fur et à mesure qu'il est versé, et si le sang ne fait que suinter , sa coagulation doit être immédiate.

Sur la figure 1, on voit encore trois érosions hémorrhagiques qui occupent le duodénum.

L'œsophage est remarquable par des épaississemens épidermiques que J'ai eu occasion de rencontrer assez souvent , et qui n’ont aucun caractère morbide.

La fisure 2 représente une autre forme d’érosions hémorrhagiques. Ici les érosions UH, UH sont 1rrégulières , tres superficielles, les unes à l'état naissant, les autres plus considérables. Je n'ai aucun renseignement sur le sujet de cette figure; c’est donc comme fait d'anatomie pathologique que je considère 1c1

cette altération ; mais il m'a paru intéressant de présenter parallèlement des lésions qui ont autant d'analogie entre cer que celles des figures 1 et 2

Je ne pense pas que ce soit par les bibutes que débutent les érosions ou ulcérations hémorr hagiques ; il est plus probable que c’est par le réseau capillaire de la muqueuse.

Considérations genérales sur les hémorrhagies de l'estomac.

Les hémorrhagies de l'estomac (gastrorrhagies) me paraissent un point de médecine pratique, encore fort imparfait, surtout sous le rapport de l'anatomie pathologique.

Toutes les hémorrhagies de Festomac sont noires, couleur chocolat ou de suie, et jene concois rien à la distinction qu'on retrouve encore, dans les auteurs les plus récens et les plus estimés, entre l'Aématemèse et le melæna, à moins qu'on n'affecte le mot d'hématémèse aux vomissemens, et le mot melæna aux PES de sang, distinction qui serait sans but et contraire à l'acception étymologique et même scientifique en mot ; car les anciens ont désigné par le mot de maladie noire, mot auquel Boissier de Sauvages a substitué celui de melæna(ux, noir), les maladies dont Îes vomissemens et les déjections noires sont le pfncipal symptôme.

Toute hémorrhagie d'estomac est noire, couleur chocolat, couleur de suie, couleur de bistre, couleur du pigment choroïdien, couleur de la peau de nègre, couleur des productions mélaniques. Cette couleur résulte de la présence dans l'estomac d'un acide qui, mêlé au sang, lui imprime immédiatement le mème changement de couleur qu'un filet de vinaigre, versé sur du sang qu'on viént d'extraire de la veine : la couleur noire est le cachet du sang qui a séjourné dans l'estomac, soit que ce sang vienne des parois de l'estomac elles-mêmes, soit qu'il y ait été porté par la déglutition. Dans l'estomac seul se trouvent les conditions nécessaires pour ce changement de coloration. Le sang à beau séjourner dans l'intestin grèleou dans le gros intesün ; sil n'a pas traversé l'estomac, il contracte une couleur foncée, 1l se putréfie, il peut devenir po à de l'encre; mais ce n'est pas là la couleur

de suie de l'hémorrhagie de l'estomac. A l'inspection seule des évacuations alvines, qui étaient couleur de suie, en l'absence de tout vomissement, de tout symptôme direct du côté de l'estomac, je diagnostiquai, dans un cas particulier, que la maladie avait son siège dans l'estomac et non dans l'intestin, comme il était raisonnable de le penser : quelques jours après, des vomissemens couleur de suie sont venus confirmer l'exactitude de mon diagnostic, et plus tard l’autopsie démontra que je ne m'étais. pas trompé. La maladie consistait dans une végétation cancéreuse de l'extrémité pylorique de l'estomac. aux était

Il ne faut pas croire que toutes les hémorrhagies de l'estomac soient inévitablement suivies du vomissement. Deux voies sont ouvertes au liquide accumulé dans la cavité de ce viscère: les voies supérieures et les voies inférieures , et je ne saurais dire quelle est celle de ces voies que le sang gastrique suit le plus souvent. Ce qu'il y a de certain, cest quil est plus fréquent qu'on ne le croit communément de voir des hémorrhagies gastriques sans vomissement amener des selles sanglantes. Dans le cas représenté xxx1° livraison, pl 1,fig. 1, aucun vomissement n'avait eu lieu; mais, étonné de voir, à l’autopsie, les intestins grèle et gros d'une couleur noirätre , couleur évidemment due à celle du liquide ou des matières qu'ils contenaient, je les ouvris. Les matières étaient couleur de suie. Dès-lors j'annoncai que nous trouverions dans l'estomac la source de cette hémorrhagie, ce qui fut immédiatement confirmé par l'examen de l'estomac.

Je voudrais qu'on appliquàt le nom de melæna aux vomissemens et déjections noir de suie. Cette détermination, tirée du siège ou point de départ, sappliquerait exclusivement aux hémorrhagies gastriques et serait, d'une part , bien plus philosophique que celle tirée de la marche de la maladie , ainsi que le voulait Tissot, qui affectait le mot hématémèse à la marche agué , et celui de nelæna à la marche chronique, et, d’une autre part, plus exacte que celle urée de la nature de la lésion qui produit l'hémorrhagie, le mot melæna, d’après quelques auteurs, devant s'appliquer aux vomissemens noirs qui sont occasionés par le cancer de l'estomac. |

Il m'a toujours semblé qu'en pratique, on attachait une trop grande importance aux vomissemens noirs dans la détermination du cancer de l'estomac. Pour un certain nombre de praticiens , tout le temps que le vomissement noir n'a pas paru, il y a doute sur le caractère cancéreux de la maladie. Le doute cesse pour eux aussitôt qu'apparaît la couleur de suie dans les matières vomies. Mais dans combien de cas le cancer de l'estomac n'est-il pas exempt de vomissemens noirs, et dans combien d'autres cas, les vomissemens noirs n'ont-ils pas lieu en l'absence de toute dégénération cancéreuse de ce viscere. orosse qui rendait des mucosités noires de suie toutes lés fois qu'elle vomissait à vide et avec effort. |

Nous avons vu que les ulcères simples aigus et chroniques de l'estomac étaient également

J'ai vu une femme

accompagnés de vomissemens noirs.

Les érosions et ulcérations superficielles de la muqueuse gastrique peuvent avoir le même résultat: je veux dire le vomissement noir.

On ne saurait révoquer en doute l'existence des hémorrhagies gastriques par exhalation, c'est-à-dire des hémorrhagies indépendantes de toute soiution de continuité. On doit l'inférer au moins de l’état d'intégrité des fonctions digestives avant et après le vomissement. Le cas le plus remarquable que j'aie vu de vomissement noir sans accidens primitifs ou consécutifs est celui d'une dame âgée de soixante-dix ans, qui, sans cause connue, vomit, immédiatement après son diner, avec les alimens, une pleine cuvette de sang couleur de suie. Je soupconnai un cancer latent ; mais quelques jours de régime suffirent pour la rétablir. Cette dame est morte à l'âge de quatre-vingt-quatre ans d’un cancer de l'utérus. Ne serait-il pas possible toutefois que, même dans un grand nombre de cas de vomissemens noirs idiopathiques , il existät de petites érosions de l'estomac de la nature de celles figurées xxx1° livraison, pl. r. Je serais d'autant plus porté à croire à cette étiologie de beaucoup d’hématémèses

présumées idiopathiques, que les érosions hémorrhagiques de l'estomac sont assez fréquentes, et que, depuis que mon attention est fixée sur ce genre de lésion, je l'ai observée un orand nombre de fois. J'ai communiqué dans le temps à M. Breschet, pour son mémoire sur la mélanose, publié en 1821 (1), le premier fait d'érosion hémorrhagique de l'estomac que J'eusse observé: il a pour sujet une femme àgée de soixante-cinq ans environ, destinée à nos dissections. Je trouvai la face interne de l'estomac parsemée de taches noires, arrondies, semblables à de larges pétéchies et entourées d’une auréole rosacée. Ces taches étaient formées par une matière noire, que je comparais alors à celle des ganglions bronchiques, parce que, dans ce temps, je n'établissais aucune distinction entre la couleur ardoisée et la couleur de suie , et que je considérais ces deux colorations comme identiques et appartenant à la même espèce de mélanose. À chaque tache de matière noire répondait une légère excavation ou érosion de la membrane muqueuse. |

L'intestin 1léon et le gros intestin offraient une éruption tout-à-fait semblable à celle de l'estomac, avec cette différence que le sang n'avait pas la même nuance de coloration, et qu'il semblait infiltré dans l'épaisseur de la muqueuse, au lieu d'être libre à la surface de cette muqueuse, et contenu dans une petite érosion. Outre cette éruption pétéchiale, la face interne de l'iléon, du cœcum et du colon ascendant, présentaient une couleur rouge foncée avec épaississement léger de [a membrane muqueuse.

Du reste, il n'est pas douteux que les ulcérations et érosions hémorrhagiques ne soient susceptibles de guérison à l'aide d’un régime approprié. Pour les maladies de l'estomac, cest

presque toujours un traitement négatif, c'est l'absence de tout stimulant. Que de choses l'on ue ae guérit par le régime!

(x) Consultez: G. Breschet, Considérations sur une altération organique appelée dégenérescence noire, melanose, cancer mélane, etc., Paris, 182r,1in-8, fig.—C. À. Noack, de Melanost tum in hominibus tum in equis obviente specimen pathologiæ comparatæ , Lipsiæ, 1826, in-4, fig. —P. Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 2° édition, Paris, 1835, t. 111, p. 688 et suiv. et Atlas, pl. 15.

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