DISCOURS PRELIMINAIRE
La médecine a deux buts généraux, la connaissance des maladies , et leur guérison. Sous ce dernier rapport, il en est peu de réellement soumises à l'empire de la médecine, et ce n'est qu'au premier objet que l'analomie pathologique se rapporte.
Les maladies doivent être comprises dans deux classes : celles qui affectent l'habitude générale du corps, et celles qui n'attaquent qu'un organe en particulier. Les premières ne sont point du ressort de l'anatomie pathologique. Toutes les diverses espèces de fièvres causent une affection générale, sans que pour cela , le plus souvent, aucun organe en soit particulièrement lésé. La connaissance des maladies générales diffère essentiellement de celle des maladies organiques : pour celles-là , l'observation suffit; dans celles-ci, au contraire, on a l'observation et l'ouverture des cadavres. Voilà ce qui fait que la connaissance des maladies géné-
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raies a'est fondée que sur certains signes qui ne se rallient à rien. Telle est l'ëtiologie des fièvres et d^autres maladies semblables : toutes les distinctions, classifications qu'on en a faites, suivant les saisons, les humeurs, etc., sont évidemment vicieuses. Leur nosographie pre'sente une difficulté extrême.
Il n'en est pas de même des maladies locales, que l'on peut classer suivant le caractère de la lésion de l'organe affecté. Leur diagnostic est infiniment plus facile que celui des premières, parcequ'il existe un moyen de plus pour les connaître, l'ouverture des cadavres; et ce n'est que depuis que l'on s'y livre que l'on peut se flatter d'avoir fait des progrès dans la connaissance de ces maladies. Tant que l'on s'est borné à la simple observation des symptômes , on sait quelles erreurs il en est résulté. Prenons pour exemple la consomption* On Ta considérée d'abord comme une maladie essentielle, avant qu'on eût recours à l'autopsie cadavérique ; depuis , on a vu que le marasme n'était qu'une maladie consécutive et symptomatique de l'affection d'un organe. La jaunisse a été long-temps regardée par les médecins comme une maladie essentielle; l'autopsie cadavérique a encore démontré que l'affection regardée comme primitive n'était réellement que consécutive à diverses altérations du foie, dont elle est
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loujours le symptôme. Il en a été de même des hydropisies, qui, regardées long-temps comme des affections essentielles , n'ont jamais e'të que le produit des maladies organiques. C'est donc l'ignorance des affections organiques, produite par le deTaut d'ouverture des cadavres , qui a fait que les anciens médecins se sont trompe's sur la plupart des maladies; ainsi Cullen, Sauvages, ont erré dans leurs classifications.
Ce n'est pas que les symptômes ne soient très avantageux dans l'examen des maladies organiques; mais pour une classification méthodique il faut éviter tout ce qui n'est qu'accessoire; une nosographie fondée sur l'affection des organes sera nécessairement invariable. C'est encore à Toubli de l'ouverture des cadavres que l'on peut attribuer les raisonnements h j^pothétiques des anciens sur l'atrabile , la pituite, les acres, etc. ; substances imaginaires qu'ils n'avaient jamais vues, mais qu'ils avaient inventées. Les solides ont aussi été l'objet de ces principes erronés : tout gonflement était traité d'obstruction , tout engorgement était un squirrhe.
Les médecins n'ont jamais suivi la marche naturelle que nous indiquons; un coup d'œil rapide sur les progrès de la médecine nous le prouvera.
On peut distinguer deux classes de médecins, ceux qui ont seulement observé, et ceux qui à