‹ Anches et embouchuresChapitre 13 sur 17 · LA VIOLE D'AMOUR · texte numérisé non relu

LA VIOLE D'AMOUR

INSTRUMENT charmant et suranné, la viole d'amour est la sentimentale cousine du violon ; atteinte toute jeune d'une maladie de longueur, elle a vu son manche croître dans des proportions inconvenantes.

Jadis, elle était celle « de laquelle les gentilshommes, marchands et autres gens de vertu, passaient leur temps », et de hautes dames en hennin la raclèrent avec une illustre maîtrise.

Le pas rythmique et le « Qui vive? » des archers Résonnent, plus précis, sur le chemin de ronde. Lentement, à l'ouest, monte la lune blonde. Vénus brille. C'est l'heure exquise des péchés.

Venu du parc, où s'éveille la luciole.

Un parfum de fleurs glisse à travers les meneaux, Et, d'un geste qui fit resplendir ses anneaux, La belle Agnès a pris l'archet et la viole.

Seul, son page est près d'elle. Ingénu, les yeux doux. Charmant dans son pourpoint que blasonne une guivre, 11 écoute ce chant suave qui l'enivre, Joint peu à peu les mains et se met à genoux.

Un ignoré désir l'alanguit et l'enflamme. Et, sans que sa candeur ait rien prémédité, 11 laisse son front, lourd de neuve volupté. Effleurer le giron embaumé de sa dame.

Elle s'émeut. Les sons un instant assoupis S'affolent tout à coup, comme une ruche essaime ; L'archet nerveux se crispe, et, dans un cri suprême, La viole d'amour tombe sur le tapis.

Plus récemment, le huguenot Raoul, commis-voyageur en fourrures (plus blanches que la blanche hermine), se servit de la viole d'amour, comme d'un moyen de publicité, pour placer sa camelote ; aujourd'hui, l'alto, moins encombrant, la remplace; l'alto, si poignant parfois, qu'il ne faut pas confondre avec 1' » alto falot I) bien connu des sentinelles.

Le masculin, le viol d'amour, est peu employé, — du moins dans les exécutions musicales publiques, — pendant lesquelles, comme chacun sait, on est prié de ne pas entrer.

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