VINCGT-TROISIÈME OBSERVATION
Pichenaud , âgé de cinquante-neuf ans , plus cassé qu'on ne l'est ordi nairement à cet âge, portait depuis sa jeunesse une hernie crurale du côté gauche, contenue par un bandage, qu'il ôtait seulement pendant Îa nuit ; cette hernie ne lui avait jamais causé aucun accident; elle était même, malgré son ancienneté, d’un assez petit volume, lorsqu’ ayant oublié de mettre son bandage, il éprouva tous les symptômes d'un PRES Il se mit entre les mains d’un officier de santé, qui, sans s'occuper de sa hernie, lui donna des purgatifs et des boissons au moins insignifiantes, le berçant, pendant huit jours, de l'espoir d’une guérison prochaine, jusqu'à ce qu’enfin, voyant son état désespéré, il lui conseilla d’entrer dans un hôpital.
Le malade fut apporté à l'Hôtel-Dieu, huit jours après l’étranglement : sa face était décomposée, le ventre tendu, irès-douloureux, le pouls misérable , point de selles depuis les premiers symptômes de l'étranglement. La tumeur herniaire, peu volumineuse, indolente, molle, faisait entendre un bruit , par l'effet d’une légère pression.
Quoique tout ‘parût indiquer que Le temps de l'opération était passé, que la mort du malade était inévitable, on voulut profiter desseules chances de salut qui existassent encore. L'opération fut donc pratiquée de la manière suivante : Une incision léngitndinale de la peau fut faite sur un pli transversal, plusieurs faux sacs furent percés et divisés; un peu de sérosité s’écoula du véritable sac ; l’intestin se présenta : il était très-rouge en avant, mais adhérait au sac d’une manière intime, dans tout le reste de son étendue.
On pouvait ouvrir l'intestin, et débrider à-la-fois sur lui et sur le sac, comme Arnaud l’a fait le premier, et comme M. Dupuytren l’a lui-même pratiqué; mais on préféra débrider en haut et dehors, en laissant l’intestin dans son état d'intégrité.
Les hoquets et les vomissements persistèrent dans toute leur intensité ; les évacuations furent nulles. ::
Le lendemain:matin, on écarta les bords faiblement réunis de la plaie : on fit sur la lèvre interne une incision perpendiculaire à la prennère ; on débrida de nouveau ; mais aucune matière ne sortit: la douleur du ventre augmenta ; les vomissements se rapprochèrent ; la nuit fut très-agitée.
Le lendemain matin , deuxième jour, le malade était mourant,
( 138 ) les extrémités froides, la face décomposée, les forces anéanties. M. D&puytren se décida à fendre l'intestin; il ne sortit d’abord aucune matière, mais le doigt introduit dans le bout supérieur ouvrit une voie à des ma-
tières jaunâtres, analogues à celles des vomissements; une sonde fut
substituée au doigt, et procura des évacuations abondantes. Il était facile de prévoir la mort prochaine de ce malade; elle arriva à midi, onze jours après l’étranglement, et deux jours après l'opération. Examen du corps. L’aorte thoracique fut injectée pour pouvoir examiner convenablement les rapports des vaisseaux avec la hernie.
Le ventre ouvert, on vit des traces non équivoques de péritonite, l’adhérence albumineuse des intestins avec les parois abdominales. On fut frappé du volume que présentait une portion de l'intestin grêle; on eût dit, au premier coup-d’œil, que c'était un gros intestin ; mais il fut facile de voir que ce volume considérable dépendait des matières accumulées dans la partie de l'intestin grêle situé au-dessus de la hernie, tandis que celle qui lui faisait suite était resserrée.
La hernie était formée par l'intestin pincé dans une partie de son diamètre ; on le voyait descendre verticalement derrière l’arcade crurale pour devenir horizontal à la sortie de cette:arcade : il était épaissi et adhérent au péritoine, derrière l'anneau, au niveau et au-devant de celui-ci. Comme il n'existait plus d’étranglement à l’arcade, on se demandait pourquoi les matières ne s'étaient point écoulées au dehors. Avant l'examen des parties, M. Dupuytren nous dit que cela tenait à l’espèce d'éperon que formait la partie postérieure de l'intestin; que cet éperon ne se formerait pas f si Fintestin pincé décrivait à l'endroit de ce pincement une courbe analogue à celle des circonvolutions ; mais que si les deux portions d’intestin, la supérieure et l'inférieure, viennent dans une direction presque parallèle s'engager dans l'anneau, l’éperon est très-marqué, et d'autant plus que le parallélisme est plus parfait.
La théorie de la formation de cet éperon bien connue, M. Dupuytren ouvrit l'intestin à sa parlié antérieure, et alors on vit une saillie aussi prononcée que possible; véritable-cloison qui séparait:la parlie supérieure de l'intestin grêle de!sa;partie inférieure.
Quant aux rapports des vaisseaux avec la hernie, ils étaient les suivants:
L'arlère inguinale était placée en dehors, lesartères scrotales se voyaient
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(159) en dedans ; l'artère sus-pubienne occupait la partie externe du sac ; la testiculaire se dirigeait de dehors en dedans, le long de l’arcade, dans l'épaisseur de laquelle elle était pour ainsi dire placée.
L’artère sus-pubienne donnait deux rameaux, dont l’un assez considérable reposait sur la face antérieure du collet du sac. Ce rameau, qui paraît être assez constant en arrière , établissait une communication entre les artères sous et sus-pubienne : il se trouve quelquefois au dedans du sac lierniaire, et peut remplacer le tronc même de la sous-pubienne, comme nous en avons vu un exemple sur un sujet. Ces vaisseaux occupaient la partie postérieure et externe de la hernie.