LES CYMBALES
Les cymbales d'or, aux mains des bacchantes, Jetaient le signal des jeux absolus.
Au bord des ruisseaux, au bas des talus, Des baisers chantaient parmi les acanthes.
O temps fastueux d'amours véhémentes, Où, sous l'œil bridé des fauves velus, Les cymbales d'or, aux mains des bacchantes, Jetaient le signal des jeux absolus!
Certes, vers l'entrain des croupes fringantes. L'homme fait encor les gestes voulus, Mais, pour le mener aux fêtes ardentes. Il ne verra plus, il n'entendra plus Les cymbales d'or aux mains des bacchantes.
Et cela est assez regrettable.
Du moins, comme les amantes de Lesbos, les cymbales continuent à aller par deux et à vibrer par frottement et par attouchement mutuel. Ce sont des dégé-
nérées, d'autant plus méprisables que, loin de cacher leurs turpides claudineries, elles requièrent cyniquement l'attention des masses par un infernal boucan. Habiles, d'ailleurs, à faire issir des bourses, à force de tapage, les ors et les argents, leur place est toute marquée auprès de la caisse.
Sur le terrain, si les duellistes s'avèrent myopes, ou leurs témoins à la coule, on peut échanger jusqu'à des cymbales, sans résultat.
Elles cymbalisent une des formes du monde moderne : la Réclame, — à telles enseignes que, naguère, un quarteron de poètes, assoiffés de gloire, s'intitulèrent « cymbalistes », dans le rose espoir de détrôner à coups de symboles leurs illustres aînés, — les Parnassiens de première classe.