‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 9 sur 122 · CANCER ARÉOLAIRE DES OS · texte numérisé non relu

CANCER ARÉOLAIRE DES OS

à l'intérieur du crâne; et le niveau du pariétal, qui n’a en aucune manière participé à l’altération, permet de déterminer d'une manière rigoureuse la saillie du frontal et au dehors et au dedans de la cavité cränienne. Du reste, le bord frontal du pariétal est comme corrodé, mais le tissu de cet os est dur et compacte, et ne participe en aucune manière à l’altération. Le cerveau a dû être comprimé par toute l'épaisseur de l'os frontal qui

est en dedans du niveau du pariétal.

On peut juger par l'épaisseur et par la hauteur de l’apophyse crista Galli ACG de l'accroissement de

volume qu'ont subi les os.

Du reste, la lame criblée de l’ethmoïde, la lame perpendiculaire du même os qui a été enlevée pour mettre en évidence la paroi externe des fosses nasales, les cornets supérieur, moyen et inférieur, le corps du sphénoïide S, reconnaissable au sinus d’ailleurs rétréci dont il est creusé, ont subi, en même temps que le ramollissement avec dégénération aréolaire , une déformation plus ou moins notable. Le nerf optique et le nerf moteur commun n'étaient pas comprimés d’une manière sensible au milieu de toutes ces parties dégénérées.

La membrane pituitaire, qui avait été envahie par la dégénérescence, présente identiquement le même

aspect que les os.

J'ai déja dit que la dure-mère avait également été envahie dans la presque totalité de son épaisseur.

Le cartilage de la cloison a été respecté, bien que la lame perpendiculaire de l'ethmoïde fût completement dégénérée.

La petite figure 3 montre une tranche mince de la tumeur; la matière d'apparence suifeuse a été extraite de quelques aréoles dont on peut apprécier la forme et la disposition.

Réflexions.—L'altération dont la description précède me parait appartenir à la classe des dégénérations cancéreuses. M. Bérard jeune m'ayant présenté, comme problème d'anatomie pathologique, un petit fragment de la dégénération, sans que j'eusse le moins du monde connaissance de l'organe dont elle avait fait partie, 1° je reconnus la nature cancéreuse de la maladie; 2° je jugeai que le tissu qu'on me présentait avait appartenu à un os. Depuis long-temps, en effet, je considère les os comme un tissu caverneux, ou mieuxcomme un tissu veineux aréolaire à parois osseuses, dont toutes les mailles servent intégralement à la circulation veineuse dans le jeune âge, tandis que plus tard elles se partagent entre la circulation veineuse et le tissu adipeux médullaire. IL est d’ailleurs démontré, par un orand nombre de faits, que le tissu compacte et le tissu spongieux des os ne sont qu'un seul et mème tissu modifié, et que ces tissus se transforment l'un dans l’autre avec la plus grande facilité. Jai donc prononcé que le tissu aréolaire ou plutôt celluleux qui m'était présenté était un tissu osseux dont les cellules étaient remplies par du suc cancéreux ayant la consistance du saindoux.

Ce cas-là est donc pour moi un cas de cancer qui ne diffère en rien des cancers les plus vulgaires, puisque une multitude innombrable de faits mont conduit à établir que le cancer avait son siège dans les capillaires veineux.

La forme aréolaire du cancer des os ne doit pas plus étonner que la forme aréolaire du cancer des parties molles. Quel que soit, en effet, le sièse du cancer, le suc cancéreux qui constitue son caractère anatomique le plus constant, est contenu dans des mailles ou cellules d'où on l'exprime comme d'une éponge : ce suc cancéreux, généralement peu consistant, s'écoule sous la forme d’une crême; lorsqu'il a acquis plus de consistance, on l'exprime sous la forme de vermicelle, ayant la consistance du saindoux. J'ai rencontré maintes fois l'utérus cancéreux ou des ganglions lymphatiques cancéreux offrant absolument le même aspect que les os du crâne représentés dans la planche 1. C'était une trame aréolaire fibreuse dont les mailles ou cellules étaient remplies par une matière cancéreuse concrétée.

Du reste, le développement du cancer dans l'épaisseur de quelques os du crânene doit pas plus étonner que le développement de cette lésion dans l'épaisseur de l’utérus ou de tout autre organe. Circonscrite ainsi à quelques os, l'affection cancéreuse n'aurait pas tardé, sans doute, à envahir d'autres parties du corps. Cependant, ici comme dans ia phlébite, tantôt 1l y a des moyens de circonscription, d'isolement, en sorte que la maladie ne se propage plus; tantôt il n y a pas de moyen d'isolement : on conçoit que les moyens d'isolement sont comme non avenus, lorsque la maladie cancéreuse reconnait une cause interne générale.

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