MALADIES DE LA. MEMBRANE DU LARYNX ET DES BRONCHES
Les affections de cette membrane sont, comme les autres, idiopathiques ou symptomatiques. La plus commune est fangine , qui présente un caractère différent suivant son siège à la base de la glotte ou dans le larynx.
U angine des bords de la glotte a été connue des auteurs anciens ; ils avaient observé qu'elle était mortelle au bout de deux ou trois jours. Les uns l'ont appelée séreuse , les autres suffocante. En effet, dans cette affection, l'on trouve une infiltration ou engorgement considérable, quoique blanchâtre , du tissu cellulaire qui environne la glotte, ce qui, comme on le voit, produit une prompte suffocation. Il n'est pas d'autre moyen pour sauver le malade que la laryngotomie.
L'angine laryngée proprement dite et la trachéale se ressemblent beaucoup.Toutes deux ont des symptômes communs : douleur de la partie, changement de la voix, fièvre, déglutition pénible, sentiment d'ardeur. Souvent l'affection se propage dans les fosses nasales. Il y a, dans les premiers
temps , sécheresse de la g-orge ; bientôt un mucus assez clair se sécrète, puis t'ait place à un plus épais , et la maladie cesse au bout de sept à huit jours.
Cette affection peut se terminer par la gangrène, dont en général aucune partie du système mu — queux n'est plus susceptible. Rarement elle se complique d'éruptions cutanées.
Le croup est encore une maladie particulière à la membrane du larynx. Il diffère des autres angines par sa nature et sa marche. Ordinairement il attaque les enfants. Il n'est en général point épidémique. Son début s'annonce par des phénomènes variables, comme dans toutes les autres maladies. Quelquefois cette affection se déclare après une évacuation supprimée; bientôt , douleur du larynx , difficulté de respirer, voix rauque, aggravation des symptômes, chaleur vive, agitation extrême; Tenfamporle la main à la gorge, la difficulté de respirer s'accroît, la face devient vultueuse ; souvent assoupissement plus ou moins grand. Rarement la maladie se termine par résolution ; ordinairement la suffocation va toujours croissant, et le malade meurt enfin. Il est étonnant combien les symptômes sont rapides , ce qui ne tient peut-être qu'à Tâge. L'autopsie cadavérique montre des flocons , comme dans la phthisie. D'un autre côté , la trachée-artère et les bronches
•ont un peu rouges et gonflées. Quant aux aliëiations générales, les phénomènes sont les mêmes que chez les personnes qui périssent asphyxiées. La portion droite du cœur est engorgée , ainsi que le cerveau ; le visage est rouge ; presque toujours on trouve dans le larynx une fausse membrane qui s'étend plus ou moins loin dans la trachéearlère. L'épaisseur de cette membrane est variable; quant à sa nature , on ne Ta point examinée. Ce n'est pas l'inflammation, mais bien ses effets qui causent la mort , car l'épaississement de la membrane ferme tout passage à l'air. On est dans l'usage d'exciter le vomissement pour produire une irritation générale qui puisse déterminer la toux. Il faut observer à cet égard que rarement on tousse après le vomissement , et qu'il vaudrait mieux exciter la toux d'une autre manière. Du reste, la laryngotomie est le moyen le plus efficace. Quelquefois l'inflammation de la membrane du larynx devient chronique. Dans certains cas, cet état est produit par d'autres causes qu'une inflammation aiguë, comme par le vice vénérien. Quelle qu'en soit la cause, voici les caractères de la maladie dans les premiers temps ; sentiment douloureux dans le larynx ; petits crachats continuels , de couleur grisâtre, que le malade dit arracher du larynx; toux habituelle; peu d'altération dans la voix ; à la lin, les symptômes augmentent; ils sont singu-
lièrement subordonnes au froid et au chaud. Quant au sie'ge pre'cis de la maladie, il serait difficile de le de'terminer; cependant il paraît que c'est dans la membrane muqueuse qu'elle réside.
D'autres fois, cette affection se termine par la phthisie laryngée. Alors les symptômes vont toujours en augmentant. La voix présente un phe'nomène particulier d'extinction; il y a sentiment de douleur dans la profondeur du larynx, surtout quand on l'écarté, avec le doigt, de la colonne vertébrale; la voix s'altère davantage; enfin, dans les derniers périodes, elle est très basse; la déglutition devient très difficile, surtout quand la glotte est affectée. Presque toujours cette maladie se complique de phthisie pulmonaire. Est-ce, comme l'ont dit les auteurs , parce que le pus tombe dans les bronches ? on n'en sait rien ; mais le fait est assez commun. De là, marasme extrême; vers la fin , trouble de la digestion , étouffement , expectoration purulente. Tous ces phénomènes généraux tiennent à l'affection consécutive du poumon. Voici ce que l'inspection cadavérique nous montre. Le larynx se trouve malade en plusieurs endroits , et c'est le plus souvent à la hauteur des cartilages aryténoïdes. Sa membrane muqueuse est ulcérée ; on y voit du pus qui semble venir d'un foyer plus profond. L'affection peut se trouver aussi derrière le cartilage épiglottique, ou vers la
ÏOO CHAPITRE VI.
trachëe-artère ; mais presque jamais elle n'est située du côté (lu cartilage thyroïde. Les auteurs ont parlé de petites esquilles osseuses que rendaient les malades ; ce ne peut être que des portions des cartilages aryténoïdes mis à découvert. Il paraît évident que c est par la membrane muqueuse que la maladie commence ; ce qui sert à le confirmer, c'est que la voix reste long- temps intacte , d'où l'on doit conclure que les cartilages ne sont pas encore attaqués.
La membrane interne des bronches peut devenir le siège de diverses affections, moins fréquentes cependant que celles du larynx.
Le catarrhe pulmonaire est la plus commune, et celle que les auteurs ont le mieux observée II se produit, comme tous les atitres, par une action subite du froid sur la peau. Les phénomènes qui le caractérisent présentent des variétés singulières suivant son siège. En effet , il peut s'étendre dans la trachée-artère, ou se prolonger dans le poumon. L'invasion se manitésie en général par une douleur, un picotement dans la trachée-artère, ce qui produit une toux sèche. Quelquefois la douleur s'étend à toute la poitrine ; souvent elle se borne à un côté; cependant le malade peut se coucher dans tous les sens. L'oppression augmente, avec toux continue , expectoration difficile et toujours douloureuse , en raison de la sensibifité aug-
mentée des bronches ; peu à peu les symptômes diminuent, la douleur cède, l'expectoration devient plus abondante et plus facile, les crachats sont plus visqueux ; enfin la maladie se termine par une résolution complète. Quant aux phénomènes généraux qui Faccompagnent. ils se rencontrent aussi dans les autres maladies. Ainsi quelquefois on observe en même temps un embarras gastrique, et tous les symptômes qui le dénotent ; alors le vomissement accompagne quelquefois la toux. Pour peu que le catarrhe soit violent, on remarque un mouvement fébrile, que Ton nomme Jièvre catarrhale. Quant à l'état des sécrétions et excrétions, il varie à Finfini.
D autres fois le catarrhe aigu du poumon se termine par un catarrhe chronique. Avant de parler de celui-ci , nous dirons deux mots du catarrhe suffocant. Il n'est pas d'une autre nature que le catarrhe ordinaire , et n'en diffère que par le gonflement extrême de la membrane interne de la trachée ou des bronches ; de là son caractère de suffocation , qui fait que le malade périt sou- |b vent d'asphyxie. Ce catarrhe s'annonce par des symptômes plus violents que le précédent : respiration très difficile , dilatation large et précipitée de la poitrine. Quelquefois l'air sort en sifflant; d'autres fois la respiration est stertoreuse, et le malade ne peut parler. Sur les derniers temps on
entend j.dans la irachée-artère, un bruit particulier produit par laction de Fair sur la membi'ane gonfle'e. Les symptômes vont toujours en croissant ; enfin le malade meurt , et pre'sente tous les phénomènes de Fasphyxie. Ce catarrhe n'est donc mortel que par ses effets, et non par sa nature.
Le catarrhe chronique du poumon est quelquefois dû , comme nous Favons dit , à une phlegmasie aiguë Souvent aussi il est le produit d'autres causes. La toux alors dure plus ou moins longtemps; elle est plus ou moins forte; l'expectoration est peu abondante; la respiration est gênée durant les mouvements un peu violents, comme il arrive dans toute affection de la poitrine. Le malade peut se coucher de tous les côtes , et les fonctioi>8 s'exercent comme à Fordinaire. Ces sortes de catarrhes , chez les vieillards , ne finissent souvent qu'avec la vie. Chez les adultes ils peuvent causer la phthisie , et les malades les traitent alors de rhumes négliges. D'autres fois ils mènent à Fhe'moptysie. On a ouvert peu de cadavres d'individus morts de cette maladie ; cependant l'observation a toujours montre la membrane trachéale sensiblement épaissie , vers le bas et du côté des bronches.
h'hémoptfsie est une autre affection propre à la membrane des bronches. En effet , souvent les malades périssent de ces hémorrhagies, sans que
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le poumon se trouve engorge , tandis que les bronches sont pleines de sang. L^he'moptysie peut être produite par une rupture des petits vaisseaux du poumon, comme à la suite des cris violents. Le plus souvent elle a lieu par exhalation. Elle est presque toujours l'indice de la phthisie. Il est difficile de déterminer si la même cause produit ces Ideux maladies, ou si la première engendre la seconde. Quelquefois l'hémoptysie se reconnaît à des caractères généraux ; il y a un sentiment de picotement dans la gorge , et un goût sale tout parlim culier dans la bouche ; bientôt il survient une le'- " gère toux, avec expectoration sanguinolente, tantôt rouge, tantôt noire, suivant que le sang a stagne ou non dans les bronches ; quelquefois ce liquide sort pur, et alors Fexpectoralion en est très facile; d'autres fois ce sont des crachats mêle's de stries sanguines, et qui se détachent plus difficilement. '
Quant aux autres maladies des membranes muqueuses, elles sont peu communes dans les bronches; on n'y voit jamais daphthes; les fonfc gus y sont tort rares , ainsi que le cancer.
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