‹ Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodesChapitre 42 sur 61 · CANAL ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

CANAL ALIMENTAIRE

Il n’a que la longueur du corps de l'animal; il est, par conséquent, tout à fait droit dans son trajet de la bouche à l'anus; sa texture membraneuse, délicate et fragile, ses connexions avec les conduits hépatiques et la singulière division de sa portion thoracique le rendent très-difficile à isoler; aussi faut-il multiplier à l'infini les autopsies, et avoir une patience éprouvée pour s’en faire une idée exacte.

L'æsophage est capillaire et court; sa ténuité et sa diaphanéité désespérantes le dérobent souvent au scalpel le plus pratique; il faut des circonstances heureuses pour le bien constater, et dans mes autopsies, Si multipliées, je ne lai vu nettement que deux fois. Après être sorti du rostre buccal, il s'enfonce sous le cerveau, entre ce dernier et le ganglion thoracique. Or, comme le cerveau est presque sessile, 1l faut une pince bien servie pour déchirer celui-ci et en dégager cet imperceptible œsophage. Ce passage insolite remplace, dans le galéode, le collier œsophagien des insectes et autres articulés. Je m'en suis expliqué au chapitre du système nerveux.

L'estomac ou jabot, confiné dans le thorax, passe par-dessus la carcasse thoracique, de manière à s’enchâsser par son axe dans sa poulie; en sorte qu'après l'enlèvement circonspect des segments tégumentaires du thorax 1] demeure à nu. Sa configuration compliquée, dont quelques autres arachnides fournissent des exemples plus ou moins modifiés, demande pour sa complète dissection une grande ténacité de patience; son trait caractéristique est l'existence de trois paires de longs boyaux latéraux, grèles, effilés, fermés au bout comme des doigts de gant et pénétrant, par les hanches, dans les cuisses des six véritables pattes.

Cette remarquable division ou ramification du jabot est le trait caractéristique différentiel du galéode et du scorpion; on

DES GALÉODES. 83 lui a donné le nom de phlébentérisme, affecté par M. de Quatrefages à certains invertébrés dont le tube digestif est ramifié comme des veines. J'admets cette comparaison, quoique un peu forcée. Le jabot à boyaux cruraux de notre arachnide peut, à plus juste titre, être comparé aux appendices gastriques, dont les acrydium, mantis, blalta, etc. offrent de notables exemples que j'ai exposés dans mon anatomie de ces orthoptères.

Au point de vue physiologique, ces boyaux cruraux semblent destinés à y faciliter le séjour de la matière alimentaire dans le double but de son élaboration ou d’une réserve dans des cas de diète prolongée. Peut-être aussi sont-ils destinés à des usages qui restent encore inconnus.

Je viens de dire que ces boyaux sont au nombre de trois paires et destinés exclusivement aux pattes; il n’y en a pas davantage, et les palpes en sont absolument dépourvus; mais loin d’être simples, ils offrent constamment au voisinage de leur origine au jabot, et toujours au côté antérieur, un court boyau appendiculaire de longueur variable.

Les boyaux principaux et leurs appendices sont d'autant plus longs qu'ils sont plus postérieurs, ce qui tient à la longueur respective des pattes. Dans la troisième paire de celles-ci, j'ai parfois trouvé le boyau appendiculaire presque aussi long que le boyau principal, de manière à le faire prendre pour un boyau double; mais c'est là un cas exceptionnel. Dans quelques conditions de plénitude ou d’infarctus, Jai rencontré des boyaux cruraux avec un renflement ou une boursouflure à leur naissance. J'ai exprimé ce fait par une figure. Il m'est arrivé aussi, à ma grande surprise, qu'en désengainant ces boyaux de leurs étuis fémoraux postérieurs J'ai trouvé que leur longueur dépassait de deux fois au moins celle de la hanche et de la cuisse ensemble. J'en ai conclu que ces boyaux doivent avoir dans ces étuis des flexuosités plus ou moins rapprochées.

Le ventricule chylifique, ou la portion du tube digestif qui nait du jabot au détroit thoraco-abdominal, est cylindroïde et d’une

texture fort délicate comme le reste de l'organe. Dans des sujets qui avaient séjourné un an dans l'alcool, j'ai trouvé le ventricule chyhfique si grêle et d’un blanc si mat qu'il en imposait pour un cordon nerveux.

Ce ventricule occupe le fond de la grande scissure médiane du foie où le maintiennent ses étroites et inextricables connexions avec les bourses hépatiques; ce siége et ces connexions, qui ont bien leur raison d’être physiologique, ne se sont révélés à mon scalpel qu'après plus de vingt dissections. Malgré ma sobriété à invoquer la loi de l'analogie, je pense qu'un semblable siége pourrait bien se rencontrer dans d’autres arachnides, notamment dans le scorpion, quoique je ne l’aie pas encore constaté.

Mes investigations scrupuleuses pour découvrir à la fin du jabot, ou au commencement du ventricule, chylifique, une valvule pylorique comme dans la plupart des insectes, ont été complétement sans résultat; j'ai seulement remarqué entre les deux organes que je viens de nommer un étrécissement dont la contractilité peut remplir l'office de valvule.

Le ventricule se termine en arrière par un tissu sensiblement plus dense, plus serré, et par un léger bourrelet circulaire quelquefois bien apparent. Ce bourrelet est l'indice positif d’une valvule ventriculo-intestinale analogue à l'iléo-cæcale des grands animaux, et qui existe dans la plupart des insectes. Toutefois l'exiguïté et la délicatesse des tissus ne m'ont pas permis de constater intérieurement cette valvule.

Le bourrelet en question est suivi d'un col d’une extrème brièveté, vestige d'un intestin; celui-ci, à parois plus charnues, plus épaisses, s'ouvre sur le côté du cœcum.

Le cœcum est une énorme poche latérale très-dilatable et d’un volume variable, suivant la quantité de matière excrémentitielle accumulée. Le plus souvent il déborde en haut le foie, et il est rare qu'il ne soit pas crevé par un scalpel inattentif. En avant, il se termine en un grand cul-de-sac; en arrière il s’atténue, et pour recevoir l'embouchure de l'intestin, et pour se continuer en

DES GALÉODES. 85 un rectum sans limite tranchée qui s'ouvre à l'anus. Ce cœcum est méconnaissable quand il est ridé et ratatiné. Je l'ai souvent rencontré déprimé, plissé et cannelé dans sa longueur, ainsi que le représente un de mes dessins. Dans son état de plénitude, il renferme une pulpe excrémentitielle plus ou moins liquide, blanche comme de l’amidon. Une semblable pulpe blanche s’observe dans le scorpion et dans les araignées.

Une dissection rendue plus heureuse par une macération prolongée m'a permis de reconnaître dans le cæcum du quadrigerus, ou du moins dans une tunique de cet organe, une texture curieuse qui vraisemblablement existe aussi dans les autres espèces de galéodes, mais que jusqu'à ce jour je n'ai constatée que dans celle-ci. Cette poche cœcale est formée de bandelettes musculaires annulaires, à fibres courtes longitudinales, bien distinctes les unes des autres et parallèles. Ces fibres s’insèrent, en avant et en arrière, à un filet linéaire pareïllement annulaire, que je présume être fibro-membraneux. Je constate aussi que ce cœcum offre, à son embouchure dans un court rectum cylindrique, un bourrelet arculaire, qui doit être un sphincter distinct de celui de l'anus. J'ai représenté par une figure cette élégante structure qui, je le redis, ne doit pas être exclusivement propre au quadrigerus.

L’anus des galéodes occupe l’extrémité ventrale de l'abdomen. I existe à cette extrémité un disque rond, glabre, à peine proéminent, de texture charnue et constituant un sphincter orbiculaire. Au milieu de ce disque est une fente linéaire dans le sens de l'axe du corps, à fin rebord calleux, de teinte brune.

Nora. Kittary (loc. cit. tab. VIIE, fig. 12) avait très-bien vu les boyaux cruraux de lestomac du galéode, qu'il se contente d'appeler des diverticulum. H avait parfaitement saisi et pas mal représenté les appendices basilaires de ces boyaux. Il désigne sous le nom malencontreux de cloaque le cœcum de cette arachnide, et il s’est laissé aller à l’idée peu physiologique d'appeler organes urinaires des dilacérations du foie dont la pulpe avait été éliminée, et qui se réduisaicnt, par le lavage, en canaux hépatiques ou cholédoques corfusément appréciés ou bizarrement dessinés.

M. Blanchard a représenté, dans l'Organisation du règne animal (pl. 28),

le canal digestif de l’araneoides. Cette figure devient la sévère censure de celle qu'il avait publiée dix ans auparavant. Elle m'oblige donc à supprimer ma critique, et je m'y résous très-volontiers. Mais je le dis sans détour : le pinceau de M. Blanchard, malgré son habile élégance, est inférieur en fidélité à celui de Kittary. Le boyau crural antérieur est mal saisi ou singulièrement exagéré. J'en appelle à sa confrontation avec la figure de Kittary et avec la mienne. L'appendice basilaire de ce boyau est démesurément grand.

ARTICLE IH

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