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DU FOIE

Dans le scorpion et les arachnides pulmonaires, ainsi que dans le galéode, arachnide trachéenne, le foie est un organe parenchymateux, une énorme glande conglomérée; sa grandeur, sa configuration sont le moule de l'abdomen, dont il remplit toute la capacité. Or, dans le galéode, celle-ci varie suivant les sexes et suivant certaines conditions de turgescence séminale. Ainsi, dans les femelles d'une gestation avancée, le foie est grandement développé et ovalaire, tandis qu'il est oblong ou allongé dans les mâles un peu épuisés ou dans les femelles vierges.

Mais le foie ne remplit pas seulement la cavité abdominale du galéode, il envoie, ainsi que dans le scorpion, des divisions ou des lobules de sa substance dans le thorax, où il n’est pas difficile de les constater et où ils se rattachent par leurs conduits propres à la masse de l'organe.

On trouvera peut-être hasardée cette dénomination de glande conglomérée que Cuvier refusait aux animaux privés de circulation sanguine Gu humorale; mais remarquez bien que dans les arachnides, ainsi que dans les hauts vertébrés, le foie est composé de granulations vésiculeuses ou bursiformes, destinées à retenir les éléments de la sécrétion biliaire pour les transmettre dans un état de première élaboration aux conduits bihaires, aux canaux hépatiques qui, en définitive, l’épanchent dans le tube digestif. J’avais déjà fait ce rapprochement dans mon anatomie des scorpions, et je crois opportun de la renouveler dans l’anatomie des galéodes. Remarquons toutefois dans ce parallèle qu'il

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n'existe pas dans les arachnides de réservoir particulier pour la bile, de vésicule biliaire, comme dans les animaux supérieurs. Or, quoique le scorpion, ce grave représentant des arachnides pulmonaires, possède une véritable circulation sanguine, et que le galéode, cet agile chef des arachnides trachéennes, soit dépourvu de cette circulation, 1l existe néanmoins dans ces deux arachnides une parfaite identité dans leurs foies respectifs, soit quant à la configuration, soit quant à la texture intime et aux fonctions.

Le foie du galéode partage avec celui des autres arachnides le remarquable privilège d’être le réceptacle de tous les viscères abdominaux. Il a une teinte blonde ou cannelle due à la pulpe constitutive. [l est revêtu et étroitement enveloppé par une fine tunique diaphane, fibro-membraneuse, où le microscope décèle de longues fibres qui, après une certaine macération, se disjoignent et ressembleut à de subtils filets, à de fort curieuses colonnades.

Il n’est pas rare, lorsque le galéode a séjourné fort longtemps dans l'alcool, que le foie imduré conserve lempreinte plus ou moins profonde des segments de l'abdomen. J'ai trouvé dans quelques individus ces empreintes transversales, avec leurs bords si tranchants, que le foie a l'air d’être formé de compartiments imbriqués. C’est là le moule, le fac simile des dix segments du tégument dorsal. Cet effet cadavérique de la contractilité de tissu est produit par le muscle peaussier qui, plus éminemment contractile à ses intersections, presse, déprime, enfonce la pulpe hépatique, dont la mollesse cède à cet effort progressif et finit, en s'indurant, par en conserver l'empreinte.

Qu'on me permette de raconter une anecdote à ce sujet. Dans le dernier convoi de galéodes reçu du Sahara de Boghar, en septembre 1857, quelle fut ma surprise de trouver ces sculptures hépatiques fortement prononcées dans tous les individus de cette importante communication : comme ces sujets étaient assez récemment incarcérés, J'en conclus que les Arabes, chargés de la chasse de ces arachnides, au lieu de les avoir plongées vivantes

dans l'alcool, comme il était recommandé, avaient dû les conserver un certain temps mortes, et qu’elles s'étaient desséchées au souffle brûlant du désert. Plus tard j'appris que je ne m'étais point trompé. Ce fut pour l’anatomiste une perte irréparable, car le scalpel ne put en tirer aucun parti.

Après l'enlèvement du tégument dorsal de l'abdomen, sans lésion du foie et de sa tunique propre, cet organe présente à l'œil nu une réticulation superficielle à aréoles arrondies. Si on le dépouille avec précaution de sa tunique, sans entamer sa pulpe, on met en évidence une rainure médiane qui loge à sa surface le vaisseau dorsal, puis qui se continue en une scissure profonde dont l’entrée est masquée par la contiguité, l’entrecroisement des bourses hépatiques. Le canal digestif repose au fond de cette scissure, Mais celle-ci ne pourfend pas complétement le foie, comme on pourrait le croire au premier coup d'œil; il y a là un plancher, où mieux un édredon parenchymateux, qui supporte le tube de la digestion. J'ai déjà prouvé que, contre l'opinion de Treviranus, le foie du scorpion présente une semblable scissure, et non une division en deux moitiés égales.

Examinons maintenant la structure intime de l'organe hépatique. Elle va nous révéler une conformité organique des plus saisissantes avec celle des autres arachnides, notamment du scorpion.

Sa tunique propre, dont j'ai déjà indiqué l'organisation, s'enlève facilement, parce qu’elle n’adhère au parenchyme que par d'imperceptibles brins nerveux et trachéens et par les muscles perforants.

Le parenchyme consiste en une prodigieuse quantité de bourses hépatiques ou allongées, ou en massue, ou filiformes, suivant leur degré de plénitude. La pulpe qui emplit ces bourses est crémeuse et blonde. C’est elle qui donne sa couleur à toute la glande. Elle m'a paru plus pâle dans le nigripalpis. Ce sont les bouts borgnes ou fermés de ces bourses qui, pressés entre eux, forment à la périphérie du foie ces mosaïques en aréoles arrondies dont j'ai parlé.

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Ces bourses, tantôt simples, tantôt bifides ou trifides, se groupent de manière à former des faisceaux, des bouquets, des grappillons plus ou moins serrés. Ce sont elles qui constituent l'organe essentiellement sécréteur de la bile. Les conduits propres de ces grappillons s'unissent successivement les uns aux autres pour former les canaux excréteurs. Le déploiement et la mise en évidence de ces mille grappillons mettent à une rude épreuve la patience la plus héroïque.

C'est dans une si délicate, si minutieuse dissection qu'il faut user et d’un fin pinceau pour crever les utricules, en balayer Île contenu, et de linsuflation directe bien ménagée sur le flot de la pulpe délayée pour déterger et mettre à nu toutes ces bourses vides et leurs conduits, qui représentent dans cet état des buissons, des houppes, en apparence inextricables. J'avais déjà disséque une vingtaine de galéodes de tous les âges, de tous les sexes, sans avoir découvert dans les profondeurs d’un parenchyme que Je tourmentais ces canaux cholédoques, destinés à recevoir le tribut de la sécrétion des utricules ou bourses pour le transmettre au ventricule chylifique. J'étais demeuré un temps infini dans le désespoir du scalpel et de la loupe, dans les horreurs du doute, dans toutes les perplexités physiologiques. Les microtomistes passionnés comprendront seuls mes joies, mon extase, à la découverte de ces canaux tant convoités.

C'est à l'origine et à la terminaison du ventricule chylifique qu'ont lieu les insertions cholédoques. La partie moyenne de cet organe, dans une assez grande étendue, en est totalement dépourvue. Ce n’est point ici, comme dans le scorpion, par des paires symétriques que ces canaux versent la bile dans le tube digestif. Le nombre de ces canaux excréteurs est indéterminé et jusqu’à ce jour indéterminable dans le galéode. Je n’y ai rien aperçu de symétrique, quoique je sois disposé à croire qu'il doit en être ainsi. Il y a environ sept à huit de ces cholédoques à chacune des extrémités du ventricule chylifique.

Ce mode d'insertion des cholédoques, que J'ai constaté, non-

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seulement dans le barbarus, mais dans d’autres espèces, fait presummer de curieuses modifications dans les arachnides classiquement voisines des galéodes.

Nora. Kittary, malgré le volume du foie, s’est égaré dans l'appréciation de sa texture intime et dans ses attribulions. Son pinceau semble avoir reculé devant cette pulpe parenchymateuse si habilement organisée, et sa plume est demeurée muette.

M. Blanchard a bien saisi cette texture, mais ses figures n'ont point abordé les connexions de l'organe avec le canal digestif.

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