PLANCHES II, HI ET IV, XXXVII® LIVRAISON
PLancne Il. — Æntérite folliculeuse.
Voici l'histoire abrégée du malade qui ma fourni le sujet de la figure 1, planche 2. (1)
Ghenot, 25 ans, charron, d’une très forte constitution, entre à la maison royale de santé le 28 avril 1830. À ma visite du 29, je le trouve avec le délire le plus violent; la face est très injectée et couverte de sueur : il sagite violemment dans la camisole de force qu'on a été obligé de lui mettre pendant la nuit : vociférations; sa salive est visqueuse; il se croit assassin de tous les rois, et dit qu'on veut le tuer pour le punir d’un aussi grand crime. Pour commémoratifs. je recueille qu'il était malade depuis plusieurs jours et qu'il était parfaitement tranquille lorsqu'on l’a conduit à l'hôpital. Instruit par l'expérience de cas analogues, je diagnostiquai sans hésiter une entérite folliculeuse pustuleuse ( forme ataxique ).
Je prescrivis 20 sangsues aux jugulaires, un lavement laxatif, des synapismes aux pieds.
J'étais bien loin de m’attendre à une mort aussi prochaine. Elle eut lieu pendant la nuit après des vociféüons et une agitation difficiles à décrire.
À l'ouverture, je trouvai (Planche », fig. 1) les ganglions lymphatiques qui avoisinent l'angle iléo-cœcal et ceux qui longent l'intestin grêle très volumineux, d’une couleur rouge lie-de-vin, ramollis et pénétrés d’un pus de même couleur : le tiers inférieur de l'intestin grêle présentait à sa surface cette injection vasculaire qui dénote ordinairement une phlegmasie très intense de la membrane muqueuse, et quia beaucoup d’analogie avec l'injection sous-péritonéale qu’on rencontre dans la péritonite. Toutes les plaques agminées de Peyer étaient transformées en pustules proéminentes, molles et comme fongueuses, d’une couleur rosée, sans injection vasculaire sensible, sans ulcération. Entre ces plaques pustuleuses de forme et d’étendue si diverses, se voyaient des granulations ou pustules plus petites, tres saillantes, bien évidemment formées aux dépens des follicules isolés de Brunner.…. Dans le gros intestin, se voit une multitude d’ulcérations ou d’érosions dont chacune correspond à un follicule. Vaisseaux des méninges injectés.
Réflexions. Ce fait est parfaitement confirmatif des considérations dans lesquelles je suis entré (vu° livraison, où je l’ai mentionné pag. 7), à l'occasion de l'entérite folliculeuse sous forme pustuleuse. Constamment, à cette forme anatomique de phlesmasie correspondent des symptômes cérébraux sous forme délirante, qui emportent le malade en quelques jours: et, bien qu'il soit difficile d'établir positivement, vu les idiosyncrasies etles complications, que l'intensité du délire soit en rapport exact et proportionnel avec l'intensité et l'étendue de la phlegmasie; cependant il est vrai de dire que les entérites folliculeuses sous forme délirante les plus intenses et le plus rapidement mortelles, sont celles dans lesquelles les follicules agminés et isolés sont plus vioiemment et plus généralement envahis.
Je dois dire également que cette forme primitivement ataxique de l'entérite folliculeuse est très rarement précédée de prodromes, qu'elle se déclare brusquement et sans symptômes précurseurs, qui puissent faire admettre une infection primitive du sang, dont l'inflammation folliculeuse des intestins ne serait que l'expression.
Cette forme ataxique de l’entérite folliculeuse primitive est très souvent prise pour une arachnitis aiguë, et je dois dire que dans les commencemens de ma pratique, j'ai souvent commis cette erreur ; plus tard je portai un diagnostic douteux, et ilme semble qu'aujourd'hui je me trompe rarement à cet égard : ce n'est pas quil y ait des caractères différentiels bien tranchés entre le délire idiopathique de certaines arachnitis de la convexité du cerveau et le délire symptomatique de l’entérite folliculeuse; mais il y a dans la imarche de la maladie, dans son mode d'invasion, dans l’ensemble des symptômes, quelque chose de spécial que je chercheraïs vainement à transmettre par la parole, mais qui entraine la conviction du praticien habitué à observer ce genre de maladie. |
Relativement à l'infection du sang dans l’entérite folliculeuse aigue, la dénomination de fièvre typhoide, qui a pris faveur depuis quelques années, semble avoir été suggérée par l'idée de cette infection. Mais où sont les preuves positives? Quant à moi, j'admets rationnellement
(1) Rapprocher cette planche de la planche 2, vri livraison.
XXXVIIIS LIVRAISON. :
l'infection du sang dans toutes les maladies fébriles, dans le rhumatisme, dans la pleurésie, dans la pneumonie fébriles comme dans la scarlatine, dans la rougeole et dans la variole; je l'admets, parce qu'il ne peut pas en être autrement, car cest par le sang et sur le sang qu'agissent nécessairement toutes les causes morbides, et ma théorie sur le siège immédiat de l’inflammation dans le système capillaire veineux est parfaitement en rapport avec ces idées; car, si le système capillaire veineux s'enflamme, ce ne peut être quen conséquence des qualités irritantes du sang qui circule et qui stagne dans cet ordre de vaisseaux.
La figure 2, planche 11, représente une fin d’intestin grêle qui offre une disposition remarquable : point de follicules agminés, mais multitude de petites granulations piquetées de noir à leur centre. Cet état ne peut pas être normal, il est probablement le résultat d’une phlegmasie ulcéreuse des follicules, etles points noirs sont la trace de la cicatrice. Cette disposition de la fin de l'intestin grêle serait d’ailleurs impossible à concevoir, si l’on ne savait que les follicules agminés de Peyer n'ont rien de constant, rien de régulier, et que, dans quelques cas, les plaques parfois si considérables, qui occupent la fin de l'intestin grêle, sont remplacées par des follicules isolés, disséminés sur une surface plus ou moins grande.
La figure 3, planche 11, est la fin de l'intestin grêle d'un enfant de sept à huit ans, sur lequel je n’ai aucun renseignement. Les follicules, remarquables par leur grand développement, se présentent sous la forme de granulations sphéroïdales sans pertuis. On sait que l'absence de pertuis visible à l'œil nu. est le caractère des follicules isolés de l'intestin grêle, en opposition avec les follicules du gros intestin, qui sont perforés et comme ombiliqués à leur centre.
PLancHe ÎÎl. — £ntérites pseudo-membraneuses.
Les figures 1 et 2, planche 3, représentent deux cas d’inflammation pseudo-membraneuse de la muqueuse intestinale. Cette membrane est d’un rouge foncé, et la rougeur tient moins encore à l'injection de ses capillaires qu'à une sorte d'infiltration ou d'imbibition sanguine de son tissu.
La surface libre de la membrane muqueuse est couverte d’une couche pseudo-membraneuse morcelée, blanchâtre dans la figure 2, qui représente le rectum et la partie voisine de l'S iliaque; vert sale dans la figure 1, qui représente la fin de l'intestin grêle et le commencement du gros intestin.
L'inflammation pseudo-membraneuse des membranes muqueuses présente tantôt un produit pseudo-membraneux tubulé, tantôt un produit non tubulé, morcelé, qui a pu être pris quelquefois pour des plaques gangréneuses. J’ai donné des soins à une jeune femme qui fut prise, au terme de sa grossesse, de coliques extrêmement intenses, avec besoin continuel d'aller à la selle. Le pouls était déprimé, la face décomposée. Le troisième jour de ces accidens, elle rendit avec un très grand soulagement un tube pseudo-membraneux parfaitement régulier, d’un pied de long. L'inflammation pseudo-membraneuse du gros intestin est une variété de la dysenterie. L'inflammation pseudo-membraneuse de l'intestin grêle m'a offert, dans le cas représenté fig. 1, tous les symptômes de l’entérite folliculeuse, et c’est à des cas de ce genre que j'ai fait allusion, lorsque, dans un article sur l’entérite folliculeuse primitive aiguëé(vrr° livraison), jai admis l'entérite pseudo-membraneuse comme une des formes anatomiques de la maladie connue de nos jours sous le titre de fièvre typhoide: du reste, cette entérite pseudo-membraneuse peut coincider ou ne pas coïincider avec l'inflammation des follicules.
J'ai noté cette coïncidence dans le cas suivant, dont je ne puis présenter que la description anatomique, n'ayant aucune espèce de renseignemens sur le sujet de cette observation.
Sur le corps d’un enfant de cinq à six ans, mort d'une maladie qui paraissait avoir été très aiguë, j'ai trouvé que la partie inférieure de l'intestin grêle présentait, au voisinage de la valvule iléo-cœcale, une sorte de corrugation, d’où résultaient des plis formés seulement aux dépens de la membrane muqueuse, plis ondulés à la manière des circonvolutions : tous ces plis étaient couverts d’une fausse membrane très adhérente, morcelée, déchiquetée, colorée en jaune, couleur qui tenait évidemment à la bile. La valvule iléocœcale elle-même était tuméfiée, comme boursouflée, et sé présentait du côté du gros intestin sous l'aspect d’un bourrelet proéminent. Indépendamment de cette couche pseudo-membraneuse, les plaques agminées étaient saillantes , à surface rugueuse, inégale, comme corrodée, recouverte de débris de fausse membrane; les follicules isolés étaient également très développés et présentaient une ouverture beante.
Mais, dans le plus grand nombre des cas, l'entérite pseudo-membraneuse existe indépendamment de l'entérite folliculeuse : tel est le cas suivant, qui a fourni le sujet de la fig. 1, pl. 3.
Un jardinier, âgé de 40 ans, est apporté à la maison royale de santé, le 1° avril 1850 , dans un délire
MALADIES DES INTESTINS. ù
tellement violent, qu'on est obligé de le fixer avec la camisole de force. et que, dans son impuissance de
nuire, 1l crache au visage des personnes qui l’approchent.
Ce déhre est calmé comme par enchantement par l’opium à la dose d’un grain d'abord, puis de plusieurs grains; la fièvre tombe. Le malade paraît bien, très bien et je le crois hors de danger. Le huitième jour de cet état apyrétique, une parotide se développe à gauche; elle est excessivement douloureuse. L'état adynamique si bien décrit par Pinel, se manifeste à son plus haut degré: Lenteur et faiblesse du pouls, aucune douleur dans l'abdomen qui est déprimé; point de selles; il semble qu'il n’y ait qu'une indication à remplir, celle de fortifier le malade pour le soustraire à une mort imminente par adynamie. Je prescris une potion avec le sulfate de quinine, à la dose de dix grains, et de la limonade vineuse pour boisson. La parotide continue à se développer. Mort dans la prostration la plus complète qu’il soit possible de voir.
Ouverture du cadavre. Le foie descendait au-devant du colon ascendant, entraîné par la vésicule du fiel prodigieusement distendue, qui recouvrait le colon ascendant dans toute sa hauteur et dont le fond atteignait le cœcum. LS iliaque du gros intestin très distendue remplissait l’excavation du bassin.
En ouvrant le canal alimentaire , je trouve fig. 1, pl. 3, que la fin de l'intestin grêle, le cœcum et le colon ascendant sont le siège d’une inflammation extrêmement intense, caractérisée par une coloration rougefoncé de la muqueuse et par une couenne ou pseudo-membrane gris-verdâtre, morcelée, adhérente à la muqueuse, et présentant çà et là des prolongemens laciniés flottant dans l'intestin et près de se détacher.
L’inflammation n'avait point ici respecté la valvule iléo-cœcale, puisque l'inflammation occupait à-la-fois l'intestin grêle et le gros intestin. Elle semblait partir de ce point comme d’un centre et allait en s’affaiblissant. Les follicules agminés et isolés étaient parfaitement sains. Les ganglions lymphatiques correspondans n’a-
valent pas sensiblement augmenté de volume. | Quelle singularité de marche! Etat ataxique des plus violens ; amélioration manifeste et durable pendant huit jours; puis parotide, et, avec elle, prostration excessive sans aucun signe de réaction générale. La vie semble échapper par défaut de forces: des toniques, des stimulans sont administrés, et l’autopsie révèle une énorme phlesmasie. À la vue de semblables faits, on comprend la verve chaleureuse de Broussais, lorsqu'il
tonnait de sa puissante voix contre la prétendue adynamie de Pinel et contre la médication tonique et stimulante qui incendiait les malades.
La fig. 2 représente la fin du gros intestin appartenant à un individu mort avec tous les symptômes de la dysenterie aiguë ; on y voit la corrugation de l'intestin ou plutôt de la muqueuse qui forme des plis peu réguliers, et qui est incomplétement recouverte par une pseudo-membrane blanche, morcelée, très adhérente ; il y a rougeur vive de cette muqueuse, infiltration du tissu cellulaire sous-muqueux.
Une bonne anatomie pathologique de la dysenterie est encore à faire. Dans la dysenterie, qui consiste essentiellement dans l'inflammation érythémateuse du gros intestin, et plus spécialement du rectum, les follicules intestinaux sont tout-à-fait hors de cause. Le système capillaire de la muqueuse est évidemment le siège de l'inflammation , et les altérations variées que l'on rencontre dépendent des différences dans l'intensité ou le degré bien plutôt que dans la nature de la phlegmasie. |
Il faut d'ailleurs bien distinguer l'aspect rugueux et inégal que donne à la muqueuse la présence de fragmens pseudo-membraneux adhérens, des érosions superficielles de cette membrane. Voici un fait que j'ai recueilli, en juillet 1822, à l'hôpital de Limoges.
Un paysan athlétique entre à l'hôpital dans l'état suivant : Douleur très vive à l’épigastre, abdomen affaissé, selles continuelles et involontaires; point de vomissemens. Il mourut au bout de deux jours avec sa parfaite connaissance. Sa maladie datait de dix à douze jours. | <ei <s
A l'extérieur, le gros intestin, de même que l'intestin grêle, ne présentait aucun indice de lésion. Examiné à sa surface interne, l'intestin grêle était sain; il contenait une grande quantité de mucosité verdâtre.
La surface interne du gros intestin a présenté, au contraire, toutes les traces d’une inflammation violente : une couche de matière mucoso-purulente la tapissait ; couleur rosée; épaississement et corrosion inégale de la membrane interne; le désordre était limité à cette | ES Un filet dur projeté sur la surface libre de la muqueuse met en évidence ses débris laciniés sous l'aspect de végétations.
Tous les viscères abdominaux et pectoraux sont parfaitement sains. L'estomac présente un développement notable des follicules muqueux au voisinage du pylore, et deux petites végétations polypeuses du volume d’un pois, et dont le tissu paraît sain.
Toutes les fois que dans les altérations de la muqueuse du canai digestif, la membrane fibreuse des intestins a été respectée, les lésions de la muqueuse ne se manifestent pas à
A | MALADIES DES JINTESTINS.
l'extérieur; mais, une fois que cette barrière a été franchie, le tissu cellulaire sous-péritonéal et le péritoine lui-même se laissent envahir avec la plus grande facilité.
C'était à l'épigastre que se rapportait la douleur. J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de faire remarquer que les douleurs du gros intestin se mamfestaient souvent par une douleur épigastrique : l'épigastre est le centre commun de toutes les impressions et douleurs abdominales. Les follicules sont complètement étrangers à la dysenterie.
PLancne AV, — Choléra, hémorrhagies intestinales, etc.
La figure 1 représente la fin de l’intestin grêle d’un individu mort du choléra, pendant la période de réaction, le 21 décembre 1832. Cette anse intestinale, notablement épaissie, présentait à sa surface externe une injection vasculaire tout-à-fait semblable à celle qui a lieu dans la péritonite, c'est-à-dire du pointillé rouge disposé linéairement aux limites des points de contact des circonvolutions intestinales.
L'épaisseur insolite de l'intestin tenait uniquement à la muqueuse et au tissu cellulaire sous-muqueux, qui était notablement infiltré. Les autres tuniques ne faisaient pas le quart de l'épaisseur totale.
Surface interne. Plaques de pointillé rouge foncé extrêmement rapprochées, comme dans les phlegmasies les plus aiguës; en outre, couleur vert foncé de la muqueuse : cette coloration, qui est disposée par zones plus ou moins considérables , n’est pas superficielle, mais occupe toute l'épaisseur de la membrane ; cet état me paraît être de la gangrène, bien que le tissu coloré ait conservé une grande densité.
J'ai fait représenter cette anse intestinale, que je dois à l'obligeance du docteur Ripault, moins dans le but de fournir un nouvel exemple des altérations laissées dans l'intestin grêle par le choléra (1), que pour éclairer le fait de la coloration vert-foncé de la muqueuse. Cette coloration est bien évidemment produite par la bile, dont la matière colorante s'est en quelque sorte chimiquement combinée avec le tissu. Cette imbibition suppose la mort. elle est incompatible avec la vie. Ainsi, pendant la vie, les fausses membranes, sécrétées à la surface interne de la muqueuse intestinale, les mucosités qui la revêtent peuvent donner à cette surface interne une couleur jaunâtre et verdâtre; mais ce n'est point la muqueuse elle-même qui est teinte : ce sont ses produits. La muqueuse ne peut se teindre qu'après la mort. L'imbibition, propriété toute physique, ne peut s'exercer qu'après la mort locale ou la mort générale. C'est ainsi que, sur le cadavre, la bile s’imbihe à travers les paroïs de la poche biliaire, pour colorer les parties contiguëés, puis se mêler à la sérosité péritonéale; mais, pendant la vie, admettre une semblable transsudation, ce serait une absurdité. Les lois physiques jouent un assez grand rôle dans l'économie, pour n'en pas faire une application illimitée. Ce n'est pas résoudre une question de vitalité que d'y faire intervenir une loi physique. Les faits de vitalité sont aussi certains, aussi facile à observer que les faits physiques ou chimiques ; mais ils sont essentiellement distincts de ces derniers.
De ce que la muqueuse était pénétrée de la matière colorante de la bile dans toute son épaisseur, j'en conclus qu'elle était gangrénée, bien qu'elle fût encore résistante et qu'elle n'offrit en aucune facon l'odeur gangréneuse.
La figure 2 représente la fin de l'intestin grêle d’un jeune enfant mort de je ne sais quelle maladie. Il y avait du sang dans la cavité intestinale; le sang pénètre toute l'épaisseur de l'intestin. Les follicules agminés sont eux-mêmes pénétrés de sang. Cette altération, qui était indépendante de toute affection des organes de la circulation, doit être placée à côté des fluxions hémorrhagiques, des apoplexies.
Il en est de même de la figure 4, qui représente un échantillon d’une altération qui occupait la plus grande parte de l'intestin grêle : cet intestin était rempli de sang. La couleur noire de cet intestin et son épaisseur sont dues à du sang infiltré entre ses membranes, et surtout dans le tissu cellulaire sous-muqueux.
La figure 3 est une portion d’intestin grêle qui appartient à un individu mort de la petite-vérole, à l'hôpital Cochin, en septembre 1834. Cette espèce de purpura hemorrhagicum est assez fréquente dans les petites-véroles graves, et dans quelques cas je l'ai vue occuper toute la longueur du canal alimentaire, estomac , intestins grêle et gros. Il doit être mis à côté du purpura hemorrhagicum de la peau qu'on observe si souvent en pareille occurrence. L’hémorrhagie capillaire et l'inflammation proprement dite se tiennent par une foule de points, se combinent souvent, mais ne se confondent jamais complètement.
(1) Voyez la xrv° livraison.
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(PLANCHE V, XXXVIII‘ LIVRAISON.) Fig. 1 et 1°.
Lesfigures 1 et 1 nousoffrentun nouvel exemple de cette lésion de la moelle que j'ai décrite (voyez xxx11° livraison) sous le nom de Dégénération ou transformation grise de cet organe. Voici l'histoire de la malade qui m'a fourni la pièce pathologique qu'elles représentent :
Insensibilité presque complète des membres inférieurs. Diminution de la sensibilité des membres supérieurs. Diminution notable, mais relativement moindre, de la myotilité. — Dégénération grise beaucoup plus considérable dans les cordons postérieurs que dans les cordons antérieurs de la moelle épinière. — Suppuration de la synoviale sous-deltoïdienne. — Mort par pleurésie.
Paget (Joséphine), âgée de 38 ans, entre à l'hôpital de la Charité (salle Saint-Joseph, n° 16), le 4 mai 1840 pour une bronchite. M'étant aperçu que les mouvemens des membres supérieurs étaient faibles et incertains , je l’interroge à ce sujet , et j'apprends que la malade est très affaiblie depuis quelque temps. Pour mieux apprécier son état, Je la fais lever : elle se soutient et marche avec un peu d'aide, mais elle tremble sur ses jambes : évidemment le membre inférieur gauche est plus faible que le membre inférieur droit.
Voici d'ailleurs l'analyse de l'état des membres quant au sentiment et quant au mouvement :
Membres inférieurs. — Insensibilité presque complète des membres inférieurs. — Il n’y a sous ce rapport aucune différence entre le côté gauche et le côté droit : cette insensibilité s'applique au pincement, à la piqûre avec une épingle et au chatouillement. Je n’ai pas noté si elle s’appliquait également au froid et au chaud. Non-seulement la malade sent à peine la piqüre ou le pincement, mais encore, ce pincement et cette piqûre ne déterminent aucun mouvement. Le chatouillement à la plante des pieds ne provoque de légers mouvemens que lorsqu'on frotte rudement cette plante.
La myotilité volontaire existe en partie dans les membres inférieurs, surtout à droite. La malade meut volontairement les orteils, le pied , la jambe ; mais lorsqu'on soulève le membre, elle ne peut le maintenir dans cette attitude. Jamais les membres inférieurs ne sont agités par des crampes ou par des secousses convulsives , douloureuses ou non douloureuses.
Membres supérieurs. — La sensibilité des membres supérieurs est singulièrement diminuée. J'engage la malade à saisir et à attacher une épingle. Pour la saisir et pour la diriger, la malade a besoin du secours de la vue, et lorsque je l'empêche de suivre de l'œil les mouvemens de la main, l’épingle tombe des doigts, et néanmoins la malade , qui croit encore la tenir, exécute les mêmes mouvemens que si elle la tenait encore. D'un autre côté, la précision et surtout la force de ses mouvemens n'est pas assez considérable pour lui permettre, même avec le secours de la vue, d’attacher convenablement l'épingle. Du reste, la malade ne se plaint d'aucune douleur.
Myotilité. Le membre supérieur droit se meut avec agilité bien mieux que le membre supérieur gauche, et c’est principalement de ce membre qu’elle se sert pour vaquer à ses divers besoins; c'est avec la main droite qu'elle saisit ses couvertures pour se couvrir ; mais cette agilité est sans force, et quand je dis à la malade de me serrer la main, elle exerce a peine une légère pression.
Voici les commémoratifs :1l y a huit ans, qu’à la suite d’un refroidissement, la malade avait éprouvé un rhumatisme articulaire très douloureux avec tuméfaction qui parcourut successivement toutes les articulations: ce rhumatisme la retint au lit et dans l’immobilité pendant neuf mois. Elle raconte qu'on la remuait comme un enfant : peu-à-peu elle reprit des forces et put marcher, d'abord avec des béquilles, puis sans béquilles, assez pour faire de très longues courses et pour remplir les fonctions de femme de chambre. Parmi ses fonctions était compris le soin de frotter l'appartement, ce qui lui faisait souvent cracher le sang.
L'affaiblissement des membres débuta , il y a dix-huit mois environ, par des fourmillemens à la plante des pieds et aux jambes : bientôt les bras tremblèrent, la malade devint maladroite et laissait tomber tout ce qu’elle portait à la main, si bien qu'il y a un an il lui fut impossible de continuer son service. A cette époque, la malade pouvait encore marcher et coudre. Il y a trois mois, elle commença à trainer Ê jambes, et principalement la jambe gauche. Lorsqu'elle était obligée de sortir pour aller chercher de l'ouvrage, elle avait le soin de marcher le long des maisons, de choisir le côté droit de la rue, afin de pouvoir s’'accrocher de la main droite qui était plus forte que la main gauche : souvent ses jambes ployaient sous elle; souvent encore elle faisait des faux pas, et la fatigue l'obligeait à se reposer de temps en temps sur une borne. Bientôt il ne lui fut plus possible ni de marcher, ni de tenir son aiguille ; ses doigts s'engourdissaient comme quand on a les fourmis. Son pain, sa cuillère s'échappaient de sa main.
Je diagnostique une maladie du tissu propre de la moelle, et je me fonde principalement sur l'absence de douleurs, de crampes, de secousses, de rigidité. Une DATA par compression, à moins qu'elle ne soit complète et avec altération profonde du tissu de la moelle, m'a toujours paru s'accompagner des phénomènes d'irritation du cordon rachidien.
Pendant que j'avisais aux moyens , hélas! bien peu certains de remédier à cette maladie, la malade est prise, le 9 mars, de douleurs extrêmement vives au membre supérieur gauche, et plus particulièrement à la région FOR elle n'a pas perdu la faculté de mouvoir les doigts ; et il est bien évident qu'il n y a pas augmentation de la paralysie, mais bien douleur surajoutée.
Je pense à l’arachnitis spinale aiguë, qui, comme je crois l'avoir établi par des faits (voy. XXXI « livraison), présente une association singulière de la paralysie et de la douleur; et je suis d'autant plus fonde | a l’admettre, qu'au milieu de cette excessive douleur du membre par l'effet de la moindre pression et du moindre mouvement, la peau a conservé son insensibilité : Je ne puis pas toucher le membre sans faire pousser des cris à la malade; la simple approche du doigt la fait crier d'avance; mais si je n’exerce pas de pression, je puis pincer violemment la peau, au niveau de la région douloureuse, sans causer la moindre douleur. C’est cette opposition, ce contraste entre l’insensibilité de la peau et la sensibilité exquise des muscles et autres parties subjacentes, qui me firent penser à l’arachnitis spinale. D'un autre côté, la lésion étant bornée à un membre, il était bien difficile d'admettre une arachnitis spinale resserrée dans de semblables limites, c'est-à-dire à la région cervicale et même à la moitié gauche de cette région.
Quoi qu'il en soit, que nous ayons affaire à un rhumatisme ou à une arachnitis spinale, je prescris une saignée au bras le matin et le soir 24 grains de gomme-gutte en six pilules, une pilule de quatre en quatre heures. Evacuations alvines très abondantes.
Les 10 et 11 mars, la douleur subsiste, mais elle ne dépasse pas le membre supérieur ; d’un autre côté la malade remue très bien les doigts de ce membre, circonstance qui m'éloigne entièrement de l’idée que nous avions affaire à une arachmnitis spinale. Le 11,la malade accuse un symptôme qui me paraît à-peu-près constant dans les affections de la moelle ou de ses membranes, savoir un sentiment de constriction circulaire de l'abdomen : chez la plupart des malades, c’est une ceinture ou une barre circulaire occupant diverses hauteurs, quelquefois le bassin, d’autres fois la région ombilicale ; chez quelques-uns enfin, la région épigastrique. Chez notre malade, c’est la sensation d’un corset qui la gène : elle ne peut pas tousser, elle ne peut pas faire le moindre effort pour aller à la selle, pour uriner ; ce n’est qu'à grand’peine et à la suite d’une contraction volontaire très forte des muscles abdominaux, que les urines sont expulsées. L’autopsie va nous prouver que ce sentiment était, dans ce cas, le résultat d’une pleurésie.
Le 12 mars, diminution notable des douleurs dans le membre supérieur gauche. Pour la première fois, elle accuse des douleurs dans le membre inférieur du même côté; on dirait que des chiens la rongent; elle a crié toute la nuit. Même difficulté pour expulser les urines, si bien que la malade garde le bassin toute la nuit. Toux catarrhale, fièvre, respiration fréquente. Les organes de la respiration sont évidemment le siège des accidens nouveaux survenus depuis le 11; mais je n'ose faire mettre la malade sur son séant pour l’explorer, son état me paraît d’ailleurssans espérance. — Eschare considérable au sacrum. Les jours suivans, la fièvre, la toux et la gêne de la respiration persistent; la poitrine s’engoue ; l'expectoration est très difficile; le pouls devient faible, sans perdre de sa fréquence : il n’y a pas d'augmentation dans les phénomènes paralytiques. La malade meurt asphyxiée par engouement des bronches dans la nuit du 19 au 20 mars, neuf jours après l'invasion des nouveaux accidens. |
Ouverture du cadavre. 1° J'examine avec beaucoup de soin le plexus brachial du côté gauche: rien. Je trouve la source de la douleur deltoidienne dans une couche purulente, située sous le deltoïde , entre ce muscle et l'articulation, ou plutôt dans la synoviale de l'articulation supplémentaire de l'articulation du bras avec l'épaule. Ge pus est adhérent. l'articulation scapulo-humérale est d’ailleurs parfaitement saine ; enfin, pour ne rien omettre , comme la malade avait été saignée, j’examine les veines: il ny avait pas de phlébite.
2° Il existait une pleurésie à gauche, caractérisée par un épanchement séreux et une pSeudo-membrane en gelée, aréolaire , verdâtre , remplissant la cavité de la plèvre. La pleurésie occupait la plèvre diaphragmatique , toute la surface du lobe inférieur du poumon gauche, et la partie correspondante de la plèvre pariétale et médiastine. La plèvre qui répond au lobe supérieur du poumon était exempte d’inflammation, excepté à la partie inférieure de la face externe de ce lobe. Les fausses membranes qui recouvraient la plèvre, ayant été détachées, présentaient , du côté de la surface adhérente, de grandes taches oumacules de sang:et de la surface devenue libre, de la plèvre correspondante qui n’était nullement épaissie,suintaient des gouttelettes de sang. Du reste, le poumon est affaissé, flétri, mais dans toute la partie seulement qui a été comprimée par l’épanchement. Des incisions pratiquées sur cet organe , donnent une grande quantité de mueus opaque, qui remplissait les canaux bronchiques.
3° Mocelle épiniere. Rien dans les méninges rachidiennes. Au premier abord , la moelle elle-même paraît saine et offrir sa consistance naturelle; mais, avec un peu d'attention, jé reconnais même à travers la membrane propre, que la moelle a subi la dégénération grise, et que cette dégénération occupe, dans une assez grande étendue, l'intervalle qui sépare les racines antérieures des racines postérieures.
La moelle ayant été dépouillée de son névrilème propre (PI. v, xxxvin° livraison, fig. 1 et 1'), la dégénération grise apparaît dans toute son évidence, sous la forme de taches T,T,T, plus ou moins considérables. On voit que cette dégénération occupe divers points de la circonférence de la moelle, mais qu'elle est bien plus considérable à la région postérieure, représentée fig. 1’, qu’à la région antérieure, représentée fig. 1. Les colonnes antérieures de la moelle ne présentent qu'un très petit nombre d'îles grises, qui n’interceptent qu'une partie des fibres de ces cordons. Les colonnes postérieures et latérales de la moelle sont intéressées dans une bien plus grande étendue. Les racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux n'avaient d’ailleurs subi aucune atrophie notable. Quant à la profondeur de cette dégénération grise, elle était très variable, suivant la région. La coupe fig. 1”, qui a été faite à la hauteur indiquée sur la figure 1 par une ligne ponctuée, montre que cette dégénération , qui a envahi les faisceaux postérieurs et les faisceaux latéraux , n'est point du tout superficielle, mais pénètre jusqu’au voisinage du centre de la moelle. Je ferai remarquer que, relativement à la dégénération grise, la ligne médiane n’est pas une limite, que les sillons de séparation des cordons médullaires ne sont pas non plus une limite, et que l’altération semble envahir presque indifféremment un groupe plus ou moins considérable de faisceaux , à-peu-près comme
dans les foyers apoplectiques, sur la production desquels la distinction des faisceaux, fibres et lamelles du cerveau ne paraît être que d’une importance bien secondaire.
La même dégénération grise s’observe à la manière de taches TT, sur plusieurs points de la protubérance annulaire ; l’une de ces taches avoisine la cinquième paire; toutes ont une certaine profondeur.
C'est un tissu intéressant à étudier que cette dégénération grise qui se présente au premier abord sous l’aspect de taches superficielles, mais qui occupe une certaine profondeur, et au niveau de laquelle la substance blanche a complètement disparu. Ce tissu est dense, bien plus dense que la moelle, qu'il remplace exactement ni plus ni moins, comme s'il était destiné à remplir les vides sans disposition linéaire, et je ne puis comparer ce tissu àaucun autre tissu morbide. À la région cervicale , quelques fibres médullaires avaient échappé à la dégénération , et tranchaient par leur couleur blanche sur la couleur grise de la dégénération.
Réflexions. I résulte d'un nombre considérable de faits que j'a1 recueillis [dans le but d'éclaircir cette question d'étiologie, que les maladies de la moelle reconnaissent presque toujours pour principe une suppression de sueur et plus souvent encore une suppression de transpiration insensible. Les suppressions de sueur ont ordinairement pour résultat des rhumatismes articulaires aigus, des pleurésies, pneumonies, c'est-à-dire qu'elles portent leurs effets sur toutes les surfaces perspirables. Mais les suppressions de transpiration insensible, celles, par exemple, qui résultent de l'habitation dans un lieu humide, du coucher auprès d'un mur humide, portent plus spécialement leurs effets : 1° sur les nerfs capillaires cutanés ou musculaires, de là ces paralysies ou névralgies cutanées, de là ces paralysies musculaires qui envahissent tous les muscles ou certains muscles des membres; 2° sur les 9TOS troncs nerveux d'où résulte une lésion paralytique ou douloureuse des parties auxquelles ils se distribuent ; 3° sur la moelle elle-même, d’où résulte la paraplégie.
J'ai méconnu la pleurésie qui a terminé la vie de cette malade, parce que j'étais préoccupé de la valeur d'un symptôme que j'ai rencontre chez presque tous les paraplégiques, savoir du sentiment de barre ou de ceinture que j'ai coutume d'appeler barre ou ceinture paraplégique. Chez notre malade, ce n'était pas la sensation d'une barre, c'était celle d’un corset qui entourait tout l'abdomen, et toute fa base du thorax, et cette sensation mérite d’être distinguée de celle de la barre. L'auscultation et la percussion mauraient éclairé sur la véritable cause de ce phénomène, si les souffrances de la malade ne m'avaient pas empêché de la faire mettre sur son séant. |
J'ai un instant soupconné l'invasion d'une arachnitis spinale, à raison de la coïncidence de douleurs très vives produites par les mouvemens ou par la pression des muscles et de l’insensibilité presque complète de la peau; mais la circonstance commémorative d'une anesthésie antérieure à l'invasion de la douleur, enlevait à ce symptôme une grande partie de son
Ho importance, en même temps que sa CIFCONSCrIPIION devait éloigner toute idée d’arachnitis.
Reste à déterminer à quel travail succède la dégénération grise de la moelle? Ce n'est point à un foyer apoplectique ; il n'y a rien dans ce tissu gris qui ressemble à une cicatrice !Serait-ce un des nombreux effets, une suite éloignée d’un travail phlegmasique? Une olservation ultérieure faite, dans le but d'étudier la génération de cette lésion remarquable, pourra seule éclairer cette question de pathologie.
Quant aux effets de cette dégénération grise de la moelle sur le sentiment et le mouvement , ils sont tout-à-fait confirmatifs de la doctrine moderne sur les colonnes et racines du sentiment et sur les colonnes et racines du mouvement. Le sentiment était beaucoup plus profondément lésé que le mouvement(1); or, l'altération des cordons postérieurs et latéraux de la moelle était beaucoup plus étendue et plus profonde que l'altération des cordons antérieurs.
Je rapprocherai des faits précédens un autre fait de dégénération grise qui offre cela de remarquable que cette altération remontait à la première enfance.
Atrophie complète d'un membre inférieur depuis la première enfance. — Dégénération grise de la moelle. — Mort par suite d'un cancer utérin.
Mademoiselle Louise Bonin, 54 ans, est entrée à la Salpétrière pour un cancer utérin. Elle a perdu ses règles à l’âge de 51 ans : depuis cette époque, écoulement blanc permanent sans douleur, et de temps en temps quelques pertes rouges. La malade souffre peu, dépérissement sans coloration jaune-paille de la peau. — Le toucher me fait reconnaître que le vagin est rempli de végétations qui ne permettent pas d’atteindre le museau de tanche.
Je m'aperçois, en découvrant cette malade, que son membre inférieur gauche est complètement atrophié. Il est flasque, pendant, inerte, tout-à-fait inutile pour la progression. L'atrophie porte non-seulement sur la circonférence, mais encore sur la longueur qui est moindre de 7 à 8 pouces que celle de l'autre membre. La malade marche avec une seule béquille, mais très péniblement pour le membre inférieur droit, qui tend à devenir pied-bot, et qui n'offre pas son développement ordinaire, à plus forte raison, le développement et la force qu'il a coutume d'offrir chez les personnes qui n’ont qu’un seul membre inférieur disponible. Les membres supérieurs jouissent de toutes leurs facultés sensitives et motrices. La malade est couturière et excelle dans tous les travaux d’aiguille. L'intelligence est parfaite. Je n’ai pas tenu note écrite de l’état du membre atrophié sous le rapport du sentiment; mais je me rappelle parfaitement que la malade me dit qu'il était dépourvu de tout sentiment comme de tout mouvement. Tous les élèves qui suivaient habituellement la visite et qui étaient présens à l’autopsie me l'ont affirmé, ainsi que les parens que J'ai interrogés avec beaucoup de soin à ce sujet.
L'état de la malade reste stationnaire quant au cancer depuis le 11 août jusqu'au 13 septembre 1838. À cette époque se manifestèrent sans cause connue une fièvre très vive avec sécheresse et aspérité de la langue, dévoiement, altération profonde des traits. Je soupçonne la gangrène des parties envahies par le cancer. Les jours suivans , la face se décompose, pouls misérable, angoisse, étouffement, faiblesse, tiraillement d'estomac. Mort le cinquième jour de l’invasion de ces accidens.
Ouverture du corps. Dans le bassin , je trouve une poche gangréneuse formée aux dépens de toutes les parties dégénérées. Ces parties sont les deux tiers supérieurs de la paroi postérieure du vagin, la paroi antérieure de cet organe dans toute sa hauteur, et le museau de tanche. Le corps et le reste du col de l’utérus sont d’ailleurs parfaitement sains. Rectum parfaitement sain. La dégénération s’est étendue de la paroi antérieure du vagin à la vessie, qui est comme racornie, et du bas-fond de laquelle s'élèvent des végétations cancéreuses. Tous les organes abdominaux sont sains.
Dissection du membre inférieur atrophié. Tous les muscles ont subi la transformation graisseuse , et sont néanmoins distincts, pourvus de leurs gaînes, et reconnaissables à leur forme et à leurs disposition fasciculée. Plusieurs muscles ont conservé quelques faisceaux musculaires dont la couleur rouge contraste avec l'aspect graisseux du reste de ces muscles. Tels sont le muscle fessier qui présente quatre petits faisceaux rouges, et le muscle soléaire qui en présente deux.
Le membre inférieur non atrophié qui est à-peu-près pied-bot avait subi la dégénération graisseuse dans les muscles de la région postérieure dela cuisse seulement, à savoir dans les muscles demi tendineux, demi membraneux et biceps. Tous les autres muscles étaient sains, mais généralement le membre n'offre ni dans son squelette, ni dans ses muscles le développement d'un membre inférieur pris chez tout autre sujet, à plus forte raison le développement qu’il aurait dû offrir chez un individu dont il était la seule colonne de sustentation.
(tr) Voyez la savante discussion qui a eu lieu dans le sein de l’Académie royale de médecine sur cette question. ( Bulletin de
l'Academie royale de medecine, tome 17, page 691.)
La colonne vertébrale avait subi une très forte déviation à la région dorso-lombaire; sa concavité re-
gardait à gauche, c’est-à-dire du côté du membre atrophié. Cette courbure était unique et une conséquence de l’atrophie.
La moelle était parfaitement saine jusqu’à trois pouces et demi environ au-dessus de son extrémité inférieure. Dans ces trois pouces et demi inférieurs, elle a subi une atrophie remarquable , et présente une densité plus grande que de coutume et un aspect gris très prononcé.
Au niveau de cette altération, il semble que les sillons médians n'existent plus, et que Îa moelle soit
transformée en un tissu gris, homogène, induré. La dégénération grise est sensiblement plus considérable à gauche, c'est-à-dire du côté de l'atrophie, qu’à droite.
Les nerfs qui se détachent au niveau de cette partie altérée de la moelle n’ont pas notablement diminué de volume. |
À la région dorsale, au niveau des deuxième et troisième vertèbres de cette région, la moelle paraît saine au premier abord; mais , ayant voulu écarter les deux moitiés de la moelle dépouillée de son névrilème, jai reconnu que les cordons médullaires qui occupent le sillon médian postérieur, avaient subi la dégénération grise, et qu'ils étaient confondus à ce niveau, comme à la partie inférieure de la moelle,
La protubérance annulaire présentait çà et là quatre ou cinq îles grises, tout-à-fait semblables à celles qui sont représentées planche v, fig. 1.
Au bulbe rachidien, légère diminution de volume de la pyramide antérieure gauche (côté paralysé), et e A e ° . A A d petites îles grises au-dessus et au-dessous du corps olivaire du même côté.
Tubercules quadrijumeaux. Une île ou tache grise occupait le tubercule quadrijumal postérieur gauche et l'espace qui le sépare du tubercule quadrijumal postérieur droit.
Quelques îles ou taches grises sur la couche optique; deux iles ou taches grises à la face inférieure du corps calleux.
Toutes ces îles ou taches sont denses, et ont une certaine épaisseur,
Réflexions. — Relativement au cancer, j'ai déjà fait observer dans plusieurs livraisons de cet ouvrage : 10 Que le cancer envahit très souvent primitivement le vagin, et qu'il a une affinité plus particulière pour la paroi antérieure que pour la paroi postérieure de ce canal; 2° qu'une des terminaisons les plus fréquentes et le plus rapidement funestes du cancer utérin et vaginal, c'est la gangrène, et qu'il est presque toujours possible de diagnostiquer cette terminaison par les accidens généraux qui l'accompagnent. Je ferai également remarquer la coïncidence d’un cancer vaginal et d'une atrophie de la partie inférieure de la moelle. L'influence de l’action nerveuse dans la production du cancer, est bien fortement battue en brèche par cette coïncidence.
Relativement à la lésion de la moelle, bien des réflexions sont suggérées par cette observation: 1° La dégénération grise peut donc survenir dans la première enfance, elle doit donc se rattacher à une lésion, qui appartient à la première enfance aussi bien qu'à l'âge adulte: quelle est cette lésion ? La dégénération grise serait-elle une dégénération primitive?
20 Non-seulement la moelle, mais encore la protubérance, la couche optique, les tubercules quadrijumaux , le corps calleux sont susceptibles de ce genre d'altération que je n'ai pas encore rencontrée dans les hémisphères cérébraux proprement dits.
30 L'altération occupait la moitié droite aussi bien que la moitié gauche de la moelle; cette circonstance m'avait d'abord embarrassé, pour expliquer l’atrophie d'un seul membre inférieur, bien que l’altération füt plus prononcée à gauche qu'à droite; mais il m'a été facile de me rendre compte de cette circonstance en réfléchissant que le membre inférieur droit, quoique incomparablement plus développé que le membreinférieur gauche, n'était pourtant pas à l'état normal, qu'il offrait une atrophie et une faiblesse réelles, que démon:traient anatomiquement l'existence d'un pied bot et la dégénération graisseuse des muscles de la région postérieure de la cuisse, et que démontrait physiologiquement la difficulté qu'avait la malade à marcher à l’aide d'une béquille.
4° L'atrophie en longueur aussi bien qu'en largeur et en épaisseur d'un membre complètement. paralysé est un fait déjà noté. Toutefois, il importe ici d'établir une distinction. Un membre paralysé ne se raccourcit pas, mais si une paralysie complète vient à l'atteindre
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à une période peu avancée de son développement, ce membre, sans rester complètement stationnaire ( du moins je ne lai jamais vu), s'accroitra dans des proportions infiniment moindres que le membre non paralysé: ainsi on voit un membre paralysé dans la première enfance ne dépasser jamais, dans son développement, le volume et la longueur du membre d'un enfant de sept à huit ans. Il y a donc à-la-fois dans ce cas arrêt de développement
et atrophie.
Fig. 2.
La figure 2 représente la moelle rétrécie et comme étranglée par l'effet de la compression exercée sur elle par du pus concret , suite de carie des vertèbres. La moelle n’était nullement altérée dans son tissu : elle offrait sa consistance accoutumée. Une remarque bien importante, c'est que la substance grise manquait complètement au niveau du rétrécissement. Voici d’ailleurs l'histoire de la malade à laquelle appar-
tenait ce tronçon de moelle.
Paraplégie par compression, suite de carie des dernières vertebres cervicales et des premières dorsales. —A{nvasion subite de la paralysie à la suite de douleurs des épaules. — Péritonite tuberculeuse.
Femme Messe 56 ans, d’une assez grande maigreur , est apportée à l'hôpital de la Charité, salle Saint- Joseph, n° 20, le 25 RUES 1840, dans l’état suivant :
Paraplégie du sentiment et du mouvement. —Ta malade, Allemande d'origine, ne connaît pas le français, et ne peut répondre à mes questions. Il m'est impossible d'établir la limite supérieure de la paralysie.
L'abdomen est sensible à la pression. Rétention d'urine. Voici les commémoratifs qui me sont donnés par son fils. Il y a un an, douleur aux épaules et aux reins; elles sont si vives, que la malade est obligée de garder le lit pendant trois mois, depuis le mois de décembre 1839 jusqu’au mois d'avril 18/0. Ces douleurs sont revenues il y a six semaines , mais elles n'empêchaient pas la malade de marcher comme de coutume : les membres supérieurs et inférieurs n’ont jamais été douloureux. Huit jours avant son entrée, c'est-à-dire vers le 15 novembre, les douleurs se sont dissipées et ont été remplacées par la paralysie, qui, en quelques heures, passa des pieds aux jambes pour envahir la totalité des membres inférieurs. Cette paraplégie n’est accompagnée ni de douleurs, ni de crampes. Son fils me dit qu’elle se plaignait d'y éprouver un sentiment de brûlure. Relativement aux douleurs abdominales, j'apprends qu’elles ont précédé les douleurs de la colonne vertébrale, et que les douleurs des épaules semblent une conséquence de la disparition des douleurs de l'abdomen.
Examen de la colonne vertébrale. Douleur par la pression au niveau des dernières vertèbres italo et des premières vertébres dorsales. Point de saillie, point de déviation manifeste. Néanmoins, je diagnostiquai une compression de la moelle : la cause comprimante devait agir avec assez de force pour intercepter presque complètement l’action de la moelle, car il n'y avait aucune douleur. En outre, l’instantanéité de l'invasion de la paralysie, les douleurs dorsales qui avaient précédé, militent en faveur de l’idée d'un déplacement des vertèbres par suite d’une altération de ces os.
Quant à la douleur abdominale, je pus d’abord croire qu'elle était le résultat de la distension de la vessie; mais l'étendue de cette douleur qui occupait tous les points de l'abdomen, le ballonnement de cette région, me portaient à admettre une péritonite chronique.
Une saignée au bras, des ventouses scarifiées le long de la colonne dorsale, un vésicatoire de six pouces sur deux sur la région dorsale, furent immédiatement conseillés. Les Jours suivans, le vésicatoire fut remplacé par un cautère de chaque côté de la région cervicale, à son union avec la région dorsale. J'avais d’abord prescrit un électuaire purgatif, mais Je le fis immédiatement supprimer, parce qu'on me prévint que la malade avait le dévoiement.
Du reste, depuis son entrée en novembre jusqu’à sa mort en décembre, aucune amélioration dans la paralysie ne s'est manifestée : eschares aux talons , au sacrum , aux trochanters; dévoiement avec épreintes ayant l'odeur dysentérique ; la rétention d'urine qui existait dans le principe et avait nécessité l'emploi de la sonde, fut remplacée par l’incontinence. La malade s'éteint, épuisée par les eschares et par le dévoiement.
Ouverture du cadavre. — {£a colonne vertébrale ayant été ouverte par le procédé accoutumé, c’est-adire par la séparation et l'ablation des arcs postérieurs, une certaine quantité de pus visqueux , adhérent, apparut autour de la dure-mère, au niveau des dernières vertèbres cervicales et des premières dorsales : ce pus s'était échappé d’un foyer compris entre la face postérieure des vertèbres et le ligament vertébral commun postérieur ; au fond de ce foyer, on sentait les os à nu, et on reconnaissait que plusieurs vertèbres cervicales ]; Jouissaient d’une très grande mobilité ; de LS vis en outre que la colonne cervi-
cale était anguleuse, et qu'une espèce de coup de hache indiquait la séparation et le déplacement des vertebres. Ayant alors fait retourner le sujet et enlever les viscères thoraciques et abdominaux, j'ai reconnu qu'il existait un foyer de pus plus considérable encore que le précédent, au-devant de la colonne veriébrale, entre le corps des vertèbres et le ligament vertébral commun antérieur ; que ce foyer de pus occupait en hauteur une étendue mesurée par les deux dernières vertebres cervicales et par les trois premières vertèbres dorsales.
Il y avait communication entre le foyer antérieur ou superficiel et le foyer profond, et cette communication se faisait de deux manières : 1° par les trous de conjugaison ; 2° dans l'intervalle des corps des vertèbres, au niveau de deux disques inter-vertébraux détruits: la vertèbre intermédiaire à ces deux disques était usée par toutes ses faces à-la-fois.
Le corps des vertèbres est altéré dans tous les points correspondans aux foyers purulens. Cette altération est : ici superficielle, là profonde ; les couches purulentes qui entourent les vertèbres sont pénétrées de fragmens osseux qui sont évidemment des débris du corps des vertèbres.
Pour mieux étudier l’état de la colonne vertébrale, je l'ai fait diviser par un trait de scie vertical , et j'ai vu que les vertèbres envahies par la carie présentaient deux parties bien distinctes : 1° une partie infiltrée de pus demi concret ; 2° une partie transformée en tissu compacte.
La partie infiltrée de pus présente toutes les variétés possibles de cette infiltration : profondément, ce sont des cellules remplies de pus concret qui adhère intimement à leurs parois dont l'épaisseur et la résistance sont à-peu-près normales : un peu plus superficiellement, les parois de ces cellules infiltrées de pus sont fragiles, minces, à moitié usées; plus superficiellement encore, les cellules sont réduites en fragmens irréguliers, détachés ou non détachés et mêlés au pus. Toute la partie du corps des vertèbres qui n’était pas infiltrées de pus était transformée en tissu compacte.
Abdomen. Péritonite tuberculeuse, caractérisée par des adhérences celluleuses serrées de tous les viscères entre eux et avec les parois abdominales, par des granulations tuberculeuses du volume d’un gros pois disséminées à la surface des intestins, par des masses tuberculeuses amorphes, déposées çà et là entre les circonvolutions intestinales : c'est surtout dans le bassin qu’on trouve et les plus grosses masses, et les adhérences les plus intimes. Il était au premier abord difficile de déterminer si les granulations tuberculeuses de l’intestin étaient déposées ou à la surface libre de cet intestin ou sous le feuillet péritonéal qui le recouvre, mais il me fut facile de voir qu'elles occupaient la surface libre. Quant aux mnasses tuberculeuses, elles existent au sein des adhérences.
L'étude des granulations tuberculeuses qui occupaient la surface du foie, a appelé mon attention. Ces gros grains tuberculeux développés au milieu des adhérences intimes qui unissaïent le foie au diaphragme, semblaient au premier abord développés dans l'épaisseur du foie dont la surface n’était que déprimée.
Poumons. Le poumon droit était adhérent. I] n’y avait pas de tubercules proprement dits dans les poumons ; mais une exploration minutieuse m'a permis d'y reconnaître quelques granulations noires et dures, que je regarde comme des tubercules de guérison. La surface interne de l'estomac présente des points noirs ou mélaniques, qui ne sont autre chose que des érosions recouvertes d’une couche de sang noir. De ces érosions les unes sont très petites, les autres ont l'étendue d’une pièce de dix sous. — Le gros intestin était le siège d'une phlegmasie chronique extrêmement intense, comme dans les dysenteries chroniques.
Réflexions. — Péritonite chronique tuberculeuse, carie des vertèbres, compression de la moelle, inflammation chronique de la muqueuse du gros intestin, telles sont les lésions principales fournies par l'autopsie ; telle est probablement aussi la succession pathogénique de ces lésions qui coincident parfaitement avec les symptômes observés pendant la vie.
La péritonite chronique a précédé ; car la malade accusait des douleurs abdominales avant de souffrir de la colonne vertébrale. — Les douleurs des épaules étaient des douleurs spinales et paraissaient avoir coïncidé avec l'invasion de la carie. Quel rapport y a t-il entre la péritonite tuberculeuse et la carie des vertèbres ? Ces deux lésions pourraient bien ne pas étre étran suppuration des os.
sères l’une à l'autre, puisque la carie n'est autre chose que la
Je ne sais si on trouvera dans la description très minutieuse que j'ai donnée de l'altération des vertèbres malades les caractères de la tuberculisation ; quant à moi, Je n'y vois que du pus concret infiltré ; de plus, la compacité de la partie des vertèbres qui avait échappé à la suppuration, est le résultat d'une hypertrophie, conséquence nécessaire du voisinage d'un travail morbide irritatif.
Relativement à l'invasion subite de la paralysie, elle s'explique par le déplacement des vertèbres, et quant à ses caractères, ils s'expliquent parfaitement par la forte compression dont la moelle avait été l'objet.
La mort de la malade aurait été amenée par des eschares si une inflammation chronique du sros Intestin, la dysenterie, cette terminaison si fréquente des maladies chroniques, n'était venue précipiter le moment de sa mort.
Je n'ai jamais noté dans les autres faits que j'a1 recueillis sur la compression de la moelle que la substance grise ait manqué complètement au niveau de cette compression. Il semble que cette compression ait refoulée la substance grise au-dessus et au-dessous du point comprimé , ou bien en ait déterminé l'absorption.
La figure 4 est encore un exemple de compression de la moelle par carie des vertèbres : on trouvera quant aux symptômes qu'elle a déterminés et quant à la marche de la maladie, une notable différence entre cette observation et la précédente. |
Maladie de la colonne vertébrale. — Compression de la moelle. — Mort par l'ouverture du foyer purulent qui entourait les vertèbres cariées dans la cavité de la plèvre.
Leroy, 35 ans, tailleur, s’embarque pour New-York, pour aller chercher fortune, et s’aperçoit pendant la traversée d’une douleur dans les reins. Arrivé à New-York, il veut travailler de son état, mais il lui est impossible de rester les jambes croisées et la tête baissée dans l’attitude du tailleur : bientôt il ne peut marcher qu'avec peine et au bout de trois mois de séjour, il se décide à revenir à Paris. Il raconte que pendant la traversée, il fit de vains efforts pour rester debout, à cause du roulis du vaisseau qui lui faisait perdre l'équilibre, en sorte qu'il passa tout ce temps assis ou couche.
De retour à Paris, le 7 août 1839, il put marcher encore dans la rue, et même faire d'assez longues courses; en deux jours, il perdit presque toutes ses forces , entré à l'hôpital de la Charité, il put se soutenir et marcher péniblement pendant les deux premiers jours qui suivirent son entrée; mais depuis ce moment, il lui à été impossible de faire-un pas.
Voici l’état dans lequel j'ai trouvé ce ae le 24 janvier 1840, lorsque j'ai été chargé du service de l'hôpital de la Charité.
Déviation considérable de la colonne vertébrale, au niveau de la région dorsale, Cette déviation a lieu aux dépens de cinq ou six vertèbres.
Paralysie du sentiment des membres inférieurs jusqu’au niveau de l'ombilic; cette paralysie est complète quant au pincement, quant aux piqüres, quant au chatouillement; un seul stimulant est encore perçu, c’est le froid et le chaud, le froid surtout.
Je dis qu'il y a insensibilité complete quant au pincement , aux piqures, au chatouillement, et cependant toute irritation vive exercée sur les membres inférieurs détermine des secousses brusques ; mais le malade n'en a nuilement conscience, 1l voit ses membres agités par des mouvemens, mais il n’a la conscience ni des mouvemens ni de la stimulation qui les a provoqués.
Le malade sent le besoin d’uriner; mais il ne peut le satisfaire volontairement : les urines sont expulsées involontairement, à intervalles plus ou moins réguliers, si bien qu'il est quelquefois assez heureux pour recevoir les urines dans l’urinoir : l'expulsion des urines se fait donc par la contraction de la vessie, sans l’intervention de la volonté; point d’érections ; point de désirs vénériens.
Myotilité. Les membres inférieurs sont constamment flechis et rigides, et par moment les muscles fléchisseurs se contractent spasmodiquement avec une telle violence, que les talons viennent s'appliquer contre les fesses : ces contractions ou crampes se font sans douleur ; pendant les premiers temps, elles étaient fort douloureuses.
Au milieu de ces mouvemens quelquefois énergiques, la volonté est impuissante. Aucun mouvement, quelque léger qu'il soit, ne peut être sollicité par elle. C'était en vain que je priais le malade de rassembler toute sa forcce et sa mer PO mouvoir le gros orteil.
Le malade portait des moxas à la région lombaire, et pourtant la déviation existait à re région dorsale, ce qui suppose, ou bien que l'application des moxas avait été antérieure à la déviation, ou bien que le malade se plaignait dans le principe de la région lombaire ; peut-être encore que les praticiens consultés avaient, suivant une pratique assez générale, choisi cette région comme lieu d'élection dans le traitement de la paraplégie. Prescription : deux moxas d’abord, puis deux autres de chaque côté de la déviation.
L'état du malade reste stationnaire jusqu'au 20 mars. A cette époque les membres inférieurs demeurent continuellement fléchis au point que les talons touchent constamment les fesses. Des eschares se manifestent
aux trois points principaux qui supportent le poids du corps dans la position horizontale, SAVOIr au COCCYX et aux trochanters, mais d’ailleurs l'appétit est excellent.
Le 20 mars, après la visite, fièvre vive, douleurs très intenses dans le membre supérieur gauche ; ces douleurs sont permanentes et augmentées par le mouvement.
Le 21, à la fréquence de la respiration, à la douleur, je soupçonne une pleurésie, et en effet matité à gauche.
Le 25 et le 24, délire, fréquence excessive du pouls, mort pendant la nuit du 24 au 25. Ouverture. Au-devant de la colonne vertébrale, foyer purulent considérable, constituant une tumeur oblongue cylindroïde . entourant la colonne vertébrale et communiquant avec une cavité opens SItuée entre le poumon et les côtes du côté gauche. Cette pleurésie purulente n'occupait qu’une partie de l'étendue de la plèvre; des adhérences antérieures avaient limité l’épanchement. Cinq ou six vertèbres
dorsales avaient subi à divers degrés l’altération qu'on appelle carie.
Le canal rachidien ouvert, nous avons vu une matière purulente concrète none tuberculeuse des auteurs) MT, MT, fig. 3, qui entourait la dure-mère à laquelle elle adhérait intimement. La moelle était comprimée, mais sans rétrécissement notable au niveau de ce dépôt ; elle était bien plus comprimée
et visiblement étranglée plus bas au point R, parce que là , il y avait déplacement considérable d’une vertèbre, déplacement latéral et antéro-postérieur.
L'arachnoïde spinale présentait plusieurs lames cartilagineuses LCA, CA, lisses par leur face externe qui adhérait à cette membrane, rugueuses par la face interne qui était re lames qu'il est rare de rencontrer sur la moelle des jeunes sujets, mais qui sont très fréquentes chez les vieillards.
Réflexions. Les symptômes qu'a présentés le malade dont je viens de tracer l’histoire sont le type des symptômes qui résultent de la compression sans désorganisation de la moelle épinière. Que la cause comprimante agisse directement sur les faisceaux antérieurs, c'est-à-dire d'avant en arrière; qu'elle agisse directement sur les faisceaux postérieurs , c'est-àdire d'arrière en avant, le sentiment et le mouvement sont également affectés, puisque la compression porte sur toute l'épaisseur de la moelle.
L'étude de la sensibilité cutanée dansles maladies de la moelle présente un grand intérêt. La perte de sensibilité est souvent uniforme, d’autres fois elle est inégale : ainsi Jai vu un paraplésique dont la peau des jambes était notablement sensible aux pincemens, aux piqures, et la peau des cuisses complètement insensible. La perception des impressions faites à la peau est souvent très tardive, ce n'est quelquefois qu'au bout de 15, 20, 30 secondes que le malade que vous avez soumis à l’action d’un stimulant perçoit l'impression de ce stimulant.
D'autres fois, l'impression exige pour être précise qu'elle soit renouvelée : ainsi un malade ne sent pas une seule piqüre même prolongée, et il sent parfaitement trois, quatre piqures faites coup sur coup.
La perte du sentiment n’est pas la même pour tous les genres de sumulant. Il est des malades qui ne percoivent pas le pincement le plus fort de la peau et qui perçoivent assez bien un chatouillement léger fait avec la barbe d'une plume; le chatouillement à la plante des pieds est le stimulant qui conserve le plus long-temps son empire; mais, je l'ai déjà dit, de tous les modes de sensibilité tactile, celui qui résiste le plus aux causes de compression de la moelle, c'est celui qui est relatif à l'accumulation et à la soustraction de la chaleur; chez des malades complètement insensibles à tous les stimulans, il suffit d'appliquer sur la peau des cuisses le pot d'étain qui sert dans les hôpitaux de pot de tisane, pour éveiller une spAsAtOn assez Vive et quelquelois douloureuse. L'impression pénible se rapporte bien plus ordinairement au froid qu'à ia chaleur. L'absence de toute perception du froid et du chaud est Po moi une preuve péremptoire d'une abolition complète de la sensibilité.
Toutesensibilité tactile peut avoir été abolie entotalité ou en partie et, cependant, les malades percevoir dans les membres des impressions intérieures quelquefois fort vives. L'impression la plus commune, est celie du froid ou du chaud: tantôt il semble au malade que les membres paralysés sont entourés de glace, ou qu'il y a de la glace entre cuir et chair, et quelquefois on fait cesser cette sensation très incommode en enveloppant le membre de flanelle, de
ouate, de sachets de sable chaud et de tafetas gommé; tantôt il semble au malade que XXXVIII® LIVRAISON. 3
du plomb fondu coule dans ses veines, et il ne trouve de soulagement qu'en exposant ses membres à l'air. Un paraplégique, qui est couché actuellement au n° 2 de la salle Saint- Ferdinand, éprouve une sensation très incommode: il lui semble que ses membresinférieurs sont soutenus en l'air et ne portent sur rien. D'autres fois ce sont des élancemens douloureux, plus souvent c'est un fourmillement plus ou moins incommode, avec agacement qui force le malade à changer continuellement de place. J'ai vu des malades qui passaient presque toutes les nuits à changer eux-mêmes ou à faire changer de position leurs membres paralysés. Ce fourmillement est la lésion de sensibilité la plus commune, celle qui précède tous les autres phénomènes de paralysie; il ne disparait complètement que lorsque la sensibilité tactile est presque complètement abolie. (1) |
Quelquefois des douleurs très vives sont développées par la contraction spasmodique, involontaire avec ou sans secousses des membres inférieurs paralysés.
J'appellerai l'attention sur un phénomène de sensation intérieure que J'ai déjà indiqué; je veux parler du sentiment de constriction ou de barre qu'éprouve le malade soit autour des articulations des genoux, des pieds , des hanches, soit autour du bassin, de la base du thorax, de l'ombific. Lorsque le sentiment de constriction ou de barre occupe la base du thorax, 1l saccompagne presque toujours d'une gêne dans la respiration, qui peut être portée jusqu à la crainte de la suffocation.
Il est des cas de paraplégie dans lesquels il n'existe aucune sensibilité tactile, et dans lesquels cependant les stimulans extérieurs développent des secousses plus ou moins énergiques dont le malade n'a nullement la conscience. Ce fait est de la plus haute importance: ainsi un malade n’a aucune espèce de perception du chatouillement de la plante des pieds, mais ce chatouillement détermine tantôt des mouvemens brusques plus ou moins énergiques, tantôt un mouvement léger des orteils, d'autres fois une simple contraction fibrillaire des muscles, d’un muscle, de quelques faisceaux musculaires de la jambe ou de la cuisse, sans mouvement appréciable. Ces mouvemens attestent-ils la sensibilité proprement dite? Non, le malade ne sent pas si on l’a touché, il ne voit que le mouvement, c'est comme si une étincelle électrique avait passé à travers son membre sans qu'il en eüùt la conscience. Ce que je dis du chatouillement s'applique à la piqüre, au pincement, au froid , au chaud, à tous les modes de stimulation, et il faut observer que la faculté de provoquer ainsi des mouvemens s'épuise bientôt et qu'un repos plus ou moins long est nécessaire pour renouveler cette faculté. Cest donc une mauvaise menière d'apprécier la sensibilité avec conscience en pathologie expérimentale, que de la conclure des mouvemens exécutés par une partie sous l’action de tel ou tel stimulant. |
La moelle épinière, et c'est un fait parfaitement démontré par M. Marshall-Hall (2), peut, indépendamment du cerveau, déterminer des mouvemens par suite de l'impression qu'elle recoit par les racines du sentiment ; ne serait-1l pas possible qu'à l'occasion d'une impression faite sur les nerfs du sentiment, les nerfs du mouvement correspondans produisissent des contractions sans l'intervention de la moelle?
Toujours est-il que toutes les fois que jetrouve des muscles rigides avec perte plus ou moins complète du sentiment, et que ces muscles se centractent sous l'influence des stimulans extérieurs Ou intérieurs, je conclus que la moelle est comprimée et non lésée dans son tissu propre.
Telle était mon opinion bien arrêtée au sujet du professeur L. J. Sanson, dont la perte récente et prématurée fait un si grand vide parmi nous. Voici quelques mots sur sa maladie.
Depuis trois ans environ, Sanson était affecté d’une maladie des voies urinaires, il avait une rétention d'urine dont la cause était bien évidemment dans la prostate, et pour laquelle il était obligé de se sonder trois fois le jour. M. Leroy d’Etioles l'avait débarrassé par la lithotritie d'un petit calcul. Les urines
(1) Physiologie du système nerveux, , par J. Muller. Paris, 1840, tome 1, page 346.
(2) On the diseases and derangements of the nervous system. London, 1841. In-8e, fig.
déposaient un mucus puruient fort abondant. Sanson n’en continuait pas moins ses occupations actives de clientelle, d'hôpital et de la Faculté. | |
En juin 1840, il se plaint d'engourdissement ou de fourmillement douloureux à la région fessière: en quelques jours, une paraplégie presque complète et avec rigiditése déclara. Je fus appelé, à cette époque, avec le docteur Rayer, pour lui donner des soins. À notre première visite, Sanson pouvait encore se tenir debout; à la seconde, cela lui était impossible, Le premier symptôme dont il nous entretint, c’est qu'il lui semblait être serré comme un saucisson, et ce sentiment de constriction, qui occupait toute la longueur des membres inférieurs ,et nommément les articulations des genoux, était surtout pénible à la base du thorax où il déter- winait parfois un sentiment de suffocation. Ce sentiment de constriction et de barre a persisté, à divers
degrés, tout le temps de sa maladie. Nous ne pouvions méconnaître, M. le docteur Rayer et moi, l'impor-
tance de la coïncidence d’une maladie des voiesurinaires et de la paraplégie, coïncidence sur laquelle M. Stanley a, le premier ou un des premiers, fixé l'attention d'une manière spéciale ; j'avais moi-même dans mon service, à cette époque, un homme affecté de maladie des reins, qui venait d’être pris d’une anesthésie complète, le tact, l'odorat et le goût étaient complètement nuls, l’ouie et la vue avaient seuls été respectés ; mais quel rapport existait-1l dans le cas actuel entre la maladie de la prostate et la paraplégie. L'idée à laquelle je m'arrêtai comme la plus probable était celle-ci: il existe probablement une affection cancéreuse de la prostate, et cette affection cancéreuse s’est portée sur le tissu spongieux d’une ou de plusieurs vertèbres, d’où résulte une compression de la moelle. La colonne vertébrale, examinée avec le plus grand soin,ne présente, il est vrai, aucune déviation; mais une pression forte exercée sur le sommet des apophyses épineuses, mais la percussion pratiquée sur ces apophyses déterminent une sensibilité très prononcée au niveau des deuxième, troisième, quatrième et cinquième vertèbres dorsales : la paraplégie une fois consommée , l’état du malade resta stationnaire; or, voici cet état :
Paralysie complète du sentiment dans les membres inférieurs et à la peau des parois thoraciques ct abdo- ‘minales jusqu'au niveau des mamelons. Flexion permanente avec rigidité des membres inférieurs; il faut exercer un très grand effort pour étendre les membres qui reprennent brusquement leur position fléchie, lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes. Secousses convulsives , brusques, très énergiques et très fréquentes dans ces membres: ces secousses surviennent spontanément; mais elles sont également provoquées par le pincement , le chatouillement, bien que le malade n’ait pas conscience de ces divers modes de stimulation. D'ailleurs, aucun mouvement volontaire; quelquefois il semble à notre malheureux collègue qu’en concentrant sa volonté sur le gros orteil, par exemple, il produisait un mouvement dont il disait avoir la conscience ; il veut souvent me rendre témoin de ce phénomène, mais jamais 1l ne réussit à le produire devant moi, et Jimagine qu'il prend un mouvement spasmodique, produit par hasard à la suite d’un effort de sa volonté pour un mouvement volontaire. Il me dit souvent qu'il a le sentiment de la présence de ses membres, de ses orteils, et qu'il lui semble que sa volonté va traverser l'obstacle qui le paralyse.
J'étais convaincu que la moelle était comprimée à la partie supérieure de la région dorsale, et je tâchais de faire passer ma conviction dans l’âme de mon malheureux ami. « Le tissu de la moelle est sain, lui « disais-je ; jamais la moelle altérée dans son organisation n'a pu permettre des contractions aussi éner- « giques que celles que présentent vos membres inférieurs. Si nous parvenons à triompher de la cause com- « primante, votre moelle reprendra immédiatement ses fonctions»; mais je me gardais bien de lui dire ma pensée sur la cause de cette compression, savoir, une affection carcinomateuse du corps d’une ou de plusieurs vertèbres, lésion que j'ai observée plusieurs fois, surtout chez des sujets affectés de cancer, et dont j'ai cité un exemple remarquable dans mes premières livraisons.
Quelles étaient les autres causes probables de compression? la carie, mais 1l n'y avait pas de déviation : une tumeur formée entre la dure-mère et le canal vertébral, une tumeur formée dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; ces deux dernières hypothèses devaient être prises en grande considération, mais leur rareté me faisait pencher pour le cancer des vertèbres elles-mèmes.
Quoi qu'il en soit, plusieurs moxas furent successivement appliqués de chaque côté de la colonne vertébrale, au niveau de la région douloureuse : nous eümes recours aux ventouses tantôt sèches, tantôt scarifiées , aux frictions avec diverses mixtures et en particulier avec la nuxture suivante que j'ai adoptée dans les paralysies :
2 Alcohol de melisse, 2 onces.
Teinture de quinquina ; > ONCES.
Ammoniaque liquide, 1 once.
Il ne fit usage que très peu de temps de la pommade phosphorée que J'emploie aussi souvent dans le même but.
Des douchessulfureuses, des douches de vapeur sur la colonne vertébrale furent successivement employées
Un état nerveux général, l'insomnie, des souffrances intolérables de position nous ont obligés à avoir
Ce MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE.
recours aux opiacés à l’intérieur et à l'extérieur: l’hydrochlorate de morphine par la méthode endermique ,
dont la dose fut graduellement portée jusqu’à deux grains, a rendu un véritable service; de fréquentes crises
d'estomac avec fièvre vive, tension épigastrique, étouffement, explosion d’une énorme quantité de gaz.
furent provoquées par de petits écarts dans le régime ; l'appétit était bon, la soif vive, et Sanson ne savait pas résister. Du reste, notre malheureux confrère se sondait lui-même trois fois le Jour, et, à notre grand
étonnement , les urines d’abord catarrhales à un point tel qu'il y avait le tiers de mucus purulent et les deux
tiers d'urine devinrent bientôt limpides; et cette limpidité s’est à-peu-près maintenue jusqu'à la fin.
Malgré toutes les précautions, une eschare, considérable en largeur et surtout en profondeur, se forma au sacrum, on fut assez heureux pour le guérir et pour en prévenir le retour.
Quatorze mois se sont passés dans cet état. La tête était parfaitement libre; mais Sanson ne pouvait s’occuper sans fatigue. Tous les jours on le portait sur un fauteuil, et il était obligé de prendre un point d'appui avec ses coudes sur les bras du fauteuil, sans quoi il lui semblait que son corps se ployait en deux, et que le train supérieur n’était pas soutenu par le train inférieur. Les membres inférieurs ont conservé la rigidité jusqu’à la fin, les talons étaient appliqués contre les fesses, en sorte que, pour le placer sur son fauteuil, il fallait étendre préalablement les jambes sur les cuisses et les maintenir violemment dans cette attitude:
Il était aisé de voir que, bien que la paralysie füt stationnaire ; le cancer ne l'était pas, et que l’économie était sous l’empire d’une cause de destruction. Nous nous serions résignés à le conserver avec. une paraplégie; mais nous ne pouvions nous livrer à cette espérance. En août 1841, sa fin fut amenée en quatre jours par une dysenterie très intense, qui resista à l’'opium, seule médication que son état put comporter.
À l'ouverture qui fut faite par M. Pigné, en présence de MM. Chomel, Rayer et moi, nous trouvâmes les altérations suivantes :
Moelle épinière. La colonne vertébrale ayant été ouverte, nous vimes à la région dorsale, au niveau des quatre ou cinq premières vertèbres dorsales entre les parois osseuses du canal vertébral et la dure-mère, une production morbide, consistant en un tissu très dense, fibreux, formant une gaîne à la dure-mère. Du reste, la moelle épinière n’était nullement lésée dans son tissu. Les vertèbres étaient parfaitement saines.
Les voies urinaires appelèrent ensuite notre attention. Il y avait deux pierres dans la vessie. La prostate, à peine plus volumineuse que de coutume, était transformée en un tissu très dense, fibreux, qui ne conservait aucune trace de la disposition granuleuse et spongieuse qui caractérise cette glande.
La membrane interne de la vessie était injectée. IL ÿ avait du pus dans le bassinet et les calices et rougeur très vive à leur surface interne. Les reins étaient un peu granuleux, un peu plus adhérens que de coutume à leur membrane propre, et injectés cà et là à leur surface. Les arganes digestifs ont présenté pour toute altération une inflammation de la muqueuse du gros intestin. Le foie contenait une tumeur encéphaloïde du volume d’une noix et plusieurs granulations blanchätres qui m'ont paru le premier degré de la dégé-
nération cancéreuse.
J'aurais hésité de prononcer sur le caractère de laltération de la prostate et encore plus sur celui de la production en forme de gaine fibreuse qui entourait la partie supérieure de la moelle, si la tumeur du foie n'était venue nous éclairer à cet égard. Evidemment la prostate avait subi ce mode de dégénération cancéreux qu'on peut appeler cancer fibreux, tissu assez analogue à celui d'un os dépourvu de phosphate calcaire par suite de l'immersion dans un acide, tissu qui semble entièrement dépourvu de suc cancéreux.
Fig. 4.
La figure 4 représente une moelle épinière , qui a été soumise à la Société anatomique, le 13 août 1829, par M. Monod, alors interne de Bicètre. Les seuls renseignemens qui m'aient été donnés, c'est que le malade était affecté d'une inflammation des voies urinaires.
Vue par sa face externe , la moelle n’offrait aucune trace de lésion: elle n’était pas plus volumineuse que de coutume; elle n’était pas bosselée ; seulement on voyait un renflement léger au niveau de la terminaison de la lésion. La moelle divisée nous a présenté un foyer sanguin, qui occupait la plus grande partie de la hauteur de la moelle et était limité à la moitié gauche de cet organe. Ce foyer sanguin était formé aux dépens de la substance grise seulement. La couleur du sang était lie-de-vin foncé dans la plus grande partie de la hauteur de la moelle. En bas, cette couleur était plus brunâtre, et, dans certains points, légèrement ochrée. Dans presque toute l'étendue de l’'épanchement, la substance grise était remplacée par du tissu filamenteux. La substance blanche paraissait avoir moins d'épaisseur que de coutume.
Rétrécissement et végétations polypeuses de l’æsophage, Fig. 1 et 1°.
La figure 1 représente un œsophage considérablement rétréci à son extrémité inférieure.
La figure 1 représente le même œsophage ouvert. Des végétations polypeuses PP se voient dans la portion dilatée de l'œsophage, au-dessus du rétrécissement. La dissection n’a démontré aucune altération de tissu dans les tuniques qui répondent à ce rétrécissement.
Cette pièce avait été trouvée sur un sujet destiné aux dissections, et m'a été donnée sans renseignement.
Le rétrécissement de l’œsophage appartient aux lésions de canalisation dont j'a1 cru devoir faire une classe d'anatomie pathologique, classe importante qui embrasse tous les dérangemens de circulation qu'éprouvent dans les canaux si divers qu'ils parcourent, les gaz, le sang , les produits de sécrétion, les matières alimentaires, etc.
Les lésions de canalisation de l'œsophage sont un des chapitres les plus intéressans de l'histoire des lésions de canalisation du canal digestif, et voici les différentes espèces qu'on peut adopter: 1° par corps étrangers engagés dans ce conduit; 2° par compression; 3° par contraction spasmodique ; 4° par affaiblissement ou paralysie; 5° par hypertrophie circonscrite ; 6° par végétations polypeuses ; 7° par inflammation chronique et induration; 8° par escharification , suite de l'ingestion d’un acide ou autre caustique; 9° par ulcère chronique simple; 10° par dégénération cancéreuse ; 11° par rétrécissemeut et obturation congénitales.
Le fait représenté planche vi® semble établir qu'il existe des rétrécissemens de l'œsophage sans altération organique des parois de ce conduit. Ce rétrécissement serait-il le résultat d'un vice de conformation, ou bien reconnaïtrait-1l pour cause une contraction spasmodique permanente, limitée à un anneau ou à un cylindre de ce conduit. Je n'ai point assez d’élémens pour résoudre cette question quant au cas actuel. Toujours est-il quil parait démontré qu'il existe des retreécissemens de l’æsophage sans lésion de tissu. L'observation qu’on va lire, recueillie , en 1822, à la Maison Royale de santé , dans le service de M. Duméril , par M. Cassan , suppléera aux détails qui me manquent pour le cas que j'ai fait représenter. (1)
M. de C., chevalier de Saint-Louis, 97 ans, avait remarqué dès sa plus tendre enfance que la déglutition des alimens solides s'était toujours opérée chez lui longuement et avec peine, sans que cette incommodité habituelle eût apporté aucun trouble dans les fonctions digestives et dans la nutrition. A 76 ans, s'étant fait placer un ratelier d'argent à la mâchoire supérieure, il en résulta , dit-il , une inflammation de la bouche qui s'étendit aux autres parties du canal alimentaire et détermina pendant plusieurs mois des vomissemens qui avaient lieu immédiatement après le repas. Les vomissemens se calmèrent et furent remplacés par les symptômes suivans qui l’obligèrent à entrer à la Maison Royale desanté dans le service de M. Duméril.
Appétence avec besoin continuel de manger; mais la difficulté dans la déglutition est telle que le malade est obligé de renoncer aux alimens solides et de réduire son alimentation à des boissons plus ou moins nourrissantes , au laitage , aux gelées, aux fécules délayées , au café, au chocolat. Encore ces alimens ne passent-ils qu'incomplètement avec d’extrèmes difficultés ; souvent le malade faisait de légères frictions sur la partie inférieure du col, comme pour accélérer le passage des alimens et vider la poche qui lui semblait les conteniret immédiatement apres leur déglutition, les alimens étaient incessamment ramenés dans la bouche,rejetés sans effort par une régurgitation involontaire, et délayés dans une grande quantité de mueus et de salive. Le peu de substance alimentaire qui n’était pas rejeté par cette régurgitation non interrompue paraissait pénétrer, quelque temps après leur ingestion, à travers une espèce de filière ( expressions du malade).
C'était sans doute pour échapper à l'ennui de sa position que M. de C., sobre jusque-là, se mit à faire un grand usage de liqueurs fortes , au point qu’on le surprit souvent dans un état complet d'ivresse. Son pouls était petit et lent ; il n’avait ni nausées , ni vomissemens , ni douleurs : faible, sec, pâle, épuisé , passant les jours et les nuits dans l’insomnie, il conserva jusqu'au moment de sa mort qu'il prévoyait être prochaine et inévitable, le libre exercice de ses facultés intellectuelles.
Du reste, le malade était convaincu de l’idée qu'il existait dans l’œsophage un obstacle au libre passage
(1) Archives generales de medecine, tome x, page 80.