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CINQUIÈME ET DERNIÈRE PÉRIODE DU CAL

Cette période est caractérisée par la diminution de la tumeur du cal et le rétablissement de la cavité médullaire. Comme tous les autres phénomènes qui se rattachent au cal, elle commence plus tôt ou plus tard, et dure un espace de temps très-variable , suivant l’âge, l'espèce d'os, le lieu que la fracture y occupe, etc. À quelque époque qu’elle commence, elle n’est bien manifeste que lorsque l’ossification de la tumeur est déjà ancienne.

De même que l’ossification de la tumeur du cal paraït se montrer plus tôt dans le canal médullaire que dans la tumeur, la diminution du cal, que nous décrivons maintenant , est aussi plus tôt évidente dans ce cal; car, la disparition presque totale ou même complète de la nouvelle substance osseuse qui s’est formée dans la cavité médullaire, et le rétablissement de cette cavilé dans toutes ses dimensions, s’observent long-temps avant qu’on reconnaisse une diminution sensible de la tumeur du cal.

Cavité et tissu médullaire.— Nous avons vu dans les périodes précédenrtes, le canal médullaire s’oblitérer en partie ou même entièrement au voisinage de la fracture, et la moelle se resserrer dans la portion de cavité qui existait encore. Lorsque la substance qui oblitère la cavité médullaire a acquis l’état osseux, elle ne tarde pas à se creuser de cellules. Ces vacuoles sont d’abord très-petites, puis elles s’agrandissent, se réunissent , leurs cloisons deviennent chaque jour plus minces, et se changent enfin en véritables filets réticulaires, qui eux-mêmes disparaissent à la longue. Cest ainsi que l’ossification du canal médullaire disparaît entièrement.

Dès qu’on peut apercevoir les cellules dont nous venons de parler, elles sont remarquables par la couleur rouge-vif de leurs parois, laquelle donne bientôt sa teinte à toute la masse; et par une sorte de fluide rougeûtre, d'apparence d’abord gélatineuse , qu’elles contiennent. Ensuite, à mesure que les cellules s’agrandissentet communiquent entre elles, que le canal médullaire se forme, leurs parois deviennent moins rouges, ainsi que le

fluide qu’elles renferment. Enfin , lorsque le canal se rétablit et remplace l'espèce de suc médullaire dont nous venons de parler, on observe une moelle en masse, également de nouvelle formation, qui le remplit et qui est reconnaissable par l’ensemble des caractères propres à ce genre de tissu , tels que sa consistance, sa couleur, sa nature huileuse, une membrane médullaire ou une apparence de membrane, les vaisseaux nombreux et considérables distribués comme ceux qui existaient avant la fracture.

Une sorte de suc médullaire, semblable en tout au fluide cité plus haut, se montre également dans les autres portions ossifiées du cal, à mesure qu’elles se creusent de cellules.

Tels sont les phénomènes qu'offrent la cavité et le tissu médullaire à la suile d’une fracture. On peut les réduire à la disparition partielle ou même totale de cette cavité et de la moelle, et à leur reproduction. Le temps nécessaire pour leur entier développement varie beaucoup; il est très-différent dans deux fractures du même individu, et souvent même, ainsi que nous l’avons vu, dans les deux fragments de la même fracture, sans que l’on puisse en assigner la cause. C’est ce que prouvent la plupart de nos observations sur les chiens; elles établissent que la disparition de la moelle, au voisinage de la fracture, a quelquefois lieu dès le seizième jour dans la même étendue qu’au soixante-dixième , et que le canal et le tissu médullaire peuvent être complétement rétablis avant le cinquième mois, et d’autres fois ne l'être pas encore à sept mois et demi.

Ces changements dans le canal médullaire et la moelle, et le rétablissement de ces parties , se sont offerts à nous avec des circonstances analogues dans nos expériences sur les pigeons. La seule différence notable qu'ils présentent, est, ainsi que les autres phénomènes qui se rapportent au cal, leur développement et leur succession beaucoup plus rapide que chez les chiens.

Parmi les résultats de nos expériences sur les pigeons, il y en a deux qui nous paraissent très-remarquables. On sait que dans ces animaux l’'humérus ne renferme point de moelle; que la cavité de cet os ne contient que de l'air, et que l’analogie seule y fait admettre une membrane qui la tapisse. Du dix-septième au quatre-vingtième jour après la fracture, le développement et l'injection en rouge de vaisseaux multipliés et devenus

assez gros, ont rendu très-sensible la membrane de cette cavité aérienne de l'humérus.

Une seule fois, et dix-sept jours après la fracture, nous avons vu une . substance ressemblant en tout à la moelle, dans la cavité des fragments de l'humérus. Est-ce que, dans certaines circonstances, une véritable moelle peut se développer chez les oiseaux dans des os où elle ne devait pas exister selon l’ordre habituel?

Structure de la tumeur du cal.— A mesure que les points osseux que nous avons remarqués dans la troisième période, se réunissent pour former des centres d’ossification dans la tumeur du cal, il s’y développe des cellules. Ces cellules sont en tout comparables à celles que l’on voit d’abord, et que nous venons de décrire dans la substance osseuse qu’oblitère le canal médullaire. À mesure qu’elles s'agrandissent et diminuent en nombre, il se forme, à la partie extérieure de la tumeur du cal, une lame osseuse compacte. Celle-ci semble, dans son épaississement, suivre la diminution graduelle de la tumeur. Enfin, lorsqu’à la longue la tumeur du cal disparaît tout-à-fait, ou presque entièrement, comme on l’observe dans les cas de rapprochement exact des fragments et de correspondance parfaite des surfaces de la fracture, cette lame compacte devient aussi épaisse que le reste des parois osseuses du canal médullaire

On voit, par ce que nous avons dit, que la règle générale du développement des os longs, dont la cavité va toujours proportionnellement en augmentant, règle qui avait été intervertie pour la formation du cal, cesse de l’être quand le cal est consotidé.

Périoste. — Le périoste que nous avons vu si épais sur les portions encore cartilagineuses du cal, ou sur celles qui sont récemment ossifiées , s’amincit ensuite chaque jour, en conservant toutefois, pendant très - longtemps, une épaisseur plus marquée sur la partie moyenne de la tumeur que par-tout ailleurs. |

Il conserve également , pendant long-temps, des adhérences très-fortes avec elle ; et lorsqu'on l’en sépare , on aperçoit une foule de filets qui s’enfoncent dans la substance osseuse de cette tumeur. C’est ordinairement depuis le quarante-cinquième jour de la fracture , que la diminution d’épaisseur du périoste, devient évidente aux extrémités de la tumeur du cal. Cette diminution d'épaisseur du périoste se fait si lentement, qu’as-

(28 ) sez souvent , au septième mois, cette membrane est encore plus épaisse aux extrémités de la tumeur qu’à une plus grande distance de la fracture, ou sur les parties saines.

Ce n’est donc que plus ou moins long-temps après l’entière ossification du cal, que le périoste s’y présente absolument comme par-tout ailleurs.

Nos expériences sur les pigeons nous ont donné des résultats tout-à-fait analogues à ceux que les chiens ont fournis ; seulement ils ont été obtenus beaucoup plus tôt, puisque, dès le cinquantième jour de la fracture, le périoste qui recouvrait la tumeur du cal paraissait aussi sain et aussi mince que sur les os non fracturés.

Configuration de la substance du cal avant le rétablissement de la cavité médullaire. Nous avons vu qu'avant l’ossification complète du cal, les bouts des fragments sont enveloppés à l'extérieur par la nouvelle ossification , qu’à l’intérieur la portion correspondante du canal médullaire est remplie par une autre ossification, et que plus tard l’une et l’autre sont réunies par la substance intermédiaire également ossifiée.

Il arrive quelquefois que le canal médullaire étant déjà oblitéré depuis quelque temps par la nouvelle ossification , la substance intermédiaire n’est cependant encore ossifiée que dans la partie correspondante au canal , tandis que le reste de cette substance , qui répond aux surfaces osseuses, est à l'état cartilagineux. De cette manière, l’ossification intérieure représente une sorte de cheville enfoncée à-la-fois dans les deux bouts de la fracture.

Enfin, lorsque l’ossification du cal est complète , les deux fragments sont aussi réunis en dehors par l'espèce de virole ou attelle cylindrique que Duhamel a décrite avec tant de soin, et entre eux, par la substance intermédiaire.

Pour donner une juste idée de toute la masse de la substance du cal, il faudrait la comparer à un tuyau assez court , fusiforme, transversalement coupé en deux parties parune cloison, sur chaque face de laquelle s’élèverait uné cheville ; de sorte que la fracture se trouve consolidée au dehors, au dedans des fragments, et dans leur intervalle.

Ce n’est, ainsi que nous l’avons dit, que le seizième jour après la production de la fracture, que nous avons trouvé une tumeur du cal sur les chiens soumis à nos expériences.

Le volume de la tumeur augmente progressivement pendant quelques jours, et sa forme change ; d’abord à-peu-près arrondie, elle s’allonge bien-

tôt par le développement d'une substance entre l'os et le périoste. Des que cette substance a acquis les caractères osseux à l'extrémité de la fracture, la tumeur cesse de s’allonger, commence à être nettement limitée, et devient généralement fusiforme , parce que la substance du cal, toujours très-abondante vis-à-vis de la fracture, diminue progressivement d’épaisseur à mesure qu’elle s’en éloigne. Élle est régulièrement fusiforme , si les fragments sont exactement affrontés par les surfaces de la rupture ; et irrégulière , s’il y a déplacement , et si des tendons, ou toute autre circonstance , ont été des obstacles à son accroissement dans certains points.

Lorsque les fragments portent l’un sur l’autre , la substance du cal n’est point répartie autour d’eux d’une manière égale : elle se prolonge très-loin sur le côté du fragment qui empiète sur l’autre, et y est très-épaisse (principalement sur la surface de la rupture du dernier ), tandis qu’elle est peu étendue et mince sur l’autre côté. Il résulte de cette disposition que la substance de la tumeur du cal est alors sur le même fragment , plus épaisse d’un côté, et moins de l’autre. C’est cette différence qui établit une sorte de symétrie , et rend la tumeur du cal fusiforme ; toujours, dans ce cas, elle est beaucoup plus renflée à la partie moyenne, que lorsque les fragments sont exactement affrontés.

Faisseaux du cal. — On lit dans tous les auteurs qui traitent du cal, qu’il est organisé par des vaisseaux qui le traversent, et qui établissent la communication d'un fragment à l’autre. Mais c’est par analogie que la plupart des auteurs ont émis cette assertion. Dethleef affirme les avoir trouvés et vus distimctement dans un cal qui avait acquis la dureté et la blancheur des cartilages, sur un chat dont il avait rempli les artères avec de la cire. (Dissert. de callo, pag. 35.) Bonn rapporte, d’après Reimar, que Hunter a démontré des vaisseaux très-rapprochés et très-nombreux dans le cal non encore parvenu à son dernier état. ( Descriptio thesauri oss. morbos, pag. 166.) Sont-ce les mêmes vaisseaux que Bertrandi, professeur d'anatomie à Turin, a dit à Bordenase avoir vus à Londres , dans des préparations anatomiques ? ( Mém. sur les os , etc. , par Fougeroux, page 235.)

M. Howship vient de faire connaître les vaisseaux du cal qu ‘il à injectés entrès-grand nombre, depuis le neuvième jour après la fracture , jusqu'au trente-deuxième jour. (MWMedico-chirurgical transactions, vol. IX, part. £)

Nous ne connaissons pas d’autres auteursqui assurentavoir vu les vaisseaux

sauguins dans la substance du cal, et cependant nous ne pourrions énumérer tons ceux qui prétendent que ces vaisseaux existent. Il faut en convenir , il est difficile, lorsqu'on considère la suite d’altérations dont le calest le siége jusqu'aux derniers jours de la vie, de se refuser à admettre hypothétiquement ces vaisseaux ; mais les faire voir à toutes les périodes du cal, est une chose bien plus satisfaisante que le raisonnement ; or, nous possédons des pièces qui les montrent à presque toutes les époques.

On reconnaitra , dans un travail plus étendu que nous publierons sur le cal, et dans les planches que nous y joindrons , que ces vaisseaux tirent principalement leur origine de ceux du canal médullaire et de la moelle elle-même, quoique souvent l'extrémité de ce canal soit oblitérée ou l'ait été par une substance osseuse. Les plus gros de ces vaisseaux sont flexueux et ramifiés ; leur direction générale est d’un fragment à l’autre.

énacité du cal. — Nous ne connaissons que très-peu d'observations sur la ténacité des os sains. Leurs usages dans l’économie animale mériteraient cependant qu'on y étudiàt cette propriété physique avec soin. Quant aux os qui ont un cal plus ou moins récent, toutes les observations s'accordent à établir d’une manière générale , que l’union des fragments entre eux, est, toutes choses égales d’ailleurs, d'autant plus forte, qu'il s’est écoulé plus de temps depuis que l'os est rompu, Nous disons Zoutes choses égales. parce que la force de ténacité varie dans les divers âges, dans les divers individus, selon l’état de maladie générale, etc. Il est sur ce point une proposition qu'on peut énoncer : c’est que la ténacité du cal commençant, cesse d'augmenter, etmême paraît souvent diminuer sous l'influence d’une maladie aiguë. Nous avons eu occasion de faire cette observation sur quelques chiens soumis à nos expériences.

Troja (De novor. ossium regeneratione , experun. XIX ; et Encycl. de Diderot et de d’Alembert, article Tenacité des os, suppl.) est le seul qui, à notre connaissance, ait fait des expériences directes dans le but de déterminer la force de ténacité qu'acquiert successivement le cal. Sur plusieurs petits chiens du même âge auxquels il cassa le tibia pour examiner, à différentes époques de la fracture, le rapport de la #nacité acquise par le cal avec la ténacité naturelle de l'os, il a trouvé que, quatre jours après la fracture, la ténacité du cal était à celle de l'os, à-peu-près comme un est à trente-quatre; au bout de dix jours, à-peu-près comme

(31) un est à sept; au bout de douze jours, comme un est à quatre ; au bout de seize jours, comme un est à trois.

Voici, de notre côté, ce que nous avons observé sur la ténacité du cal. Le seizième jour d’une fracture , les secousses imprimées aux fragments en sciant le tibia dans sa longueur, ont en partie arraché la substance comme fibro-cartilagineuse du cal, de dessus un fragment du péroné qui est resté à nu; et que le soixante-sixième jour, la substance intermédiaire aux fragments, encore rouge et un peu molle sur les surfaces de la rupture, y a été déchirée et arrachée çà et là par des secousses semblables, mais sans laisser à nu le tissu osseux.

Enfin, quelques essais tentés par nous confirment l'opinion générale des chirurgiens sur la ténacité du cal. Toutes les fois que, prenant un os dont le cal n’était point encore entièrement osseux (nous supposons que la réunion avait lieu par les surfaces de la rupture) , nous avons fait des efforts pour le rompre, la nouvelle fracture a été produite précisément à l'endroit de la première , tandis qu’un peu plus tard , il est plus facile de casser un os ailleurs que dans ce point. Cette résistance plus grande à l'endroit d’un cal qui n’est plus récent, nous a paru diminuer et même disparaître tout-à-fait dans les cals très-anciens et ordinairement -très-peu ou point apparents.

Quant aux fragments déplacés et portant l’un sur l’autre, la ténacité du cal nous a toujours semblé être , en raison directe de la longueur du

déplacement, sans déroger pourtant aux lois générales que nous venons d'indiquer.

Analyse chimique de la substance osseuse du cal.

Nous devons cette analyse , que personne n’avait encore faite, à l'amitié de M. Henri Gauthier-de-Claubry. La matière osseuse primitive et la matüère osseuse du cal, prises sur un même fémur d'homme , et traitées comparativement par les procédés ordinaires, ont donné les produits suivants :

Os primitif. Cal.

Matière animale . . . . — 56,284 — 43,795.

Carbonate de chaux. . . — 3,846 — 9,785.

Phosphate de chaux . . . — 38,075 —- 44,894.

== dé magnésie :; : .— [1,012 — 1,526,

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