TRENTE-TROISIÈME OBSERVATION
La nommée Mougin, âgée de soixante-six ans, portait depuis un an une hernie crurale droite , qu'elle ne maintenait pas, et qui rentrait complétement pendant le repos et la position horizontale ; cette tumeur avait le volume d’une noix. Le samedi sept décembre 1816 , la hernie sortit, augmenta de volume, devint douloureuse et ne voulut point rentrer ; bientôt cette femme éprouva des coliques, des hoquets, des rapports, des nausées et des vomissements ; elle ne rendit par l'anus ni vents, ni matières ; elle resta dans cet état le samedi et le dimanche ; on ne fit aucune tentative violente pour réduire cette hernie. Le samedi 9 décembre , elle se fit transporter à l’Hôtel-Dieu : on voyait sous l’arcade crurale droite une tumeur conoïde , de la grosseur d’un œuf de poule ; la peau était saine, le tissu lamineux nullement engorgé; le ventre très-sensible, mais le pouls bon et régulier ; la constipation , les hoquets , les rapports continuaient, l’anxiété était à son comble. L’opération fut proposée, acceptée et pratiquée sur-le-champ.
Une incision cruciale fut faite à la tumeur, et le tissu lamineux disséqué ; le sac fut ouvert avec préçaution , puis incisé crucialement.
L’épiploon parut le premier ; derrière lui se trouvait une anse d’intestin d’un rouge vif.
Le débridement fut fait en haut et en dehors ; l'intestin fut amené à l'extérieur , trouvé sain et réduit ; la malade fut pansée et placée convenablement : on lui ordonna du petit lait et des lavements émolliens ; on se borna d’abord à ces moyens ; car la sensibilité du ventre paraissait tenir simplement à la rétention des matières, et devait se dissiper promptement. Immédiatement après l’opération , les vomissements cessèrent, la malade alla plusieurs fois à la selle ; les hoquets et les rapports continuèrent ; la nuit fut assez mauvaise.
Le lendemain matin le ventre était un peu développé et douloureux ; on appliqua trente sangsues sur l'abdomen ; on continua les lavements et on prescrivit une boisson de guimauve édulcorée et des fomentations émollientes sur l’abdomen. Le soir elle était mieux ; cependant elle éprouvait encore de fortes douleurs dans le ventre; on donna des lavements de pavots ; elle passa une bonne nuit.
Le deuxième jour au matin, point de vomissements , mais la malade alla plusieurs fois à la selle en dévoiement ; elle ressentait des douleurs assez fortes et profondes dans l'abdomen; le pouls était bon, fort et régulier, la figure nullement altérée ; les douleurs ne pouvaient guère être attribuées à une péritonite , car le ventre était souple, peu douloureux au toucher ; de plus , il y avait diarrhée et épreintes; ce qui indiquait une entérite légère , ou une dysenterie commençante. On appliqua vingt sangsues à l’anus ; on continua les lavements, et du DE lait : lesoir elle était soulagée ; la nuit fort bonne. è
Les troisième et quatrième jours, la malade éprouva peu de coliques ? elle eutsouvent des rapportset des hoquets légers, mais elle allait librement à la selle; on renouvela l'appareil ; le dévoiement continuant, on donna des lavements avec addition de trois gouttes de laudanum, ce qui procura un peu de calme.
Le cinquième jour, on enleva l'appareil en entier. Le lendemain, la malade était affaissée, assoupie; la langue noire, le pouls petit et faible; le dévoiement continuait à avoir lieu; la plaie parut blafarde. On fit prendre du vin sucré, de la limonade vineuse, des lavements adoucissants.
(Lg)
Le septième jour, l’état général était meilleur; on s'aperçut que la plaie rendait beaucoup de pus et qu’en pressant l’abdomen tout autour, on en faisait sortir , mais qu'on causait de la douleur. On pensa dès-lors que ce pus venait d’un abcès formé dans l’épiploon, et que l’inflammation s'était peut-être propagée aux intestins, et causait la diarrhée:
On appliqua des. cataplasmes sur la plaie préalablement couverte de charpie , on continua les lavementsémollients et narcotiques, ce quiréduisit la diarrhée à deux selles par jour.
Leshuitième, neuvième, dixième et onzième jours, l’état de la malade fut assez mauvais, et nous fit craindre de la perdre; ses forces et son appétit étaient presque nuls; le pouls était faible et lent; la sensibilité du ventre persistait ; la malade avait la diarrhée, et allait plusieurs fois.par jour avec des coliques ; c'était sur-tout aux environs de la plaie qu’elle souffrait; on continua les cataplasmes, les lavements et les boissons délayantes.
Du douzième au dix-huitième jour , 27 décembre , l’état de la malade s’améliora considérablement; l’engorgement situé autour de la plaie, les élancements qu’ilcausait, et lasensibilité du ventre,se dissipèrent peu-à-peu ; le dévoiement ne tardapas à disparaître; les forces et l'appétit revinrent; on supprima les cataplasmes le dix-huitième jour; la plaie marcha rapidement vers laeïcatrisation, et la malade sortit bien guérie au bout d’un mois.