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SECONDE SECTION

Nouvelles recherches expérimentales sur la formation du cal. CHAPITRE PREMIER.

De la formation du cal dans les fractures simples. PREMIÈRE PÉRIODE.

(Elle s'étend du moment de la production de la fracture au seizième jour chez les chiens. )

Tissu cellulaire ou lamineux.— Le déplacement des fragments et des esquilles , à l'instant de la fracture, distend , rompt des lamines du tissu cellulaire. L’extravasation sanguine en est le résultat immédiat, et l’ecchy-

mose la suit.

Un réseau vasculaire rouge, qui ne tarde pas à s'étendre jusque

dans l'épaisseur du périoste , se développe bientôt dans le tissu lamineux que l’ecchymose a envahi. En même temps ce tissu cesse graduellement de pouvoir être réduit en lamines molles et poreuses autour de la fracture, où il unit les muscles et leurs faisceaux d’une manière ferme et serrée.

Devenant ensuite de jour en jour plus dense, plus consistant, et per-

( St ) dant la teinte qu'il devait à l’effusion sanguine, le tissu lamineux s’endurcit jusqu'entre les petits faisceaux des muscles: Ceux-ci, qui ne s’en distinguent plus comme auparavant, perdent de leur rougeur, etacquièrent une densité qui, au moyen de la continuité du tissu lamineux , semble les confondre avec le périoste.

Dès ce moment, on ne peut plus reconnaître l’organisation propre mi la nature des diverses parties qui entourent immédiatement la fracture. Dix jours suffisent souvent pour amener cet état. Vu à la-loupe, le tissu lamineux offre alors une multitude immense de vaisseaux rouges capillaires formant des réseaux dont les mailles, beaucoup plus DROGUE en certains endroits qu’en d’autres , y LR des espèces de taches qu’ on aperçoit même à l’œil nu.

On peut conclure de ce que nous venons de dire , que les changements dont le tissu lamineux est le siége, tiennent à deux causes, l’extravasation sanguine dans ses aréoles, et l’inflammation qui s’en empare.

Chez les pigeons, à mesure que l’induration du tissu lamineux se concentre, vers la.fracture , il prend souvent un aspect et une consistance qui approchent de:ceux des:cartilages, Le tissu lamineux des muscles pariieipe alors à cet état, de:manière à les présenter confondus dans la même, masse. ii

Muscles. — Des faisceaux de es sont bts déchirés à l’instant de la production de la fracture. Lors des mouvements qui la suivent, ces faisceaux ou d’autres s’interposant fréquemment entre les fragments, sont dilacérés par eux. Les portions ainsi détachées sont retenues entre les inégalités des surfaces de la rupture, auxquelles elles se collent au moyen d’un peu de sang extravasé concret, et d’une petite quantité d’une matière glutineuse, filante.

Ordinairement, plusieurs jours après la production de la fracture , on ne trouve plus de portions musculaires séparées. Les muscles adhèrent

alors assez fortement entre eux, et aux autres parties, par l’induration du tissu lamineux.

D'autres fois, leurs faisceaux sont écartés par du sang noirâtre, infiltré ; et parmi les vaisseaux qui s’y distribuent, il y en a qui sont très-volumineux et injectés de sang.

Les muscles enveloppés dans l’induration du tissu cellulaire, et sur-tout ceux qui passent immédiatement sur la fracture, ou leurs faisceaux qu

(12) en sont les plus voisins, acquièrent souvent, mais rarement avant le dixième jour, une consistance notable et une teinte grise blanchâtre, qu'ils conservent tant que persiste cette induration du tissu lamineux, à laquelle il faut rapporter ces changements.

Nous avons vu, dans nos expériences sur les pigeons, que, dès le quatrième jour, quelques-uns des muscles, appliqués immédiatement sur la fracture , et sur-tout ceux qui s’insèrent à ses bords , étaient plus pâles et plus denses que les autres ; que le sixième jour les faisceaux musculeux les plus voisins de la fracture se rapprochaïent, par la couleur et la consistance, du tissu lamineux endurci, presque cartilaginiforme, avec lequelils paraissaient se confondre; enfin, que ce dernier état diminuait d’une manière bien sensible depuis le dixième jour jusqu’au dix-septième.

Périoste.— Le périoste divisé avec l’os et au même endroit.

Si les fragments déplacés s’avancent l’un sur l’autre, ilest contus par suite de leurs mouvements à l'endroit de leur contact mutuel, bientôt détaché de la substance osseuse dans l'étendue dn déplacement, et souvent dans la moitié de la circonférence des fragments, parce qué ceux-ci exécutent alors l’un sur l’autre un léger mouvement de rotation. Quelques heures, un jour, un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant que le membre fracturé est soumis à plus ou moins de mouvements, suffisent pour produire cetle dénudation de l'os , que nous avons vu durer jusqu’au quatorzième jour de la fracture chez les chiens.

Immédiatement autour de cette dénudation, et pendant les premiers jours seulement , il y a des espèces de franges formées par des lambeaux de périoste plus ou moins adhérents aux parties environnantes, et qui, à cause de la contusion répétée qu’elles ont éprouvée , ont leur tissu gonflé, rougeûtre et mollasse.

Le périoste , à l'endroit où il se continue avec ces lambeaux, et au voisinage de la fracture , acquiert promptement une couleur plus ou moins rosée , se tuméfie, et peut très-aisément être décollé de dessus l’os dans les points où il n'y a pas d'insertion aponeurotique ou tendineuse.

Du deuxième au cinquième jour, il y a entre le périoste et la substance osseuse, dans les endroits où ils sont très-faciles à séparer, une matière comme visqueuse, une sorte de sérosité rougeâtre, mais en si petite quantité, que l’on pourrait douter d’abord de son existence , si, en écartant légèrement le périoste , on ne voyait se développer une sorte de trame fila-

(15 ) menteuse très-ténue, qui disparaît par le rapprochement, pour faire place à un peu‘de liquide.

Le dixième jour de la fracture , un réseau vasculaire rouge est formé dans l'épaisseur du périoste. À la même époque, cette membrane est par-tout tuméfiée et durcie au voisinage de la rupture de l'os , sur les bords de laquelle elle paraît avoir parfois jusqu’à deux tiers de ligne d'épaisseur. Le périoste résiste alors plus qu’il ne le fait d'ordinaire sous l'instrument ; et comme il a déjà été dit, il adhère aux muscles et aux autres parties molles, au moyen d’un tissu lamineux d’une consistance remarquable, avec lequel il paraît bientôt se continuer et se confondre.

Si, à cette époque, on veut séparer le périoste de l’os, en allant des extrémités articulaires vers la rupture osseuse, on trouve que, par sa face interne, il adhère très-fortement aux bouts de la fracture, ou même se continue avec dessortes d’inégalités cartilagineuses qui les entourent, et qui, pour la plupart, s'enlèvent avec lui de dessus l’os. En continuant cette dissection, on passe d’un fragment à l’autre par-dessus la fracture, et, vis-à-vis de l’intervalle des fragments, on enlève avec le périoste, ou bien l’on déchire une substance qui sera décrite à l’article de la substance intermédiaire aux fragments.

En vain chercherait-on alors à découvrir les bords frangés du périoste que nous avons observés durant les six premiers jours, dans les cas de mouvements imprimés aux fragments déplacés et empiétant l’un sur l’autre : ces franges ont disparu en se continuant intimement avec la substance intermédiaire que nous venons d'indiquer, et avec le tissu lamineux endurci qui les recouvre. |

Les pigeons nous ont donné des résultats tout-à-faitsemblables à ceux qui ont été fournis par les chiens : seulement ils ont été obtenus beaucoup plus tôt.

Système mnédullaire.-—La rupture du tissu médullaire a lieu avec celle de l'os. Elle ne peut se faire sans que les vaisseaux nombreux et considérables qui se distribuent à l'organe ne versent du sang. La quantité de ce fluide extravasé est tantôt très-petite, et tantôt plus considérable. Dans ce dernier cas, il forme ordinairement un caillot qui se continue avec la moelle. Ajoutez que celle-ci doit être nécessairement plus ou moins altérée près de la fracture, par la rupture et le renversement de filets osseux réticulaires des cavités des deux fragments. Ces circonstances, la mollesse du üssu médullaire, et la secousse toujours plus ou moins violente, in-

(14) primée à l'instant de la production de la fracture , expliquent l'ecchymose que la moelle offre, pendant les premiers jours, au voisinage de la:solution de continuité. Le passage de cet état de la moelle à l'état sain, est marqué par des gouttelettes de sang extravasé, qui deviennent plus rares en s’éloignant de la fracture.

Dès le quatrième jour, la moelle, qui avait pris une couleur plus ou moins brune , violacée, près de la fracture, y devient d’un rouge plus ou moins vif, y acquiert de la consistance, et s’injecte de vaisseaux rouges par lPinflammation qui s’en empare. Alors elle fait saillie ou tend à saillir légèrement entre les fragments, en formant, pour l'ordinaire, des bourgeons agglomérés et rougeâtres, et se continue avec une substance comme fibrineuse, et souvent comme tomenteuse, qui se voit sur les surfaces de la solution de continuité de l'os. Lorsqu'on l’incise à l'endroit de cette continuité , elle paraît souvent d’un tissu analogue à cette même substance avec laquelle elle représente parfois la disposition d’un champignon qui aurait son pédicule dans le canal médullaire.

La moelle acquérant ensuite plus de densité au voisinage de la fracture , y devient grise, blanchâtre, tout en y conservant encore pendant quelque temps des taches et des stries rouges. Quelquefois, dans le point où elle se continue avec la substance comme fibrineuse et tomenteuse indiquée, elle paraît comme lobée , et offre des espèces de grains lenticulaires réunis par des filets d’une ténacité remarquable. Enfin, elle semble adhérer, près de la fracture, aux parois du canal médullaire avec un peu plus de force qu’ailleurs.

La seconde série de nos expériences nous a montré des phénomènes tout-à-fait analogues sur la moelle des pigeons : comme toutes les autres altérations , celles-ci ont été beaucoup plus tôt développées sur ces oiseaux que sur les chiens.

Canal medullaire.—Le canal médullaire se rétrécit près de la fracture, peu de jours après cette lésion. Ce rétrécissement a lieu par le développement d’une substance d’abord plus ou moins rosée, quelquefois rouge, comme charnue, et continue à l'os, plus dense et plus adhérente au

Nota. Nous avons vu sur un enfant, huit jours après la fracture, la moelle former entre les fragments un bouton rougeâtre , comme lobé, et beaucoup plus dur que ne l’est d’ordinaire

son tissu.

15.) tissu osseux sur les bords de la rupture qu'à une certaine distance; substance qui devient ensuite cartilaginiforme, puis osseuse.

Nous n'avons pas observé ce rétrécissement avant le dixième jour dans les chiens; il est certain, cependant, qu'il peut commencer un peu plus tôt, puisqu’à l'époque à laquelle nous l'avons constaté, la matière dont il était formé avait presque acquis déjà les caractères osseux. Nous l’avons toujours remarqué, passé le qualorzième jour, chez les mêmes animaux.

Surfaces de la solution de continuité de l'os, et substance intermédiaire aux fragments.—Ningt-quatre heures après la fracture, ces surfaces n’offrent ordinairement qu’un peu de sang concret. Cependant, il y en a quelquefois une quantité assez grande pour constituer un caillot, qui se prolonge dans le canal médullaire, et même d’autres caillots peuvent couvrir et envelopper les bouts des fragments.

Le deuxième jour, outre la présence du sang concret et des caillots, on voit dans les petits enfoncements des surfaces raboteuses de la fracture de l'os, des taches rouges, qui nous ont paru formées par un peu de liquide sanguin. -

Il y a de plus une matière filante légèrement visqueuse, très-peu sensible , qui, répandue sur la surface de la cassure , y colle souvent de petites portions de chair musculaire, séparées ainsi qur nous l’avons dit ailleurs.

Du quatrième au sixième jour, la matière visqueuse, dont nous venons de parler, est plus abondante, les surfaces de la fracture sont recouvertes, sur-tout dans leurs enfoncements qui en sont en partie remplis, par une substance d’un rouge assez vif, mollasse, demi-transparente, comme tomenteuse au toucher, collée au tissu osseux lui-même, et aux parties molles qui entourent immédiatement la fracture ; et cette substance s’unit, se continue, au moins en apparence, avec la moelle : elle paraît principalement formée par du sang coagulé et par le développement des points rouges dont il vient d’être question. Quand elle est abondante, elle s’offre quelquefois sous la forme de filaments entre-croisés, qui représentent une sorte de feutre grossier.

Du dixième au quatorzième jour , la disposition réticulaire, comme feutrée , de la substance développée entre les deux surfaces de la rupture, et que nous appellerons dorénavant substance intermédiaire aux fragmens. est le plus souvent mieux marquée qu’elle ne l’était le sixième jour : ordi-

nairement à cette époque, elle à quelque chose de l'aspect d’un tissu caverneux. Elle est plus abondante, moins rouge, plus consistante, et présente plus de ténacité sur le canal médullaire que par-tout ailleurs. Elle se ‘continue plus intimement qu'auparavant avec la moelle et avec les parties molles qui passent immédiatement sur la fracture. Elle forme même avec ces derniers une véritable induration, dont le tissu est homogène et rougeâtre.

On observe parfois, au milieu de cette induration, une cavité trèsirrégulière, dont les parois, en parties formées par les fragments, présentent dans leurs autres points l'aspect de bourgeons charnus dans un état d’induration, et quelquefois des sortes de colonnes et des espèces de franges flottantes, très-courtes.

Les premiers changements que nous ayons vus dans la texture des surfaces osseuses de la rupture, n'étaient point sensibles avant le dixième jour; ils consistaient dans la disparition des petites pointes et crêtes acérées , lesquelles étaient devenues plus ou moins arrondies et mollasses.

Dans les pigeons, les mêmes phénomènes s’observent ; mais ils en diffèrent par une marche plus rapide. Nous examinerons plus tard cette différence. Q

Lorsque les fragments déplacés portent l'un sur l’autre, ily a, à l’endroit de leur contact, une substance intermédiaire analogue à celle que nous venons de décrire pour les cas où les fragments sont affrontés. Mais cette substance qui, fréquemment, laisse encore au quatorzième jour quelques points osseux à nu, n’est intimement adhérente à los que dans les endroits où elle est d’une teinte rosée , et n’y paraît que légèrement collée dans d’autres où elle est blanche.

C’est vers le seizième jour que les surfaces de la fracture , avec ou sans déplacement, sont toujours entièrement recouvertes par la substance imtermédiaire , qui adhère de plus en plus au tissu osseux.

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