DYSENTERIE
La planche v, xr° livraison, fournit un exemple remarquable des lésions que laissent après elles les dysenteries aiguës les plus graves. Je dois ce fait à l’'obligeance et au zèle de M. le docteur Cambay , médecin à l'hôpital militaire du Gros-Caillou.
PREMIÈRE OBSERVATION. Un soldat de 92 ans, travaillant aux fortifications de Paris ,qui entra à l'hôpital du Gros-Caillou le 21 septembre 1841, sixième jour de l'invasion , et qui succomba le 29. Voici quels symptômes il présenta : selles continuelles, involontaires , sanglantes , horriblement fétides ; le sang est mêlé de quelques mucosités ; pouls petit, peu fréquent; point de hoquets. Le traitement consista dans une saignée générale le jour de l'entrée ; vingt sangsues le iendemain; le troisième jour, ventouses scarifiées sur l'abdomen. Eau de riz gommée, deux centigrammes d’opium en potion, bouillon.
Le cinquième jour, à la suite de quinze selles à peine sanguinolentes, mieux notable, qui paraît se maintenir jusqu'au derhier moment. La mort, qui eut lieu le huitième jour de l'entrée du malade à l'hôpital, fut tout-à-fait imprévue. |
Ouverture du corps. Le gros intestin (planche v ) avait subi dans la presque totalité de son étendue , une sorte d'épaississement et de corrugation, qui lui donnait la consistance d’un gésier de dindon. Il paraissait plein et comme tendu , et cependant il ne contenait aucun liquide. Sa surface interne présentait un aspect gangréneux ; et, en effet, c'était une véritable gangrène ; la membrane muqueuse était transformée en une couche noirâtre, épaisse, adhérente, gangréneuse : on eût dit que sa destruction était le résultat de l’action de l'acide sulfurique, La surface interne de l'intestin épaissi présentait, par suite de la corrugation, un aspect mamelonné. L’altération était limitée à la membrane interne : la tunique fibreuse sous-jacente, très épaisse, avait borné la gangrène; la tunique musculeuse était hypertrophiée. Le cœcum et l’appendice vermiculaire AC avaient été respectés par l'inflammation : il n’en était pas de même de l'intestin grêle, qui, dans les deux ou trois derniers pieds.de sa longueur, présentait des traces non équivoques d'inflammation aiguë, tels que rougeur, plissement de la muqueuse à la manière des valvules conniventes : une couche pseudo-
membraneuse, morcelée, recouvrait les villosités. Le siège principal de altération de l'intestin grêle était le voisinage de la valvule iléo-cœcale VIC.
La dysenterie a régné avec des degrés d'intensité divers à l'hôpital du Gros-Caillou , depuis le mois de septembre jusqu'au mois d'octobre 184 r. D'après la note que m'a remise M. Cambay, les malades qui étaient le plus gravement affectés venaient de la caserne du Gros-Caillou, où les eaux sont, dit-on, très mauvaises. M. Cambay na perdu que trois malades pendant le cours de cette épidémie, et il a eu l'extrême obligeance de m'envoyer les intestins en même temps que les observations de ces trois sujets: sur les malades guéris où convalescens, il y en a eu deux dont l'état paraissait aussi grave que celui des malades qui ont succombé, mais ces deux hommes sont restés languissans, et 1l est bien à craindre que leur convalescence ne soit qu'apparente, et que la dysenterie passée à l'état chronique ne laisse des traces ineffacables(:). Voici le résumé des deux observations suivies d’autopsies, qui m'ont été adressées : ces observations compléteront l'observation précédente, avec laquelle elles présentent des rapports si Intimes.
DEUXIÈME OBSERVATION. Rouant, soldat au dix-neuvième régiment d'infanterie de ligne, entre, le 3 septembre 1841, à l'hôpital militaire du Gros-Caillou ; il était malade depuis quatre jours. A son entrée, le chirurgien de garde lui fait appliquer quarante sangsues à l'anus et prescrit l'eau de riz gommée.
Observé le 4, il présenta l'état suivant : besoin continuel d'aller à la garde-robe ; coliques ; ténesme; selles très fréquentes , sanguinolentes , couleur lie-de-vin , d'une fétidité gangréneuse; sensibilité hypogastrique ; peau froide , surtout aux extrémités; pouls fréquent, peu développé ; grande faiblesse. Prescription : trente sangsues à l'hypogastre ; cataplasmes; décoction blanche; deux potions opiacées , avec vingt-quatre gouttes de laudanum pour chaque; deux demi-lavemens amylacés et opiacés.
(1) Je viens d'apprendre que l’un de ces malades a succombé dans son pays, où on l'avait envoyé pour refaire sa santé, s'il $ était possible.
Le 5, même état, même prescription, quinze sangsues seulement. Le 6, six ventouses à l'épigastre.
Du 6 au 10, persistance des mêmes symptômes; prostration de plus en plus grande; altération de la face, qui, le 11, au matin, parut mériter l’épithète de cholérique. Selles toujours très fétides et couleur lie-devin. Prescription : potions opiacées , décoction de quinquina , demi-lavemens chlorurés et Opiacés. Mort le 11.
Ouverture du cadavre. Altération du gros intestin tout-à-fait semblable à celle représentée planche v. M. Cambay a noté en outre que la muqueuse de l'estomac était rouge dans quelques points; et que les intestins grêles étaient colorés en rouge foncé dans toute leur longueur.
Troisième oBsERvATION. Malard, soldat au dix-neuvième régiment de ligne, caserné au Gros-Caillou, entra , le 3 octobre 1841 , à l'hôpital pour une dysenterie aiguë des plus graves, semblable en tout à celle des deux individus précédens. À son entrée, le huitième jour de la maladie, les selles étaient continuelles,sanglantes , couleur lie-de-vin, d'une horrible fétidité ; faiblesse extrème ; facies dysentérique ; pouls petit, frequent. L'état de faiblesse du sujet ne permit pas d'avoir recours à la saignée générale. On se contenta de quinze sangsues à l'anus, qui furent répétées le 5 et le 7. On mit encore en usage la décoction blanche, les potions opiacées , les demi-lavemens amylacés et opiacés, plus tard l'extrait de ratanhia, qu'on incorpora dans la potion opiacée. Les selles, continuelles d’abord, se réduisirent à douze environ dans les vingt-
quatre heures.
Le 16, on commence à prescrire de la crême de riz, du vermicelle. Le 17, apparition d’une variole discrète, qui parcourut ses périodes d’une maniere régulière et pendant
laquelle on crut pouvoir continuer l'alimentation. Le 25 octobre, il n’y avait plus quecinq ou six selles en vingt-quatre heures. L’appétit étant un peu revenu, on prescrivit le quart le matin, la soupe le soir, avec cotelette et œuf à la coque. L'inappétence et le malaise
forcèrent de s’en tenir aux potages gras.
Langueur , dépérissement, prostration. Mort le 19 novembre, le quarante-sixième jour de l'entrée du
malade, le cinquante-quatrième jour de l'invasion.
Ouverture du corps. Voici la description détaillée des pièces qui m'ont été adressées par M. Cambay. L'inflammation occupe non-seulement le gros intestin dans toute son étendue, mais encore la moitié inférieure de l’intestin grêle.
Gros intestin. La partie la moins altérée est le cœcum et le colon ascendant. La partie la plus profondément altérée est le rectum et surtout l'S iliaque du colon. La surface interne du gros intestin, dans toute sa longueur, a une couleur ardoisée plus ou moins foncée, depuis l'ardoise claire jusqu’à l’ardoise noire. Cette couleur aurait pu faire croire à la gangrène ; mais il n’y avait pas du tout de gangrène. La preuve put en être facilement acquise à l'aide du lavage, qui enleva en grande partie la matière ardoisée , et par conséquent fit disparaitre immédiatement l'aspect gangréneux. Le gros intestin est épaissi dans toutes ses membranes ; mais l'épaississement porte principalement sur la tunique fibreuse et sur le tissu cellulaire sous-muqueux. Ce gros intestin est d’ailleurs comme ratatiné, et la muqueuse présente des saillies mamelonnées , séparées les unes des autres par des rides irrégulieres. Cette membrane muqueuse présentait en outre des pertes de substance linéaires, sinueuses, rameuses , fort irrégulières , semblables à celles que détermineraient des gouttes d’acide sulfurique, sillonnant le gros intestin. A la vue de cette altération, le mot métaphorique d'inflammation frappe par sa justesse ; car on dirait que le feu ou un acide ont passé par là.
Intestin gréle. La moitié gnférieure de l'intestin grêle présente , à sa surface interne, une infinité d’érosions extrêmement petites, faites comme avec un emporte-pièce; en outre, elle présente une multitude de plis muqueux, parallèles, qui vont , en se multipliant de bas en haut, à mesure qu'on s'approche du lieu qu’occupent les valvules conniventes. Ces plis, qui avoisinent la valvule iléo-cœcale, sont tout-à-fait accidentels : on pourrait les appeler valyules conniventes de corrugation. Je les ai constamment rencontrés dans les phlegmasies de la muqueuse de l'intestin grêle.
Un très grand nombre de ces plis présente une couleur verdâtre , qui n’est pas pour un grand nombre une simple coloration superficielle, mais qui pénètre toute l'épaisseur de ces plis, et pourrait bien indiquer un état gangréneux : il est possible cependant que cette pénétration des replis valvulaires par la matière colorante de la bile ait eu liéu après la mort. Lies plis muqueux présentent d’ailleurs une multitude de granulations, qui ne sont autre chose que le résultat de la saillie des follicules muqueux isolés, d’ailleurs parfaitement sains. La surface de ces plis paraît rugueuse, ce qui résulte de la présence de petits fragmens de pseudo-membranes, qui la hérissent et qui deviennent bien plus manifestes encore sous l'eau.
Réflexions. 1. La dysenterie se présente rarement dans nos climats sous une forme aussi grave que dans les cas précédens; ce n'est guère que dans les cas où elle se développe sous l'influence d'une cause épidémique, qu'elle atteint ce degré d'intensité, qui fait de cette
maladie un des plus grands fléaux de l'humanité, un fléau non moins redoutable que le choléra.
2. Il résulte des faits qui précèdent, et d’une multitude d’autres faits que j'aurai occasion de rapporter ailleurs, que la dysenterie consiste dans une phlegmasie de la muqueuse intestinale; que cette plegmasie a son siège essentiel dans le gros intestin, et plus spécialement dans le rectum et l'S iliaque du colon; que dans certaines circonstances la maladie est limitée au rectum, dans d’autres au rectum et à l'S iliaque, au colon ascendant, et que, dans les cas les plus graves elle envahit la totalité du gros intestin, qu'elle franchit même la valvule iléo-cœcale , et envahit les derniers pieds, la plus grande partie de la longueur de l'intestin grêle. Une particularité importante, relativement au siège, Cest quil arrive souvent que l'inflammationn'a pas lieu au même degré d'intensité dans toute l'étendue du gros intestin ; qu'il arrive même quelquefois que cette inflammation envahit la muqueuse par zones plus ou moins irrégulières, en laissant intactes les parties intermédiaires.
5. Quant au caractère de la phlegmasie que constitue la dysenterie, ce n’est point une phlegmasie folliculeuse; les follicules restent intacts au milieu du désordre phlegmasique le plus intense : c'est une phlegmasie érytémateuse ou érysipélateuse , caractérisée par une rougeur plus ou moins intense, et dont le siège est dans le réseau capillaire; phlegmasie qui, lorsqu'elle atteint la partie inférieure du rectum, a pour résultat ce besoin impérieux et impuissant d'aller à la selle, qui est connu sous le nom de ténesme , d'épreintes. Ce ténesme, ces épreintes, sans évacuations alvines proprement dites avec excrétion laborieuse de quelques mucosités sanguinolentes, sobserveraient-ils si la phlegmasie, au lieu d'avoir pour siège la muqueuse rectale, occupait le colon? Je ne le pense pas; en sorte que la forme dysentérique de la phlegmasie de la muqueuse du gros intestin me parait essentiellement liée à son siège dans le rectum.
4. La dysenterie légère s'accompagne rarement de réaction générale; tout semble se passer localement. La dysenterie grave est toujours précédée et accompagnée de fièvre. Je ne connais pas de distinction clinique plus importante que celle de la dysenterie en fébrile et ennon fébrile. La dysenterie fébrile est une maladie très grave qu'il fautcombattre énergiquement La dysenterie non fébrile est une maladie ordinairement légère qui se dissipe, ou spontanément, ou à l'aide d'une médication très simple; il ÿ a cependant quelques exceptions à cet égard. Ainsi, jai rencontré un cas de dysenterie apyrétique extrêmement grave, sous l'influence de laquelle le malade succomba dans l'affaissement le plus complet (état adynanique de Pinel); point de douleur; prostration; langue sèche et noire; dents fuligineuses; pouls naturel pour la fréquence et pour la force; dévoiement sanguinolent plus ou moins abondant ; et à l'ouverture j'ai trouvé une inflammation très intense de toute la muqueuse du STOsS intestin. |
5. La dysenterie est une des formes d'entérite qui se mamfeste le plus souvent à la suite des longues maladies, et qui précipite la terminaison fatale. J'ai eu bien des fois occasion de constater ce fait, et c’est dans des circonstances semblables que j'ai pu étudier la dysenterie à sa première période; pour toute altération, je trouvais une coloration rouge lie-de-vin, dans une étendue plus ou moins considérable de la membrane muqueuse du gros intestin. Cette altération coïncide presque toujours avec la présence de matières fécales durcies. Il ne faut pas d'ailleurs être surpris de l'influence funeste qu'exerce sur l'économie une lésion aussi superficielle en apparence, si l'on considère que, dans le cas dont il s agit, cette lésion surprend l'économie dans des conditions de débilité excessive.
6. La dysenterie aigue tend essentiellement à passer à l'état chronique, et je ne connais rien de grave, rien de rebelle à toute médication, comme la dysenterie chronique. Il est même des conditions hygiéniques dans lesquelles la dysenterie a, dès son début, si je puis m'exprimer ainsi, la forme chronique. Pendant que j'habitais Limoges, j'ai été plusieurs fois invité par les préfets qui se sont succédés dans le département de la Haute-Vienne, à consta-
ter la cause de la mortalité effrayante qui régnait à la maison centrale de détention; cette cause, c'était la dysenterie chronique qui ÿ régnait endémiquement. Il nous fut facile de voir dans une nourriture de mauvaise qualité et presque entièrement végétale, les détenus n'ayant de viande que le dimanche; dans le froid et l'humidité causés par le voisinage de la Vienne, dans des vétemens et des moyens de caléfaction insuffisans, la cause principale de la détérioration lente et profonde de la santé de ces malheureux, qui entraient dans cette maison pleins de vigueur, et qui mouraient au bout de quelque temps, ou phthisiques, ou dysentériques. C'était également à la dysenterie que succombaient la plupart des aliénés du dépôt de mendicité de Limoges, dont le service m'a été confié pendant tout le temps de mon séjour dans cette ville, ce que j'attribuais surtout à l'insufisance des vêétemens et au froid des cellules glaciales où :1ls étaient sans garantie contre la rigueur de Ja saison. C'est toujours à un trouble dans les fonctions de la peau, ou à des erreurs volontaires ou forcées de régime, et quelquelois à ces deux causes réunies qu'il faut remonter, lorsqu'on veut expliquer la génération du plus grand nombre des maladies aiguës ou chroniques.
7. Dans l'état chronique, fa dysenterie est essentiellement apyrétique, et se confond avec lirritation intestinale connue sous le nom de devoiement. Voici le résultat de plusieurs autopsies faites en divers temps et en divers lieux sur des individus qui ont succombé plus ou moins long-temps après une dysenterie incomplètement traitée, qui avait dégénéré en dévoiement opiniätre. Ces altérations sont toutes les conséquences de l'inflammation chronique qui s'est étendue de la muqueuse aux tuniques subjacentes. Gros intestin et plus spécialement rectum, S iliaque, colon descendant épaissis, durs , contractés. La section de l'intestin présente un aspect lardacé, ou plutôt l'aspect de linduration blanche. L’épaississement porte principalement sur la membrane fibreuse : la membrane musculeuse participe aussi à l’hypertrophie. La muqueuse est plissée sur elle-même, ordinairement de couleur ardoisée, plus ou moins foncée, et cette couleur en a souvent imposé pour la gangrène. Il y a ulcération de la muqueuse, et l'ulcération affecte diverses formes, présente plusieurs degrés. J'ai vu des cas dans lesquels toute la surface interne du oTos intestin offrait une couleur ardoise foncée, et était parsemée d'innombrables petites ulcérations ; d'autres fois, la muqueuse est détruite par zones plus ou moins irrégulières. Dans quelques cas, J'ai vu des ulcères parfaitement cicatrisés où en voie de cicatrisation, à côté d’ulcères qui paraissaient en voie d'accroissement. C'est surtout dans lerectum et FS iliaque, qu'on rencontre les pertes de substance les plus considérables de la membrane muqueuse. Quelquefois il n'existe dans le rectum que des débris de cette membrane muqueuse, et même j'ai vu des cas dans lesquels il n'y avait pas vestise de membrane muqueuse dans toute la hauteur du rectum.
8. Cest dans des cas de ce genre, c'est-à-dire dans le cas de destruction complète ou presque complète de la membrane muqueuse du rectum, que surviennent des accidens de rétention , d'incontinence des matières fécales , et qu'on a pu croire à un cancer du rectum ; que , cConséquemment à cette croyance, on à extirpé la partie inférieure du rectum ou dilaté l'intestin par des mèches, et qu'on a pu croire, après l’extirpation comme après l'emploi long-temps continué des mèches, avoir guéri un cancer du rectum. Les cas dans lesquels on a, pendant la vie et même à l'autopsie, pris des inflammaüons chroniques du rectum, suite de destruction de la membrane muqueuse, pour des cancers, ne sont pas aussi rares qu'on le pense. Ce qui rend l'erreur plus facile, c'est l'induration et l'épaississement considérable des parois du rectum ; c’est l'induration du tissu cellulaire qui entoure cet intestin ; ce sont les trajets fistuleux qui se manifestent dans l'épaisseur et en dehors des parois; c’est le pus qui suinte perpétuellement de Fanus, quand le sphincter a perdu sa force contractile ou qui s'échappe avec les matières fécales, qu'il précède, lorsque le sphincter est intact. Chez quelques individus, il y a des selles complètement purulentes , indépendamment des selles ordinaires.
9. La dysenterie chronique peut, dans certains cas, guérir incomplètement , et présenter, à de longs intervalles, des recrudescences manifestées par des coliques , avec ou sans épreintes, suivant que l'inflanmation occupe ou n occupe pas la partie inférieure du rectum, par des selles sanglantes ou sanguinolentes, et par un dévoiement qui aïiterne avec la constipatiou : elle laisse souvent au malade de longs intervalles de calme, auquel là moindre erreur dans le régime peut faire succéder des accidens plus ou moins sraves , le dévoiement, des hémorrhagies. J'ai en ce moment, dans mon service, salle Saint-Ferdinand n. 7, un Poloais, qui a éprouvé, en 1832, une dysenterie très grave, Incomplètement traitée, et qui, depuis cette époque, est sujet à des crises de dévoiement et d'hémorrhagie intestinale. L'hémorrhagie a été une fois tellement considérable, que le sang coulait par l'anus, comme par un robinet. Lorsqu'il est entré dans mon service, il y a quatre mois environ, sa face était jaune paille, le colon descendant et l'S iliaque se dessinaient parfaitement à travers les parois abdominales , amaigries sous la forme d’une orosse corde , noueuse, mobile, que je pouvais déplacer, porter en avant et appliquer contre la paroi abdominale antérieure, à l'aide de mes doigts, enfoncés derrière elle. Les nœuds ou renflemens très considérables de la corde étaient formés par des boules fécales, accumulées de distance en distance: aussi se sont-ils dissipés par suite de l'évacuation de ces boules et se sont-ils constamment reproduits après une constipation de quelques jours. Je suis parvenu à atténuer et à éloigner les crises, qui consistaient dans des besoins impérieux et infructueux d'aller à la selle, bientôt suivis de dévoiement et d'émission de sang fétide, et, bien qu'aujourd'hui il ÿ ait six semaines que les crises ne soient pas revenues, l'aspect jaune paille de la face, la présence de la corde dure, formée par l'épaississemient de l’'S iliaque et du colon desendant, prouvent bien évidemment que l'inflammation chronique n'est pas dissipée.
10. Je considère la dysenterie, même légère, mais incomplètement guérie, comme la source de plusieurs formes de ces états de langueur générale , de dépérissement , avec digestions longues, laborieuses, tristesse, morosité, qu'on appelle encore gastrite, gastralgie. J'ai été bien souvent consulté pour descas de ce genre, dans lesquels l'estomac était parfaitement sain. Le point de départ était dans le gros intestin, qui avait été, à une époque antérieure et quelquelois trèséloignée,le siège d'une dysenterie.Or,voici l'espèce d'analyseà laquelle jesoumetsles malades, pour reconnaitre, avec le siège précis de la maladie, la source première de tous les accidens.
11. En général, ces malades ont de l'appétit: la digestion stomacale est parfaite, quels que soient les alimens dont ils aient fait usage. Ce n'est que six , huit heures après le diner, vers minuit, deux heures du matin (lorsque le dernier repas a eu lieu à six heures du soir) que surviennent un malaise général, un dévelcppement considérable de gaz, souvent un dévoiement séreux, muqueux, avec ou sans épreintes. Chez quelques femmes, les approches de l'époque du flux menstruel déterminent des selles muqueuses et quelquefois sanguinolentes. La diète lactée, si utile, si rapidement utile, lorsqu'elle est bien appliquée dans certaines irritations de l'estomac, m'a paru nuisible, au moins dans le plus grand nombre des cas, dans les irritations du gros intestin. Le bouillon de bœuf, les viandes rôties, sont ce qui passe le mieux : on est quelquefois obligé de supprimer le pain ; qu'on remplace avantaseusement par des pommes de terre ou des pâtes ‘non fermentées. Il faut être aussi sévère sur la quantité que sur le choix des alimens, et les proportionner à l'état des forces digestives. On est souvent obligé de faire de petites haltes dans le régime et de redoubler de sévérité, pour peu que le malade se sente indisposé. Je me suis également bien trouvé de lavemens soit avec un bouillon de fraise de veau, soit avec un bouillon de bœuf. Quant au traitement pharmaceutique, c'est à la thériaque, au diascordium, à l'opium gommeux seul ou associé au cachou, que je borne les médicamens proprement dits; mais point de succès sans un régime sévère, sans les soins hygiéniques les plus minutieux; car tout est quelque chose pour le malade, le froid et l'humidité, les émotions morales, quelques bouchées de plus d'alimens. J'ai vu une malade qui avait huit à dix selles toutes les fois que sa maitresse
laréveillait en sursaut pendant la nuit. Ce n'est que par un traitement de plusieurs années, suspendu et repris de temps en temps, qu on parvient à triompher de ces lésions encore peu connues du gros intestin,suite de dysenterie incomplètement guérie. Malheurauxmalades,si l'estomacest pris en même temps que les intestins. La conduite du praticien est alors bien difficileau milieu de ces indications contradictoires. Je donne des soins, depuis sept ans, à une jeune dame qui est dans ce cas. Le lait seul est supporté par l'estomac; le bouillon détermine des indigestions et des crises de coliques; mais je ne puis faire passer le lait sans inconvénient pour les intestins, qu'en donnant une cuillerée de potion opiacée avant chaque prise de lait, et qu'en adininistrant des livemens opiacés. Il arrive quelquefois que le lait ne passe plus, comme d’ailleurs toute autre espèce d'alimens ; nous sommes alors obligés d'observer la diète pendant quelques jours, pour permettre aux organes digestifs de recouvrer leur faculté assimilatrice. Il yÿaeu, dans le cours de cette maladie, des périodes plus ou moins longues, où la perdrix, le gibier, le jambon, passaient bien mieux que le poulet et surtout que le bouillon, dont la digestion a toujours été extrémement pénible. Plusieurs fois nous avons eu des crises de dévoiement avec coliques, épreintes, météorisme, douleur de Pabdomen, de manière à faire redouter une péritonite. De ce qui précède sur la dysenterie, 1l suit que cette maladie doit être traitée avec le plus grand soin à l'état aigu, pour prévenir les graves accidens qu'elle entraine à sa suite. Je le répète: c’est à une dysenterie négligee ou incomplètement traitée, que remonte l’état valétudinaire , l'état de souffrance, d'hypochondrie presque permanent d'un grand nombre d'individus.
12. Du reste, voici le traitement que j'ai adopté pour cette maladie: dans les dysenteries légères, apyrétiques, traitement par l’opium, et par la bouche et par l'anus; lavemens émolliens et bains. Dans les dysenteries fortes , le traitement par l'opium est insuffisant , et ne peut étre considéré que comme un moyen palliatif. Les évacuations sanguines locales et même générales sont le moyen qui minspire le plus de confiance, et qui ressort naturellement de l'anatomie pathologique de la maladie ; mais, dans les dysenteries très graves, le succès de la saignée dépend de l'opportunité de son emploi, et le moment de l'opportunité, en pareil cas, c'est l'invasion de la maladie. Je concois toutefois que, dans les dysenteries épidémiques, comme d'ailleurs dans toutes les phlegmasies épidémiques, dans toutes les maladies miasmatiques, l'élément inflammatoire ne doive être pris qu'en considération secondaire: à lasaignée et à l'opium, J'associe souvent l'ipécacuanha , qui a si long-temps joui de la réputation de spécifique dans la dysenterie , et qui la méritée dans beaucoup de cas. Mon âge et ma position m'ont mis en relation avec des médecins élevés à l'école de Stoll et imbus des anciennes doctrines de l'école de Montpellier. J'ai entendu dire à un vieux praticien que lipécacuanha était le seul moyen en lequelil eut confiance dans la dysenterie ; qu'il le donnait le premier jour en poudre, à la dose de trente-six grains; le lendemain et les jours suivans, en décoction , à la dose d’un gros ou deux, dans trois verres d'eau: 1l m'assurait qu'en suivant cette ligne de conduite, il n'avait pas perdu un seul malade dans le cours de sa longue pratique. J'ai vu également employer avec succès, et j'ai moi-même employé dans quelques cas les purgatifs minoratifs : manne , huile de ricin , sels neutres.
Je n'ai pas d'expérience personnelle sur l'association du calomel et de l'opium, ni sur la la triple association de l'ipécacuanha, du calomel et de lopium, dont M. le docteur Segond raconte merveilles. (1)
(1) Documens relatifs à la méthode éclectique , employée contre la dysenterie , à la clinique de l'hôpital de Cayenne, Paris , 1856,
in-8. Ce médecin, ayant appris que les colonies anglaises perdaient peu de dysentériques, tandis que les colonies francaises en
perdaient prodigieusement , eut l’idée que cette différence pouvait tenir au mode de traitement. Or, les Français employaient les Opiacés et la méthode antiphlogistique , tandis que les Anglais étaient très sobres d'antiphlogistiques et faisaient un grand usage de pilules composées avec ipécacuanha , calomel et opium : plus tard, ils avaient recours à la décoction de simarouba et de ratan bia. M. Segond dit avoir adopté la méthode des Anglais et s’en être parfaitement trouvé.—Voyez aussi Mémoire sur la dysenterie FE né 4 à la Guadeloupe , var M. le docteur Cornuel , médecin de la marine royale( Mémoires de l’Académie royale de médecine, Pans, 1840, tome vi), page 100.— Bulletin de l Académie royale de médecine , tome xx , page 751.
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MALADIES DES EXTRÉMITES. :
Je dois le cas de syrénie qui fait le sujet de la planche vr, à M. le docteur Colson, médecin à Beauvais, où cet excellent confrère jouit d'une considération aussi générale que méritée. La mère de l'enfant n’a
présenté, dans le cours de sa grossesse , aucun phénomène qui ait paru digne d’être noté. Le fœtus est de petites dimensions, bien qu'il soit venu à terme.
Fig. x Let 1.
La figure 1, planche vi, qui est de demi-grandeur, montre que la conformation de l'enfant vu par sa face antérieure est normale jusqu'au bassin, à l’exception toutefois de la main droite, qui est un peu main-bot. Les membres inférieurs ou pelviens sont réunis sous le même tégument commun , sans être confondus l’un avec l'autre. La réunion cesse au tarse inclusivement ; les métatarsiens et les orteils sont parfaitement distincts. Point d'organes génitaux : seulement à leur place, petit tubercule,en forme d’ergot, qui m'a paru être le vestige du clitoris. Les deux pieds se regardent par leur face plantaire , et, par conséquent leurs bords externes sont dirigés en bas; leurs bords internes dirigés en haut. Les bords externes sont réunis dans presque toute la longueur de leur portion métatarsienne ; les bords internes, écartés l’un de l’autre , sont libres dans toute leur longueur ; les deux faces plantaires sont également libres.
La figure 1”, qui représente les pieds de grandeur naturelle, écartés l’un de l’autre autant que possible, et comme étalés , donne une idée parfaitement exacte de leur disposition. Enfin, pour ne rien omettre, je dois dire que les bords externes réunis des deux pieds sont convexes, les bords internes concaves, comme si les pieds, en même temps qu’ils avaient subi un renversement en dedans, eussent en même temps subi un renversement en haut, d’où résulte que l'axe des deux pieds qui est perpendiculaire à l'axe des jambes décrit une courbe à concavité supérieure ; que les deux premières phalanges des derniers orteils sont réunis sous un tégument commun ; que les autres orteils sont plus écartés les uns des autres qu’ils n’ont coutume de l'être , en sorte que la région métatarsienne présente une largeur beaucoup plus grande que de coutume, et que les pieds ressemblent assez bien à des mains dont les doigts seraient très courts.
ne au et
La figure 2 représente la moitié inférieure du fœtus , vu par la face postérieure. Point de fesses. Sur la ligne médiane , ouverture anale À , de laquelle sort un prolongement ou appendice LP, que j'ai fait représenter de grandeur naturelle (fig. 2”). Cet appendice que j'ai déjà noté dans un autre cas de syrénie ( voyez planches v et vi, xxxin° livraison), naît par un pédicule de l'ouverture anale À, va en s'élargissant , et se termine par un bord arrondi. Cet appendice est membraneux et constitué par deux membranes, l’une cutanée, l’autre muqueuse, réunies par du tissu cellulaire.
Sur la figure 2, comme sur la figure 1,on voit que les deux membres inférieurs sont confondus, mais distincts sous un même tégument commun, que les pieds réunis forment un angle droit avec la jambe. La figure 2’, grandeur naturelle, donne une idée parfaite des rapports du pied avec la jambe et de la forme des deux pieds, vus par leur face dorsale. Dans la figure 2” comme dans la figure 2, les pieds et les orteils ont été écartés les uns des autres et comme étalés.
Les figures 3, 4, 5, représentent, de grandeur naturelle, les détails de dissection de celles des parties molles du fœtus, qui offraient des dispositions anormales. Je ferai remarquer que, sur les figures 3 et 4, le peintre a mieux rendu que sur les figures 1 et 2 une inclinaison latérale des membres inférieurs, en vertu de laquelle les jambes formaient , avec les cuisses , un angle extrêmement obtus, saillant à gauche, rentrant à droite.
Fig. 5.
io J'iscères. Estomac, foie, rate, intestins grêles dans l’état régulier. L'état anormal commence à l'embouchure de l'intestin grêle dans le gros intestin. Il n’y a point de valvale iléo-cœcale, point d’appendice vermiculaire. La ligne de démarcation entre l'intestin grêle I, I et le gros intestin GT consiste entièrement dans la différence de volume de ces intestins et dans un repli muqueux peu prononcé, qui ne représente nullement la valvule iléo-cœcale.
Bye 2 MALADIES DES EXTRÉMITÉS.
Le gros intestin GI est constitué par une énorme circonvolution , repliée une fois sur elle-même, et se terminant en cul-de-sac dans l’excavation pelvienne. Il est à remarquer que c'est au ph de cette circonvolution et nullement à l'extrémité la plus élevée du gros intestin ; que s’abouche l'intestin grêle, en sorte qu’on pourrait admettre l'existence d'un cœcum très considérable.
Les deux reins occupent les fosses iliaques ; le rein gauche RG, extrèémement volumineux , est transformé en un kyste multiloculaire ou plutôt en plusieurs kystes sans communication les uns avec les autres, dont les parois ne présentent aucune trace de tissu rénal. Le rein droit RD est tres petit, mais sain. De chaque rein part un uretère U,et, au confluent des deux uretères, se voit un renflement VR , qu'on peut considérer comme une vessie urinaire rudimentaire VR: car il n'existe pas trace de vessie. Les capsules surrénales occupent leur place accoutumée, et, par conséquent, n’ont pas suivi les reins dans leur déplacement. TOD,TOG sont les trompes et les ovaires droits et gauches. Ces organes sont dans l’état le plus parfait d’intégrité. Les ovaires présentent tous les caractères de l'ovaire fœtal. À l'ovaire et à la trompe gauche TOG est annexé un corps cylindroïde MM, duquel part le ligament rond du même côté. Ce corps cylindrique, obliquement dirigé de haut en bas et de droite à gauche, qui est sans communication aucune avec l'ovaire et la trompe du côté droit, est très dur, fixé par son extrémité supérieure au gros intestin, à l’aide de filamens fibreux, et m'a paru un vestige d’utérus ou mieux de demi-utérus gauche. Dans cette hypothèse, la moitié droite de l'utérus aurait manqué complètement : 1l y a absence complète du vagin.
Le petit tubercule, en forme d’ergot CR , seul vestige des parties gémitales externes, me paraît un clitoris rudimentaire , auquel aboutissent les deux ligamens ronds LR, LR. Le ligament rond droit part directement de l'extrémité inférieure de l'ovaire du même côté; le ligament rond gauche part de l'extrémité inférieure de l'utérus rudimentaire.
2° La dissection des muscles des membres inférieurs, qui a été faite avec beaucoup de soin par M. le docteur Bonamy, mon préparateur, et figurée avec la plus grande exactitude, a offert les particularités suivantes. Pour bien comprendre la disposition de ces muscles, il est bon de rappeler que, dans toute syrénie , les membres inférieurs subissent un mouvement de rotation plus ou moins considérable autour de leur axe, mouvement de rotation qui peut être porté jusqu'à un demi-tour. Or, ici, le membre inférieur gauche a éprouvé un mouvement de quart de rotation, et le membre inférieur droit un mouvement de trois huitièmes de rotation. Cette différence se trouve parfaitement indiquée par la position de la rotule R,qui regarde directement en dehors dans le membre inférieur gauche, en dehors et en arrière dans le membre inférieur droit. Les tubérosités internes du fémur et du tibia regardant en avant, l'axe des muscles couturiers C, C, droit et gauche, donne une idée parfaite de la différence qui existe entre la rotation qu'a subie le membre inférieur gauche et celle qu’a subie le membre inférieur droit. L’axe du couturier droit est vertical ; l'axe du couturier gauche est légerement oblique. La direction des autres muscles est à-peu-près la même des deux côtés. Les muscles droits internes DI, DI, et vaste interne V1, VI, sont en avant; les muscles droits antérieurs DA, DA, regardent en dehors. Le pectiné et les adducteurs 1" À, 2° A,3° À , ont également participé au mouvement de rotation, si bien que les demi-membraneux DM, DM, apparaissent derrière les droits internes, sur cette figure qui représente le fœtus vu par la face antérieure.
A la jambe, les faces internes des tibias sont en avant, les faces externes en arrière , les faces postérieures en dedans: aussi voyons-nous (fig. 6 et 7) que les deux péronés sont intermédiaires aux tibias.
Les jambiers postérieurs JA , JA (fig. 3) sont en dehors, de même que les extenseurs propres des gros orteils EP, EP : on voit, entreles extrémités inférieures des fémurs et supérieures des tibias,une masse charnue, libre en bas JR , que je considère comme le vestige des muscles jumeaux. Les deux artères tibiales postérieures sont confondues en une seule artère ATP, qui apparaît entre les tibias, et se bifurque en bas, en ATPB: chacune des branches de bifurcation est destinée à un pied. Je ferai également remarquer la fusion des deux nerfs tibiaux postérieurs , en un seul tronc, qui se bifurque comme le tronc commun des deux arteres tibiales postérieures, pour fournir aux deux pieds. Dans l'intervalle des deux tibias, on trouve encore les tendons des jambiers postérieurs et des longs fléchisseurs des orteils. Les fléchisseurs propres des gros orteils manquent.
La même figure 3 représente les pieds vus par la face plantaire : on ne trouve dans cette région que les tendons des fléchisseurs, des nerfs et des vaisseaux. Point de muscles proprement dits; on trouve seulement quelques faisceaux charnus impossibles à débrouiller.
Fig. 4.
La figure 4, qui représente les deux membres inférieurs, vus par la face postérieure, offre les particularités suivantes: 1° l'anus À et son appendice en forme de languette L. L’anus est évidemment situé plus en arrière que de coutume. 2° Les muscles grands fessiers GF, GF, très peu développés et même atrophiés: le
muscle grand fessier droit est confondu avec le grand fessier gauche dans toute la partie de ces muscles qui est située au dessous de l'anus, et qui me paraît correspondre à celle qui s'insère aux ligamens sacro-sciatiques. L'extrémité inférieure de ces museles grands fessiers, se perdait dans les graisses sous-cutanées , et par conséquent ne présentait aucune insertion au fémur. Les muscles fascia-lata MF L , MFL se terminent de la même manière dans les graisses, sans aucune insertion inférieure.
Les deux nerfs sciatiques poplités internes sont confondus en un seul tronc NSPI, qui commence immédiatement au dessous du bassin. Les nerfs sciatiques poplités externes NSPE, NSPE sont étrangers à toute fusion. Les vastes externes VE, VE sont en arrière. DM est le muscle demi membraneux : B le biceps, dont les deux chefs ou têtes sont parfaitement distincts, et qui s'insère au péroné; DA le droit antérieur. Les muscles demi tendineux sont les seuls qui manquent complètement. Je n'ai pas non plus rencontré de vestiges des muscles de la région pelvi-trochantérienne, savoir des pyramidaux, carrés, Jumeaux et obturateurs externeet interne. A la jambe, JR représente les jumeaux et soléaires à l’état de vestige. Comme les muscles grands fessiers et fascia-lata, ces muscles se perdent dans les graisses par leur extrémité inférieure. Les jumeaux et soléaires droit et gauche sont confondus: il n’en est pas de même des longs et courts péronés latéraux droit et gauche, LP L, CP L, qui sont distincts postérieurement de chaque côté de la ligne médiane.
Les muscles jambier antérieur JA, extenseur commun EC, et éxtenseur propre EP de chaque jambe, sont confondus en une masse charnue, de laquelle partent les tendons qui appartiennent à chacun de ces muscles. Les muscles pédieux P sont parfaitement conservés. |
Fisi 5
La figure 5 représente le membre inférieur, vu par sa face externe, et met en lumiere, la position de la rotule R, qui regarde directement en dehors, etla situation du pied par rapport à la jambe, situation telle que le pied est renversé de dehors en dedans, que son bord externe regarde en bas et son bord interne regarde en haut à la manière du pied-bot; la disposition du grand fessier GF et du fascia-lata MF E, dont les extrémités inférieures se terminent brusquement , sans tendon terminal, sans insertion dans le tissu adipeux sous-cutané, l'obliquité des muscles fascia-lata, la direction du muscle droit antérieur DA et celle
du jambier antérieur J A et des extenseurs , lesquels jambier antérieur et extenseur appartiennent à la résion externe de la jambe.
Les figures 6, 7, 8, représentent le squelette du bassin et des membres pelviens. Fig. 6.
Squelette du bassin et des membres inférieurs, vus par la région antérieure. Le bassin présente une disposition bien remarquable, et qui rentre entièrement dans celle que J'ai decrite chez d’autres syrènes. Les os iliaques sont comme étalés et horizontaux.Sur la ligne médiane, on trouve d’arrière en avant, le sacrum, qui est À l'état normal; l’orifice inférieur du bassin OTB, qui est extrémement resserré , surtout dans le sens antéropostérieur: il n'y a pas d’excavation pelvienne. Le détroit supérieur et le détroit inférieur sont confondus dans le même orifice OIB. Au devant de cet orifice, plateau horizontal, formé par la réunion des tubérosités de l'ischion TI. Ce plateau présente en haut une légère excavation , qui va aboutir de chaque côté au trou sous-pubien. Au devant de ce plateau est une crête saillante, arrondie et mousse R P, formée par la réunion des pubis , et largement perforé par les trous sous-pubiens confondus. Aïnsi les trous sous-pubiens, distincts dans leur tiers postérieur, sont confondus dans leurs deux tiers antérieurs.
Les fémurs ne présentent de particulier que le quart du mouvement de rotation qu'ils ont subi. N'oublions pas que le mouvement de rotation subi par le fémur droit est un peu plus considérable que celui subi par le fémur gauche. Les rotules R,R regardent la gauche directement en dehors, la droite en dehors et en arrière. Celle-ci est beaucoup plus petite que la première.
À la jambe , les péronés sont situés de chaque côté de la ligne médiane, et, par conséquent, au lieu d’occuper le côté externe de la jambe, ils en occupent le côté interne. Au pied, les os du tarse sont distincts, à l'exception des deux caleanéums, qui sont confondus. Les phalanges et les os métatarsiens ne diffèrent pas de l’état normal. Il est bon de remarquer que le mouvement de rotation subi par les jambes et les pieds est
identiquement lemême.