DE L APOPLEXIE
U apoplexie est une maladie bien mieux connue, et qui appartient exclusivement au cerveau. Elle n'attaque jamais la jeunesse, elle sévit particulièrement sur la vieillesse où toutes les parties tendent à se paralyser. Les causes qui la produisent sont un genre de vie mou , un tempérament pléthorique, la bonne chère : on a dit aussi que ceux qui avaient le cou court y étaient plus exposés; mais cette disposition ne semble ainsi qu'à raison de lépaisseur des parties molles du cou. L'apoplexie semble aussi être héréditaire : tantôt elle se déclare à la suite d'une passion vive, telle que la colère , ou après un repas copieux ; par une longue contention d'esprit, par la suppression des évacuations habituelles , l'usage très fréquent des narcotiques ; souvent même elle survient d'une manière spontanée. L'état de pléthore, que l'on a si souvent regardé somme une cause prédisposante . semble être un mot vague ; en
effet j ii est extrêmement difficile de déterminer Tëtat de surabondance du sang, soit par la rougeur de la face , qui souvent se manifeste , même dans Tëtat de cacochymie , comme on voit dans la phthisie, soit par la grandeur et la fréquence du pouls , qui peuvent se manifester dans une infinité de circonstances comme'moratives. L'asphyxie, qui lui ressemble aussi dans ses symptômes, a son siège essentiel dans le poumon. L'ivresse et le narcotisme ont aussi quelquefois du rapport avec cette affection. La catalepsie porte seulement sur les muscles de la vie animale : pendant l'accès les membres gardent l'attitude qu'on leur donne. Dans les fièvres ataxiques il y a aussi des phénomènes cérébraux, mais point de paralysie , irrégularité de chaleur et atitres symptômes qui les font distinguer. L'épilepsie a encore quelque chose de semblable à l'apoplexie.
Il est essentiel de savoir s'il y a une différence réelle entre une attaque d'apoplexie et une attaque de paralysie; il paraît que non, La paralysie i:i'est jamais une maladie essentielle, c'est seulement un symptôme de la lésion des nerfs. L'hémiplégie est presque toujours la suite de l'apoplexie; mais il est des muscles plus ou moins susceptibles de se paralyser dans ce cas. Ce sont surtout les muscles de la face et ceux des extrémités : quant à ceux du tronc ils y sont peu exposés. Quand ces
hémiplégies sont produites par le cerveau, elles arrivent de diverses manières. Quelquefois il survient auparavant un trouble des sens, un fourmillement des membres, enfin une hémiplégie complète ; quelquefois elle survient tout- à-coup. Quand Je malade est revenu du trouble des fonctions cérébrales, la paralysie reste : ces paralysies ne sont que des degrés d'apoplexie. Ces deux maladies disposent l'une à l'autre : on en a deux ou trois attaques , puis l'on y succombe. L'apoplexie survient souvent d'une manière subite; d'autres fois il y a des symptômes précurseurs de quelques jours, somnolence, débilité des muscles, fourmillement des membres , vertiges , etc.; bientôt arrive une attaque manifeste. Au bout de quelques jours il y a des symptômes bien caractérisés , que l'on peut diviser en communs et en propres. Quant aux signes propres, ils s'observent dans les fonctions des sens, les fondions cérébrales et dans les mouvements. Pour ce qui concerne les sens, les yeux sont fixes , la pupille est dilatée; tous les autres sens sont abolis; cependant le tact général jouit encore d'une certaine action, et les stimulants déterminent des mouvements comme chez un homme endormi. Les fonctions intellectuelles sont absolument anéanties; les mouvements sontplus oumoins troublés. Ordinairement il y a hémiplégie, comme nous l'avons dit , rarement paralysie générale.
Quant aux symptômes généraux , on dit que le malade a une disposition plus grande à se coucher du côté affecte; quelquefois le pouls est extrêmement fort , d'autres fois fe'tat de fréquence n'est pas très marque'. Ordinairement il y a rougeur et même lividité de la face ; quelquefois elle n'existe point , ou tient au genre de mort. La respiration 5 la plupart du temps , est slertoreuse ; ce qui tient sans doute à la paralysie des muscles du larynx : celte disposition va toujours croissant. Quant à la digestion , souvent il survient un embarras gastrique, du vomissement 5 ces symptômes disparaissent vers le troisième jour; souvent il y a des déjections involontaires, ce qui est toujours un signe funeste. Les exhalations varient singulièrement ; le plus souvent il y a de la sueur. Dans les sécrétions , ce sont surtout les glandes salivaires qui sont affectées ; le malade rejette la salive mêlée d'air. Quant à la chaleur, on n'observe point ses irrégularités comme dans les fièvres ataxiques; souvent il y a complication d'adynamie. La durée des symptômes de l'apoplexie varie singulièrement ; quelquefois ils cessent au bout de vingtquatre heures , le plus souvent c'est au bout de trois ou quatre jours : ils se terminent ordinairement ou par la mort ou par la paralysie. Les accidents ne sont pas aussi intenses dans tous les instants. Quand le malade échappe à la mort, or--
dinairement il reste un trouble des fonctions cérébrales; tantôt c'est lame'moire, tantôt le jugement ; quelquefois il y a une véritable manie ; le plus souvent ces le'sions portent sur le mouvement, et produisent la paralysie, comme nous Favons déjà dit : cçtte dernière peut disparaître peu à peu. Les accès récidivent ordinairement , surtout chez les personnes replètes.
On a fait, pour Fexamen de celte maladie, un grand nombre d'ouvertures cadavériques, et on a trouvé diverses altérations dans le cerveau. Il faut bien les isoler de celles qui ne sont pas relatives à cet organe, comtne les ossifications des membranes et des vaisseaux. Le cerveau présente souvent des altérations^ surtout dans ceux qui ont succombé à l'apoplexie ; mais il est assez commun aussi de n'en rencontrer aucune. Il n'est pas un signe extérieur qui puisse permettre de prononcer d'une manière certaine qu'il y a épanchement; seulement la somnolence, la respiration sterto-reuse,etc., peuvent le faire conjecturer. L'épanchement peut se faire dans diverses parties : rarement on le trouve à l'extérieur; c'est toujours dans la substance du cerveau, du cervelet, ou de la protubérance annulaire qu'on le trouve le plus communément: dans le cerveau c'est vers la couche des nerfs optiques. On dirait que sa substance est déchirée, sans qu'on aperçoive l'orifice d'aucun
vaisseau , car dans cette partie il ne se répand que des capillaires. Quelquefois repanchement est ënorme, les circonvolutions sont presque toutes efface'es par la pression. Si Ton rencontre du sang dans le ventricule, ce n'est que par rupture qu'il s'y est introduit. Rarement les e'pancbements se font dans le cervelet, et plus rarement dans la moelle alongee. On doit observer que plus repanchement est près de la convexité, plus les malades re'sistenl long-temps à cet accident. Ils peuvent quelquefois y survivre vingt ou trente jours. L^épanchement séreux ne se fait point comme le sanguin. Il arrive toujours dans les ventricules, ou à l'extérieur du cerveau ; c'est ordinairement dans la pie-mère qu'il se rencontre , et non dans l'arachnoïde , quand ils sont à la surface du cerveau; mais quand ils sont dans les ventricules, c'est toujours dans la dernière membrane. Ils sont parfois si considérables , qu'ils compriment le cerveau. C'est ordinairement une sérosité pure. L'apoplexie séreuse et la sanguine sont impossibles à distinguer dans l'état de vie, car elles sont des symptômes communs. Quelquefois on les rencontre toutes les deux à la fois. Il paraît que ce qui détermine réellement l'apoplexie est une disposition particulière du cerveau que nous ne voyons point, et à laquelle l'épanchement, tant séreux que sanguin j n'est qu'accessoire; car sou-*-
vent dans ces cas on n'a rencontré aucune lésion apparente du cerveau. Cette disposition de ce dernier organe serait analogue à celle qui produit la fièvre ataxique. Il est encore bien d'autres maladies où il survient un épanchenient ; ce qui prouve de nouveau que ce n'est qu'un accident conséculif. On ne doit pas non plus Fattribuer, comme les anciens, à Faction du cœur , qui , par sa violence , déterminé la rupturedes vaisseaux encéphaliques : s'il en était ainsi j toute la face se trouverait dans le même cas.
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