CRUE
Recherches pour servir à l'étude de quelques tumeurs des doigts (Paris, 1855), je n’ai pas trouvé une description ou une observation qu'il fût possible de rapprocher des kystes épidermiques. |
Nous ne saurions admettre, avec Micault, comme un exemple de kyste épidermique, l'observation de Parmentier. {Bullet. Soc. anat. Paris, 1858.) L'examen histologique pratiqué par Ch. Robin a montré, il est vrai, l'existence, dans la tumeur, de globes perlés, volumineux, mais ces caractères ne sont pas suffisants pour pouvoir accorder à cette observation l’épithète de kyste épidermique : il y a plus vraisemblablement lieu de songer à un cancroïde: c’est dans cette dernière catégorie, d’ailleurs, que le place M. Polaillon. (Art. Main., Dict. encycl. des sc. mëd., t. LVI, p: 147.)
J'ai trouvé dans la Lancette anglaise de 1860 (vol. I, p. 434) une observation intéressante d’Erichsen. Il est question d’un kyste survenu, chez un jeune homme, à la face palmaire de la main gauche; les antécédents et l'existence antérieure d’un traumatisme ne sont malheureusement pas indiqués. Cette tumeur était rénitente, grosse comme un petit marron, et n'avait aucune adhérence avec les tendons fléchisseurs; la paroi était très épaisse et le contenu était un liquide sérosanguinolent (?). Il est difficile, faute d’autres renseignements plus précis, de déterminer la nature histologique de ce kyste, et nous n’avons pas cru devoir le ranger dans le groupe des kystes épidermiques.
J'ai également relevé, dans un ouvrage d’Annandale {Diseases of fingers…) paru à Édimbourg en 1865, trois cas de kystes des doigts, que M. Guermonprez cite comme kystes dermoïdes ; rien n’est moins certain, aucun examen microscopique n'ayant été fait. j
En 1866, M. Rizet publie, dans le Bulletin médical du Nord,
SL As trois observations de tumeurs qui sont désignées dans les Archives générales de médecine de la même année sous le nom de tumeurs graisseuses, mais qui sont appelées par l’auteur, dans la Gazette des hôpitaux de 1881, des kystes dermoïdes. Nous nous attacherons quelque peu à discuter la valeur de ces observations, car c’est à Rizet que la plupart des auteurs font remonter la priorité de la découverte des kystes épidermiques de la main. Je m’empresse de dire qu'aucune de ces observations n'est accompagnée d’un examen microscopique, ce qui rend d'ores et déjà le diagnostic très douteux.
Dans la première, il s’agit d’une tumeur siégeant sur la face palmaire de la phalangette de l'indicateur gauche, tumeur à aspect nacré et dont l’incision permit d’énucléer «un corps étranger semblable à du suif, onctueux en certains endroits. en d’autres contenant des grains durs ». Les parois étaient assez épaisses, blanchâtres, très lisses. Rizet affirme bien que le kyste n'avait aucune connexion avec le tendon du fléchisseur profond, mais ce fait n’est pas suffisant pour écarter l'hypothèse d’un kyste péritendineux, d’un kyste synovial ou d’une autre tumeur du doigt, et pour affirmer l'existence d’un kyste épidermique dont nous ne retrouvons guère les caractères.
La même critique peut être adressée à l'observation IT du mémoire; il s’agit d’un kyste de l’éminence thénar (main droite) situé profondément entre l'opposant du pouce et l’abducteur du même organe, « implanté entre les attaches inférieures et internes de ces deux muscles, » sans adhérence, il est vrai, avec eux. Le contenu est analogue à celui du kyste précédent : c’est une substance analogue à «du riz cuit», et, en certains points, «à du suif épais. » La paroi était très résistante. Nous le répétons, les caractères de ce kyste ne sont pas suffisamment nets et probants pour qu'il soit, en bonne
DR 4 mure rigueur scientifique, possible de conclure en faveur de l’existence d’un kyste épidermique.
Enfin, dans la troisième observation, l'obscurité est plus grande encore : il n’y à pas eu d'intervention chirurgicale, pas même de ponction exploratrice. IL existait des kystes multiples, placés sur les parties dorso-latérales des articulatons phalangiennes. La description est trop vague et trop incomplète pour permettre de porter un diagnostic clinique quelconque.
En résumé, les cas publiés en 1866 par Rizet ne sauraient être considérés comme des observations de kystes épidermiques, et c’est, à notre avis, une erreur que de faire remonter jusqu’à lui la première description de cette classe de tumeurs.
L'observation publiée par Muron en 1868 (loc. cit.) est plus précise; sous le titre : Kyste dermoïide de la face palmaire de la main, l’auteur décrit une tumeur kystique à contenu puriforme et à parois formées de lamelles superposées; ces lamelles sont constituées «par des cellules épithéliales aplaties, entremêlées de tissu conjonctif ». Nous reconnaissons le caractère incomplet de l'observation, où il n’est point fait mention des antécédents et de la profession du malade, et où lexamen microscopique est fort concis et assez vague; mais le seul fait de la présence de cellules épithéliales et de l’existence d’un contenu à aspect puriforme (apparence qui se rencontre dans certains kystes épidermiques), nous permet d'affirmer la nature épidermique de ce kyste.
Monory, dans sa thèse : Tumeurs solides des doigts; symptômes, diagnostic, traitement (Paris, 1873), passe absolument sous silence les kystes épidermiques.
En 1875, Gillette recueille, dans le service de Cruveilhier, l’observation d’une tumeur kystique de l’index gauche, de forme ovalaire, occupant toute la longueur de la deuxième
en
phalange, et d’une extrême dureté; il s'agissait, selon Gillette, d’un kyste sébacé « dont le siège était quelque peu insolite ». Malheureusement, cette intéressante observation n’est suivie d'aucun examen histologique; c’est à peine si l’auteur parle du «contenu mélicérique » de ce kyste. Aussi, regardonsnous, malgré ce dernier caractère, le cas de Gillette comme douteux.
Nous en dirons autant de sa deuxième observation, prise dans le service de B. Anger : il y est simplement noté que la tumeur offrait un contenu jaunâtre de consistance gélatiniforme.
Les deux cas de Billroth {Chirurgische Klinik) ne sont pas plus précis; ce sont deux simples citations d’athéromes de la pulpe des doigts sans commentaires, sans autres détails; nous ne pouvons, pour ces raisons, les considérer comme des exemples de kystes épidermiques.
Bachon parle, dans un mémoire inséré dans le Recueil de médecine et chirurgie militaires, de l'existence de certains kystes de la paume de la main, «qui paraissent être le résultat de l’hypertrophie d’un follicule sébacé » (!). Aucune observation de kyste épidermique n’est signalée dans ce travail.
Dans sa thèse sur Quelques tumeurs de la paume de la main et des doigts (Paris, 1879), Cosson signale une variété de kystes qu'il aurait observés, « développés au pourtour des articula- » tions, gardant ou ne gardant pas avec ces articulations » des points de communication... Ces kystes sont tous » constitués par une membrane d’enveloppe dont la surface » extérieure se confond avec les tissus, et dont la surface » interne est de nature endothéliale. » Cet endothélium est constitué par «une seule couche de cellules plates, disposées » comme les pavés d’un carrelage et fort régulièrement... » Ces cellules possèdent un noyau... Le liquide contenu est
» tantôt citrin, tantôt trouble, opalescent...» (p. 24). Ges kystes, dont Cosson croit pouvoir faire un groupe à part, ne sont autres que des ganglions; la description qui suit cette citation prouve d’ailleurs le fait, et l’auteur s’empresse (p. 29) de déclarer qu’il n'existe à la paume de la main ni kyste dermoïde ni kyste sébacé.
Demay décrit en 1880, dans sa thèse (p. 71), l'observation d’une tumeur qu'il désigne sous le nom de «kyste épithélial corné », et qui n’est autre qu’un kyste épidermique. Ce kyste survint chez un homme âgé de quarante-quatre ans, à la suite d'une morsure faite par un chien au niveau de l’espace qui sépare le premier du deuxième métacarpien de la main droite. Un mois après cet accident, se manifesta une petite tumeur «faisant corps avec la peau, mais mobile sur les parties sous-jacentes », et qui augmenta peu à peu de volume. Cette tumeur fut extirpée quelques mois plus tard, et l'examen histologique révéla dans la paroi l'existence :
1° D'un épithélium pavimenteux stratifié à là partie externe et constitué par des cellules crénelées:;
2° D'une zone très épaisse formée par du tissu épithéhal corné, dont les couches les plus internes, desquamées, formaient au milieu du kyste une bouillie épaisse.
Le tissu conjonctif ne paraissait pas entrer dans la formation de la paroi.‘Le contenu consistait en «un liquide assez épais, filant et tenant en suspension des éléments organiques solides. » (?)
Il s’agit donc bien d’un kyste à paroi formée par les éléments entrant normalement dans la constitution de l’épiderme, d’un kyste épidermique.
L'observation V du même auteur (p. 73) prète davantage à la critique. Nous en donnerons brièvement le résumé :