‹ Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodesChapitre 4 sur 61 · YEUX · texte numérisé non relu

YEUX

Loin d'être au nombre de six ou de huit comme dans le scorpion et les arachnides pulmonaires, 1l n'existe dans le galéode, ainsi que Je l'ai déjà dit aux prolésomènes, qu’une seule paire d’yeux qui représentent parfaitement les grands yeux médians du scorpion. Dans l'intérêt des transitions et des échelonnements organiques, 1l faut noter cette disparition complète, dans le galéode, des petits yeux du scorpion, en même temps que le maintien, la survivance des grands yeux. Rapprochés sur une éminence médiane du bord antérieur de la tête, ceux-ci sont ronds, lisses, c’est-à-dire non réticulés, médiocrement convexes, et ils appartiennent aux stemmates comme ceux des autres arachnides.

Les orbites qui enchatonnent les globes oculaires sont latérales, ainsi que les cornées transparentes, en sorte que l'axe visuel a cette même direction, et l'animal voit habituellement de côté. Mais comme le bouclier céphalique est garni en dessous de muscles nombreux et puissants, ceux-ci peuvent déterminer au gré de l'animal d'insensibles mouvements qui, en inclinant ce bouclier, modifient la direction de l'axe visuel.

Quand on parvient à évulser adroïtement, quand on désenchatonne le globe oculaire de dessous la cornée transparente qui l'abrite, on constate que la rétine qui en fait la masse a une forme ovoide, de globuleuse qu’elle devait être avant l'énucléation. La rétine entraine avec elle le pigmentum noir dont il est coiffé. Ce pigmentum, qui adhère au pourtour interne de la cornée transparente, est sans doute une choroïde; mais, pour la fonction active de l'œil, il faut de toute nécessité supposer l'existence d’une pupille. Or, je n'ai pas pu constater celle-ci, parce que cette délicate et molle membrane se déchire pendant la mort à la moindre traction exercée sur elle. On ne saisira la pupille que dans l'animal vivant et lors de l'exercice de l'acte visuel.

Voyez comme dans les plus minimes détails la nature sait adap-

DES GALÉODES. 1i

ter aux divers organismes les instruments propres à les servir, comme elle est ingénieuse à sauvegarder les actes physiologiques. Le lourd et ténébreux scorpion étant destiné à trainer son corps sur la terre, sans pouvoir quitter celle-ci, avait besoin de la double série de petits yeux latéraux et myopes qui touchent presque le sol pour en éviter les inégalités et saisir une proie facile. Le galéode, au contraire, voltisgeur de profession, agile coursier, effleurant à peine l'arène, d’une activité incessante sous un soleil éclatant, n’a reçu que deux yeux sincipitaux; mais 1ls sont grands et brillants pour viser de loin une proie aussi preste que lui, pour l'atteindre jusque sur les arbrisseaux, suffisants enfin pour satisfaire à tous ses besoins, à tous ses plaisirs.

Il existe sans doute dans l'œil du galéode un cristallin. Je ne l'ai point constaté.

ARTICLE IL

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