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TRENTE-QUATRIÈME OBSERVATION

Le nommé, Colin (François), âgé de 29: ans, maréchal ferrant, entra ‘à l'Hôtel-Dieu le 14 décembre 1818. Le 11 du même mois, ce malade en forgeant fit un violent effort qui fut suivi de coliques qui durèrent toute la journée et le, forcèrent d'interrompre son travail ; le soir en se mettant au lit, il aperçut avec étonnement à la partie supérieure de la cuisse droite, dans la région inguinale, au-devantde l’arcade crurale, une tumeur du volume d’une noix, de forme ronde, bosselée, sans changement de couleur à la peau, douloureuse au toucher; cette tumeur n'existait pas avant l'effort dont j'ai parlé plus haut. La nuit se passa assez mal, le malade éprouvant de violentes coliques. Le deuxième jour dé son accident , il cut une petite selle ; les coliques persistèrent ; des hoquets, des envies de vomir et des vomissements de matières liquides et

verdâtres suivirent. Un médecin qui füt appelé méconnut là causé des accidents, et ordonna des choses insignifiantes. Le troisième jour depüis l’apparition de la tumeur , les coliques augmentèrent d'intensité, des douleurs abdominales se développèrent, le ventre devint douloureux à la plus légère pression , les hoquets, les vomissements continuèrent ; il n’y avait point d’évacuations alvines. Enfin le malade se fit transporter au bureau central d'admission , et il fut envoyé dans une salle de médecine de l'Hôtel-Dieu. Le médecin chargé de ce service ne pouvant prononcer si les accidents qu’éprouvait le malade tenaient à la présence de la hernie où à l’éxistence d’une entérite ou d’une péritonite, ordonna douze sangsues à l’anus et un bain, et pria M. Dupuytren de vouloir bien examiner le malade. Il le vit le 15 au soir ; il était dans l’état suivant: le ventre était tympanisé et rendait un son comme un tambour ; des coliques, desrapports, le hoquet,desvomissements fréquents, des éructationscontinuelles, formaient les symptômes généraux. À la partie supérieure de la cuisse au-dessous du ligament de Fallope, il existait une tumeur peu saillante sans changement de couleur à la peau, dure, tendue et douloureuse, dans la profondeur de laquelle on sentait une fluctuation manifeste ; au-devant d’elle se trouvait un peloton de ganglions lymphatiques engorgés. Certain de l'existence d’une hernie, certain que les accidents ne tenaient qu’à son étranglement , M. Dupuyiren proposa l'opération au malade ; elle fut acceptée et pratiquée de la manière suivante : L

Une incision de deux pouces fut faite sur la tumeur parallèlement à l’axe de la cuisse ; elle ne fut pas rendue cruciale ; le tissu lamineux sous-cutané fut incisé, la couche des ganglions lymphatiques inguinaux engorgés le fut aussi, et on les écarta: ces ganglions sont toujours la cause, chez l'homme, de quelques difficullés dans l'opération. On alla au delà : alors se présentale sac ; il avait une couleur violette ; il était entouré de graisse : la pointe d’un bistouri y fut plongée ; aussitôt un jet de liquide sortit. Alors le sac fut incisé crucialement à l’aide de ciseaux mousses; dans son fond se trouvait une portion d’intestin; elle étaitseulement pincée, et avaitune couleur rouge : cette circonstance donne quelquefois lieu aux mêmes symptômes qu'un étranglement complet ; quelquefois aussi, lorsque cela arrive, des gaz el même des matières fécales sortent par le bas, et cet état peut intimider et empêcher de pratiquer l’opération qui , en levant l’étranglement,

fait cesser les accidents. I] fallait procéder au débridement ; M. Dupuytren porta dans l’anneau un bistouri boutonné , tranchant sur sa convexité, et débrida obliquement en haut et en dehors. Après le débridement, il coula un peu de sang rouge, vermeil, quis’arrêta peu de temps après. On couvrit la plaie avec du linge troué, enduit de cérat; on placa par-dessus de ta charpie, des compresses, etun bandage triangulaire pour maintenir le tout. À minuit les matières n'avaient pas encore leur cours naturel; le sang ne coulait plus: le malade avait de fréquentes éructations de gazinodore. Depuis l'opération, les hoquets, les vomissements avaient cessé, le ventre était toujours douloureux , dur et tendu ; une saignée du bras, de trois palettes, fut pratiquée; point de sommeil ni d’évacuations alvines pendant la nuit. Le 16 décembre on le descendit dans les salles de chirurgie. De suite on le porta au bain, dans lequel il resta environ une heure ; il s'y trouva un peu soulagé. Pendant la durée de ce baïn, des gaz stercoraux s’échappèrent par le bas ; le malade n’eut ni hoquets, ni rapports, ni envies de vomir, ni vomissements. Dans la vue de rétablir le cours des matières fécales, M. Dupuytren ordonna trois onces de manne dans six onces d'huile d'amandes douces , pour lui faire prendre par doubles cuillerées toutes les deux heures ; il recommanda aussi expressément de s'arrêter si des douleurs se développaient dans le ventre. À cinq heures du soir , le malade avait déjà pris toute la potion, et cependant aucune évacuation alvine n'avait encore eu lieu ; le ventre était toujours dur , tendu, douloureux ; la percussion le faisait raisonner comme un tambour ; une nouvelle saignée de trois palettes fut encore pratiquée ; le malade fut de nouveau conduit au bain, qui produisit encore du soulagement. Cependant, la nuit, insomnie complète. Le jeudi 17, plus de hoquets ni de vomissements; toujours des co- Bques, éructation de gaz inodores par la bouche ; pas d’évacuations alvines. Deux onces d'huile de ricin furent ordonnées , et mélées avec du bouillon de veau aux herbes.

Il y eut bientôt après plusieurs évacuations de matières fécales noires, d’une fétidité insupportable; le soir le malade se trouva assez bien; son ventre était moins dur et moins volumineux; son pouls plein, mais sans fréquence , la peau chaude, la langue sèche et la soif assez vive.

Le 18 décembre, le malade était assez bien ; son ventre était tombé et n’était plus balonné ni douloureux ; la langue était sèche, la soif vive ; on

(297 ) prescrivit de l'eau de gomme, du laudanum dans les lavements; ce malade sembla être dans un état de prostration.

Le 19, la plaie parut en bon état : la suppuration était établie et de bonne nature ; le malade allait fort bien.

Le 24, pas de coliques ni de douleurs au ventre ; chaque jour Île malade allait à la selle ; son appétit et ses forces revenaient ; sa plaie se rétrécissait de plus en plus : on en rapprochait les lèvres au moyen de bandelettes agglutinatives.

Le 28, le malade était fort bien; pas de chaleur à la peau, pouls d’une lenteur remarquable , pas la moindre douleur à l'abdomen ; tous les jours le malade allait librement à la selle ; l'appétit se soutenait. On toucha la plaie avec du nitrate d'argent.

Ce malade quitta l'hôpital le 18 janvier 1819, le vingt-troisième jour de son opération; sa plaie était parfaitement cicatrisée.

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