DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Tobservalion ont joint Fautopsie cadavérique. Les premiers sont en grand nombre; les derniers sont peu nombreux, et ne se rencontrent guère que dans le siècle dernier. Hippocrate, Celse, Aretee, et tous les auteurs grecs, se sont contente's d'observer les symptômes; aussi la plupart de leurs maladies sont-elles mal décrites.
Après les Grecs, les médecins se partagèrent en deux sectes: les empiriques, qui traitèrent suivant Fexpérience, et les dogmatiques, qui s'attachaient aux symptômes. Aucun, parmi les uns et les autres , n'a fourni d'autopsies cadavériques. Il en est de même des Arabes , qui n'ont t'ait que copier les Grecs. Cinq ou six siècles s'écoulèrent sans aucun progrès de la médecine. A son renouvellement, on commenta de nouveau les Grecs; puis vint la secte des chimistes : Paracelse , Van Helmont , expliquèrent tout par la fermentation. Sydenham s'en tint à l'observation des symptômes. Ensuite parurent Stahl et Boerhaave. Les médecins qui les ont suivis dans les derniers siècles , et surtout ceux de Montpellier , n ont que rarement eu recours à l'examen des cadavres. Ce fut vers le milieu du dix-septième siècle que les chirurgiens recoururent les premiers à l'examen anatomique. Les médecins adoptèrent cette méthode. Bonnet fit un recueil d'observations, mais plein de fausses théories.
DISCOURS PKÉLlMlNAmE. 5
Morgagni parut après lui , créa réellement la science pathologique, et la pgrta du premier pas jusqu'à la perfection; aussi son ouvrage sur les maladies chroniques est-il un chef d'œuvre. Plusieurs ont voulu écrire sur la même matière ; Lieutaud particulièrement , mais son ouvrage est bien au-dessous de celui de Morgagni. Portai et Vicq-d'Azir ont aussi brillé dans ce genre, et l'article de V Encyclopédie fait honneur au dernier.
Cette pratique de l'inspection cadavérique est celle que l'on suit dans toute l'Europe de nos jours.
CONSIDÉRATIONS SUR l' AUTOPSIE CADAVERIQUE.
Avant d^ëtablir des préceptes sur Touverture des cadavres, il faut examiner les diverses altérations que produisent dans les parties les diverses maladies. En effet, pour peu que Ton ait observe' quelques cadavres, on a vu que Fétat des organes, tant internes qu'externes, varie suivant les affections qui ont produit la mort. On peut à cet égard distinguer trois espèces de mort : la mort subite , celle qui arrive par maladie aiguë , et enfin celle qui suit une maladie chronique.
Dans la mort subite , presque aucune altération ne £e manifeste, tant dans les organes externes que dans les internes ; presque toujours la maladie est concentrée dans le cerveau, le cœur, ou le poumon : tels sont Tasphyxie , la syncope, les empoisonnements, etc.
Les muscles sont rouges , d'une fermeté égale à celle de Tétat naturel; la peau ferme , les yeux saillants ; les surfaces muqueuses , souvent même les joues, restent colorées ; l'expression de la phy-
SUR l'autopsie CIDAVÉRIQUE. 7
fiionomie se conserve; en un mot, l'aspect de tous les organes diffère essentiellement de celui qu'ils pre'sentent lors des maladies chroniques.
La seconde espèce de mort commence à influer davantage sur Taspect cadave'rique. Toute maladie aiguë altère toujours plus ou moins sensiblement les parties; il en est même dont les effets sur le cadavre sont semblables à ceux des maladies les plus longues ; tous les solides sont alte'rés , presque deîcompose's : telles sont les fièvres pestilentielles, etc.
Quand les maladies aiguës commencent à traîner en longueur, alors la graisse est absorbée, la sérosité abonde, et les phénomènes sont bientôt semblables à ceux des maladies chroniques. Cependant on doit observer que les organes les plus altérés sont ceux où la nutrition est plus active dans Fétat sain, et que ceux qui jouissent au contraire d'une vitalité obscure ne sont pas sensiblement lésés ; tels sont les tendons, les aponévroses.
Enfin le troisième genre de mort, produit par le& maladies chroniques, change totalement l'état des organes sur le cadavre. Leur parenchyme se trouve ordinairement altéré profondément, surtout quand la mort s'est fait attendre long-iemps; ils présentent une flaccidité étrangère à l'état ordinaire; les altérations portent aussi sur les tendons et les aponévroses , qui jaunissent.
Telles sont en ge'neral les diverses influences des maladies nécessaires à connaître sur le cadavre.
On devra bien se garder de prendre pour le produit de la maladie ce qui n'est que Feffet du genre de mort. Cependant autrefois on est tombé dans cette erreur; ainsi , dans les fièvres inflammatoires on recherchait pour l'ordinaire avec soin les engorgemens du cerveau, mais sans réfle'chir qu'ils étaient déterminés par l'état du poumon à l'instant de la mort; si, par exemple , le malade avait été affecté d'une longue difficulté de respirer, et qu'on vînt à trouver le cerveau engorgé , on ne manquait pas d'attribuer cet engorgement à la maladie, quoiqu'il en fût absolument indépendant.
Si le malade est mort dans une syncope, on trouve manifestement le cerveau vide de sang.
11 en est de même de tous les organes ; souvent la disposition où on les trouve ne vient que de l'état où était le sujet à l'instant de la mort. Quelquefois aussi la maladie peut l'avoir produite, mai^ nous ignorons cette circonstance.
La lividité et la coloration de la face peuvent encore être rangées dans le nombre de ces phénomènes. On doit également connaître les changements que la mort apporte dans les organes malades: les tumeiu's inflammatoires, qui dans l'état de vie sont rouges et proéminantes , se résolvent