DES MA.LAD1ES DU PÉRITOINE
Les affections du péritoine sont extrêmement communes , et cependant les auteurs qui en ont traité ont rempli leurs ouvrages cl'inceriitudes, ce qui vient évidemment du défaut d'aulopsies cadavériques. Ils ont parlé de l'affection isolée de chaque portion de cette membrane , du mésentère, de l'épiploon , elc. , tandis que la plupart du temps l'affection s'étend à toute sa surface, phénomène commun à toutes les membranes séreuses , comme nous l'avons déjà dit.
De la péritonite.
Les auteurs n'ont presque pas parlé de l'inflammation du péritoine en général; ils se sont seu-
MALADIES DU SYSTÈME SÉREUX. Sg
lement allachës à raffeclioii isolée de reslomac ou (les iiileslins 5 à laquelle ils ont donné des noms différents.
L'inflammation du bas-ventre , considérée en général , a essentiellement son siège à la surface du péritoine. Cette propagation semble cependant contraire à un phénomène assez commun dans cette maladie, c'est la douleur locale dont se plaignent les malades. Nous ne chercherons point à rendre compte de ce phénomène ; nous nous contenterons d'observer qu'il est analogue à beaucoup d'autres dans l'économie, tels que dans la pleurésie, où le malade se plaint de point de côté , dans la phthisie ^ où il ressent une douleur tantôt au dos, tantôt derrière le sternum.
La péritonite est remarquable parles caractères suivants, dont les premiers appartiennent au péritoine, les deuxièmes aux organes gastriques, et les derniers à toute l'économie.
D'abord, pour le péritoine, quand la maladie est parvenue à son état , le ventre devient très douloureux, surtout par la pression; mais cette douleur est toute différente de celle de la dysenterie aigûe. Dans cette dernière, il n'y a point cette grande douleur à l'abdomen ; il y a excrétion muqueuse, abondante et sanguinolente. Dans la péritonite , le malade est toujours couché sur le dos ; toute autre position le fait souffrir. Les auteurs
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citent quelques exemples de ces maladies, où les symptômes n'ont presque pas ëtë sensibles, et dans lesquels cependant on a trouve tous les symptômes de Finflammation à louverture du cada- 1 vre. La tension des hypochondres est toujours plus ou moins grande ; souvent le mëtëorisme des intestins distend le bas-ventre , disposition qui établit une diffërence tranchante entre la përitonite et la dysenterie ; le tissti cellulaire sousjacent se trouve un peu gonfle.
Le symptôme le plus frëquent qui rësulte des organes voisins est le vomissement , qui n'est point alors produit par la saburre , mais par un effet purement sympathique ; quelquefois le dëvoiement survient par la même cause , comme dans la fièvre puerpërale.
Quant aux symptômes gënëraux , le pouls est faible, dëprimë; pour les exhalations et les sëcrëtions , elles varient singulièrement , et à cet ëgard on a peu de caractères certains donnes par les nosologistes qui ont traite de cette maladie.
Du reste , cette affection peut se compliquer d'embarras gastrique ou d'adynamie ; alors la langue est peu noire , mais la prostration est extrême et rhaleine fëtide.
La péritonite parcourt ses périodes avec beaucoup de rapidité. La terminaison se fait comme ailleurs, et la résolution, qui est toujours désirable,
entraîne toujours des adhérences. Elles n'ont pas lieu dans toutes les parties; rarement les intestins sréles en sont le sié^e. Elles sont communes à la convexité' du foie, de la rate, à la première courbure du duodénum, à celle du colon, etc. Du reste , ces adhérences ne portent aucun préjudice aux fonctions. Quelquefois on en a cependant vu de funestes effets, tels qu'une anse d'intestins adhérente au mésentère et étranglée par une bride.
Une autre terminaison est la suppuration; elle arrive toujours quand le malade succombe; mais il est impossible de déterminer l'époque de sa formation. La nature du liquide peut offrir toutes les variétés dont nous avons parlé en traitant de la suppuration des membranes séreuses en général : il est rare d'y rencontrer de fausses membranes. Quant à la terminaison par gangrène, de toutes les membranes séreuses, le péritoine en est le plus susceptible : elle y est cependant assez rare; alors le pus est grisâtre et très fétide.
Le plus souvent la péritonite se termine en inflammation chronique ; les symptômes , au lieu de disparaître, ne font qu'éprouver une rémission sensible : il y a des vomissements de temps à autre; la douleur semble avoir des intermittences , et il est certains moments où le malade ne souffre point. Alors il y a assez ordinairement
de la constipation , ce qui est JDien différent de Tinflammation chronique des membranes muqueuses, qui entraîne un deVoiement continuel.
L'inflammaiion du pe'ritoine se termine constamment par une hydropisie exclusive à cette membrane. Le dëvoiement chronique se termine aussi par un epanchement; mais c'est alors une hydropisie ge'né'rale. On ne peut donc encore, sous ce rapport, confondre Faffection du péritoine avec celle de la membrane muqueuse des intestins.
L'autopsie cadavérique , dans ce qu'on appelle faussement enle'rile chronique, présente plus ou moins d*eau e'panchëe, contenant des flocons albumineux: le paquet des intestins grêles semble quelquefois adhe'rent, mais ils ne sont unis que par une portion albumineuse plus concrète. Les inflammations chroniques du péritoine peuvent aussi se compliquer d'éruptions miliaires, comme celles de la plèvre. Elles sont quelquefois du volume d'une petite noix. Il les faut bien distinguer des petits stëatômes qui se développent quelquefois dans le mésentère : du reste, elles n'entraînent aucun accident.
De la fièvre puerpérale. ,
Les médecins ont considéré la fièvre puerpérale, maladie si commune après l'accouchement , comme une affection générale, et en conséquence
ils Tonl classée suivant les divers caractères qu'elle a présentés. Nous n'aïu'ons égard dans son examen qu'à ce qu'elle offre dtirant l'état do vie , et à ce que Ion trouve après la mort. Si la fièvre, qui est constante dans ce cas, a été prise pour la maladie principale, du moins faffection du péritoine peut être regardée comme un symptôme essentiel.
La fièvre ptierpérale varie dans l'époque de son éruption, et c'est en général depuis le second jusqu'au douzième jour qui suit raccouchement qu'elle se manifeste. Cette invasion s'accompagne de phénomènes toujours variables. D'abord, suppression ou diminution des lochies; souvent de fortes coliques; il est alors difficile de distinguer à quoi elles appartiennent. Une fois caractérisée, voici quels en sont les signes. D'abord, pour ce qui concerne le péritoine, douleur abdominale, tantôt vers les lombes , tantôt vers Fépfgastre , quelquefois dans toute fétendue du péritoine. Le caractère de cette douleur est exclusivement propre aux membranes séreuses. La femme reste couchée sur le dos. Cependant il y a quelquefois de la rémitlence dans les douleurs, comme nous favons vu à Tarticle de la péritoniie. A l'ouverture du cadavre, on trouve une affection réelle du péritoine.
Quant aux symptômes dépendants des organes voisins , le vomissement est presque toujours
constant; tantôt il y a complication de saburre, tantôt c'est un simple hocquet. Quelques praticiens, trompés par ce symptôme, ont cru voir une affection simplement gastrique , tandis que c'est un effet purement sympathique. Dans beaucoup de cas, il y a un de'voiement marque' : c'est alors un assez mauvais présage. D'autres fois il y a constipation. Le ballonnement vient aussi souvent caractériser cette inflammation ; il paraît qu'il n'est dû le plus souvent qu'au boursouflement du tissu cellulaire subjacent au péritoine ; cependant le météorisme des intestins peut y être pour quelque chose.
Outre les phénomènes généraux ordinaires aux inflammations du péritoine, il en est de particuliers à la fièvre puerpérale : c'est lâ suppression des lochies , l'affaissement du sein causé par le défaut de sécrétion du lait* L'état du pouls varie. Quand Taffection est simple, il est peu caractérisé; mais quand elle se complique, il prend alors des caractères analogues à cette complication. La respiration est toujours un peu troublée : c'est im phénomène assez général dans les affections du péritoine, qui, refoulant le diaphragme en haut, rendent l'inspiration douloureuse. Les sécrétions et les exhalations varient; en général, dans chaque affection , on ne peut guère statuer les signes sur elles. La prostration des forces est extrême.
Enfin il y a quelquefois des transports cérébraux.
Les auteurs ont parle' d'une complication gastrique de la fièvre puerpérale; mais les symptômei> en paraissent difficiles à saisir. L'adynamie l'accompagne bien plus souvent; alors prostration extrême, langue noire et fuligineuse, haleine fé-^tide. La fièvre muqueuse se lie rarement avec elle,
La terminaison de la fièvre puerpérale varie. Les malades périsseni souvent au bout de trois ou quatre jours ; en général, iis vont jusqu'à huit ou dix. La mort est la terminaison la plus ordinaire dans cette fièvre , lorsque les symptômes sont très intenses. Quand les lochies coulent encore, que le lait est sécrété, que les symptômes diminuent, on peut espérer de sauver la malade. Les émolliens et l'ipécacuanha, qu'on avait beaucoup vantés , servent peu ; les vésicatoires , dont le but est de détourner l'irritation, comme Tindication le prescrit, ne servent qu'à rendre la maladie chronique.
Les phénomènes cadavériques sont différents , suivant l'époque de la mort. Quand elle a été prompte , le péritoine est très peu rouge ; cependant la douleur était excessive , le météorisme très grand , ce qui fait croire que le sang s'est échappé par les vaisseaux collatéraux- D'un autre côté, on trouve ordinairement une humeur lactescente, ou contenant des flocons blanchâtres , d'une na-
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îure particulière. Quant à la matrice , on a peu de termes de comparaison pour juger de l'état où elle se trouve alors. Ce qu'on a observé , c'est qu'elle se putréfiait beaucoup plus tôt que dans toute autre affection. Quand la malade n'a succombé qtt'au bout de trente jours, alors le péritoine est enflammé.
Quelques auteurs ont pris potir du lait épanché la sérosité lactescente que Ion trouve alors dans cette membrane; mais rien de plus vague que cette opinion.
La terminaison par résolution s'observe rarement. Dans les fièvres puerpérales bien tranchées, on a indiqué diverses crises par lesquelles elle se terminait. Quant à la nattire de cette maladie, tout le monde est maintenant d'accord que c'est une affection locale ; la fièvre qui l'accompagne n'est que symptomatique.
Quelquefois l'inflammation devient chronique; alors les symptômes de la fièvre puerpérale cessent, et tout revient au caractère de la péritonite aiguè.
Les auteurs ont traité en particulier des affections locales (h\ péritoine; mais il est rare que son inflammation ne soit pas générale; elle peut d'ailleurs commencer à tel endroit , en vertu de l'affection primitive de l'organe abdominal recouvert. Rien de plus commun , dans les divers au-
leurs, que des articles destines à traiter en particulier les inflammations séreuses de la vessie, de Testomac. etc. Ils y ont ëtë d'autant mieux trompes, qu'ils ont pris pour symptômes des signes qui , quoique locaux en apparence , désignent cependant l'affection géne'rale.
Des affections symptomatiques du péritoine.
La phlogose du péritoine est souvent un symptôme d'autres maladies, comme dans la plupart des fièvres essentielles, où le ventre se tend , devient douloureux pendant deux ou trois jours , puis revient à son ëlat nature!. Peut-être est-ce par une éruption symptomatique à la surface du péritoine, comme quelquefois il en survient à la peau; ce qui le ferait croire, ce sont les fréquentes adhérences que l'on rencontre dans beaucoup de cadavres.
La maladie symptomatique du péritoine la plus commune est l'ascite^ quoique les médecins l'aient regardée long-temps comme une maladie essentielle. Quelquefois, comme nous lavons vu , cette hydropisie vient à la suite de l'affection chronique di> péritoine; mais, le plus souvent, elle est causée par l'affection organique d'un viscère abdominal ; elle l'est fréquemment par le foie, souvent aussi par la rate^ la matrice^ rarement par le rein,
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Elle peut venir aussi à Toccasion de la lésion d'un viscère situe hors de rabdomen. Dans ces affections organiques, Fhydropisie est générale, tandis que dans la pe'ritoniie chronique elle est bornée à la cavùé abdominale, connue nous Savons dit.
Dans le premier cas, le fluide, plus ou moins abondant, est limpide et transparent; j^lusieurs des plis du péritoine s'effacent, et donnent à sa cavité une ampleur extrême. Le condtiit intestinal reste libre et flottant, sans aucune adhérence apparente, comme dans la péritonite chronique. Cette quantité de fluide agit différemment dans les diverses parties ; du côté de la poitrine , elle refoule le diaphragme et empêche la respiration. La peau de la partie antérieure est uniformément tendue comme une outre. Le foie est aplati ou convexe, suivant que la hase de la poitrine s'élargit ou se resserre.
Quoique cette maladie ne soit point essentielle, cependant il est certains cas où elle développe des caractères qui lui sont propres. Dans une affection du foie, tant que Thydropisie ne s'est pas manifestée, certains symptômes ne se développent pas; mais on les aperçoit dès qu'elle commence à paraître. L'état des sécrétions et des exhalations est surtout influencé; alors les urines sont en petite quantité et hriquetées , la peau est
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sèche, ëcailleuse, par défaut de transpiration insensible. La nutrition se fait mal , il y a marasme. L'état du pouls appartient toujours à Torgane affecté.
ARTICLE IX