‹ AncaeusChapitre 6 sur 8 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Io Hymen, Hymenaee io, Io Hymen, Hymenaee !

LE JOUEUR DE LYRE

Et toi qui Joins au Joug les chairs prédestinées, Hera, toi qui Consacres l'amour aux années; Nuptiale, conduis leurs chastes destinées; Toi, F Agile Marcheuse et qui Veilles la nuit, Tu sais lier l'amour et rien ne désunit Les époux oublieux des heures pardonnées.

L'époux entre ses mains jointes, épreint la grappe dont le jus sanglant goutte au cratère que tend l'épouse

CHŒUR DES FEMMES

O, ton sang coule!

Ton âme est soûle,

Ton être exulte!

Et ton sang pleure :

C'est la folle heure

De terreur prude ;

C'est l'hommage suprême et la suprême insulte, Et c'est le don de joie où la douleur prélude !

CHŒUR DES SATYRES

Saignent tes grappes, Roi, pour tes agapes!

Ton sang ruisselle et soit un vin pour elle !

Et chante dans ta chair le chœur des vieux priapes ;

La vie éperdument ce soir se renouvelle !

Une pause

LE JOUEUR DE LYRE

Tourterelles, hirondelles, passereaux, Les cygnes, les myrtes et les roses; Aphrodite qui sur les blonds sables te poses, Et dont la chevelure flotte sur les eaux, Surgis éblouissante et nue et virginale Dans l'aurorale Pudeur de tes chairs roses ; Voici Samia la blonde, orgueil de Maeander Et ta sœur par la beauté, fille de la mer :

Prête-lui ta couronne et ta belle ceinture,

Les anneaux d'orichalque et d'or à ses oreilles,

Enrichis-la de tes affolantes merveilles

Car son époux est Roi, de race et de stature;

Et que le fol Eros de ses flèches fleuries

Qui font goutter le sang des cœurs en pierreries

S'arme et veille, ce soir de la vendange mure !

L'épouse va porter la coupe à ses lèvres pour la tendre à l'époux, quand une soudaine clameur monte du vignoble

' J ANCAEUS

UN ESCLAVE, {accourant.)

Un sanglier des monts ravage la vendange, Et les pâtres ont fui — car il est monstrueux...

MAEANDER

Désastre !

Maeander, le sort malencontreux Interrompt notre fête — allons ! — que je te venge, Père; mais, en retour, sèche des mains tes yeux.

( A Samia qui se pend à son bras.)

Je cours et je reviens — cette chasse impromptue M'amuse : je trouve la bête ; je la tue; Et je t'en porte la dépouille.

SAMIA

... Mais... doux maître!..

ANCAEUS, {qui ceint son épêe.) Ne me commande rien, je devrais me soumettre :

(montrant Maeander .) Ton père se désole.

MAEANDER Fils, délivre-moi De ce dévastateur . . . ma vendange ! . . .

L'émoi Est sans raison ; ta vigne est sauve.

SAMIA (la main étendue.)

Il pleut!

ANCAEUS (s* enveloppant de sa chlamyde.)

Qu'importe !

(Aux satyres)

Allons, Marsyas, et vous, les vendangeurs, main forte!

A la tête des Satyres qui ont saisi leurs torches, Ancaeus descend joyeusement vers la plaine ; les femmes, à la suite de Maeander, se sont portées au plus avant de la terrasse. Samia reste seule avec sa nourrice — De grosses gouttes, prémisses d'une averse, se vaporisent en sifflant dans la flamme de l'unique torche restée fichée en terre

SAMIA (comme frappée d'inertie.)

Il pleut ! . . .

La nuit est noire et la lune est voilée

Ci ANCAEtJS

— Comme on voile de noir la pâleur d'une morte Qui donc parlait tantôt de la voûte étoilée ?...

(Retrouvant mot par mot, clic chante bas:) Eros... que suit... un chœur éphèbe...

Parle d'amour... aux âme neuves..

Mais les nuits d'étoiles sont veuves...

Le bruit de la chasse se perd au loin

LEMXIA (la prenant par la main).

Rentrons; l'averse est là! Reine, tu te souviens Qu'il faut t'oindre et forner — et l'heure fuit...

SAMIA (retirant sa main.)

Je viens !

(Chantant bas.) Et tout chemin... mène à TErèbe...

La lueur des torches s'éteint, pour elle, au tournan t d'un sentier

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