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kystes épidermiques dans le tissu cellulaire sous-cutané. Pour qu'un pareil fait fût exact, il faudrait constater la continuité du kyste avec la couche de Malpighi de l’épiderme ; on ne s’expliquerait pas autrement l'isolement des cellules épidermiques dans le tissu cellulaire, séparées de la membrane basale par une couche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire. Enfin, ces kystes peuvent se développer chez des individus qui ne sont ouvriers ni manœuvres, et dont la main n'est pas soumise aux mêmes frottements. Je crois à l’influence des frottements, non comme cause déterminante, mais comme cause occasionnelle.
Un argument qui a été également produit contre la théorie dermoïde, est la différence de structure des kystes dermoïdes et des kystes épidermiques (Reverdin). Nous avons déjà fait justice de cette opinion (V. Anatomie pathologique, ch. ID), qui ne repose sur aucun fondement; bien au contraire, leur analogie anatomique entraine leur assimilation pathogénique.
J'en arrive enfin à la dernière objection, qui est la plus spécieuse : il est impossible d'expliquer la formation de ces kystes dermoïdes par l’embryologie. Cet argument, à notre avis, n’a pas beaucoup d'importance; si nos connaissances embryologiques ne sont pas, sur.le développement de la main, suffisamment étendues pour nous donner la clef de la solution, est-ce une raison pour nier l’existence des kystes dermoïdes? Connaît-on mieux la pathogénie des kystes dermoïdes du testicule, et même de l'ovaire? Serait-il d’une bonne discussion de nier l'existence de ces kystes dermoïdes, parce qu’on n’en peut saisir exactement l’origine, le mode de développement ?
En réalité, c’est déplacer les termes mêmes de la discussion : on reconnaît l'existence d’un kyste dermoïde, — et nous la croyons démontrée pour certains kystes épidermiques de la
main, — et on tâche alors de lui chercher, de lui approprier une théorie convenable.
Lalitte s'était déjà demandé si, au niveau de la palette palmaire, «il existait sur la face palmaire une gouttière qui se comblait par la soudure de ses deux bords libres. Si elle existait, il serait facile d'expliquer, par la soudure prématurée des bords, l'existence d’un cul-de-sac cutané qui, plus tard, perdrait toute connexion avec la peau du voisinage. » (P. 41.)
M. Jacquet admettait, tout récemment, l'existence sousdermique de débris épithéliaux erratiques, émanés à la période embryonnaire de la face profonde de l’ectoderme ou des culs-de-sac glandulaires, lui permettant d’expliquer la formation des hydradénomes éruptifs (épithéliomes kystiques de la peau) dont j'ai parlé plus haut. Cette théorie séduisante était à rapprocher de celle de Malassez et d’Albarran pour les kystes de la mâchoire (parodontarium), mais M. Jacquet faisait lui-même justice de la sienne en disant que c'était une simple hypothèse et qu'elle ne s’étayait jusqu'ici sur aucune preuve.
J'ai cherché moi-même dans l’embryologie de la main l’explication des kystes dermoïdes; ce n'est que sous toutes réserves que je formule mon hypothèse.
«Avant l'apparition des sillons interdigitaux, les doigts sont » représentés par des trainées cellulaires disposées en rayons » comme les doigts futurs. Sur deux embryons, examinés par » Schenck, ces trainées étaient plus nombreuses que les doigts. » L'un d'eux en possédait jusqu’à neuf. Celles de ces traînées » qui excèdent le nombre normal disparaissent habituelle » ment. » (Poirier, p. 62.)
. D’après les gravures de Schenck (Traité de l'embryologie comparée des vertèbres, Vienne, 1874), il ne semble pas qu'il y ait disparilion de ces traïnées, mais bien fusion, Or, ce processus embryologique explique très bien la polydactylie. Tandis qu’à
l’état normal, ces traînées cellulaires se fusionnent deux par deux, quatre sillons se produisent au niveau de la membrane interdigitale et forment ainsi les doigts ; — anormalement, il peut se faire un retard dans la fusion de ces traînées cellulaires, peut-être sous une influence atavistique; un cinquième sillon se manifeste et un sixième doigt est créé. C'est là un cas extrême. Ne pourrait-on pas songer à une ébauche de cette division digitale surnuméraire? Ne pourrait-on pas admettre la formation de ce sillon en un point limité à une certaine période de la vie embryonnaire, la fusion trop rapide des trainées cellulaires entraînant la non-persistance du sillon et l’absence de toute division anormale des doigts? Ne pourrait-on pas alors penser à la soudure précoce des bords de ce sillon ayant pour conséquence l’emprisonnement, l’enclavement d’un petit lambeau cutané? Cest là une hypothèse qui justifierait la présence des kystes dermoïdes au niveau des doigts, mais qui ne peut avoir de valeur réelle qu’autant qu’elle sera appuyée sur des preuves anatomiques évidentes.
L'existence de ces kystes dermoïdes n’en est pas moins certaine, et de toute cette discussion pathogénique, je crois pouvoir conclure que les kystes épidermiques de la main reconnaissent, dans leur formation, une double origine :
1° Ils se développent consécutivement à des traumatismes.
2° Ils sont congénitaux, analogues aux kystes dermoïdes. Mais cette double origine n’est, en réalité, qu'apparente, si l’on songe que, dans les deux cas, il y a toujours inclusion, les kystes dermoïdes étant des kystes par enclavement, ainsi qu'il résulte des magnifiques théories de Verneuil, de Roser, de Lannelongue, etc., et des remarquables expériences confirmatives du professeur Masse, de Bordeaux.
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