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CONCLUSION DES DEUX CHAPITRES PRÉCÉDENTS

T'heorie du cal.

La cicatrice des os fracturés, ou le cal, ne dépend pas exclusivement de l'épanchement d’un fluide particulier , qui se concrète et passe graduellement à l’état osseux; de l’ossification du périoste gonflé, allongé ; non plus que de celle de bourgeons charnus développés sur la cassure. Mais elle est souvent le résultat de toutes ces circonstances réunies, ou de plusieurs d’entre elles ; et, dans tous les cas , la conséquence plus ou moins directe d’une série d’altérations qui s’observent dans les parties molles avoisinant immédiatement la fracture, comme le périoste, le tissu médullaire ou dans la cavité des os, dans leur tissu même, enfin dans la substance intermédiaire aux fragments.

Nous ne reviendrons pas sur toutes Ces altérations. Nous ferons seulement remarquer que, loin de s’étayer sur un seul phénomène, loin de ne reconnaître qu’une cause unique , l'explication de la formation du cal, ou plutôt l’histoire de son développement, doit être fondée sur tout ce qui le prépare , l'amène ou le constitue. En le considérant aïnsi dans les fractures simples, on conclura que les phénomènes principaux qui ont lieu dans sa formation, sont : 1° l’extravasation et la concrétion, entre les fragments, d’un peu de sang versé par les vaisseaux rompus ;

2° Un suc d’abord visqueux qui s’épanche ou est sécrété , entre le périoste et l’os, et paraît aussi provenir des surfaces de la cassure et des parties molles ;

3° L’épaississement graduel de ces matières qui se confondent ensemble et établissent des adhérences chaque jour plus fortes entre les parties, et leur passage à l’état de substance rouge intermédiaire aux fragments (x) ;

4° La cicatrice ou réunion du périoste et des parties molles également engorgées et durcies qui le recouvrent immédiatement avec la substance intermédiaire aux fragments ;

5° Le rétrécissement de la cavité médullaire, d'abord par une sorte

(x) Ne pourrait-on pas comparer le suc visqueux avec lequel se mêle un peu de sang, et les modifications successives qu'il présente, au cambium des plantes, et aux changements que ce principe organique des végétaux éprouve dans le travail des cicatrices et de la végétation ordinaire ? ( Woy, Essais sur l’organisation des plantes, par M. Aubert du Petit Thouars. Essai 0°.)

| (38) de cartilage, ensuite par un tissu osseux , lesquels se continuent avec la substance intermédiaire aux fragments ;

6° L’ossification successive , précédée des états comme fibreux et fibrocartilagineux de toute la tumeur du cal, et de la substance intermédiaire aux fragments, ce qui rétablit entre ceux-ci la continuité osseuse :

7° Le retour des parties molles qui environnent la fracture, puis celui du périoste, à leur état naturel ;

8° Enfin la diminution de la tumeur , et le rétablissement graduel de la cavité et du tissu médullaire.

Quand on cherche à établir un parallèle entre le développement du cal, cicatrice des os, et les cicatrices des parties molles, on trouve, 1° qu’une fois à l’état osseux, la substance du cal a de commun avec l’os primitif, d’avoir les mêmés propriétés physiques , la même organisation , une cavité remplie par la moelle, et un véritable périoste ; 2° que dans les commencements, le cal se rapproche des os ordinaires , en ce qu’il est mou avant d'acquérir les états cartilagineux et osseux, mais qu’il en diffère par l’apparence d’un tissu fibreux ou fibro-cartilagineux, et par la durée extrémement courte du cartilage.

Comparé aux cicatrices des parties molles, le cal des fractures simples semble en différer, sur-tout par l’augmentation constante de volume des bouts de la fracture, effet qui, au premier examen, ne parait guère s'accorder avec l'identité que beaucoup de personnes admettent entre le cal et la cicatrice par bourgeons charnus des parties molles. Le cal semble, au contraire, se rapprocher des cicatrices obtenues par première intention, puisque, entre les fragments, et même entre le périoste et l'os, il y a une substance qu’on peut regarder comme analogue à la fausse membrane interposée entre les lèvres de la plaie, substance qui, comme cette fausse membrane, ou celle qui unit les deux feuillets de la plèvre, du péritoine, etc., change de nature, s'organise, et rétablit bientôt la circulaüon interceptée d’un fragment à l’autre ; mais cette sorte de pseudo-membrane (si, malgré sa forme, on peut lui donner ce nom) diffère essentiellement de celle qui réunit les parties molles, en ce qu’elle se gonfle longtemps encore après qu’elle est organisée , acquiert souvent nne épaisseur considérable, et finit par s’ossifier.

Enfin, il vient une époque où le cal est parfait ; dès lors il est une partie de l'os, et ne peut en être distingué. Les moyens qu'emploie la na-

(39) ture pour amener tous ces changements, Lous ces phénomènes, sont absolument ignorés ; nous n’en connaissons que les résultats, et ce sont eux seulement que nous avons essayé de décrire.

Dans la consolidation des os fractures, comme dans la cicatrisation des plaies, il faut donc distinguer la réunion des parties sans suppuration , de celle qui s'opère avec la sécrétion du pus. Quel que soit le tissu où la cicatrice doive se faire , les procédés de la nature sont les mêmes pour réunir nos tissus et leur rendre la continuité qu’ils ont perdue ; mais partout on peut distinguer une réunion par première, et une réunion par seconde intention. Les os eux-mêmes offrent ces deux modes de cicatrisation, et il paraît que les phénomènes diffèrent dans l’une et l’autre circonstance, pour conduire au même résultat. Une différence que semble offrir le cal comparé avec la cicatrice des parties molles, c’est le développement d’une substance dont l’existence doit être temporaire, et que l’on trouve à l’extérieur des fragments ou dans la cavité médullaire. Cette substance n’est peut-être que beaucoup plus marquée dans les os fracturés, que dans les solutions de continuité des autres tissus , parce que ces organes doués d’un degré de vitalité moins élevé, la substance dont l'existence n’est que temporaire, peut être observée plus long-temps et plus facilement ; peut-être aussi que cette substance est plus abondante, plus distincte dans les os, que dans les autres tissus, parce qu’elle y joue un plus grand rôle. Non-seulement elle sert à la cicatrisation, mais encore elle tend à s’opposer au déplacecement des parties, elle conserve leursrapports, ou contribue à corriger les inconvénients produits par le manque de contact entre les surfaces de la solution de continuité.

Si nous pouvions observer des fractures sans aucun changement dans les rapports des fragments, sans mobilité dans les bouts de l'os, et cet os, pourvu d’une force de vitalité semblable à celle des parties molles, nous verrions probablement le cal présenter dans sa formation et sa disposition une identité parfaite avec la cicatrisation par première intention dans les autres tissus. Nous nous proposons de donner plus de développement à ces idées, et de démontrer le mécanisme et le rôle important que joue l'inflammation adhésive dans l’économie animale, dans un ouvrage sur l’anatomie pathologique, qui suivra de près la publication de cette ébauche.

Quoique nous ne placions pas dans ie périoste l’ossification extérieure à l'os, et qui forme une partie du cal provisoire, nos idées sur le cal, et qui

sont fondées sur nos expériences , ne diffèrent pas de celles que professe M. Dupuytren. Nous dirons même que nos observations confirment tout ce qu'il a avancé, et donnent la démonstration de presque toutes les propositions qu’il a émises sur ce sujet. Ainsi que ce professeur , nous avons reconnu l'existence d’une substance dont la durée est temporaire ; M. Dupuytren la nomme cal provisoire, et il la trouve dans Possification du périoste. Suivant nous, c'est moins dans cette membrane, qui cependant s'engorge et s’épaissit, qu'entre elle et la surface de l'os que se forme une substance osseuse qui s’engage entre les fragments, et occupe l'extrémité de la cavité médullaire correspondante à la fracture.

Tant qu’existe cette substance , soit à l'extérieur, soit sur-tout dans la cavité médullaire , l'os n’est pas rendu à son état primitif , la cicatrisation n'est pas achevée , et les parties n’ont pas la solidité qu’exige le libre exercice de leurs fonctions. Alors on peut encore imprimer à l'os telle ou telle direction, et si le corps appuyait sur lui, il pourrait fléchir et se courber vicieusement. Ce cal provisoire peut bien jusqu’à un certain point s'opposer au déplacement; mais il n’a pas assez de force et de résistance pour conserver à l'os sa direction convenable. Plus tard, cette substance diminue et disparaît plus ou moins complétement ; le canal médullaire se rétablit, la substance intermédiaire aux fragments prend plus de solidité , elle s’'identifie à l'os et n’en diffère plus. Alors le cal est définitif, le travail de la consolidation est achevé, l'organe a recouvré toute sa solidité, et il est apte à remplir toutes ses fonctions.

Ce simple aperçu démontrera sans doute l'importance de cette distinction de deux époques, dans la consolidation des os fracturés. Nous pourrions chercher à faire quelques applications de ces considérations , à la pratique de la chirurgie, et nous appuyer de plusieurs observations recueillies dans les hôpitaux ; mais ce travail doit être fait sur un plan trèsvaste , et avec toute la supériorité que donnent de grands talents et une profonde expérience , par une personne que nous devons nous abstenir de nommer. Nous aurons obtenu une partie des avantages que nous cherchions en entreprenant ces recherches, si elles paraissent , comme nous le pensons, confirmer la théorie basée sur l'existence de deux espèces de cal, etsielles fontsentir les avantages de cette distinction dans la pratique de l’art

Nisi utile est quod facimus , stulta est gloria. Cicero. ”

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