‹ Anatomie pathologiqueChapitre 28 sur 65 · MALADIES DE LA MEMBRANE MUQ13EUSE DES INTESTINS · texte numérisé non relu

MALADIES DE LA MEMBRANE MUQ13EUSE DES INTESTINS

Ces maladies sont très communes. Il y en a de chroniques et d'aiguës, mais on n'a pu encore distinguer celles qui appartiennent aux gros intestins d'avec celles qui affectent les grêles. Nous les considérerons donc d'une manière générale.

Le catarrhe des intestins est rangé , pour la fréquence, après celui de l'estomac. Il présente

des variétés singulières dans son iniensiië, ce qui est un caractère commun à tous les catarrhes. La plus le'gcre espèce est un faible dévoiement , dont on n'est pris que pendant quelques jours, avec douleur légère, et point de tenesme : il passe bientôt sans inconvénient. On excite un catarrhe artificiel par les purgatifs. Lorsque cette maladie a des symptômes plus marqués et plus intenses, on la désigne sous le nom de dysenterie.

De la dysenterie.

Cette maladie se montre sous une infinité de formes, étant susceptible de se compliquer d'un grand nombre de maladies. Un de ses caractères est de dégénérer en épidémie. Quelqu'en soit la cause, voici ses symptômes : d'abord tranchées, coliques plus ou moins vives, pesanteur, commotion dans les gros intestins, constipation durant les premiers jours , ténesme produit par l'irritabilité des intestins, et d'autant plus intense, que ces derniers sont plus vides. Ce ténesme indique exclusivement l'affection de la membrane muqueuse, car il n'existe point dans celle des autres tissus. Souvent il y a chaleur dans le rectum. Dans les jours suivants, les symptômes augmentent, les tranchées sont plus vives. Ce sentiment, quoique difficile à rendre, n'a cependant

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rien de commun avec la douleur inflammatoire. Les déjeolions commencent à s'opërer au troisième ou quatrième jour; il sort plus ou moins de sang avec les matières et le mucus , ce qui dépend des individus. Au reste , on ne doit point regarder ce caractère comme essentiel dans la dysenterie. Les déjections augmentent et les douleurs croissent jusqu'au huitième ou dixième jour, ce qui varie suivant mille circonstances. La pression est peu douloureuse, le ventre n'est point tendu comme dans Tinflammation séreuse , et le malade peut se coucher sur tous les côtés. Enfin , les symptômes diminuent peu à peu ; les tranchées se répètent à de plus longs intervalles ; les déjections , plus abondantes, sont moins chargées de sang, et la maladie s*e réduit à une diarrhée ordinaire. Telle est la terminaison la plus favorable. Quant aux symptômes concomitants, la bouche est amère; il y a fièvre, qui varie singulièrement; quelquefois la maladie prend le caractère d'une autre affection , tel que celui d'adynamie, d'ataxie,etc. On ne doit jamais avoir égard à la fièvre , quand elle n'est que simplement concomitante.

L'autopsie cadavérique a montré diverses altérations de la membrane muqueuse, telles que rougeur plus ou moins grande , gonflement, quelquefois de petits ulcères, qui sont assez communs lorsque la maladie devient chronique. Un carac-

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1ère particulier de la dysenterie est la de'jection par Fanus de membranes plus ou moins larges et plus ou moins e'paisses , qui présentent quelquefois la forme des intestins : c'est ce qui avait fait dire aux anciens que l'on rendait des portions d'intestin. Il est incontestable que ce ne sont point des intestins , mais bien de fausses membranes formées par le même me'canisme que celles qu'on trouve dans l'estomac à la suite des empoisonnements par l'acide nitrique.

La dysenterie aiguë ne se termine pas toujours aussi avantageusement que nous l'avons supposé. Quelquefois elle devient chronique : alors il y a rémission de tous les symptômes aigus; le dévoiement seul se maintient, et dure plus ou moins long-temps. D'autres fois, le dévoiement chronique survient spontanément, avec une douleur très peu intense, souvent nulle, mais des déjections f i équentes , tantôt de mucosité , tantôt d'eau simple; ordinairement il y a trouble des autres fonctions, prostration des forces, sécheresse de la peau , urine rare , marasme. Les malades finissent par succomLer. Ces affections sont très communes dans les hôpitaux.

Le catarrhe des intestins est essentiel dans tous les cas dont nous avons parlé; mais d'autres fois il est purement sympathique, comme dans les fièvres ataxiques et adynamiques , où la

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maladie parcourt ses pe'riodes comme à Tordinaire.

Il est d^autres maladies qui donnent à la membrane interne des intestins un aspect semblable à celui qu'elle a dans les catarrhes chroniques : c'est la chute du rectum et le volvulus. Les enfants sont fréquemment exposés à ces maladies. Souvent la membrane interne s'épaissit et devient rouge ; en général tous les engorgements de la membrane muqueuse des intestins présentent ce même phénomène. La membrane interne peut aussi être le siège de tubercules squirrheux; dans les intestins grêles, on les observe souvent après les dysenteries chroniques.

Un malade , après avoir beaucoup bu dans une chaleur extrême, ressentit une colique assez violente , qui se passa , et revint au bout de huit jours, avec tous les symptômes de la dysenterie; deux jours après tout disparut, excepté le dévoiement. Un mois ensuite il se présenta à THôtel- Dieu. Les douleurs, qui l'avaient quitté, reparurent bientôt d'une manière intense; il se plaignait surtout de l'hypochondre droit et de la région de la vessie. On prit cette maladie pour une dysenterie chronique. Le malade tomba dans un marasme extrême. Durant les deux derniers jours il survint une péritonite qui l'emporta bientôt. A l'ouverture du cadavre, on trouva Tabdomen phlo-

gose 5 une matière ichoreuse s'était épanchée , des taches grisâtres paraissaient sur les intestins grêles , et d'espace en espace on y trouvait de petits tubercules squirrheux, ulce'rës du côte de l'intestin, qui formaient une saillie dure en dehors ; il y avait de plus rétrécissement marqué dans quelques portions du canal.

Dans certains cas de même genre, il se fait des éruptions à la surface de l'intestin.

Les intestins peuvent encore se couvrir d'aphthes qui ne diffèrent en rien de ceux des autres surfaces muqueuses.

Le cancer des intestins se manifeste surtout dans les gros; il est plus rare que celui de Testomac. Rarement il circonscrit toute la portion d'intestin qu'il affecte , ce qui fait qu'il ne forme point de bourrelet comme au pylore. La portion malade perd toute son extensibilité. Quel que soit son siège, ce cancer présente la même disposition qu'à l'estomac. D'abord nulle altération des membranes fibreuse et séreuse, mais quand la maladie a fait des progrès , toutes s'entreprennent ; les veines deviennent variqueuses , quelquefois il se fait une rupture de Finte^stin, et les aliments tombent dans le péritoine ; il y a douleur fixe de la partie , hémorrhagie par les selles , dévoiement habituel , vomissement par mouvement antipéristaltique.

A rextremitë du rectum, les cancers présentent quelques particularités : on les connaît sous le nom de squirrhes. Quoique souvent on confonde plusieurs tumeurs différentes sous ce nom , telles que les hémorrhoïdes endurcies, les symptômes du cancer sont faciles à distinguer. Souvent les squirrhes sont produits par le vice vénérien. Quelle qu'en soit la cause, ils commencent par une pesanteur et un ténesme violent ; les selles deviennent de plus en plus difficiles , et elles sont sanguinolentes , ce qui tient à un le'ger de'chirement de l'intestin. Ces he'morrliagies caractérisent les cancers de toutes les membranes muqueuses. La difficulté d'aller à la selle augmente : les excre'ments sont moule's sur la forme de la tumeur ; enfin il est presque impossible de les rendre. Outre ces symptômes on peut encore s'assurer de l'existence de la maladie par le toucher , en portant le doigt dans le rectum , et dans le vagin , chez la femme. Ces affections cèdent quelquefois à une compression me'thodique; souvent aussi les malades en périssent. L'autopsie cadavérique montre que, dans le commencement de la maladie, la membrane interne n'est pas affectée, et que les tuniques sousjacentes présentent alors un volume assez considérable. A mesure que la maladie avance , elles se réunissent et forment une masse qui remonte assez haut. Les parois intestinales

sont épaissies par les progrès du mal, le tissu cellulaire environnant et les organes voisins, tels que la vessie et la matrice , s'entreprennent : il en re'sulte une masse ulcére'e et informe dansr laquelle toutes les parties sont confondues.

\]hèmorrhagie de la membrane muqueuse des intestins s'observe rarement, et, quand elle a lieu, elle est ordinairement symptomatique , comme dans la dysenterie. Cependant^ elle est quelquefois essentielle chez certaines femmes, par la suppression des règles : dans ce cas, la membrane muqueuse est intacte.

La dilatation des intestins peut dépendre du regorgement des matières fëcales , disposition très commune dans le rectum^ chez les vieillards, à cause de la faiblesse de cet intestin. L'absorption qui se fait sans cesse , rend les matières encore plus dures.

L'accumulation de l'air peut aussi distendre les intestins : on la nomme tjmpanite. Tous les auteurs en ont parle', sans bien connaître cette maladie. Ils en ont fait diverses espèces, dont ils ont assigné le siège tantôt dans le tissu cellulaire voisin des intestins, tantôt dans la cavité péritonéale , tantôt enfin dans les intestins. Cette dernière espèce seule existe. Dans la tympanite, il y a deux choses à considérer, d'abord la cause qui produit les gaz, puis celle qui les retient dans les

intestins. Quant à la première , ce sont sans doute les aliments qui dégagent plus ou moins d^air, lequel s e'chappe ordinairement par l'anus. La nature de ces gaz varie , mais leur base est Thydrogène sulfure'. La cause qui les retient paraît être Tatonie des fibres musculeuses, qui ont été trop distendues. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la digestion peut se faire pendant un certain temps, sans que cet amas de gaz s'échappe.

Le rétrécissement des intestins, phénomène contraire, se remarque dans trois circonstances; on l'observe à la fin d'une longue abstinence ; il petit être l'effet d'une maladie particulière; mais le plus souvent il est produit par l'anus contre nature, auquel cas les matières sortent sans une élaboration parfaite. Les intestins peuvent prendre un calibre extrêmement petit, sans jamais s'oblitérer.

La seconde membrane muqueuse s'enfonce dans les parties génitales , d'où elle va, chez l'un et l'autre sexe^ tapisser la vessie et les parties environnantes, outre le vagin et la matrice chez la femme. Ses affections sont d'autant plus fréquentes qu'on l'examine plus près de son entrée.

ARTICLE XIV

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