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SEIZIÈME OBSERVATION

La femme Régnier (Jeanne ), âgée de quarante ans, avait une hernie depuis trois ans , survenue pendant les douleurs de l’enfantement. Cette

hernie ne rentrait qu’en partie, et n'avait jamais été maintenue par un bandage. Le 26 décembre 1816, cette femme fut prise , dans la soirée, de coliques suivies de nausées, de rapports, de vomissements. Elle s'imaginaif que du pain chaud qu’elle avait mangé, lui çausait une indigestion ; elle s’aperçut que sa hernie, devenue douloureuse , avait augmenté de volume. Toute la nuit et le lendemain, les coliques, les nausées , les rapports et les vomissements persévérèrent ; un médecin prescrivit un bain, des topiques émollients et des lavements narcotiques. Les symptômes ne cessant point, la malade entra à l’'Hôtel-Dieu le soir, 29 décembre. Avec tous les symptômes de l’étranglement, elle avait au-dessous de l'arcade crurale gauche une tumeur du volume d’un œuf, rénitente, circonscrite , élastique, irréductible , non fluctuante, sans changement de couleur à la peau. Le bas-ventre, sans être tendu ni tuméfié, était douloureux à la pression ; le pouls petit et fréquent; depuis le moment de l’étranglement, il ne s'était point fait d'expulsion de gaz, ni de matières fécales par l’anus. L'opération fut proposée et pratiquée de suite. La peau incisée crucialement , le tissu lamineux sous-cutané et les autres enveloppes extérieures divisées et disséquées avec l'attention convenable . on ouvrit le sac en le soulevant avec la pointe du bistouri tenu à plat: un jet de sérosité s’en écoula ; on le fendit dans toute sa longueur sur la sonde cannelée. On vit que l’épiploon et l'intestin constituaient la hernie. L’épiploon adhérait au col du sac; en arrière l'intestin était pincé dans l'étendue de deux pouces à-peu-pres sur sa longueur, et d'un demi-pouce sur son. épaisseur : ses parois étaient rougeâtres , épaissies et enflammées. Le débridement fut fait verticalement entre l'intestin et l’épiploon à cause de l’adhérence de l’épiploon au col du sac. Üne portion d’'intestin fut attirée au dehors, et l’on s’aperçut qu’à l'endroit de l’étranglement, il existait un éraillement des membranes interne et moyenne dans l'étendue de trois à quatre lignes. La tunique séreuse formait seule en cet endroit la paroi de l'intestin. La constriction exercée par l’arcade sur Pintestin avaitclle déterminé cet éraillement, comme la ligature appliquée sur une artère enflammée produit la section des membranes internes et moyennes? Doiton admettre des effets analogues sur des tissus dont les propriétés et la structure sont si différentes ? L'intestin fut réduit et l’épiploon adhérent laissé au dehors.

On procéda au pansement ; un linge troué, enduit de cérat, fut appliqué sur la plaie; on mit par-dessus des plumasseaux , une compresse en triangle, qu'on assujettit par un bandage en spica. On prescrivit des demi-lavements émollients, des fomentations adoucissantes, et pour boisson du petit-lait. Le lendemain, 30 décembre, plus de nausées, ni d’éructations, ni de hoquets, ni de vomissements ; mais aucune évacuation alvine, aucune expulsion de gaz ; insomnie légère, céphalalgie, visage triste, langue blanchâtre, avec soif; pouls petit, peu fréquent ; abdomen souple , peu douloureux. Une saignée du bras fut pratiquée ; on continua le même traitement. M. Dupuytren, dans sa leçon de clinique, dit que le défaut d'évacuation pouvait dépendre de la disposition anguleuse de lintestin étranglé, et de l’épaississement de ses parois produit par l'inflammation.

Le 31 décembre, évacuations abondantes, point de douleurs dans l’abdomen, plus de symptômes d’étranglement: même prescription. Le premier janvier , point de douleurs , sommeil paisible toute la nuit , point de fièvre. La malade avait déjà recouvré un peu d’appétit ; elle avait eu deux selles. Le 2, point de douleurs, aucun malaise, appétit bon; pour boisson du petit-lait, pour nourriture des bouillons. Le 3, l'appareil fut levé ; la suppuration était peu abondante et de bonne nature. L’épiploon était enflammé , recouvert de bourgeons celluleux et vasculaires, qui lui donnaient une couleur rouge vermeille , semblable à celle des plaies qui se cicatrisent. On continua le petit-lait. Le 4, plus de symptômes généraux; la maladie était réduite à une plaie simple qui devait aller rapidement vers la guérison. Le 5, un purgatif composé de 3 # de manne, 3ij de sulfate de soude, produisit deux évacuations abondantes. La plaie offrait le meilleur aspect, la suppuration était plus abondante et de bonne nature. La tumeur épiploïque avait déjà diminué de volume. Le 6 janvier, même état, même pansement. Le 9, l'étendue de la plaie, le volume de la tumeur avaient sensiblement diminué: même pansement. Le 15, la plaie avait beaucoup diminué en largeur, et la tumeur épiploïque était au niveau de la peau. La suppuration était, comme à l'ordinaire, peu abondante et de bonne nature : même pansement. Le 21, la tumeur épiploïque, réduite à ses éléments celluleux, avait disparu; elle n'offrait plus que sous la peau une petite saillie sensible au toucher. M. Dupuytren fit exercer dessus une compression avec de la charpie, et un bandage en

& 99) spica. Le 30 janvier, la plaie avait beaucoup diminué : on ne sentail plus

aucune saillie sous la peau. Le 10 février, la plaie était linéaire. Le 16, Li femme sortit de l'hôpital parfaitement guérte.

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