‹ AncaeusChapitre 2 sur 8 · A XC AI- AN CAEUS · texte numérisé non relu

A XC AI- AN CAEUS

paroles sont tristes, chère, — oublions-les ; L'augure en est mauvais un soir de fiançailles

— Souvent on a pour moins différé des batailles ; —

— Maisnos cœurs, n'est-cepas? n'en seront pas troublés.

Ainsi chantait son maître, Orphée, au soir funèbre Où mourut Eurydice : un lourd deuil enténèbre Sa vie, et notre amour évoque son amour;

— Mais notre joie est pleine et notre jour commence.

SAMIA

Oublions-les, si tu le veux...

Le soir est lourd...

Voici mon siège de gazon que j'ensemence Chaque printemps — écoute : notre pas est sourd Tant l'herbe est grasse.

Asseyons-nous;

Je me sens lasse D'avoir marché.

C'est là que mes cygnes gourmands Viennent manger entre mes doigts — voici la place ; Mais ils dorment sans doute

— Ou craignent les amants.

Ancacus s asseoit près d'elle

Regarde ; mon éros de marbre nous fait face.

Samia ta main tressaille dans ma main-, as-tu Quelque crainte?

La nuit est tiède et sur ta joue L'air a la moiteur d'un baiser ; la brise joue Parmi les mûriers nains un lent air-, la vertu Des lis embaume et grise;

Ainsi, crois en mon âme, Samia ; te voici chaste et belle, et c'est la nuit D'amour première; vois : sous la lune qui luit Le fleuve tressaillit, et mon cœur te réclame.

SAMIA Et pensas-tu jamais quelle serait ta femme?

J'ai rêvé de la voir errante en un matin De mai, parmi des fleurs, rieuse; et son doux rire Emerveillait les saules gris et Peau qui mire Les bleus de l'ombre avec un reflet argentin

34 AXCAEUS

De gai soleil où vont des rondes d'éphémères; Une brume estompait sa tunique et les plis Où s'amoncelle la cueille odorante : lis Tachetés de la rive et fleurs d'absinthe amères Et le doux chèvre-feuille ; — elle n'avait souci Des ronces, se blessant aux épines des roses-, Et comme elle marchait, après de lentes pauses, Tressant des fleurs, je la crus suivre jusqu'ici Où, rougissante, avec des airs de criminelle, Craintive d'un regard, fût-il même le sien, Elle enlaçait ce bel éros du gai lien De ses fleurs...

Et ta lèvre, enfant, qu'implorait-elle?

SAMIA (d'une voix de rêve)

Toi!...

Mais ne parle pas de ta voix qui rassemble Mon rêve éparpillé — rêvons le rêve ensemble : La nuit est douce, ô mon doux maître, et sa clarté Confuse est un mystère où vague en liberté Ma vaine lassitude -,

Et toi, laisse ton âme Silencieuse auprès d»; mon amour de femme

S'éprendre de la joie éparse ;

— Vois; la nuit Joyeuse mène à nous l'espoir q^e l'on poursuit; Et l'ombre autour de nous palpite d'amour vague...

D'un geste elle montre l'horizon

Et ce nuage s'incurve comme une vague Enorme, déferlante, et qu'eût figée un vent D'hiver...

La douce nuit que l'on passe en rêvant...

Un long silence, et, à nouveau le chant de lyre

Ecoute !...

VOIX LOINTAINE

Eros que suit un chœur éphèbe Parle d'amour aux âmes neuves....

Encor le chant du poète de Thrace, Que cette voix est triste et douce par l'espace..

VOIX LOINTAINE

Mais les nuits d'étoiles sont veuves

Et tout chemin mené à FErèbe !

ANCAEUS Ce chant est monotone ainsi qu'un air de chasse ;

(Puis, sortant de son rêve.)

Demain je châtierai ce chanteur -, car, ce soir L'esclave doit être gai, fût-ce par devoir.

SAMIA

Ta joie est donc cruelle en ce soir nuptial? Que t'importe, ô mon roi, ce chant crépusculaire? Notre amour craint-il donc ce regret labial ?

CHŒUR DES FEMMES Sur la rive proche

Or a r a r a * .*. ^ /*. w

e — oe — oe — oe — oooe

D'autres voix leur répondent comme un écho qui va se perdre

dans le Tauros :

(Je — oe — oe -c- oe — oooe

SAMIA Mais, vois ! C'est le reflet des torches, tout là-bas !

La cadence des voix d'hommes s'accentue en se rapprochant

Ils chantent en marchant, leurs voix rythmant leurs pas -,

Tous deux écoutent

Et, vers le gué, Fombre des grands chênes s'éclaire De lueurs fauves -,

Les voix se taisent tout à coup

Ecoute !

L'écho renvoie Jusqu'à nous le refrain de leur chanson de joie ;

(Se tournant rieuse vers Ancaeus,)

Cela compense-t-il le triste refrain Thrace ? L'augure était mauvais et celui-ci l'efface ; Allons rejoindre notre père et le cortège !

ANCAEUS, souriant.

A t' écouta Samia, toujours mon cœur s'allège

De quelque trouble et tu guéris de tout souci, Allons vers eux ; mais qu'étais-tu rêveuse ainsi?

Le soir est lourd et ce doux chant si triste... mais Vois : je te suis en souriant vers le bonheur.

Entre Maeander, qui les cherche

SAMIA

Père, le vol des noirs nuages clair-semés Voilait et dévoilait la lune, et j'avais peur Que le festin n'en fût troublé ; mais revoici L'Etoile familière, et nos ombres, compagnes Des belles nuits.

(Aux femmes qui arrivent en groupes.)

Femmes, chantez : Marsyas arrive ; Car vos chœurs alternant de l'une à l'autre rive Et heurtés aux échos dormeurs de nos montagnes Ont donné le signal aux pâtres des sommets : Voyez ! leurs feux joyeux scintillent dans la nuit !

(A Ancaeus.)

O cher époux, voici que ta reine te suit Vers la joie inconnue et que tu lui promets.

Marsyas entre à la tête de sa troupe de satyres, qui portent des torches

Page 1