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HUITIÈME OBSERVATION

Rouginas, àgée de trente-trois ans, portait une hernie crurale du volume d’une noix, depuis sa plus tendre enfance; cette tumeur sortait et rentrait habituellement en totalité ; elle n'avait jamais été maintenue réduite par un bandage. Elle s’étrangla , il y a sept ans; mais, par le taxis, on fitcesser les accidents de l’étranglement. Des lors cette femme porta un brayer. La gêne qu’il causait lui en fit bientôt abandonner l'usage. En se levant, cette femme sentit sortir sa hernie; elle éprouva peu après des coliques, des éructations, puis des nausées, des vomissements, des hoquets. Ne pouvant faire rentrer sa tumeur, elle vint de suite à l'Hôtel- Dieu, où elle fut admise. Elle prit un bain; le chirurgien de garde ne pouvant réduire sa tumeur , appliqua des cataplasmes émollients.

( 60 ) Le soir, les accidents de létranglement persévéraient; la malade avait audessous de l’arcade crurale gauche une tumeur du volume d’un œuf, ronde, rénitente, circonscrite , élastique, irréductible, non fluctuante , sans chaleur, sans changement de couleur à la peau.

Depuis le moment de l’étranglement , il n’y avait point eu de selles, point d'expulsion de gaz. L'opération fut pratiquée de suite ; temporiser eût été diminuer les chances de guérison; car il est bien constant que toutes les opérations de hernie crurale, faites dans les vingt-quatre heures de l’étranglement, sont presque toutes suivies de succès ; que la réduction des hernies étranglées, sur-tout des hernies crurales, à l’aide du taxis, est rare, et le plus souvent impossible ; que douze ou vingt-quatre heures dans l’espoir d'obtenir cette réduction, peuvent apporter des changements trèsfâcheux dans l’état de la malade, et donner lieu à une péritonite, ou déterminer la gangrène de l'intestin; dans ce cas, le chirurgien se trouve réduit à opérer , lorsqu'il ne lui reste plus, pour ainsi dire, d’espoir de guérison.

La peau qui recouvrait la tumeur, fut divisée ainsi que le tissu lamineux sous-cutané, l’aponeurose et le tissu sous-aponeurotique; toutes ces parties furent disséquées par couches ; un petit kyste séreux, à parois transparentes , développé au-devant du sac, qu'on eût pu prendre pour le sac même, fut reconnu et ouvert avec la pointe du bistouri; deux cuillerées à-peu-près de sérosité s’écoulèrent. Derrière ce kyste était placé le sac: il fut incisé ; en le soulevant avec la pointe d’un bistouri tenu à plat, un jet de sérosité s’écoula de cette ouverture ; elle fut agrandie avec des ciseaux. La hernie était un entérocèle; l’anse d’intestin avait trois pouces de longueur, elle était légèrement injectée, distendue par des gaz. On procéda au débridement ; le bistouri boutonné tranchant sur sa convexité , conduit sur le doigt indicateur de la main gauche, fut engagé entre l'intestin et le collet du sac; son tranchant fut présenté à l’arcade , et le débridement fut opéré en un seul temps en haut et en dehors. L’intestin déplacé fut réduit sans amener préalablement à l’extérieur une plus grande quantité d’intestin, précaution nécessaire dans bien des cas, mais qui, dans celui-ci, était inutile , car l’étranglement était récent, et l'intestin très-légèrement phlogosé.

Les bords de la plaie furent rapprochés pour favoriser leur réunion par première intention; ils furent recouverts d’un linge troué, enduit de cérat,

(61) on mit par-dessus un plumasseau de charpie, une compresse en triangle, le tout assujetti par un bandage en spica; on prescrivit pour boisson du petit-lait, on recommanda d’administrer des demi-lavements émollients, et de faire des fomentations; la diète fut rigoureusement observée.

Le lendemain matin, les symptômes d’étranglement avaient disparu ; la malade avait eu une selle peu abondante, elle avait reposé : il existait unpeu de céphalalgie et quelques coliques, mais le ventre était souple, et il offrait son volume naturel.

On continua l'usage du petit-lait, on prescrivit un purgatif composé de Zij d'huile de riccin, de 3ij de sulfate de soude dans 3 vj d’eau de camomille. Une saignée du bras fut ordonnée; le purgatif ne détermina point d’évacuations.

Le soir, la malade était très-bien, elle avait eu des selles abondantes. Le troisième jour, tous les symptômes généraux n’existaient plus.

Le quatrième jour après l’opération, l'appareil fut levé, la suppuration était en petite quantité, les bords de la plaie étaient rouges et tuméfiés.

Les jours suivants, la suppuration devint un peu plus abondante. L'inflammation diminua bientôt sensiblement ; elle se dissipa, et la malade sortit de l'hôpital parfaitement guérie.

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