‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 43 sur 122 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA MONOPODIE OU SIRÉNIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA MONOPODIE OU SIRÉNIE

La réunion congéniale des membres inférieurs a été observée un grand nombre de fois. Meckel, qui a publié sur ce sujet le travail le plus complet que nous possédions, a décrit, sous le nom de monopodes ou de sirènes, les monstres qui présentent ce vice de conformation. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , qui, dans son excellent ouvrage, a assujéti à la méthode linnéenne la nomenclature tératologique, a donné à cette classe de monstruosités le nom de monstres syméliens (ow, avec ; xs, membres), dénomination qui, sans doute, remplit toutes les conditions voulues pour une bonne nomenclature, mais à laquelle je préférerai la déno-

mination, moins rigoureuse peut-être, mais plus pittoresque et plus facilement intelligible, de réa Sdédlée Ou sirente.

Le caractère général de la monopodie ou sirénie, c'est de présenter un abdomen, qui va se rétrécissant de haut en bas, de telle facon qu'un bassin étroit supporte un membre unique, médian, symétrique, formé par la fusion plus ou moins complète des deux membres inférieurs: d'où il résulte que les fœtus, ainsi conformés, représentent assez bien les monstres fabuleux désignés par les anciens sous le nom de sirènes, desinit in piscem mulier formosa supernè (Horace), ou à ce fœtus au pied de griffon, dont le bon Paré nous a conservé la figure.

La monopodie ou sirénie présente plusieurs degrés, et ce sont ces degrés qui ont été considérés par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire comme autant de genres, sous le nom de symèles , uromèles et sitrenomèles.

La planche 5 et une figure de la planche 6 présentent des exemples de ce vice de conformation.

J'ai présenté à la Société anatomique, en 1826 (1), le squelette d’un monopode qui m'avait été donné par MM. Thibaut et Tuilier, chirurgiens de l'hôpital de Limoges: c’est ce squelette que j'ai fait représenter pl. 6, xxx livraison ; fig. 4. Il est vu par sa face postérieure. Les deux fémurs F, F sont réunis dans leur tiers supérieur et distincts dans leurs deux tiers inférieurs. Les deux jambes, réunies dans toute leur longueur, sont formées par trois os, dont ui médian PR, plus grèle, représente les deux péronés confondus , et deux latéraux sont formés par les tibias T, T’. Les deux pieds, contenus par leurs bords externes, forment un pied unique à neuf orteils , dont la face dorsale regarde en bas, et la face. plantaire regarde en haut. Les deux petits orteils confondus, constituent l’orteil médian ; les deux gros orteils occupent les bords; les deux os calcaniens , les deux el , les deux cinquièmes métatarsiens ; sont également soudés avec fusion. L'extrémité calcanienne du pied regarde en avant; l'extrémité digitale en arrière. On éprouve d'abord quelques difficultés à concevoir pourquoi les deux péronés, les deux bords externes du pied sont réunis et pourquoi la face dorsale du pied regarde en bas et la face plantaire en haut; mais la situation des rotules donne la clef de cette disposition. En effet, ces os occupent la face postérieure des deux genoux juxta-posés; il y a donc eu demi-rotation en sens opposé des extrémités inférieures , de manière que leur face postérieure regarde en avant, leur face antérieure en arriere, et que les côtés externes de ces deux extrémités sont unis sur la ligne din: et voila pourquoi la concavité des fémurs est dirigée en avant , et leur convexité en arrière.

Les os du bassin offraient une disposition non moins remarquable. Les deux pubis, complètement soudés sur la ligne médiane, présentent une crête saillante, dirigée d'avant en arrière : leur face postérieure, devenue supérieure, est concave et supportait (au rapport de l’un des praticiens qui m'ont remis la pièce) une poche pleine de liquide. Les deux os ischions, unis dans leurs branches ascendantes , continuaient en arrière la crête médiane, et, se renflant tout-à-coup , formaient une masse circulaire qui représentait les deux tubérosités

seHanqs confondues et qui obstruait presque entièrement le detroit inférieur, dont il n'existait de vestige qu'en arrière.

vo Voy. Nouv. Bibl. méd. 1825, tome 1, page 22. XXXIII® LIVRAISON. 1

Une vaste cavité cotyloïde, unique, creusée sur cette masse, reçoit les têtes réunies des deux fémurs. En présentant cette pièce à la Société anatomique ; jénus l'opinion qu'il était facile de se rendre compte de ce vice de conformation, en admettant que, dans les premiers temps de la vie intra-utérine, les deux

membres inférieurs, y compris le bassin , avaient été soumis à une double cause de compression, à deux forces qui auraient agi simultanément ou successivement : 1° à une force qui leur aurait imprimé un mouvement de rotation sur leur axe de dedans en dehors, et d'avant en arrière, de telle manière que la face postérieure des membres soit devenue antérieure, et réciproquement ; 2° à une force qui, pressant ensuite les membres l'un contre l’autre, a déterminé leur fusion.

Cette manière de voir se trouve parfaitement confirmée par un cas de monopodie incomplète, qui a été présenté par M. Lenoir à la même Société. Dans te cas, les deux fémurs, les deux jambes, les deux pieds, sont distincts; mais les deux membres inférieurs ont subi un mouvement de quart de rotation en sens opposé , de telle sorte que les faces postérieures des fémurs sont devenues internes, les têtes des fémurs regardent en avant , les rotules en dehors, les péronés en dedans, les tibias en dehors, le tarse, le métatarse et les orteils sont réunis par leurs bords externes, mais seulement au moyen d’une substance membraneuse : les petits orteils distincts occupent les côtés de la ligne médiane, les gros orteils regardent en

dehors , la face dorsale du pied est dirigée en bas, la face plantaire en haut.

Les deux branches descendantes du pubis sont soudées en manière de crête; les deux branches ascendantes, les corps et les tubérosités de l’ischion très rapprochés, sontunis parune membrane. I] résulte de cette disposition que la face postérieure des corps des pubis et la face interne des ischions, devenues un peu supérieures, interceptent une cavité à la formation de laquelle participent les membranes obturatrices , et dans laquelle étaient , sans doute, contenus les organes génitaux et urinaires. Le détroit inférieur, mesuré par l’intervalle qui sépare le sacrum des tubérosités de l’ischion, était d’une ligne d'avant en arrière.

Il est malheureux que nous n’ayons aucun renseignement sur l’état des parties molles de ces deux sujets. Sur celui qui était l’objet principal de cette note, plusieurs côtes étaient réunies. Le développement des arcs latéraux des vertèbres lombaires m'a paru moins avancé que de coutume, et les pariétaux présentaient des ‘espaces membraneux dans leur continuité, près de leur circonférence.

Il résulte de ce qui précède que, d'après ma manière de voir, la monopodie ou sirénie serait le résultat d’une pression à laquelle auraient été soumis les membres inférieurs et le bassin de l'enfant à une époque encore indéterminée de la vie intra-utérine ; que les deux élémens bien distincts dont se compose la monopodie, savoir, le mouvement de rotation des membres inférieurs autour de leur axe, et leur fusion par une pression latérale, peuvent être l'effet d'une seule et même cause, savoir, d'une compression latérale qui, en agissant sur le bassin et sur les grands trochanters, ferait exécuter aux membres inférieurs un mouvement de rotation en même temps qu'elle les appliquerait fortement l'un contre l’autre.

On conçoit, d'après cette étiologie, que la-fusion des os peut être plus ou moins complète, suivant que la cause comprimante aura agi avec plus ou moins d'intensité. Ainsi, dans quelques cas, la cause comprimante bornera son action à produire le mouvement de demi-rotation, sans opérer de fusion. Ce mouvement de rotation peut lui-même être incomplet et s'arrêter à une période "°E ou moins avancée. Ainsi, dans le cas de M. Lenoir, legmembres inférieurs n'avaient subi qu un quart de rotation, ou is moins les côtés externes des membres n’étaient pas encore arrivés au contact. Il ÿ avait deux cavités cotyloïdes distinctes, deux fémurs, quatre os pour les deux jambes: les deux pieds étaient parfaitement distincts. Des le premier cas, on a vu les pieds soudés par le tarse et le métatarse, distincts seulement par les orteils.

Dans un degré de fusion plus avancé, le nombre des orteils est diminué. Au lieu de dix, de neuf, on n'en trouve plus que cinq, deux, un; de telle sorte que le membre inférieur unique ressemble à une queue, d'où la dénomination d'ouromelie (sw, queue), qui a été donnée à ce vice de conformation par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Les deux fémurs sont réunis daus toute leur longueur: il n'ÿ a qu'une articulation du genou. Les orteils sont non-seulement moins nombreux, mais encore incomplets quant au nombre et au développement des phalanges. Plusieurs os du tarse manquent.

Dans le degré le plus avancé, il n’y a plus de pied , ni même vestige de pied: le membre inférieur unique se termine par une jambe incomplète, qui finit en pointe très aigue, si bien 1 les deux membres inférieurs représentent un cône à base dirigée en haut: ce cône est

MALADIES DU FORTUS. 3

visé en deux segmens, l'un supérieur ou fémoral, l’autre inférieur ou tübial, lesquels sont dirigés suivant la même ligne ou disposés à angle. La jambe est constituée par un seul os. C’est là la forme qui a le plus d'analogie avec celle qu Homère et Ovide ont prètée à leurs fabuleuses sirènes, et c'est pour cette raison que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1)a réservé le nom de sirénomélie à ce vice de conformation.

Est-il besoin de dire que les vices de conformation observés dans les os en supposent de correspondans dans les muscles, les nerfs et les vaisseaux des membres inférieurs. En outre, le vice de conformation du bassin entraine nécessairement des lésions très graves dans les organes contenus dans cette cavité et dans les organes externes de la génération. La vessie manque ouest mal conformée ; les uretères s'ouvrent dans la portion pelvienne de l'intestin. On dit avoir vu manquer l'appareil urinaire tout entier. |

Les organes génitaux externes manquent en général. Licetus, il est vrai, a figuré un monstre sirène avec des organes génitaux; mais tous les critiques saccordent à considérer cette figure comme faite, non d'après nature, mais d'après l'imagination de cet auteur. Il importe de remarquer quun grand nombre de figures de monstruosités sont entachés de ce vice, et qu'elles ont été faites de mémoire ou d'après une description poétique. Le bon Paré lui-même n'est pas à l'abri de ce reproche. |

Quant aux organes génitaux internes, on trouve les testicules chez l'homme, les ovaires et quelquefois un utérus imparfait chez la femme; mais les canaux déférens vont se rendre dans le rectum: il en est de même des trompes de Fallope chez la femme. Le vagin manque chez la femme comme la verge chez l'homme. |

Le colon est plus ou moins mal conformé. Le rectum manque à sa partie inférieure: il est imparfait.

Un mot sur la théorie de la sirénie, donnée par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l'un des représentans les plus éclairésdes théories philosophiques modernes. Cette théorie résulte de la combinaison de la loi du développement excentrique de M. Serres(2), devenue célèbre en Allemagne sous le titre de lex Serriana et de la loi de l'affinité de soi par sot de M. Geoffroy Saint- Hilaire père. |

À une certaine époque de la vie intra-utérine, dit M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, d'après M. Serres, tous les organes sont pairs et latéraux , parce que ceux qui, par la suite, doivent devenir impairs et médians , se trouvent divisés en deux moitiés semblables, symétriquement placées à droite et à gauche. Pourquoi l'évolution d'organes, si analogues à leur début, ne suit-elle pas ensuite la même marche ? Pourquoi chaque organe par et latéral ne se réunit-il pas à son congénère si parfaitement semblable à lu-même

C'est que : les organes pairs et latéraux étant séparés l'un de l’autre par un intervalle plus ou moins considérable, leur réunion supposerait la destruction des parties intermédiaires, et c'est pour cette raison que les membres supérieurs que sépare le thorax n'ont Jamais été trouvés réunis. |

Il résulterait de cette manière de voir que l'adhésion, la fusion des membres serait une chose toute naturelle, et que, au lieu de s'en étonner, on devrait au contraire être surpris qu'elle n’eüt pas lieu plus souvent: en poussant cette théorie jusquà ses dernières conséquences , il est évident que, ce qu'il faudrait expliquer, ce serait, non la réunion des parties, mais leur défaut de réunion; car enfin, et toujours dans cet ordre d'idées, les parties médianes et impaires seraient les seules qui parcourraient normalement toutes les phases de leur développement ; les parties paires et latérales seraient des parties arrêtées dans leur développement; elles ont en effet une aussi grande tendance à se conjoindre que les deux moitiés des organes médians, et, si elles ne l'ont pas fait, c’est parce quelles n'ont pas pu venir au contact. Il est vrai qu'on ne concevrait pas, dans cette théorie, pourquoiles cuisses, les jambes et les pieds, qui sont contigus chez le fœtus, n’ont pas suivi le sort des organes médians.

\ è (x) Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisation. Paris, 1836 , tome 11, page 250.

(2) Recherches d'anatomie transcendante et pathologique ; Paris , 1832, in-4° et atlas.

On voit à quelles conséquences l'induction employée outre mesure peut conduire les meilleurs esprits. Cette théorie transcendante , qui explique la sirénie ou monopodie par un excès de développement , théorie qui, à quelques égards, pourrait rendre compte de la fusion des membres, est impuissante pour expliquer le phénomène constant, fondamental, on pourrait même dire primitif de la sirénie : je veux parler de la rotation des membres. C'est là le sort de tous les systèmes exclusifs, de toutes les hypothèses et oid imaginées au profit d'un certain nombre de faits: ils voguent, pour ainsi dire , à pleines voiles, lorsqu'ils rencontrent des faits de la nature de ceux qui rentrent dans le” cercle de leurs diébe mais le plus petit fait, en opposition avec leurs prétendues lois, devient un écueil contre léuel elles viennent se briser : telle est la rotation des membres par rapport à la sirénie.

Aussi, voyez-vous Meckel faire revivre pour la strénie l'hypothèse surannée de la monstruosité originelle, sans d'autre motif que l'impossibilité de trouver une explication satisfaisante pour la formation de ces monstruosités, et plus particulièrement pour le mouvement de rotation. 390 | |

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire reconnait que, dans l'état actuel de la science, l'inversion des membres est tout-à-fait inexplicable; mais il espère qu'il en sera de ce fait comme de beaucoup d’autres, qui, long-temps inexpliqués et cités comme preuve de la production originelle des monstruosités, de la conformation primitivement vicieuse des genres, sont maintenant rangés parmi les preuves de la doctrine opposée.

Il me semble que, sans remonter à la formation des organes, la sirénie ou monopodie peut très bien s'expliquer par une cause mécanique; par une pression latérale exercée sur le bassin et sur les membres inférieurs; que cette pression latérale survenant à une des premières époques de la vie embryonnaire ( peu importe que ce soit dans la cavité utérine ou dans le passage du germe fécondé à travers la trompe) , que cette pression latérale, dis-je, détermine la fusion dés membres ; que, suivant les degrés de cette pression, la fusion sera plus ou moins complète, avec ou sans disparition des parties: on conçoit très bien, d’ailleurs, que l'inversion des membres inférieurs puisse être le premier effet de la pression bi-latérale, surtout si l'on admet que la cause comprimante a ag en même temps d'avant en arrière. L'inversion des membres précédant la fusion, on conçoit encore que la cause comprimante puisse cesser d'agir lorsque le membre aura exécuté un mouvement de quart de rotation ou une demi-rotation , et alors la monstruosité se bornéra à l'inversion, mais que la fusion doive se joindre à l'inversion, lorsque la cause de compression continue. |

gs pourrait donc admettre les genres suivans dans la monopédie ou sirénie: ? GENRE. /nversion sans adhésion des membres inférieurs. —Æspèces. Quart de rotation, mb:

2° GENRE. /nversion avec adhésion. — Espèces. Adhésion sans fusion , adhésion avec fusion,

adhésion avec disparition complète de certaines parties.

Le fait représenté pl. 5 vient à l'appui des considérations précédentes.

Qu il me soit permis de dire 1ci1 que telle est la constance des lois qui régissent l'économie, qu un seul fait bien observé, bien interprété, est en quelque sorte, à lur seul, une loi vivante, loi traduite ou représentée, loi mise en action. Ce qui nous importe en anatomie pathologique comme en anatomie normale , comme en physiologie , en pathologie, en thérapeutique, ce sont des faits bien observés, da faits types. Tant mieux, sil y en a un grand nombre; mais le nombre n'est rien à côté dela qualité.

Le fait représenté pl. 5, a été présenté à la Société par M. Bardinet, élève distingué des hôpitaux : il lui avait été adressé par M. le docteur Bleynie, professeur d'accouchement à Limoges. Voici les détails qui accompagnaient cet envoi. Le fœtus avait été donné à M. Bleynie par une sage-femme , qui en avait délivré une paysanne âgée de vingt-neuf ans et jouissant d’une bonne santé, ainsi que son mari. Elle a eu deux autres enfans, qui sont heureusement venus, mais qui sont morts a les premiers mois de leur naissance. Les occupations de cette femme consistent à avoir soin de son ménage. Nuls accidens physiques où moraux particuliers n’ont eu lieu pendant sa dernière grossesse , qui a été heureuse: l'enfant à

remué depuis l’époque de quatre mois et demi à cinq mois. Élle n'avait porté de corset ni avant, ni pendant la grossesse. L'accouchement a été long : il a duré deux jours. Les membranes se sont rompues au commencement du travail ; mais les eaux ne se sont écoulées que peu-à-peu à chaque contraction utérine. C’est le sommet de la tête qui s’est présenté. Le fœtus est sorti sans secours : il était mort. Le cordon a été 6 lié par suite de l'habitude qu'ont les sages-femmes de le lier avant d’en faire la section.

La figure 1, demi-grandeur, montre le fœtus vu de face. On voit qu'il est hydrocéphale, La circonférence de la tête, prise suivant le plan médian du corps, d'avant en arrière, est de vingt-et-un pouces et demi. Le tronc, parfaitement conformé dans la région sus-ombilicale, va en se rétrécissant graduellement à la manière d'un cône aplati d'avant en arrière , et finit par une extrémité pointue,

La figure 2, demi-grandeur, montre le fœtus vu du côté gauche. On voit : 1e la courbure à concavité antérieure que présente la partie sous-ombilicale de son corps; 2° sur la partie latérale gauche de la colonne lombaire, une ouverture par laquelle sort un bout d'intestin B, étreint par une ligature. M. le docteur Bleynie a appris qu’une masse considérable d'intestin en partie pleine de méconium sortait par cette ouverture, et que c'était lui qui en avait fait la ligature et qui avait retranthé tout ce qui sortait avant de mettre le es dans une solution de sublimé.

À est un appendice anal sur lequel je vais revenir tout-à-l’heure.

La fig.3, grandeur naturelle, représente la partie sous-ombilicale du trone, vue par la région postérieure. On voit à ki partie inférieure deux plis qui répondent aux articulations. A 7e niveau, 1l y avait une assez grande mobilité. À la région lombaire, on voit l'intestin B, qui sort par une perforation, et en ‘dedans de cette perforation, une cicatrice circulaire qui remplace une perte de substance de la peau. Cette cicatrice a un aspect muqueux. La dissection a démontré que l'intestin lié était le duodénum. On n’a trouvé dans l’abdomen d'autre intestin que l'estomac, le duodénum et le rectum, qui se terminait par une ampoule. Il est malheureux que le reste du canal alimentaire ait été retranché sans examen préalable.

L'appendice anal A est renversé. Dans sa position naturelle, il était relevé et cachait une ouverture infundibuliforme, qui m'a paru être l’orifice anal. Un stylet, introduit dans cet orifice, était arrêté à une petite profondeur. Cette appendice occupe la ligne médiane:elle est formée par une languette cutanée, curviligne, disposée à la manière d’un demi-cône. Sa face antérieure, ici en évidence , est recouverte par une membrane one us Au-dessus de l’appendice anal se voit une petite saillie, qui a pour support un os. Cette petite saillie m'a paru sans importance.

Les figures 4, 5 et 6, grandeur naturélle, représentent le squelette de la moitié sous-ombilicale du tronc.

Fig. 4. Face antérieure. Bassin vu en avant : il présente deux ouvertures, l’une postérieure PP, lautre antérieure P A. L’intervalle qui les sépare est formé par les tubérosités de l’ischion rapprochées ou plutôt confondues , et nous verrons tout-à-l’heure que c’est sur la masse apophysaire, formée par la réunion de ces deux tubérosités , qu'est creusée la cavité cotyloïde unique qui supporte un fémur également unique. Les corps du pubis, réunis en avant, forment une espèce d’apophyse ou de crête qui va en s’effilant et se termine en pointe. L'ouverture qui existe entre les tubérosités de l’ischion confondues, et les pubis, également confondus, répond à l’arcade du pubis. La même figure représente : 1° le fémur unique, que nous verrons résulter de la réunion des deux fémurs : sa face postérieure est en avant; 2° l'articulation du fémur avec la jambe , dont la région postérieure est en avant ; 3° le tibia dont il n’existe que la moitié supérieure, et qui se termine en pointe mousse. Il n’y a pas vestige de péroné.

Fig. 5. Elle représente la moitié inférieure du squelette, vu par la face postérieure.

Le sacrum S est renversé de bas en haut, de telle sorte que sa face antérieure regarde en arrière et son sommet en haut. Ce sommet cartilagineux est déieté latéralement. P P est l'ouverture postérieure, PA l’ouverture antérieure, CCD une cavité cotyloïde unique, mais considérable, qu'on peut considérer comme formée par la réunion des deux cavités cotyloïdes et des deux tubérosités de l'ischion. On voit encore sur cette HEURE la disposition des deux pubis qui se terminent en avant par une pointe.

On voit sur la figure 5, comme sur la figure 4 , que le bassin est très large et comme étalé. On dirait que le bassin a été soumis à une double force, dont l’une aurait agi de haut en bas, en appuyant sur les crètes iliaques , dont l’autre aurait agi latéralement sur les cavités cotyloïdes et sur les ischions, qu’elle aurait rapprochés et confondus , d’où résulte que les pubis ont été complètement rejetés en avant et comme atrophiés. Il n'ya ni trous ovalaires, ni branches ascendantes de l’ischion , ni branches descendantes du pubis. Le pubis est réduit à un corps.tres grèle. La même figure 5 représente le fémur écarté de la cavité cotyloi-

*dienne. Cet os a subi un mouvement de demi-rotation , tel que sa face antérieure regarde le plan postérieur du corps. Son extrémité supérieure présente trois éminences , dont une médiane ET représente les deux grands trochanters confondus, et les deux latérales représentent les deux têtes du fémur TD, chacune pourvue de son ligament rond. Un seul ligament rond LR a été représenté sur la figure.

L’extrémité inférieure du fémur, qui offre de très grandes dimensions en largeur, résulte bien évidemment de la réunion des extrémités inférieures des deux fémurs.

Ainsi, cette extrémité présente deux trochlées P, P', trois éminences, l'une moyenne, subdivisée en haut, en deux éminences secondaires F, F’ qui répondaient aux deux rotules, et deux latérales. L’éminence moyenne est formée par deux condyles réunis ; les éminences latérales, ee on par un condyle.

La jambe est représentée par un moignon , que constitue la moitié supérieure du tinia. Ce tibia a dde le fémur, subi un mouvement de demi-rotation. L’ extrémité supérieure de cetos unique présente trois facettes, une moyenne plus considérable , n° 1 ,s’articulant avec l'éminence du fémur, qui résulte de la réunion des deux condyles ; deux latérales, numérotées 2 et 3, qui s’articulent avec les éminences latérales de l’extrémité inférieure du fémur. Îlest facile de voir que ces surfaces articulaires du tibia résultent de la fusion des extrémités supérieures de ces deux os.

ILy avait deux rotules R et R, qui s’articulaient avec les facettes F et F” du fémur. Ces rotules | comme d’ailleurs le côté antérieur de l'articulation du genou , répondaient à la face postérieure du tronc.

La figure 6 représente le fémur, vu du côté externe: son extrémité inférieure présente une poulie latérale parfaitement distincte, qui.se réunissait en avant à la poulie latérale du côté interne. Cette extrémité infé. rieure résultait donc de l’adossement de deux poulies latérales. Le corps du fémur offrait une sorte de croisement. On aura, en effet, une très bonne idée de la fusion des deux fémurs, en admettant qu'en même

temps qu'ils ont exécuté un mouvement de rotation, ils se sont croisés en x (1) Réflexions. La coexistence d'un hydrocéphale congéniale très considérable et d’une monstruosité par fusion des membres inférieurs est un fait très important, qui vient à l'appui de l'idée que ce genre de monstruosités peut étre le résultat d'une compression. C'est encore à une compression extérieure que je crois devoir rapporter les cas de cyclopie, dont on trouve, pl. 6, deux exemples fort remarquables.

Cyclopie.

Le fœtus représenté fig. 1 et 2 (demi-grandeur) vient encore du département de la Haute-Vienne:il a été adressé à M. Bardinet par M. le docteur Fargeaud , médecin à Saint-Léonard.

L' attitude quadrupède.que j'ai fait donner au fœtus était la seule qu füt naturelle à ce monstre, et même la seule qui füt possible. Elle résulte du renversement de la tête en arrière, renversement tel que l Oceiput se continue sans interru ption, sans ligne de démarcation avec la région PRE. que le menton est séparé du sternum par un très grand intervalle,en sorte que le col est extrêmement saillant, et les épaules attirées en haut.

L’attitude bipède était pour ce monstre une’attitude forcée , et, en effet, dans cette attitude, la face était dirigée en haut et en arrière, savoir : la trompe nasale en haut et en arrière, l'œil également en haut et en arrière, la bouche directement en haut ; en outre, dans l'attitude bipède, les membres supérieurs ne peuvent s'appliquer sur les parties latérales du tronc, sans effort, sans traction considérable de la peau du col, tandis que tout rentre pour ainsi dire dans l’ordre, lorsqu'on donne à ces membres supérieurs une direction perpendiculaire au tronc. Il me paraît donc positif que, si cet enfant eût vécu, il aurait pris et conservé l’attitude quadrupède. |

Dans cette attitude quadrupède, on voit, fig. r et 2, que la trompe nasale est dirigée en haut, l'œil cyclope en haut et en avant, la bouche en avant, que la région antérieure du col est très allongée, très saillante, semble continuer le menton, et donne assez bien à cette région l'aspect du col d'un goîtreux. Du reste , la face de ce monstre présente tous les caractères de la cyclopie: 1° trompe cylindrique, dirigée de bas en haut, trompe creuse et ouverte en haut par un orifice circulaire ; 2° au-dessous, œil unique, circonserit par un losange, formée par les paupières, et pourvue de poils; 3° entre l'œil et la bouche, intervalle considérable, sans vestige de nez ; réunion des joues sur la ligne médiane; 4° la bouche, largement ouverte, a la forme d’un carré long, dont les bords supérieur et inférieur représentent les lèvres; 5° menton très allongé, semblant se continuer avec le thorax. Un sillon transversal sépare le menton de la lèvre inférieure; un autre sillon, également transversal, mais moins prononcé, établit la limite entre le menton et le col. I] y avait un anus. Les organes génitaux externes étaient tellement altérés que je n'ai pu déterminer le sexe de l'enfant.

Là se sont bornées mes observations. M. Bardinet a fait de ce monstre une dissection soignée, Il résulte de cet examen, 1° que le globe de l'œil ne présentait que les élémens d’un seul œil; 2° que la trompe nasale, formée par deux membranes, l’une cutanée, l’autre muqueuse, entre lesquels se voyait un tissu aréolaire, faisait suite à un canal cartilagineux , lequel aboutissait à deux canaux divergens, qui occupaient la base du crâne et qui paraissaient être un vestige des narines. |

Quant à la disposition du crâne et de la colonne vertébrale, elle présente une analogie remarquable avec la description que A. Dugès a donnée de l’ex-encéphale. Point L voûte crânienne proprement dite; point de trou occipital : il n'existe de l’occipital que la portion basilaire et les parties latérales. Il y a absence des

(1) Consultez, pour les détails relatifs aux autres appareïls, les Bulletins de La Societé anatomique, année 1838, N°s 7 et 8, où

M. Bardinet a consigné les résultats d'une dissection très attentive et très intelligente de tous les autres organes.

Le)

pariétaux et de la portion verticale des frontaux ; il y a fissure médiane de l’épine avec écartement des deux moitiés latérales. La moelle, où ce qui en tient lieu, est immédiatement sous-cutanée. Le canal vertébral ne commence qu'à la partie inférieure de la région lombaire, et se continue sans interruption jusqu’à la fin du canal sacré. La partie supérieure de la colonne vertébrale se trouve renversée sur sa partie inférieure, de manière à former un angle extrèémement aigu, saillant en avant, rentrant en arrière. Le sommet de cet ie répond : a la quatrième ou cinquième vertebre cervicale.

Le cerveau était remplacé par une tumeur mollasse, rougeâtre, pulpeuse, divisée en lobules, enveloppée par une membrane lisse comme une séreuse, à travers laquelle faisait hernie une partie de la tumeur. Cette membrane formait en arrière une cloison complète entre la cavité crânienne et la cavité spinale. Il paraît constant que toute la partie cervico-dorsale de la moelle manquait entièrement !et était remplacée par du tissu cellulaire; mais la chose n'est pas positivement démontrée. Les nerfs encéphaliques et spinaux étaient dans l'état Le plus parfait d'intégrité. |

La figure 3 représente un cyclope HAE cinquièmes de granoenr naturelle ), que j'ai fait dessiner dans le temps pour le compte de la faculté et qui m'a été enlevé avant que j'en aie pu faire la dissection. Dans ce cas, la cyclopie se trouve réduite à sa plus simple expression. Trompe cylindrique dirigée en haut, œil entouré de

quatre paupières réunies à angle ; l'angle inférieur du losange qu'elles interceptaient présentait tous les

caractères du grand angle de l’œil. Point de nez entre l'œil et la bouche : à sa place, surface lisse occupant tout l'intervalle compris entre ces deux parties ; conformation régulière de tout le reste du corps.

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