MALADIES DE LA PROTUBÉRANCE ANNULAIRE
Un enfant , âgé de 4 ans, m'est présenté dans l’état suivant : faiblesse générale , telle que la station est impossible et qu'on est obligé ou de le porter surses bras ou de le laisser au lit, et pourtant 1l meut à volonté tous ses membres; mais les mouvemens n’ont aucune précision et surtout aucune force. La déglutition est très difficile , surtout celle des liquides , dont une très petite partie parvient jusque dans l’estomac, et dont le reste revient par la bouche et quelquefois par les narines. L’articulation des sons est extrêmement lente, la voix basse et grave. Le petit malade articule distinctement , mais syllabe par syllabe. La respiration est lente, souvent suspirieuse , impossible dans la position horizontale , lors même que la tête est soulevée par plusieurs oreillers. On ne peut l'endormir que sur les bras et dans une attitude telle que la face repose sur l'épaule de la personne qui le porte, et que le tronc soit vertical. S'il arrivait qu’on le mît au lit au moment où il paraissait profondément endormi, 1l se réveillait immédiatement, si bien que deux domestiques étaient obligés de se relever toute la nuit, pour le tenir dans la seule attitude dans laquelle la suffocation ne füt pas imminente. Du reste, l'intelligence de cet enfant était bien au dessus de celle des enfans de son âge. La nutrition se faisait parfaitement : son embonpoint était même assez considérable, Je recueillis pour commémoratifs que cet état datait de trois ans, époque où il avait été pris de convulsions ; que les convulsions qu'on crut devoir rapporter à plusieurs chutes , s'étaient reproduites à des époques irrégulières, en sorte qu'on avait Jugé que cet enfant était épileptique.
Je regardai cetétat comme tout-à-fait au-dessus des ressources de l’art. Je pensai et j'annonçai que le siège de la lésion morbide devait être la protubérance annulaire et ses annexes , que cette lésion devait consister, soit dans une compression exercée par quelque tumeur, soit dans une altération du tissu propre de la protubérance. Ginq ou six mois après, cet enfant mourut comme asphyxié, avec toute son intelligence, sans pouvoir proférer aucun son.
À l'ouverture, je trouvai les corps olivaires indurés à la manière d’un cartilage: ils n'offraient d’ailleurs ni changement de couleur ni augmentation de volume. Le pédoncule cérébelleux gauche ou droit (je n'ai pas noté lequel), et les tubercules mamillaires participaient à la même altération. Tout le reste de la masse encéphalique était sain. Je ne pus examiner que la partie de moelle qu’on peut enlever par le trou occipital: elle était parfaitement saine au-dessous et à côté des corps olivaires.
Réflexions. Si lon considère que les nerfs grand hypoglosse, glosso-pharyngien et pneumo-castrique, naissaut, le premier, dans le sillon qui sépare les pyramides des olives; le deuxième, des corps restiformes à côté du sillon qui les sépare des olives, on ne sera pas étonné de l’affaiblissement notable qu'ont du éprouver: 1° l’action du poumon, qui reçoit presque tous ses nerfs des pneumo-gastriques; 2° l’action du voile du palais, du pharynx et du larynx; 3° l'action de la langue dont le grand hypoglosse est le nerf moteur ; 4° l'action de tous les muscles du corps; car la lésion du bulbe rachidien doit exercer son influence sur la totalité de la moelle, considérée en tant qu'organe de transmission des ordres de la volonté aux. muscles. L'asphyxie était inévitable. J'avais annoncé aux parens que tôt ou tard ils seraient exposés à trouver leur enfant mort; et c'était à ma sollicitation que plusieurs domestiques se relayaient pour maintenir cet enfant dans la seule attitude où le besoin de respirer fut satisfait.
Une compression exercée sur le bulbe rachidien par le déplacement de l'atlas sur l'occipital, compression qui portait plus fortement d'un côté que de l'autre, a déterminé une hémiplégie.
Il résulte d'un certain nombre de faits, que les lésions du bulbe simulent jusqu'à un certain point les lésions de la protubérance et de l'encéphale.. Le bulbe est, en effet, nonseulement l'origine de la huitième et de la neuvième paire; mais encore l’origine de la
oine réelle
cinquième, et peut-être est-ce jusqu'au bulbe qu'on pourra tôt ou tard suivre l’orig
des autres paires crâniennes.
Pour bien apprécier les lésions du bulbe, il faut le décomposer en ses élémens anatomiques, de même que, pour bien apprécier les lésions de la protubérance ou plutôt de l'isthme de l'encéphale, il faut se ra ppeler des dispositions de texture , sans la connaissance desquelles on rapporterait à la protubérance proprement dite des lésions qui lui sont tout-à-fait étrangères (Voyez, pour cette structure, Anatomie descriptive , tome 1v, pages 592 et 610).
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