VINGT-UNIÈME OBSERVATION
Delasellerie, journalière, fille âgée de cinquante-cinq ans, vint à l'Hôtel- Dieu le 4 août 1807.
Elle portait depuis plusieurs années une hernie crurale du côté droit ; cette hernie rentrait facilement et était maintenue par un bandage. Quinze jours avant son entrée dans l'hôpital, elle eut une indigestion; la hernie devint douloureuse et irréductible ; un chirurgien y appliqua descataplasmes émollients ; la malade eut des coliques, des vomissements bilieux, puis des vomissements dematières fécales, de la constipation.
A son entrée à l'Hôtel-Dieu, la face était grippée comme dans toutes les affections abdominales, les extrémités froides, le pouls très-serré et petit}, le ventre tendu ; on y remarquait des saillies formées par des intestins grêles
( 165) dilatés. Alors la hernie, de la grosseur d’un œuf depoule, parut très-tendue etirréductible ; les pressions exercées surelle paraissaient peu douloureuses. Quelques instants après il y eut des vomissements de matières fécales, la tension du ventre diminua, la hernie put facilement être réduite. - On jugea que l'opération ne pouvait plus être pratiquée et que la malade était perdue.
On donna une potion thériacale.
La malade mourut le 17 août
L'ouverture du corps montra tous les intestins, et sur-tout les intestins grêles, distendus par beaucoup de gaz.
Leur couleur était d’un rouge obscur ; plusieurs points gangrenés se fesaient remarquer sur les intestins grêles ; une anse d’un pouce et demi à-peu-près de l’iléon était étranglée par un resserrement de l’orifice du sac herniaire , causé tant par l’épaississement de ce sac, que par l’adhérence d’une partie du grand épiploon à sa surface, et par la compression que produisait cette bride. La portion d’intestin ainsi étranglée était gangrenée, noire , se déchirait facilement ; les parties de l'intestin situées au-dessous de l’étranglement étaient un peu distendues par des gaz, mais non autrement altérées.
Outre le col du sac, ou le conduit crural, nous avons dit que l’étranglement reconnaissait quelquefois pour cause une disposition particulière des organes contenus dans le sac lui-même. Ainsi les adhérences des parties renfermées soit au sac, soit entre elles, des brides, une torsion de l'intestin sur lui-même, une portion d’épiploon embrassant l’'anse de ce même canal digestif, une perforation de l'épiploon ou du mésentère, et l'introduction de lintestin par cette ouverture, des appendices intestinales naturelles ou contre nature, l’invagination de l'intestin, des corps étrangers dans sa cavité, la déchirure du sac et le passage des viscères à travers cette solution de continuité, doivent être considérés comme autant de causes de l’étranglement produit par la poche qu’enveloppe les parties déplacées.