DOUZIÈME OBSERVATION
Lepec , âgée de quarante ans, d’une constitution délicate, n'avait jamais eu aucune hernie: seulement elle ressentait de la douleur derrière l'arcade crurale, chaque fois qu’elle éprouvait quelque fatigue ou faisait quelque effort. Elle fut prise d’un rhume intense, qu'elle négligea, et qui dégénéra en catarrhe pulmonaire chronique, marqué par une toux fréquente et forte, accompagnée d’une expectoration difficile de crachats visqueux. À chaque quinte qu’elle éprouvait, elle ressentait de la douleur à l’arcade crurale, mais elle affirmait qu'il n’y avait rien d’apparent.
Le 6 juillet 1816, au milieu d'efforts de toux, plus violents et plus répétés que d'ordinaire, elle ressentit une vive douleur à l’arcade crurale droite, et, pour la première fois, elle y distingua une tumeur dure et fort douloureuse, qu’elle essaya vainement de faire rentrer. D’après son récit, il paraissait que sa hernie s'était formée et étranglée tout-à-la-fois, ce qui est assez rare.
Cette femme, peu de temps après l'apparition de sa tumeur sous l’arcade crurale , ressentit de vives coliques, de l'anxiété, des nausées et des vomissements. Le lendemain, mêmes douleurs, vomissements fréquents de matières bilieuses , point de selles depuis la veille.
Un chirurgien fut'appelé ; il fit d’inutiles manœuvres pour réduire la hernie ; il prescrivit l'application de cataplasmes émollients, et de prendre quelques la vements, ainsi que des boissons adoucissantes.
Le surlendemain , quarante-huit heures après l'étranglement, les vomissements continu aient ; alors la malade se fit transporter à l'Hôtel-Dieu.
(x) À. Monro, the morbid Anatomy, etc. Pipelet fils a communiqué à lacadémie royale de chirurgie une observation de hernie fémorale avec étranglement , où le sac herniaire se rompit subitement,
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M. Dupuyiren, à l'inspection de la tumeur dure , tendue, douloureuse, irréducüble, et aux symptômes éprouvés, reconnut aisément une hernie crurale étranglée ; il instruisit la malade de la nécessité d’une opération, l’y décida, et la pratiqua de suite de la manière suivante : Une incision cruciale fut faite à la peau. On disséqua le tissu lamineux, et on arriva bientôt au sac ; on l’ouvrit par ponction ; beaucoup de sérosité rougeâtre en sortit; puis il fut incisé crucialement. Il était si épais, que de fort ciseaux le divisaient avec difficulté. Ses angles se renversaient en formant des plis arrondis et durs, ressemblant parfaitement aux cartilages tarses des paupières. Cette épaisseur du sac indiqua que la hernie était fort ancienne, et fit douter que la malade eût dit vrai, en prétendant n’avoir jamais aperçu sa hernie avant l’étranglement. Au fond du sac paraissait une anse d’intestin d’un rouge foncé. Le doigt index, porté entre lui et l’arcade, servit à couvrir la lame d’un bistouri boutonné. Le débridement fut fait en haut directement, etarracha une plainte à la malade qui, jusqu'alors, avait témoigné peu de sensibilité. L’intestin tiré un peu au dehors, ayant été trouvé sain dans tous ses points, on le réduisit ; puis on pansa convenablement, et l’on ordonna des lavements émollients et une boisson adoucissante. Un quart d'heure après l'opération, et avant qu'on eût donné des lavements, la malade alla abondamment à la selle ; les évacuations se répétèrent encore deux fois jusqu’au lendemain. Elle passa une bonne nuit,
Les premier , deuxième , trioisème et quatrième jours furent très-heu-. reux ; les accidents d’étranglement avaient disparu; le ventre était souple. L'appareil fut imbibé d’une très-grande quantité de sérosité ; le cinquième jour , la suppuration était bien établie et de bonne qualité. Les angles de la plaie restant fort écartés, on les rapprocha au moyen de tampons de charpie, et, dès le second pansement, la plaie prit le meilleur aspect possible ; dès lors la guérison fut certaine. En effet, depuis ce temps , la malade n’éprouva aucun accident ; son catarrhe même disparut, et la plaie était fermée trois semaines après l'opération.