LE VIOLONCELLE
Lhéri dont ces dames raffolent. C'est un violon plus grave, plus geignard aussi et qui. dans le quatuor — cette conversation entre gens si spirituels qu'ils finissent par devenir rasants — joue le rôle de l'interlocuteur lyriquement sentimental. 11 est rare que le violoncelle tolère les acrobatismes chers aux violons; pourtant, avec Popper, il s'oublie quelquefois, fait la folle et imite les sons de son petit neveu : à quand l'extinction du Poppérisme?
Tout de même, c'est lui le plus beau, c'est lui le plus chouette, avec son gros manche qu'on caresse et ses belles sonorités de baryton mondain. Nul, comme lui, ne sanglote un chant extatique aux pâmoisons d'hystérie; efféminé malgré son apparence de mâle costeau, il est, au fond, sensuel à la manière d'une grosse chatte : à peine l'a-t-on saisie, que prestement elle vous tourne le dos ; on l'enlace; les jambes, nerveusement, lui serrent les côtes ; les mains, par-devant, travaillent ; alors, heureuse et défaillante, elle rend du Massenet.
Le viol on cèle aussi bien qu'on peut, Et c'est pour cela que l'on connaît peu Tous les attentats de quoi furent cause Un sanglot de harpe en un salon rose, Un chant de guitare au bord d'un lac bleu.
Musique, à serpent (')! Que de fois le jeu D'une simple flûte arrache un aveu !
Que d'accords ardents, d'un trait virtuose. Le violon scelle !
Quant au piano (fourrons-nous au pieu), 11 en a plus vu qu'un lit de milieu.
Et l'orgue n'est pas si pur qu'on suppose. Mais, puissant et doux, vibrant et morose. Le grand corrupteur c'est, au coin du feu, Le violoncelle.
(I) Certes, i! existe un instrument de musique appelé le serpent (même que c'est le père de l'ophicléid^ ) ; mais il n'y est fait ici aucune allusion. Le serpent dont il s'agit en ce rondeau est tout bonnement celui bien connu d'Eve cl des petites filles.
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