DEUXIÈME PÉRIODE
Ælai comme fibreux ou fibro-cartilagineux.
( Elle s'étend du seizième au vingt-cinquième jour chez les chiens. } Tumeur du cal. À cette époque, les parties molles engorgées et endurcies qui entourent immédiatement la fracture , contractent chaque jour
des adhérences plus intimes avec la substance intermédiaire. Toutes ces parties sont alors confondues entre elles à l'endroit de la fracture , et y forment une sorte de nœud ou de renflement considérable , que nous appellerons la tumeur du cal, dans lequel les extrémités des fragments sont assujetties et comme ensevelies.
Ce renflement, ou tumeur du cal, n’est pas d’abord nettement limité. Ce n’est que du dix-septième au vingtième jour, plus tôt ou plus tard , que l’altération du tissu lamineux, que nous avons décrite dans la première période, diminue de dehors en dedans, pour se concentrer sur la fracture , y former la tumeur du cal et l’isoler. Dès lors celle-ci cesse de se confondre avec les parties qui passent au-dessus ; cependant les muscles continuent encore pendant quelque temps d’y adhérer avec force.
Composition de la tumeur du cal. Par suite du travail que toutes les portions de la tumeur du cal ont éprouvé et éprouvent, elle offre une masse ordinairement pleine , dans la composition de laquelle, indépendamment de la substance osseuse des fragments, il ÿ a deux autres tissus principaux, distincts par la couleur et par la consistance.
L'un, extérieur à l’autre, plus ou moins blanc, très-résistant, qui, sans présenter des fibres manifestes ; a cependant des analogies assez marquées avec les tissus fibreux ou fibro-cartilagineux, et dans lequel un
examen attentif ne tarde pas à faire découvrir des points d’un aspect purement cartilagineux.
Ce tissu se place sur les fragments jusqu'à une certaine distance de la fracture ; il offre le plus souvent , à l’époque qui nous occupe, dans les parties les plus éloignées de cette fracture, la dureté et les autres caractères de l'os.
Le second tissu principal, situé au-dessous du premier, ou au centre de la tumeur du cal, est rouge ou rosé, tirant même sur le violet, suivant le point que l’on examine, facile à déchirer, mou , se continuant avec toute la surface de la rupture dans chaque “nee à laquelle il est tellement continu , sur-tout au centre de cette même surface , qu'il est impossible de dede exactement l’os en cet endroit. On voit de suite que
ce tissu est formé par la substance intermédiaire aux fragments, qui continue à subir diverses altérations.
Le passage de l’une à l’autre des deux modifications de tissu que nous à)
(18) venons de décrire dans la tumeur commençante du cal, n’est point brusque.
Lorsque les fragments portent l’un sur l’autre, le cal présente les mêmes tissus, mais avec cette légère différence, que la substance intermédiaire est moins abondante. et qu’elle a très-souvent des caractères moyens entre ceux des deux üssus que nous venons de décrire. Les endroits des fragments qui avaient été dénudés du périoste, commencent à être par-tout recouverts, à compter du seizième jour , de cette substance intermédiaire ; et si, jusqu'au vingt-cinquième, on la détache de l'os, celui-ci paraît encore semblable à un os sain dont on viendrait d'enlever le périoste. En sciant les fragments dans le sens de la longueur , les secousses de la scie en font assez facilement détacher cette substance intermédiaire , tandis qu’on ne produit pas cet effet, quand les fragments sont affrontés par les surfaces de la rupture.
La partie de la tumeur du cal qui entoure les fragments, y tient d’autant plus fortement qu’on s'éloigne des bouts de la fracture.
T'endons et muscles.—Quelquefois des tendons, dans une portion de leur longueur, traversent la substance comme fibreuse ou fibro-cartilagineuse de la tumeur du cal, y sont logés, embrassés de tous côtés dans une espèce de canal où ils peuvent être mus. D’autres fois , ils sont seulement placés à la surface de la tumeur dans une sorte de gouttière.
Nous n'avons jamais trouvé, avant le vingtième jour, les muscles ou faisceaux musculaires qui passaient immédiatement sur la fracture, séparés de la tumeur par du tissu cellulaire sain, mais dépouillé de graisse.
Périoste. — Si, durant la seconde période, on examine avec attention le périoste, on trouve qu'il est consistant et très-épais sur les extrémités de la tumeur, où il est bien distinct et peut être aisément disséqué sur les points qui sont à l’état cartilagineux et osseux. Il se continue et se confond tellement vers le milieu de la tumeur du cal avec elle et avec le tissu lamineux altéré qui la recouvre, qu'on ne peut, en aucune façon, l'en distinguer, ni reconnaître de cicatrice à l'endroit de la déchirure qu'il avait éprouvée lors de la production de la fracture. |
Parmi les faits remarquables et relatifs au périoste, que nos expériences sur les pigeons nous ont permis d'observer, nous rappelons seulement ici que, le dixième jour après la fracture, le périoste pouvait être séparé de la substance cartilagineuse ou osseuse du cal, aux extrémités de la tu-
| ( 19) meur ; tandis qu'il n’y avait point encore de périoste distinct ou de membrane pouvant lui être comparée, vers la partie moyenne de la tumeur correspondant à l'endroit de la fracture. Dans cet endroit, la substance cartilagineuse, ou comme fibro-cartilagineuse de la tumeur du cal, et le tissu lamineux altéré qui la recouvrait, se confondaient ensemble en passant par gradation d’un état à l’autre. On voit donc que les résultats obtenus sur les pigeons sont parfaitement semblables à ceux qu'on obtient sur les chiens, et qu'ils en diffèrent seulement en ce qu'ils sont plus tôt produits. L
Canal médullaire et moelle. — Ya substance que nous avons vue, dans la première période, rétrécir le canal médullaire près de la fracture, augmente progressivement en quantité, et ce canal s’y oblitère tout -à - fait. Dès lors, il ne commence qu’à une certaine distance de la fracture; il s’élargit en allant vers les extrémités articulaires, où il conserve encore sa largeur pendant quelque temps, lors même qu’il devra dans la suite s'oblitérer dans toute son étendue. Mais le plus souvent, et c’est te qui arrive toujours dans les fragments un peu longs, l’oblitération de la cavité médullaire s'arrête à une distance plus ou moins éloignée de la fracture.
A l’époque ou dans la période que nous décrivons , la substance qui opère l’oblitération du canal médullaire achève d'acquérir le caractère osseux, après avoir passé très-rapidement par l’état cartilagineux. Ce tissu osseux paraît tantôt compacte, el tantôt un peu celluleux, sur-tout vers les extrémités éloignées de la fracture. Sa couleur est rougeâtre, principalement dans les endroits où il est creusé de cellules.
À mesure que le canal médullaire se rétrécit et s'oblitère, il est évident que le volume de la moelle diminue. Elle devient quelquefois filiforme , avant de disparaître entièrement, au voisinage de la fracture. Elle acquiert en même temps plus de consistance, perd de sa rougeur, devient blanchâtre, quelquefois jaunâtre. On distingue fréquemment alors trois états qui existent ensemble dans la moelle, et qui se fondent plus ou moins rapidement l’un dans l’autre, 1° près de la fracture, l’état que nous venons de décrire, lequel est dû à la longue durée de linflammation ; 2° plus loin, la rougeur d’une inflammation nouvelle qui n’a point encore produit d'induration sensible; 3° enfin, vers les extrémités articulaires, l'état sain de la moelle.
Tissu lamineux ou cellulaire. — À mesure que le tissu lamineux ex-
térieur de la tumeur du cal s’amollit pour borner la tumeur et reprendre
l’état sain, ce qui ne commence pas, avons-nous dit, avant le dix-septième
jour , ilse montre dépouillé de graisse, et devient comme filamenteux :
en même temps, les autres tissus qui l’accompagnent cessent d’être confondus entre eux.