I. Chapiteau du tibia composé. — Rotule tibiale
Homme et groupe anthropomorphe. — Constitué par l’Homme, l’Orang, le Chimpansé, le Gorille et les Gibbons, ce groupe offre dans son membre supérieur des caractères géométriques qui n’appartiennent qu’à lui et que j ai déjà indiqués ailleurs 1 . Dans ce groupe , l’axe du col de l’humérus et celui de la trochlée humérale sont sensiblement dans un même plan perpendiculaire au plan vertébro-sternal 2 . L’olécrâne est caractéristique : aplati d’arrière en avant , sa plus grande largeur est de dedans en dehors ; le sommet se recourbe légèrement d’arrière en avant 3 , comme on le voit sur la fig. 1 de la planche Y, qui représente le coude d’un Gorille femelle. Les mouvements de circu induction, conséquence de la direction de Taxe du col de l’humérus, caractérisent également le groupe anthropomorphe et ne se retrouvent plus en dehors de ce groupe. Le radius et le cubitus étant complètement indépendants l’un de l’autre , le mouvement de supination est complet, puisque le pouce décrit une demi-circonférence. On voit que les dispositions géométriques du membre supérieur et leurs conséquences suffisent, avec 1 aplatissement antéro-postérieur de l’olécrâne , pour caractériser le groupe naturel dont l’homme fait partie.
Au genou, le fémur s’articule uniquement avec le chapiteau du tibia ; le péroné ne s’élève pas à la hauteur des surfaces articulaires ; il est complètement distinct. La rotule est plane, sensiblement triangulaire, et non pas ovalaire ou massive, comme dans le reste de la série.
Quadrumanes non anthropomorphes.— L’ olécrane est aplati de dehors en dedans et non plus d avant en arrière, comme dans le groupe précédent.
1 Mémoires de 1 Académie de Montpellier, in-4° (Médecine), tom. II, pag. 485. Annales
des sciences naturelles (Zoologie), 4e série, tom. VIII pag. 60
2 Ibid., fig. 6.
3 Dans 1 Orang et le Gorille, l’olécràne est relativement plus épais et plus tuberculeux que dans l’Homme, mais la forme est la môme.
Dans les Semnopithèques ( fig . 2) et les autres Singes frugivores, cette apophyse est longue, grêle et unie; mais dans les Singes carnassiers ou Cynocéphales (fig. 4), elle se prolonge en arrière et devient inégale et tuberculeuse; dans les mouvements de supination, le pouce décrit une demicirconférence, comme celui de l’Homme. La rotule est ovalaire ou elliptique (fig. 5), le péroné complet et surmonté quelquefois de sésamo'ides. Mais dans les Makis on observe pour la première fois une tendance du péroné à se fondre dans le tibia , et chez le Tarsier ( Tarsius spectrum Geoff.) , il est très-grêle et égale seulement la moitié supérieure du tibia .
Carnassiers. — Cet ordre est caractérisé par un olécrane épais, tuberculeux , fortement recourbé en avant et muni d’un crochet interne c recourbé en dedans comme dans le Lion (fig. 5) ; ces caractères, dont l’indication se trouve déjà dans l’olécrâne des Singes cynocéphales , sont propres aux animaux carnassiers dont le triceps brachial très-développé s’insère fortement à l’apophyse olécranienne : chez le Tigre royal comme chez le Lion , ce crochet se continue avec une crête rugueuse t qui règne tout le long du bord interne de l’olécràne. Dans le Kinkajou potto ( Cercoleptes caudivolvus ), Plantigrade grimpeur, l’olécrâne est gros, mais nullement tuberculeux. Le radius et le cubitus sont complets et distincts dans cet ordre tout entier ; les mouvements de supination nuis comme dans les Chiens, ou incomplets comme dans les Chats.
Au genou, le fémur s’articule avec le tibia seulement ; la rotule est étroite, ovalaire, mince et plate comparée à l’olécrâne. Le péroné est souvent surmonté de sésamoides (Ex. : Ours, Civette, Mangouste ( Herpestes ), Putois). Dans la Loutre, le péroné se termine en haut par un fort crochet recourbé en arrière et en bas ; exactement comme chez le Castor (voy. fig. 7) et le Desman, animaux également amphibies, mais appartenant à des ordres différents.
Insectivores. — Dans ce groupe et dans le suivant, les modifications des deux articulations deviennent plus nombreuses et plus variées. Chez la Taupe et le Desman de Moscovie (Sorex moschatus L.), la portion de l'olécrane o (fig. 6) qui surmonte la face articulaire est très-longue et recourbée en arrière et en dedans ; dans le Chrysochlore du Cap, cette apophyse, recourbée également en dedans, égale la moitié de la longueur du cubitus tout entier. Cette forme et ce développement sont propres aux Insectivores fouisseurs;
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car dans le Macroscelide (Rhinomys jaculus Licht.) l’olécràne est droit et non recourbé au sommet en arrière, comme dans les précédents. Le cubitus est tantôt libre (Ex. : la Taupe et les Insectivores fouisseurs), tantôt soudé plus ou moins avec le radius, comme chez le Hérisson et le Macroscelide. Les mouvements de supination sont donc complètement abolis chez ces animaux.
Au genou, nous trouvons une rotule longue et ovalaire, rappelant les formes de l’olécrâne dans les genres fouisseurs. L’articulation du péroné avec le tibia est au niveau de la face articulaire externe du tibia, et quelquefois (Desman de Moscovie, Taupe, etc.) elle s’articule avec la face externe du condyle péronéal du fémur ; c’est, la première indication d’une disposition qui atteindra tout son développement dans les Masurpiaux inférieurs. Le péroné se soude toujours plus ou moins avec le tibia ; dans ses deux tiers inférieurs (Hérisson, Macroscelide); dans les trois quarts (Taupe, Desman, Musaraigne de l’Inde, Macroscelide de Rozet, etc.).
Rongeurs. — Sous le point de vue des articulations qui nous occupent, les Rongeurs ont la plus grande ressemblance avec les Insectivores ainsi le Rat-taupe des dunes ( Bathyergus maritimus ) présente l’organisation des Desmans. Chez les Écureuils et les Marmottes, le cubitus et le péroné sont tous deux complets. Les grands Rongeurs: Pacca (Cœlogenys) , Cabiai (Hydrochærus) , Viscache ( Logostomus ), Agouti ( Chloromys ), Porc-épic (. Hystrix ), ont des olécranes longs et comprimés latéralement et la crête du cubitus bien marquée. Les rotules sont étroites, allongées, ovalaires, et le fémur s’articule plus ou moins avec le péroné. Dans le Cobaye (' Qavia ), le radius et le cubitus sont unis par une lame osseuse ; le péroné, qui s’articule avec le fémur, se confond avec le tibia dans son tiers inférieur. Le Castor a un olécrâne droit dans le prolongement du cubitus avec un tubercule en haut et en dedans; la rotule est triangulaire. Le péroné, muni, comme celui de la Loutre , d’un long et fort crochet (/%. 7) dirigé en bas et en dehors, se soude dans son quart inférieur avec le tibia. Dans la Souris, le cubitus est distinct et séparé ; le péroné se confond avec le tibia dans ses deux tiers inférieurs. Enfin, dans le Lagotis criniger , le cubitus est complet ; mais pour la première fois dans la série animale, nous voyons le péroné avorter complètement. Les Écureuils volants ne présentent pas une grande uniformité d’organisation : ainsi le Pteromys petaurista a l'olécrane ordinaire
des Rongeurs, tandis que celui de Y Anomalurus Peltei Temm. est large, aplati transversalement, et porte à son bord postérieur le ligament du parachute ; la rotule est étroite, le péroné articulé avec le fémur. On observe un ou plusieurs sésamoïdes péroniers dans l’Agouti, le Lièvre , la Viscache , le Chinchilla, la Gerbille, le Pacca, Y Anomalurus, et les mêmes animaux présentent un crochet olécranien dirigé en dedans, comme celui des Carnivores.
Édentés. — Dans l’A'i (Bradypus tridactylus ') et l’LJnau ( B . didactylus -), l’olécrâne est presque droit, le radius et le cubitus longs, grêles et écartés l’un de l’autre, la supination complète ; à la jambe, le tibia et le péroné sont également distincts, le fémur s’articule avec le tibia seulement , la rotule est étroite. Les os, beaucoup plus massifs et plus rapprochés , présentent des dispositions analogues dans le Tamanoir1 2 3, le Pangolin à courte queue4. L’olécrâne droit, épais et long, est muni d’un crochet postérieur qui rappelle celui des Taupes et des Desmans, animaux fouisseurs comme les Pangolins. Dans le Tatou noir 5 et l’Oryctérope6, i’oléorâne égale en longueur la moitié du corps du cubitus ; le fémur s’articule en dehors avec le péroné, qui, dans le second de ces deux animaux, se confond inférieurement avec le tibia.
Pachydermes . — Le plan dans ces animaux est très-uniforme. Les deux os de l’avant-bras et de la jambe sont complets et distincts ; mais au membre antérieur, c’est le cubitus qui est le plus gros ; au membre postérieur, c’est le tibia7. Chez l’Hippopotame du Sénégal, le péroné n’est guère plus fort que chez l’Homme; le tibia est énorme. Dans les Éléphants et les Mastodontes, le radius est grêle, comparé au cubitus. Mêmes rapports, quoique moins accentués, dans le Cochon ; l’olécrâne est long, droit et épais ; la rotule également épaisse et comprimée latéralement
Solipédes. — Réuni jadis aux Pachydermes, ce petit groupe s’en distingue
1 Cuvier; Ossements fossiles, pl. 205.
2 Ibid., pl. 208.
3 Ibid., pl. 210.
^ Ibid., pl. 209.
3 Ibid., pl. 211.
B Ibid., pl. 213.
7 Voyez ma Comparaison des membres, in-4°, fig. 18, 19, 20, 21 et 22; et Cuvier; Ossements fossiles, pl. 7, 23, 30, 39, 66 et 69.
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parla structure des deux articulations qui nous occupent, et se rapproche des Ruminants. Dans le Cheval, l’Ane et le Dauw ( Equus Burchellii ), l’olécràne {fig. 8) est droit, prolongé en arrière, suivant la direction du corps du cubitus; celui-ci se fond dans le radius. La rotule {fig. 9) est épaisse, triangulaire; la crête du tibia saillante , recourbée en dehors; le péroné stylo'ide.
Ruminants. — Les membres n’étant que des colonnes de sustentation, dans cet ordre comme dans le précédent , il semblerait que le plan des deux articulations devrait être le même; il n’en est pas ainsi. En effet, dans aucun autre groupe de Mammifères, nous ne trouverons des avortements aussi complets, et par conséquent des hypertrophies aussi considérables. Dans le Dromadaire , le cubitus se perd dans le radius ', vers le tiers de sa longueur ; l’olécràne est épais, tuberculeux et droit ; la rotule elliptique, étroite, allongée; la crête du tibia bien marquée ; le péroné nul. Mêmes dispositions chez le Lama et la Girafe; seulement , dans celle-ci, le cubitus est en haut un peu séparé du radius. Dans l’Élan, le corps très-grêle du cubitus est distinct du radius, la crête du tibia très-proéminente, le péroné réduit à un tubercule. Le Cerf à bois gigantesques ( Cervus giganteus jBlum. ) des tourbières d’Islande 1 2, espèce éteinte , mais probablement contemporaine de l’homme , a un olécrane grand, large, comprimé latéralement; le cubitus est grêle et soudé avec le radius dans ses deux tiers inférieurs. Au genou, la rotule est triangulaire, bosselée, épaisse, la crête du tibia saillante, courbée et dehors; le péroné nul. Le Cerf d’Aristote, le Renne, la Biche, l’Axis, le Bœuf, le Buffle, le Bison, la Chèvre , présentent, avec de légères modifications, un ensemble analogue.
Pinnipèdes. — L’ordre linéaire nous force à passer d’un ordre exclusivement terrestre à un autre essentiellement amphibie. Dans les Phoques {Phocajubata , P. groenlandica, P. cristata, P. monachus )3 , le membre antérieur est dans la demi-supination. L’humérus est court , le radius et le cubitus arqués, aplatis de dehors en dedans ; l’olécrâne {fig. 10), large, quadrilatère, comprimé latéralement, est surmonté d’une crête se terminant en
1 De Blainville; Ostéographie, genre Camelus, pl. 1, et mon Mémoire, in-4°, fig. 25 et 26.
- Cuvier; Ossements fossiles, pl. 169
3 Ibid., pl. 218.
arrière par un crochet. La jambe se fléchit en dehors. La rotule (/^.ll)est triangulaire, petite, difforme. Le fémur s’articule avec le tibia et le péroné, qui est complet et distinct comme le cubitus. Avec des formes plus massives, le Morse ' est construit ostéologiquement sur le même plan que les phoques.
Cétacés. — Chez les Cétacés supérieurs, les membres antérieurs, les seuls qui subsistent, ressemblent à ceux des Pinnipèdes. Le Lamantin (fig. 12) d’Amérique ( Manatus australis ) et les Dugong1 2 ont un olécrane moins large que celui des Phoques ; il est tuberculeux et sans crête ni crochet ; le radius et le cubitus s’unissent à leur partie inférieure. Les os des Hyperoodons (fig. 15) sont plus gros et plus uniformes que ceux des Lamantins. L’humérus ne présente plus à sa face inférieure ni trochlée ni condyle , mais seulement deux facettes articulaires planes et inclinées en sens inverse. Un olécrane plat, comprimé, semi-cartilagineux, s’élève au-dessus delà facette postérieure et se recourbe en arrière comme celui des Phoques. Le radius etle cubitus sont aplatis, séparés et sensiblement de même volume. Dans le Dauphin à tête globuleuse ( Delphinus globiceps ), l’olécrâne o (fig. 14) n’est pins qu’un petit crochet recourbé en arrière et en haut. Dans le grand Dauphin souffleur, cette apophyse se réduit à un tubercule dirigé en arrière. Enfin, dans le Rorqual3 ( Rorqualus longimanus ), l’olécrâne n’existe plus; à sa place est une facette articulaire à laquelle se fixe le tendon du triceps. Dans la Baleine australe ( Balœna australis Desm.), nous trouvons un tubercule o (fig. 13) à moitié cartilagineux, qui s’insère à la fois à l’extrémité inférieure de l’humérus et à la partie supérieure du cubitus ; mais rien ne rappelle l’apophyse, que nous avons trouvée si constante dans tous les autres Mammifères.
Monotrêmes. — Représentés par l’Ornithorinque et l’Échidné, la structure ostéologique des articulations du coude et du genou offre chez eux les mêmes singularités que le reste de leur organisation. Je les ai déjà signalées
1 Cuvier; Ossements fossiles, pl. 219 bis.
2 Ibid., pl. 221, fig. 9, 10 et 11.
s Ibid., pl. 227, fig. 22.
DU COUDE ET DU GENOU
et interprétées dans mon Mémoire sur la comparaison des membres' . A l’extrémité antérieure, on voit un radius et un cubitus distincts, mais un olécrane double surmontant ce dernier ; à l’extrémité postérieure , une rotule tibiale correspondant à l’un des olécranes et une longue apophyse a surmontant le péroné et représentant le second; le fémur s’articulant avec les deux os, qui sont complets et séparés. Nous trouvons chez ces animaux une multiplication des parties qui restent simples chez les autres animaux. Le cubitus, dont le corps est beaucoup plus gros que lejradius, semble formé de deux cubitus accolés ensemble ; le péroné, également massif, n’a point été atrophié aux dépens du chapiteau du tibia, et porte une apophyse volumineuse qui représente les sésamoides péroniers des Carnivores et des Rongeurs1 2.
Marsupiaux. — Dans le Perameles nasuta Geoffr., l’olécràne est long, comprimé latéralement, la crête du tibia bien marquée, portant une rotule. Le fémur s’articule avec le tibia seulement, et on observe un sésamo'ide derrière le condyle externe du fémur. Ce sont les dispositions que nous avons observées jusqu’ici.
Chez les Kangourous et les Potoroos (Macropus , Halmaturus , Hypsiprimnus) le bras porte un olécrane droit un peu recourbé en dedans au sommet; le radius et le cubitus sont distincts. Au genou (fig: 17), un chapiteau du tibia à crête très-proéminente et un péroné grêle, nous démontrent que ce chapiteau est composé de la portion postérieure et supérieure du cubitus unie au radius. La rotule manque totalement ou bien se montre sous la forme d’un noyau cartilagineux perdu dans l’épaisseur du tendon du triceps ; au-dessus du péroné qui s’articule, avec le fémur, on remarque un os sésamoïde. Nous constatons chez ces animaux un état intermédiaire : la rotule disparaît, toutefois le tibia, muni de sa crête, contraste encore par son volume avec celui du péroné atrophié. Mais ici cesse le mode de composi-
1 Édition in-4°, pag. 502; in-8°, Annales des sciences naturelles (Zoologie), pag. 77; et UntersHchmigen zur Nalurlehre des Menschen und derTIiiere von Maleschott , tom.VI, pag. 35.
2 Cuvier; Ossements fossiles : Ornithorinque, pl. 215, fig. 1, 11 et 18; Échidné , pl. 214, fig. 1, 10, 11 et 18; et mon Mémoire, in-4°, fig. 32 et 33; in-8°, pl. 3, fig. 5 et 6.
0STÈ0L0G1E COMPARÉE
lion du genou que nous avons observé jusqu’ici, et désormais les deux articulations seront la répétition l’une de l’autre.