MALADIES DES ARTICULATIONS DE LA MAIN
Depuis sept ans que je pratique la médecine à la Salpétrière, j'ai eu occasion de voir un assez grand nombre de fois le déplacement des phalanges consécutif à une maladie articulaire. Plusieurs des femmes qui présentaient ces altérations avaient été soumises à l'influence du froid et de l'humidité; d’autres faisaient remonter cette lésion à une grossesse, à un rhumatisme latteux. Quelques-uns, qui n'avaient subi l'action d'aucune cause occasionnelle appréciable , accusaient la goutte.
Les femmes sont-elles sujettes à la goutte? J'ai donné des soins à un assez grand nombre de femmes qui éprouvaient à l'articulation métacarpo-phalangienne du gros orteil et plus souvent encore aux articulations phalangiennes des doigts tous les symptômes d'une crise de goutte. Chez plusieurs, on pouvait reconnaitre au tact de très petites rugosités autour des articulations ; mais jamais je n'ai eu occasion de voir chez les femmes, ni sur le vivant, ni à l'ouverture du corps, ces concrétions d'urate et de phosphate de chaux, qui me paraissent le caractère pathognomonique de la goutte. |
Les douleurs articulaires rhumatismales ou goutteuses, long-temps continuées, surtout avec tuméfaction, ont presque toujours pour résultat final la résorption des cartilages, et, à la suite de cette résorption, l'usure des surfaces articulaires. Comment s'opère la résorption des cartilages? Toutes les fois qu'une inflammation chronique, toutes les fois qu'une simple {luxion sanguine douloureuse affecte la synoviale articulaire, il y a disparition des cartilages, et cette disparition s opère graduellement. Les cartilages sont absorbés couche par couche, molécule par molécule, sans qu'ils manifestent la moindre vitalité: ils sont absorbés sans résistance de leur part. Les fragmens d'un cartilage ainsi mutilé sont aussi blancs, sont aussi intacts que les fragmens du cartilage le plus sain. Or, tout tissu qui ne répond pas par l’inflammation aux causes d'irritation ou de destruction qui agissent sur lui, peut être considéré comme n'étant pas doué de la vie.
L'usure des cartilages opérée, celle des os suit , et cette usure est le produit des frottemens quexercent les unes sur les autres les surfaces articulaires. Ces surfaces déformées ne se trouvent plus configurées l’une par rapport à l'autre, ne se touchent plus que par quelques points, et même s abandonnent entièrement , d'ou les déplacemens consécutifs ; mais il arrive quelquefois que les surfaces articulaires ne s'abandonnent pas, et si l'immobilité est long-temps continuée, si Les ligamens, les tendons, toutes les parties qui entourent l'articulation, se rétractent et se moulent en quelque sorte sur cette articulation fléchie, on dit qu'il y a ankylose.
Un mot sur l’ankylose, qui, en ce moment, est le sujet de tentatives, louables sans doute, mais qui ne peuvent être utiles que si elles sont faites avec discernement, c'est-à-dire si elles sont établies sur l'anatomie pathologique des articulations frappées d'ankylose.
L'ankylose , cliniquement considérée, est l'abolition absolue ou incomplète des mouvemens d'une articulation. L'abolition absolue; c'est l'ankylose vraie; l'abolition incomplète, c'est l'ankylose fausse. Anatomiquement considérée, l'ankylose est cette lésion des articulations, dans laquelle les surfaces articulaires sont soudées entre elles.
Il faut bien distinguer la rigidité articulaire de lankylose qu'elle simule. Toutes les fois qu'une articulation est restée long-temps dans l'immobilité, elle devient rigide, et, au bout d'un certain laps de temps, les meuvemens spontanés deviennent impossibles. Les mouvemens communiqués eux-mêmes finissent également par devenir complètementnuls, à moins qu’on n'use de violence, et si les malades succombent, on est tout surpris de trouver les surfaces articulaires intactes, alors qu'on croyait à une réunion solide des os.
Cette rigidité articulaire tient à la rétraction des muscles et surtout à celle des ligamens qui, lentement revenus sur eux-mêmes, ne peuvent subir la moindre extension, sans causer de très vives douleurs. Or, il est quelquefois très difficile d'établir le diagnostic différentiel entre l'ankylose et la rigidité; mais, si l'on parvient à l'établir, on pourra obtenir des résultats qui surprendront les personnes qui n'ont pas approfondi l'étude des maladies articulaires, et à l'aide de mouvemens prudemment imprimés aux articulations rigides, à l’aide de bains, de