DÉPLACEMENS
La classe des déplacemens ou lésions de contiguité comprend tous les- changemens de situation , de direction et de connexions ou de rapports, dont nos organes sont susceptibles.
PR classe de lésions, je dirais presque aucune famille naturelle des zoologistes et des botanistes, ne réunit à un plus haut degré toutes les conditions que doit offrir un oroupe naturel, et, quelles que soient les bases de la méthode que l'on adopte pour la distribution des ARR Un , la classe des déplacemens doit être maintenue dans son intégralité.
La grande classe des déplacemens se subdibise en deux sous-classes :
Deéplacemens des parties molles ; 2° Déplacemens des parties dures.
Chacune de ces sous-classes présente à considérer : 1° les déplacemens postérieurs à la naissance ; 2° Les déplacemens antérieurs à la naissance ou congeéniaux ; 3° les déplacemens consecutifs à d'autres maladies.
Il n'est pas nécessaire d'insister sur les avantages d'une distribution qui n’a égard quà la lésion matérielle fondamentale, qui la met en relief et qui lui subordonne toutes les autres circonstances.
Les déplacemens des parties molles présentent à considérer deux ordres bien distincts : 1° les :nvaginations , 2° les hernies. #1
Le mot srvagination n'est généralement appliqué qu'au canal intestinal et pour désigner une lésion qui consiste dans l'introduction spontanée d’une portion d’intestin dans une autre portion d’'intestin, de telle sorte que la première portion est engainée dans la seconde à la manière d'un doigt de gant(r);. mais j'ai cru devoir rapprocher de l'invagination intestinale des déplacémens siégeant dans d'autres organes canaliculés et ayant la plus grande analogie avec ce mode de lésion. Aïnsi, je considère comme autant d'invaginations les maladies connues sous le nom de chute du rectum, chute de matrice, renversement de matrice , et jadmets six espèces d'invaginations: l'invagination de l'intestin grêle et du gros intestin, linvagination du rectum , Finvägination dans l'anus contre nature, l'invagination dans les hernies, l'invagination du vagin, l'invagination de l'utérus dis valises de la vessie dans elle-même et dans l’'urètre. La double condition PRE pour l'invagination, c'est 1° la disposition canaliculée; 2° une surface libre en totalité ou en partie.
Les hernies , dont le caractère le plus général consiste dans le déplacement des organes contenus dans une cavité splanchnique à travers un éraillement ou une ouverture agrandie de ses parois, constituent un ordre de lésions plus importantes encore. Leurs innombrables variétés rendent , pour ainsi dire, ce sujet inépuisable sous le rapport de l'anatomie patholooique. Je saisirai FR les occasions qui pourront s'offrir de faire représenter quelques-unes de ces variétés. La planche vi, xxxvr° livraison, représente une hernie imguinale double, dont l'une est formée par l'intestin grêle , et l'autre par l'épiploon et par l'appendice mire
Hernie inguinale double.
La figure 1 (demi-grandeur) représente les bourses d’un sujet affecté d'une hernie inguinale double. La peau de la verge, celle du gland exceptée, avait été mise à contribution pour recouvrir la volumineuse
; 1e L ; PAS N <= D] (1) Voyez Traité des maladies de l'utérus , par madame Boivin et A. Dugès , Paris, 1090; L' 1, pe 220.
tumeur formée par les intestins déplacés. La tumeur inguinale gauche, facilement et complètement réductible. permettait de reconnaître qu'il existait à droite une hernie épiploïque d'une réduction beaucoup plus difficile et toujours incomplète. La hernie ingüinale gauche paraissait exclusivement formée par l'intestin orêle.
La figure 2 (demi-grandeur) explique pourquoi les bourses présentaient un développement uniforme À malgré l'inégalité de volume des deux hernies. On voit, en effet, que la hernie la plus volumineuse, la hernie inguinale gauche, s'était portée obliquement de gauche à droite, et avait envahi en partie la bourse droite. Le scrotum est une enveloppe commune aux deux testicules, et la*cloison des dartos, pouvant être déjetée , soit d’un côté, soit de l’autre, permet aisément aux tumeurs scrotales développées à droite de se porter à gauche et réciproquement.
Des deux côtés, le trajet inguinal était transformé en un simple anneau traversant directement les parois abdominales.
La position des testicules à l'égard des deux hernies est digne d'être remarquée. À droite, le testicule est placé immédiatement au dessous, à gauche, il est placé en arrière du sac herniaire. Des deux côtés, la tunique vaginale et le sac herniaire sont adossés ; des deux côtés, avant la dissection , il était impossible d'établir une ligne de démarcation entre le testicule et la tumeur herniaire. |
A droite, la hernie est formée par l'épiploon E et par l’appendice iléo-cœcale A COE ; l’épiploon cylindrique , au niveau du collet du sac, épanoui pour ainsi dire, et chargé de graisse dans le sac lui-même ; l'appendice iléo-cœcale accolée à la paroi postérieure du sac.
Dans les hernies anciennes , les enveloppes du sac présentent beaucoup de variétés et quant au nombre. et quant à l'épaisseur des lames superposées. Ce serait en vain qu'on chercherait à les rapporter exactement aux couches qui recouvrent le cordon testiculaire dans l'état naturel. Ces couches augmentent, diminuent , se dénaturent par suite des tractions , des pressions exercées sur la hernie. À gauche, le sac herniaire F était recouvert par quatre feuillets bien distincts, d'apparence fibreuse, qui ont été représentés ARE D LP RAS
Ces feuillets étaient unis entre eux par un tissu cellulaire séreux , tellement lâche et tellement rare, qu'on pouvait hésiter entre du tissu cellulaire séreux ou une membrane séreuse rudimentaire. C’est dans des cas semblables qu’on à pu prendre pour la surface lisse de l'intestin , la surface également lisse de l’une de ces lames superposées.
Réflexions. Les relevésstatistiques établissent que les hernies inguinales doubles s'observent dans une assez forte proportion, ce qui n étonnera pas, si l'on considère que les causes qui préparent et celles qui produisent les hernies agissent en méme temps sur les deux anneaux (1). Je ne sais toutefois si, dans d'autres cas de hernie ingwnalé double, on a noté, d’un côté, une hernie purement épiploïique; de l'autre côté, une hernie purement intestinale.
Les hernies de l'appendice vermiculaire sont extrêmement rares. La situation de cette appendice est tellément variable , de même que sa longueur et sa direction, qu'il est bien difficile de concevoir son déplacement indépendamment du cœcum. Pour qu'elle puisse s'engager dans le canal inguinal, il faut qu'au lieu d'être renversée de bas en haut, derrière le cœcum , comme cela se voit si souvent, ou de plonger dans la cavité pelvienne, elle soit dirigée verticalement en bas et située immédiatement derrière l'anneau.On conçoit aussi que les dispositions si diverses du péritoine à l'égard de cette appendice, l'absence ou la présence d'un petit mésentère, la liberté parfaite de cette appendice ou sa fixité plus ou moins grande, doivent exercer une grande influence sur son déplacement. Enfin nous devons mettre en ligne de compte les adhérences morbides que cette appendice peut contracter avec les parties voisines. On consoit, par exemple, que, sk l'extrémité libre de cette appendice était adhérente derrière l'anneau, et qu'une hernie se format à travers cet anneau, on conçoit que le péritoine , entrainé pour former le sac hermiaire , entrainât lui-même l’appendice.
Les hernies de l'appendice cœcale peuvent donner lieu à des considérations importantes. On sait que cette appendice, encore contenue dans la cavité abdominale , est susceptible de perforations spontanées lesquelles sont la source de péritonites très promptement mortelles. Eh bien! ces perforations que provoquent le plus souvent de petits corps étrangers, tels que boulettes fécales, grains de plomb, noyaux de cerises, qu'on trouve souvent dans le cul-de-sac
(1) Voyez un travail important de M. le docteur Malgaigne , ayant pour titre: Recherches sur la fréquence des hernies selon les A Ê \ « 5 °« > : , . : vs Q \ sexes , les âges et relativement a la population (Annales d'hygiène et de médecine léga'e , Paris, 1940 , t. Xx1V, pages 5 et suivantes).
MALADIES DES INTESTINS. o
de cette appendice; ces perforations peuvent avoir lieu dans le sac herniaire et produire
des accidens inflammatoires purement locaux. Sous ce point de vue, l'observation suivante ne sera pas dénuée de quelque intérêt.
ee \ ,,° \ DRE TER L . , 4e : :
Abcès très fétide à l'aine. — Guérison avec fistule. — Mort subite. — Hernie de l'appendice vermiculaire.
— Perforation de son extrémité libre.
Une femme de la Salpétrière, âgée de 50 à 60 ans , appartenant à la division dite des Gâteuses, fut reçue salle Saint-Gabriel , n° 10, pour une tumeur phlegmoneuse, tres considérable à laine droite. Cette tumeur hémisphérique, du volume de la moitié d’une orange , présentait une fluctuation manifeste. La peau qui la recouvrait était couleur lie-de-vin. Etait-ce un abcès ordinaire? Etait-ce une hernie tombée en gangrène? La malade soutenait avoir une hernie de ce côté: elle portait même habituellement un bandage, qu'elle nous montra. Du reste , aucun accident du côté de l'abdomen.
Dans tous les cas, il fallait ouvrir. Je fais une ponction au centre de la tumeur, et , à la faveur de l’ouverture , je porte dans la cavité de l’abcès une sonde cannelée, sur laquelle j'incise largement en dedans et en dehors. 11 sort une grande quantité de pus blanc, bien lié, mais d’une horrible fétidité, fétidité de gangrène, fétidité de matières fécales, fétidité des abcès qui avoisinent le canal alimentaire.
Aucun accident ni primitif, ni consécutif ne se déclare ; le pus s'écoule librement ; l’inflammation diminue, et, au bout d’un mois, il ne restait plus à l’aine qu’un petit noyau d’induration , au centre duquel était un pertuis capillaire.
La malade , qui allait très bien succomba inopinément, deux mois environ après son entrée.
À l'ouverture, je trouvai le cœcum immédiatement derrière l'anneau crural:du cœcum partait l’appendice vermiculaire, s'engageant dans cet anneau. Je m’assurai de la manière la plus positive que c’était bien dans l'anneau crural et non dans le trajet inguinal que s'était effectuée la hernie; car l'ouverture de sortie était située entre l'artère ombilicale , qui était en dedans, et les vaisseaux épigastriques qui étaient en dehors. J'ai dit qu'un pertuis, à peine visible, existait 'à l’aine au centre d’un petit noyau d’induration. Un stylet, introduit de bas en haut rencontre quelques adhérences faciles à surmonter à l’aide d’un léger effort. J’incise sur la cannelure du stylet, et je vois que l’appendice vermiculaire est sortie de toute sa longueur et appliquée contre la paroi postérieure du sac herniaire , auquel elle adhère intimement.
L’extrémité inférieure de cette appendice présentait une érosion , par laquelle j'ai pu faire pénétrer un stylet, qui s’est arrêté à la hauteur de demi-pouce. Le même stylet, introduit par l’orifice cœcal de l'appendice a été arrêté dans le même point. Je me suis assuré que cette occlusion de l’'appendice tenait à des adhérences qu'il eût été facile de surmonter, attendu que ces adhérences étaient d’une date récente.
La manière la plus naturelle d'interpréter ce fait est la suivante. Une hernie crurale existait depuis un temps plus ou moins long. Cette hernie était formée par l'appendice vermiculaire. Il est prob4ble que, dans l’origine, il y avait autre chose que cette appendice, le cœcum peutêtre. Il n'est pas moins probable que l'inflammation du sac a été la suite de l'érosion de l'appendice, érosion qui peut avoir lieu dans un sac herniaire tout aussi bien que dans la cavité abdominale. Cette inflammation, terminée par suppuration, a présenté tous.les caractères extérieurs des abcès stercoraux. L’abcès ouvert, il y a eu inflammation adhésive des parois et guérison de la hernie, si toutefois on peut appeler guérison ce mode de terminaison dans lequel les parties déplacées sont devenues adhérentes au sac herniaire, avec lequel elles forment bouchon. |
Il importe de noter l'adhérence intime et par conséquent ancienne de l'appendice vermiculaire avec la paroi postérieure du sac et l'oblitération récente de cette appendice.
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VICES DE CONFORMATION. — LÉSION DES MAINS ET DES PIEDS ( absence des parties ).
Les figures 1,2, 2, 3,3, 4( demi-grandeur), représentent les mains et les pieds d’un sujet adulte sur lequel je n'ai aucun renseignement.
Les deux mains offrent identiquement le même vice de conformation. L'une et l’autre soni réduites aux deux derniers doigts.
Les deux pieds (fig. 3, 4) sont disposés en manière de pince de homard. Il n’y a, à chacun de ces pieds, que deux orteils, le premier et le cinquième ; les trois orteils intermédiaires manquent complètement : les deux orteils restans se recourbent l’un vers l’autre à la manière d’une pince.
La figure 2 représente la dissection de la région palmaire de la main gauche. On voit l’arcade palmaire superficielle, les nerfs et les vaisseaux des deux derniers doigts. AN, AN, représentent des anastomoses nerveuses remarquables, constituées par les nerfs de la région palmaire avec les nerfs de la région dorsale. Ces anastomoses forment une anse.
La figure 3° représente la dissection de la face dorsale du pied. Entre le gros orteil et le petit orteil, le squelette du pied, réduit au tarse, présentait une poulie de renvoi. Sur cette poulie de renvoi glissaient , à l’aide d’une synoviale, deux anses tendineuses fort remarquables : 1° l’une de ces anses était formée en haut par l’extenseur propre du gros orteil, en bas, par les tendons réunis du fléchisseur commun : ces deux ordres de tendons se continuaient l’un avec l’autre sans ligne de démarcation : les tendons réunis du fléchisseur commun étaient faciles à reconnaître, à cause du muscle accessoire; le tendon de l’extenseur propre du gros orteil n’envoyait qu'une languette à l’orteil auquel il est destiné.
2° L'autre anse tendineuse était formée par les tendons de l’extenseur commun, qui se continuaient avec ceux du court fléchisseur des orteils.
Le petit orteil était pourvu de deux tendons fléchisseurs parfaitement distincts, l’un perforé, l’autre perforant ; mais ces deux tendons, au lieu d'occuper la face inférieure, occupaient la face interne du petit orteil, de telle sorte qu'ils devaient porter le petit orteil en dedans , et, par conséquent, concourir à la formation de la pince.
Le petit orteil était pourvu de toute la partie de l’extenseur commun qui ne concourait pas à la formation de l’anse tendineuse, c’est-à-dire de la plus grande partie de cet extenseur, lequel venait s'épanouir sur le métacarpien correspondant, ou plutôt sur le gros métacarpien qui remplaçait les quatre derniers métacarpiens. Le gros orteil avait pour extenseur une languette émanée du tendon de son extenseur propre; à sa face inférieure, on distinguait parfaitement les muscles court fléchisseur et abducteur oblique.
La figure 5 représente le squelette du pied droit d’un individu âgé de quarante ans, affecté, aux deux pieds, d’un vice de conformation tout-à-fait semblable au précédent. Le squelette des deux pieds a été déposé dans les cabinets de la Faculté par M. le docteur Ménière. Il m’a paru curieux de rapprocher deux anomalies aussi parfaitement semblables, et de confirmer par un nouvel exemple cette règle que j'ai déjà eu occasion d'établir pour les lésions pathologiques postérieures à la naissance, savoir, que si le nombre des variétés morbides est infini,le nombre des genres et des espèces est circonscrit dans des limites très étroites; d’où la possibilité de leur classification. |
Voici d’ailleurs la description du squelette du pied droit représenté fig. 5. Le squelette du pied gauche offrait quelques différences de peu d'importance.
La rangée jambière formée par le calcanéum et l’astragale n’a subi aucune altération. 11 en est de même du scaphoïde, qui constitue à lui seul comme une rangée intermédiaire. Il n’en est pas ainsi de la rangée métatarsienne proprement dite: les deux premiers Cunéiformes, ne forment qu une masse qui s'articule en avant avec le premier métatarsien ; le cuboïde et le troisième cunéiforme forment également une masse qui s'articule avec le cinquième métatarsien et avec un petit os rudimentaire qui paraît le vestige du quatrième métatarsien.
Enfin M. Ménière a observé en 1824, à l'hôpital des vénériens, un chapelier âgé de vingt-neuf ans, qui offrait en même temps que la conformation en pinces des pieds, une division congéniale du voile du
palais et de la moitié postérieure de la voûte palatine. Cet homme avait eu à gauche un bec-de-lièvre simple, lequel avait été guéri par l’opération à l’âge de cinq ans. |
Le malade affirma qu'aucune des personnes de sa famille n'était affectée de difformité quelconque. II ne put marcher qu'à l’âge de cinq ans, et resta long-temps faible. Sa démarche était assez assurée : il pouvait courir avec rapidité. Cependant on remarquait qu'il appuyait beaucoup sur le talon , ce qui lui donnait l'air d'un pied-bot. Les muscles du mollet étaient bien prononcés. Le malade aimait la danse, et pouvait se livrer à cet exercice sans trop de fatigue.
Les orteils, recourbés l’un vers l’autre en forme de pinces, étaient mobiles horizontalement , et M. Ménière a vu le malade saisir entre les mors de cette pince une pièce de monnaie et la tenir assez
fortement serrée.
Je décris dans mes lecons la lésion congéniale représentée planche 1, xxxvnr° livraison, à côté de la syndactilie et à côté de la monopodiïe ou syrénie, qui appartiennent elles-mêmes à la grande classe des adhésions congéniales : or, des degrés insensibles conduisent de l'adhésion superficielle où par juxtaposition à l'adhésion par fusion, et de l'adhésion par fusion à la disparition complète des parties.
Ainsi la réunion des doigts peut se faire par un simple prolongement cutané, à la manière des palmipèdes. J'ai noté plusieurs fois la réunion cutanée des deux premières phalanges du troisième et du quatrième orteil. On cite des exemples d’enfans nouveau-nés, dont deux doigts, dont tous les doigts des mains et des orteils étaient ainsi réunis. Tel est le cas d'Aldrovande, intitulé : {fans mantbus et pedibus anserinis. Ce cas-là est susceptible de suérison. Ainsi Dupuytren a séparé le médius de l'annuaire dans une circonstance semblable.
Indépendamment de cette adhésion, les doigts sont susceptibles d'une réunion plus pro fonde, d'une ankylose congeniale tout-à-fait semblable à lankylose par fusion qui a lieu après la naissance, et cette ankylose présente plusieurs degrés, savoir : l'ankylose par fusion, sans atrophie, de telle facon qu'à l'exception de la soudure, on puisse reconnaître toutes les parties constituantes de la main; 2° ankylose par fusion avec atrophie, de telle manière que la main ne présente plus que quelques vestiges des doigts ou des parties en défaut ; par exemple, plusieurs ongles où un seul ongle très large recouvrant toutes les phalanges onguéales; 3° ankylose par fusion avec disparition complète de plusieurs parties. La soudure des os du squelette fœtal dans certaines grossesses extra-utérines ou dans la monstruosité double parasitaire, offre le maximum de cette dernière espèce d'ankylose. Ainsi ankylose, atrophie, absence de parties, tels sont les divers degrés successifs, quelquefois isolés, souvent réunis, que présente l'ankylose congéniale.
L'ankylose congeniale ne me parait pas encore avoir été étudiée d’une manière générale. Ce serait un très beau travail que celui qui présenterait en regard les diverses espèces d'ankyloses postérieures à la naissance, et par conséquent déterminées par des causes appré.ciables, et les ankyloses qui surviennent pendant la vie intra-utérine par suite de causes encore peu connues : nous verrions quil existe des ankyloses par fusion après comme avant la naissance, mais que les ankyloses par fusion congéniale sont beaucoup plus complètes, beaucoup plus profondes, et bien plus souvent accompagnées d'atrophie et de disparition complète des parties, que les ankyloses postérieures à la naissance.
Un des exemples les plus remarquables d'ankylose congéniale que j'ai eu occasion d'observer , a été présenté à la Société anatomique. Il ÿ avait ankylose avec fusion de l'humérus et du radius, qui ne constituaient plus qu’un seul et même os. Il y avait en même temps: 1° fusion du semi-lunaire, du pyramidal et de l'os pisiforme; 2° fusion du grand os et de los crochu ; 3° fusion des quatrième et cinquième métacarpiens ; 4° fusion du quatrième et du cinquième doigt.
Il importe, dans l'étude des vices de conformation par ankylose, atrophie ou absence de parties, de ne pas confondre l’atrophie avec le défaut complet des parties: ainsi, j'avais dans mes salles un jeune homme qui manquait de la main gauche. Cette difformité était congéniale; on eut dit que le malade avait subi l'amputation dans l'articulation radio-carpienne. En
examinant avec plus d'attention, je vis que la main ne manquait pas entièrement comme j'avais
pu le croire au premier abord, et que sous ce moignon arrondi, assez semblable , moins la cicatrice cutanée qui n'existait pas, à celui qui résulte d’une amputation , il existait non-seulement des mouvemens de totalité, mais encore des mouvemens partüels très facilement appréciables. Or, ces mouvemens partiels résultaient de séries de phalanges infiniment petites, mais parfaitement distinctes, douées de mouvemens de flexion et d'extension d’une visueur et d'une précision remarquables, si bien que le malade pouvait saisir et serrer fortement une épmgle, ou une aiguille et autres corps de même ténuité, Supposez la main d'un fœtus de quatre à cinq mois attachée à un avant-bras d'adulte, les cinq doigts réunis sous une enveloppe cutanée commune à la manière d'une bourse, mais susceptibles de mouvemens isolés et vous aurez une idée de ce vice de conformation.
Quant à la théorie des ankyloses par fusion congéniale, avec ou sans atrophie, avec ou sans absence de parties, je considère ces ankyloses non comme des vices de première formation, encore moins comme des arrêts de développement, mais comme le résultat de causes accidentelles qui ont agi dans les premiers temps de la vie intra-utérine. Si la pression et l'immobilité des surfaces articulaires sont après la naissance une cause si puissante d’ankylose et d'atrophie, à tel point qu'on voie disparaitre presque sans vestiges, quatre a cinq corps de vericbres, on conçoit combien puissamment doivent agir les mêmes causes sur des organes à peine ébauchés, et on conçoit que la fusion doive être si parfaiteque tous caractères morbides disparaissent et que l’état anormal s'élève en quelque sorte jusqu’à l’état normal; on conçoit que la moindre pression exercée sur des organes aussi délicats doive atrophier, détruire toutes les parties sur lesquelles elle porte, et l'atrophier si bien qu'on est toujours tenté de se demander si cette atrophie ou cette absence de parties n’entre pas danse plan primordial de l'organisation des sujets soumis à l'examen.
Plus on étudie les vices de conformation, plus on est porté à les considérer non comme des anomalies ou des jeux de la nature, non comme le résultat d'une organisation primitivement vicieuse des germes, non comme la représentation d'un état normal permanent appartenant à d'autres espèces, mais comme le résultat d'une lésion mécanique ou vitale subie par le fœtus à une époque plus ou moins voisine de la conception. Si quelques vices de conformation peuvent s'expliquer par une lésion éprouvée à l'état fœtal, un grand nombre doit remonter jusqu'à l'état embryonaire, et il ne répugne nullement d'admettre que la pression exercée sur l'ovule fécondé par la partie étroite de la trompe utérine soit la cause première d'un grand nombre de ces lésions.
L'étude des ankyloses congéniales ne pouvant être faite avec quelque fruit que lorsqu'on l'aura fait précéder de celle des ankyloses postérieures à la naissance, je crois donc ne pas trop m’éloigner de mon sujet, en donnant ici la classification des ankyloses postérieures à la naissance, telle que je l'ai exposée dans mes lecons.
L'ankylose ou adhésion des surfaces articulaires doit être bien distinguée dans la pratique de la rigidité articulaire à laquelle seule pourrait sapphquer la dénomination de fausse ankylose encore usitée dans la science.
La rigidité articulaire mériterait un long chapitre dans l'histoire des maladies des articulations. Elle tient à la rétraction des muscles qui entourent l'arüculation et surtout à La rétraction des ligamens, qui revenus lentement sur eux-mêmes, ne peuvent subir la moindre extension sans causer de très vives douleurs.
La rigidité articulaire n'entraine de déformation que lorsque les surfaces de larticulation se correspondent de telle manière quelles exercent l'une sur l’autre une pression considérable et anormale, par suite d'une position forcée; alors les cartilages s'usent dans les points comprimés; et, à la suite de l'usure des cartilages, arrivent les.déformations , les déplacemens incomplets et même la soudure, si bien quune ankylose vraie succède
quelquefois à la rigidité articulaire.
Iln'est pas aussi facile qu'on le croirait au premier abord de distinguer la rigidité articulaire de lankylose. Combien de fois, à la Salpétrière, n'ai-je pas trouvé des surfaces articulaires parfaitement saines sur des membres immobiles depuis longues années, et que je croyais ankylosés ? Aussi, lorsque, il y a deux ou trois ans, jentendis parler d'une machine, imaginée pour redresser brusquement, instantanément, les membres ankylosés, j'eus d'abord la pensée que les succès dont on me parlait pouvaient peut-être s'appliquer aux cas de rigidité musculaire : mais , lorsqu’ayant eu occasion de conférer avec l'auteur de la machine , j'eus acquis la: conviction qu'il employait indistinctement sa méthode dans tous les cas, je prévis le sort qu'auraient ces tentatives téméraires, et je dois même dire que je refusai d'assister à une opération de ce genre, pour ne pas autoriser par ma présence une méthode que je regardais comme digne des siècles de barbarie et comme en opposition avec toute noton d'anatomie et de physiologie pathologiques(1):toutefois,je suis persuadé qu une étude clinique plus approfondie de l'ankylose, en permettant de distinguer la rigidité musculaire de l'ankylose proprement dite, pourra rendre de grands services à l'humanité, et qu'à l'aide de machines destinées à exercer une extension graduée, secondées peut-être de la section de quelques tendons, je nose dire de la section de quelques ligamens, un grand nombre de membres, jugés définitivement et incurablement ankylosés, pourront être rendus à leur direction naturelle et peut-être à leurs mouvemens.
Cela posé, je distingue quatre espèces d’ankyloses :
1° L'ankylose périphérique ou par invagination, dans laquelle les deux os sont soudés, par une gaine osseuse, étendue d’un os à l’autre, indépendamment de toute soudure, de tout travail morbide entre les surfaces articulaires, qui sont libres et même quelquefois parfaitement saines. Comme variété de l'ankylose périphérique, je dois noter l'ankylose par trabées ou Jelées OSSEUSES ;
2° L'ankylose par juxta-position ou accolement, dans laquelle les surfaces articulaires sont adhérentes entre elles, mais de telle façon qu'on peut distinguer ce qui appartient à une extrémité osseuse de ce qui appartient à l’autre;
3° L'ankylose par intermède, lorsqu'une production osseuse est interposée aux surfaces articulaires ; | |
4° L'ankylose par fusion , lorsque les extrémités osseuses sont soudées entre elles de telle manière qu'il est impossible de distinguer ce qui appartient à l'une de ce qui appartient à l’autre. Dans cette espèce d'ankylose, 1l y a toujours atrophie des extrémités ankylosées , et cette atrophie est quelquefois telle que les deux extrémités osseuses réunies ont à peine le volume de l'une ou l’autre de ces extrémités;
5° L'ankylose amphiarthodiale, dans laquelle les surfaces articulaires privées de cartilages, sont unies entre elles par un tissu fibreux plus ou moins régulièrement fasciculé, à la manière des amphiarthroses.
(1) Voyez Annales de la chirurgie francaise et étrangère. Paris, 1841 , tome 11, page 326. — De la Ténotomie sous-cutanée ,
par le docteur Ch. Phillips. Paris, 1841 , page 158.
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